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Midway 11

Midway (12) : La bataille du 4 juin 1942

La triple faute de Yamamoto et son silence quasi « criminel » [1] seront funestes pour les Japonais. Ne trouvant aucune excuse plausible, comment l'expliquer? Comment parler également de Midway sans opposer deux hommes, deux forces de caractères, qui, en prenant les décisions tactiques déterminantes qu'ils ont pris décideront du même coup de cette bataille décisive. Côté américain, ce sera le Contre-amiral Raymond Spruance [2]; côté japonais, le Vice-amiral Chuichi Nagumo. Deux marins devenus légendaires dans leurs pays, ayant donc de nombreux points communs: deux hommes respectés par leurs équipages, ayant une excellente connaissance des navires de surface, du cuirassé au destroyer, jouissant chacun de l'estime du Haut Commandement. Deux hommes qui avaient aussi en commun de n'être ni l'un ni l'autre des « aéros » pour une grande "première" guerre aéronavale où l'aviation jouera un rôle déterminant [3]. On comprend aisément que certains des deux côtés s'en soient étonnés ! Mais une chose capitale les différenciait. Tandis que Nimitz avait, lui, une confiance totale en Spruance qui a du remplacer en urgence le Vice-amiral William Halsey, atteint d'une maladie de la peau, un homme recommandé par Halsey qui voyait en lui "un choix solide", Nagumo, lui, n'avait pas la confiance de son supérieur, l'Amiral de la flotte Isoroku Yamamoto [4]. Pire encore, à bord de l'Akagi, deux tendances s'opposaient : d'un côté il y avait ceux qui pensaient que la priorité était de détruire les forces ennemies, de l'autre ceux qui penchaient pour l'invasion de Midway. N'ayant pas été alerté par leur réseau de sous-marins du passage de navires américains en provenance de Pearl Harbor, Nagumo - non informé par Yamamoto qui respectera "à la lettre" les ordres de silence radio - se croyant donc dans un environnement non hostile, ne cherchera pas à recouper ces informations en envoyant un avion de reconnaissance. Pendant ce temps l'Amiral Spruance ouvrait ses ordres contenus dans le "CinCPac Operation Plan No. 29-42", lui donnant comme "priorité d'infliger le maximum de pertes à l'ennemi en employant des tactiques fortes d'attrition" [5]. Des deux côtés, des erreurs ont été commises. [6] Mais finalement, le piège se refermera sur Nagumo. Lorsque les Japonais auront perdu leurs trois porte-avions avec du même coup leurs pilotes et leurs avions en vol, Yamamoto décidera de rejoindre avec sa flotte pour livrer une bataille de surface contre les porte-avions américains, en attendant la nuit et en utilisant des torpilles ! Il prendrait ainsi sa revanche sur Nagumo, mais ce sera peine perdue. Spruance, très prudent, au lieu de prendre des risques inutiles, avait compris la leçon et déjà fait mouvement vers l'est, laissant Yamamoto repartir bredouille au Japon annoncer la première défaite de la marine impériale depuis des siècles. Avoir imaginé que Midway serait un "remake" de Pearl Harbor, voire de Tsushima, qui plus est très mal interprété, quelle folie qui démontre à quel point l'idéologie avait alors pu prendre le pas sur la stratégie. Voyons maintenant ce qui s'est passé pendant ces deux jours, minute par minute, et dont le résultat  changera profondément le cours des choses dans le Pacifique, mais dont les conséquences permettront plus tard d'envisager le Jour-J en Normandie. [7] Midway shaped the face of post-war Europe !

Par l'Amiral Guy Labouérie, membre de l'Académie de Marine [8]. Brest, le 24 décembre 2005.©

Carte de la bataille de Midway Courtoisie CV6.org

Les Japonais ont prévu sept vols de reconnaissance à l’aube du 4 Juin jusqu’à une distance de 300 nautiques ce qui est peu pour une force qui ne sait rien de son ennemi, alors qu'avec leurs avions basés à terre les Américains peuvent aller à plus du double, ce qui n’a probablement pas été pris en compte par les Japonais alors même que la non disposition du banc de la Frégate française leur avait enlevé la possibilité de doubler les distances franchissables des hydravions de reconnaissance, du moins pour ceux qui devaient travailler dans le Sud.

Pour mieux les marquer, les mouvements américains sont en vert et les mouvements japonais en violet.

- 04.30, le groupe des porte-avions japonais se trouve cap sur Midway route au Sud Est à 200 nautiques environ de sa cible et lance 6 des 7 hydravions de reconnaissance prévus pour assurer son éclairage - à l’époque ils n’ont que la vue comme moyen de détection! - Le 7ème est victime d’une panne qui retarde son décollage d’une demi-heure. Malheureusement pour les Japonais, c’est l’hydravion dont le secteur de reconnaissance vers le Nord couvre globalement le dispositif des porte-avions US!

- A la même heure, n’ayant toujours aucune information sur la présence des forces navales américaines, Nagumo ordonne le décollage de la première vague des raids japonais sur Midway, composée de 72 avions armés de bombes pour détruire l’aviation US au sol. Ils sont protégés par 36 chasseurs, l’ensemble étant commandé par le commandant Ogawa.

En même temps, il ordonne de préparer un deuxième raid aérien d’une centaine d’avions armés de torpilles, pour se prémunir contre toute surprise et pouvoir attaquer les porte avions américains ou d’autres forces de surface dès qu’elles se manifesteraient.

- 05.30, un Catalina découvre la force d’attaque japonaise et donne l’alerte mais sans pouvoir en donner la composition précise. [9]

- 05.52, un autre Catalina découvre les raids japonais en route vers Midway, donne l’alerte, se déroute vers la direction d’origine de ces raids et découvre à son tour la formation des porte-avions japonais, dont il va cette fois-ci pouvoir donner la formation.

- 06.00, tous les avions US basés à Midway décollent, les uns pour défendre l’île, les autres pour attaquer les porte-avions japonais malgré une large approximation sur leur position et une totale inaptitude à ce type d’attaque pour des avions prévus pour les bombardements terrestres d’autant qu’ils n’ont pu être entraînés à attaquer des objectifs mobiles à la mer et que leurs torpilles ne paraissent guère performantes à côté de celles des Japonais.

- 06.03, ordre d’attaque de Fletcher à Spruance, les deux TF qui se trouvent alors à plus de 200 nautiques dans le Nord de la force japonaise font route au Sud/Sud Ouest pour se rapprocher des Japonais et réduire le temps de parcours des avions.

- 06.14, les avions japonais sont en vue de Midway, mais la surprise est éventée et si la supériorité des avions japonais sur les Américains qui les attaquent est écrasante, 24 des 26 chasseurs américains sont abattus non sans avoir détruit quelques chasseurs japonais, aucun avion embarqué sur porte-avions n’a été identifié jusqu’à ce moment par les Japonais, ce qui est normal car il n’y en a plus aucun avion de disponible sur les terrains de Midway. Cela ne pourra que conforter sur le moment les Japonais dans l’idée qu’il n’y a pas de porte-avions dans les environs, ces derniers déployant souvent leurs avions vers des bases à terre plus pratiques pour l’entretien comme pour le ravitaillement des avions et des pilotes.

- 06.50, fin de l’attaque japonaise, le chef de l’attaque estime qu’une seconde attaque sera nécessaire, les avions américains qui s’étaient envolés n’ayant pu être tous détruits. Par ailleurs comme à Pearl Harbor les pistes d’aviation ne sont pratiquement pas touchées et pourront récupérer les avions survivants.

- 07.02, décollage des avions de la TF 16 (Amiral Spruance) pour un transit de 2h30 environ.

- 07.05, approche des bombardiers US basés à Midway pour attaque des porte-avions japonais. C’est un désastre pour les Américains, dont aucune torpille ne fait mouche, et qui sont presque tous abattus, mais cela confirme les Japonais dans l’idée qu’il y a toujours des avions intacts basés à terre à Midway et qu’il faut les détruire surtout tant qu’il n’y a aucune information sur les forces navales américaines.

Une des rares photos de l'USS Enterprise prise pendant la bataille de Midway. Photo U.S. Navy

La 6ème flottille d'avions-torpilles (VT-6) équipée d'avions TBD-1 se prépare à son tour de décoller de l'USS Enterprise (CV-6) entre 07.30 et 07.40 le 4 juin. 11 des 14 appareils sont visibles. 3 autres et 10 chasseurs F4F doivent encore être placés avant le décollage. Le TBD qui se trouve à gauche porte le numéro 2 (1512), piloté par l'Enseigne Severin L. Rombach avec le Radio de 2ème Classe W.F. Glenn: avec 8 autres avions VT-6, cet avion et son équipage ne reviendront pas de l'attaque lancée contre les porte-avions japonais deux heures plus tard. L'USS Pensacola (CA-24) se trouve à tribord et un destroyer est en position de protection des avions sur bâbord.

Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales.

- 07.10, décollage des avions de la TF 17 (Amiral Fletcher). Avec les avions de la TF 16 cela représente un total de 131 avions, comprenant des avions-torpilleurs Devastator et des bombardiers Dauntless, protégés par des chasseurs Wildcat, mais la coopération de l’ensemble n’est pas très au point.

Douglas TBD Devastator armé d'une torpille Mk XIII, lancé à l'attaque des porte-avions japonais

Sur cette photo on voit l'Enseigne de vaisseau George H. Gay (à gauche) et le Lieutenant Elbert S. McCuskey, pilote sur F4F-4 "Wildcat" en juin 1942, juste après Midway. McCuskey était sur l'USS Yorktown  dans la 3ème  flottille de chasse. Photo Courtoisie U.S. Naval Institute, Annapolis, Maryland. Versée à l'U.S. Naval Historical Center.

 George H. Gay [10] sera le seul pilote rescapé de la 8ème flottille d'avions-torpilles (VT8) lancée contre les porte-avions japonais le 4 juin. On le voit ici (à droite) photographié ici le 7 juin avec une infirmière à l'hôpital de la Marine à Pearl Harbor. Photos de l'U.S. Navy versée aux Archives nationales américaines.

- 07.15, Nagumo, devant le renouvellement d’attaques par des avions provenant de terre, acquiesce à la demande du commandant des raids d’envisager un nouveau raid sur Midway et ordonne de changer les munitions déjà embarquées sur les avions du deuxième raid pour des cibles à la mer (torpilles) pour les remplacer par des munitions (bombes) contre la terre en vue d’une nouvelle attaque contre Midway dès le retour de la première vague d’avions.

A 07.25, l'Enterprise fait route à pleine vitesse, après avoir lancé les 6èmes flottilles de reconnaissance (VS-6) et de bombardement (VB-6), tandis que sur le pont les avions-torpilles et des avions d'escorte prennent place. A tribord, l'USS Northampton (CA-26), survolé par des SBD. Trois heures plus tard, ces mêmes flottilles couleront l'Akagi et le Kaga.

Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales

- 07.28, l’avion de reconnaissance japonais lancé avec une demi-heure de retard découvre les Américains, mais il est en panne radio et ne peut prévenir tout de suite l’amiral Nagumo.

- 07.58, la radio du n°7 étant réparée, Nagumo apprend enfin la présence de plusieurs grands bâtiments dans son Nord (5 croiseurs et 5 destroyers annonce le pilote qui n’a pas pu trop se rapprocher), entraînant un nouveau changement d’ordres pour les Japonais qui remettent des torpilles sur les avions pour attaque de ces bâtiments.

- 08.00 nouvelles attaques des avions de Midway contre la force japonaise. Comme les précédentes, elle s’enlisera dans la défense des chasseurs japonais et l’artillerie antiaérienne, n’arrivant qu’à placer sans gravité deux bombes sur le Hiei, un des cuirassés d’accompagnement, la plupart des avions étant abattus.

- 08.20 l’avion de reconnaissance annonce un porte-avions US probable identifié dans le groupe des bâtiments dans le Nord, mais tous les chasseurs japonais disponibles pour protéger un raid offensif contre ces bâtiments sont encore à ce moment sur Midway en accompagnement des raids de l’aviation embarquée sur Midway. Nagumo ne veut pas risquer ses bombardiers contre ce porte-avions US sans chasseurs d’accompagnement et va donc en attendre le retour, mais change de route pour se cacher sous des nuages et se diriger vers le Porte avions américain signalé, ce qui va tromper les avions de Fletcher et Spruance pendant un certain temps et leur faire perdre du temps à la recherche de leur cible.

- 08.37, malgré les avis contraires, Nagumo fait apponter ses avions de retour de Midway sans voir mis en l’air suffisamment d’avions de chasse en couverture. Il était difficile de ne pas récupérer les avions au retour de Midway car ils étaient en fin d’essence et n’auraient pu attendre très longtemps sans être obligés de se poser sur l’eau. Or le Japon avait déjà perdu un certain nombre d’avions, en particulier à la bataille de la mer de Corail et il était difficile de trop parier sur le maintien en l‘air de ce raid. Par contre il est curieux qu’informé de la présence d’un porte-avions ennemi il n’ait pas mis plus de chasseurs en l’air car à tout moment il risquait une attaque de ce porte avions annoncé à 200 nautiques de lui... De son côté, l’amiral Fletcher pensant que les Japonais doivent avoir changé de route pour venir vers lui, ce qui s’est effectivement passé, fait route à 30 nœuds vers les porte-avions japonais, pour accélérer les rencontres et faciliter le retour de ses avions qui ont de longs transits à faire.

- 09.00, appontages terminés sur les porte-avions japonais et nouveau changement de munitions pour l’ensemble des avions pour attaque du porte-avions américain et ravitaillement des avions.

- 09.18, arrivée des premiers avions-torpilleurs américains. Gênés par le changement de route des Japonais qui n’avait pas été perçu et dont ils n’avaient pas été informés, ils les découvrent très tard grâce à une éclaircie dans les nuages. En limite d’essence, et alors que pour la même raison leurs chasseurs d’accompagnement ont fait demi tour les laissant seuls sur le lieu de l’action, ils demandent à leur tour l’autorisation de rentrer mais sur l’ordre formel de Spruance “attaquez immédiatement” se ruent à l’attaque des porte-avions japonais. Les 15 avions-torpilleurs du Cdr Waldron se sacrifient et il n’y aura qu’un seul survivant retrouvé par la suite sur son radeau de survie. Désormais Nagumo sait qu’il est en portée du ou des porte-avions américains.

09.30, à partir de ce moment vont se succéder, plus ou moins escortés par des chasseurs, une série d’attaques menées par les avions-torpilleurs du Yorktown et de l’Entreprise (flottilles Lindsay, Ring, Leslie, Mac Clusky, ...). Mais sans coordination très efficace, certains de ces groupes d’attaque ne trouvant pas leurs cibles immédiatement. Elles restent sans succès, aucune torpille ne faisant but, avec perte de 85 appareils US, les Japonais ne perdant aucun appareil. Par contre cette répétition d’attaques par les appareils venant de Midway et des porte-avions use de plus en plus la chasse japonaise qui s’éloigne en basse altitude pour détruire les derniers assaillants américains en fuite. Devant le nombre d’appareils embarqués qu’ils ont détruits, et compte tenu de ce qui est normalement gardé à bord de ces bâtiments pour l’autodéfense et la protection du retour des raids, Nagumo estime avoir affaire à au moins deux porte-avions.

10.00, l’amiral Nagumo peut se penser vainqueur sur le terrain ayant abattu sans la moindre perte tous les avions qui se sont présentés depuis le début de la bataille. Il compte faire décoller à 10.30 une vague puissante de 102 avions contre les deux porte-avions signalés qu’il a estimés dans son Nord

10.05, les avions-bombardiers en piqué Dauntless de la TF 16 arrivent à haute altitude et les chasseurs japonais en nombre insuffisant qui achèvent les avions torpilleurs US en basse altitude les voient trop tard et sont trop loin pour intervenir efficacement.

Douglas SBD ‘Dauntless: Photo U.S. Navy

10.20 les bombardiers piquent sur leurs cibles tandis que les porte-avions japonais aux ponts encombrés d’avions pleins de munitions et d’essence viennent dans le vent (4 minutes) pour faire décoller la chasse.

10.24, la première bombe américaine explose sur le pont d’un porte-avions au moment où le premier chasseur japonais décolle du pont de l’Akagi.

Montage photo de Norman Bel Geddes, montrant les attaques des bombardiers de l'USS Yorktown (CV-5) et de l'USS Enterprise (CV-6) sur les porte-avions japonais Soryu, Akagi et Kaga dans la matinée du 4 juin 1942 [11]. Le Soryu est attaqué par une flottille du Yorktown tandis que le Kaga et l'Akagi, au centre, sont victimes des bombardements des pilotes embarqués sur l'Enterprise.

Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales américaines.

10.28, la défaite japonaise est consommée avec trois porte-avions en feu (Akagi, Soryu, Kaga) qui seront coulés par leurs équipages impuissants ou achevés par les Américains, spectacle terrifiant que décrit avec douleur le commandant Fuchida à bord du navire amiral l’Akagi,

“Nous venions d’être surpris dans la pire condition possible: avec notre pont couvert d’appareils ayant leur plein d’essence et leurs torpilles. Je fus horrifié: il y avait un grand trou dans le pont d’envol. L’ascenseur arrière, tordu comme du verre fondu, pendait dans le hangar. Des flammes livides et une épaisse fumée noire sortaient des avions basculés sur le nez. Je descendis à la salle d’alerte déjà bondée d’hommes brûlés. Des explosions se succédaient, faisant trembler toute la membrure de la passerelle. La fumée provenant du hangar en feu envahit les coursives et la salle, nous contraignant à l’évacuer. Je remontait sur la passerelle et vis que le Kaga et le Soryu avaient aussi été touchés. De grandes colonnes de fumée noire en montaient. Spectacle horrible : je ne pus m’empêcher de pleurer”.

  • Yamamoto se trouve encore très loin de même que le groupe Kondo qui fait route vers Nagumo mais sans aucune possibilité d’intervenir!

Avec le porte-avions rescapé, L’Hiryu qui en avant des trois autres n’a pas été pris pour cible, l’amiral Yamaguchi faisant suivre les avions américains de retour vers leurs porte-avions par ses avions, attaque le Yorktown avec ce qui lui reste d’avions en deux vagues.

Le Contre-amiral Frank Jack Fletcher, Commandant la Task Force 17, aborde l'USS Astoria (CA-34) vers 13H00 le 4 juin 1942, après avoir évacué le Yorktown, suivi du C.E.M. de la CTF-17, le CdV Spencer S. Lewis. Le CdF Chauncey Crutcher, commandant l'Astoria est en haut sur la passerelle.

Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales.

Pour le Yorktown, touché vers midi, les dégâts seront tels que le navire sera abandonné. Auparavant, les chasseurs F4F-4 ont été garés pour pouvoir décoller.

Photo de l'U.S. Navy prise vers 13 heures le 4 juin.

- 12.20 le Yorktown, gravement avarié et en feu, est évacué puis est pris en remorque vers Hawaï.

Le Yorktown est finalement évacué. Les destroyer USS Balch (DD-363) attend les derniers rescapés alors que l'USS Benham (DD-397) a déjà recueilli 720 survivants.

Le Yorktown penche lourdement au cours de l'après-midi du 4 juin. 2 F4F-4 Wildcat sont toujours parqués sur le pont d'envol derrière le château Il sera coulé à l'aube du 7 juin par le sous-marin japonais I-I68. Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales.

Le sous-marin I-68 renommé I-I68 en mai 1942. Photo U.S. Navy [12]

- 17.00, Spruance attaque l’Hiryu, y compris avec ceux des avions du Yorktown qu’il avait pu récupérer, lui causant de tels dégâts que le lendemain il sera coulé par les Japonais.

- 02.55, le 5 Juin, après divers ordres et contre ordres, qui lancent en avant les croiseurs lourds pour bombarder Midway avant de les rappeler, puis l’annulation du débarquement, Yamamoto ordonne la concentration de ses forces [13] puisqu’il dispose encore de quatre porte-avions contre deux aux Américains, mais les deux plus puissants sont très loin du lieu de l’action, compte tenu de la dispersion en éventail.... Comprenant alors qu’il ne peut rien faire avec des forces aussi dispersées en ayant perdu sa force de frappe principale, Yamamoto annule officiellement l’opération et fait retour vers le Japon.

- Le Yorktown est coulé le 5 Juin par un sous marin japonais. Ce sera le seul succès des barrages des sous-marins japonais qui n’ont servi pratiquement à rien, ce qui arrive souvent lorsque l’on n’est pas “en temps” avec la cible prévue....

On assiste alors, au spectacle surprenant de la retraite de la plus grande force aéronavale de l’époque comprenant encore 11 cuirassés et 4 porte-avions, une vingtaine de croiseurs et plusieurs dizaines de destroyers, poursuivie jusqu’à la limite de l’intervention de l’aviation japonaise basée à Wake, par deux groupes de porte-avions américains dont l’aviation embarquée a perdu un bon nombre d’appareils, accompagnés par une dizaine de croiseurs et autant de destroyers, l’ensemble coulant au passage le croiseur Mikuma.

Le croiseur lourd Mikuma photographié par un SBD le 6 juin 1942 après avoir été bombardé par des avions de l'USS Enterprise et l'USS Hornet.

Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales

Des Dauntless du Hornet s'apprêtent à un troisième bombardement du croiseur lourd Mikuma en début d'après-midi, le 6 juin 1942, déjà atteint par les frappes des flottilles du Hornet et de l'Enterprise.

Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales américaines.

Au total perdant quatre porte-avions contre un seul aux Américains, plus de 300 avions embarqués avec leur personnels professionnels contre 147 aux Américains, et près de 3.500 marins contre dix fois moins aux Américains... Cette bataille renversait le déséquilibre des forces aéronavales et interdisait définitivement tout projet japonais vers le Large.

Photos U.S. Navy versées aux Archives nationales

Le 9 Juin l’amiral Nimitz fait des félicitations publiques au commandant de la cellule de Combat Intelligence, le commandant Rochefort, en affirmant que Midway fut une victoire du renseignement[14].

Par la suite tout va se jouer sur les immenses espaces du Pacifique avec la remarquable capacité des marins américains à jouer de la mobilité (bases flottantes, train d’escadres, Seabees, etc..) et l’oubli par le Japon de sa marine marchande qui sera massacrée par les sous-marins. De même, le Japon ne comprendra pas avant 1943, et il sera trop tard, qu’il fallait passer à un effort industriel et de formation du personnel total dès la décision d’attaquer les États-Unis, marquant par cet oubli les limites que s’impose une vision régionale limitée qui tend à faire croire que les “faits” s’arrêteront là où on l’a décidé, ce qui est d’autant plus illusoire quand il s’agit d’une guerre majeure. Cela se poursuivra dans une attitude statique sur les îles dont le Japon s’était emparé, manifestant une erreur de principe fondamentale, à savoir que sur mer il n’y a pas de front, ce qui n’existe que pour les armées terrestres généralement sans succès ou avec des pertes gigantesques, comme ce fut le cas pour l’Europe de la Première Guerre Mondiale. Nimitz par son mouvement et sa manœuvre sautera ces îles qui tomberont ensuite les unes après les autres, tandis que dans la partie Sud Mac Arthur va chercher le succès et l’honneur de la parole américaine vis à vis des Philippines dans des débarquements et des affrontements coûteux. On retrouve d’ailleurs dans la comparaison entre ces deux manières de faire les habituelles différences entre les stratégies d’inspiration terrienne et celles d’inspiration maritime.

Remarquons, aussi, qu’à Midway un amiral dans un P.C. à terre avec des moyens limités mais une information continue a battu un amiral en mer sur le plus puissant cuirassé de l’époque et avec des moyens considérables. Toute l’organisation du commandement opérationnel des marines occidentales en tiendra compte pendant les cinquante ans qui suivirent.

Constatons enfin que dans cet affrontement c’est l’amiral “occidental” qui a le mieux joué le jeu de Go des orientaux alors que l’amiral japonais s’est comporté comme un Prussien sûr de sa force, ce qui était pourtant à l’opposé de toutes les leçons de l’escrime japonaise dont un des plus grands maîtres du XVIème, Mushashi Miyamoto, rappelait qu'il “est nécessaire pour un combattant de ne pas s’en tenir à une formule ou à un principe préconçu, mais de s’adapter à chaque situation”.

Enseignements

  • Une fois l’action lancée, à son initiative ou celle de l’Autre, il faut se servir de tous ses moyens [15] même s’ils ne sont pas adaptés à la situation du moment.

Les forteresses volantes B-17E qui ont décollé du terrain d'Eastern Island sur l'atoll de Midway les 3 et 4 juin 1942.

Photo USAF

Les avions basés à terre ont une efficacité nulle sur les navires d’autant qu’ils n’ont eu aucun entraînement, mais tout au long de la journée du 4, au prix de pertes considérables, et sur le seul ordre de Nimitz “coulez les porte-avions” ils vont user le potentiel aéronautique japonais en chasseurs permettant l’approche et le succès final des bombardiers de la TF 16. Il faut saluer le courage et l’abnégation de ces aviateurs de l’armée de terre américaine et des porte-avions qui se sacrifièrent sans état d’âmes pour leur pays permettant ce retour de situation qui conduira ultérieurement les États-Unis à la victoire.

  • La “chance” arrive rarement par hasard, elle se cultive par le professionnalisme, d’un bout à l’autre des compétences nécessaires et à tous les niveaux de responsabilités.

Que les Américains en aient bénéficié tient avant tout, plus qu’à la panne de l’hydravion de reconnaissance japonais, à leurs inventions en fait de radar et de décryptage, à la remarquable manière dont ils en ont tiré parti, toutes catégories de personnel confondues, pendant toute la durée de l’opération et à l’ensemble des erreurs faites par leurs adversaires. C’est une donnée que l’on devrait apprendre dans toutes nos écoles et nos centres de formation: c’est par le professionnalisme que l’on a le plus de chance de réussir, à titre personnel comme collectif. C’est dans la mesure où l’on est vraiment professionnel dans toutes les activités nécessaires au Projet que l’on sera capable de saisir la chance quand elle se présentera, quelles que soient la forme et l’heure auxquelles elle se présentera. Constatons que sur ce point dans notre pays nous assistons à une baisse générale de ce professionnalisme pour de multiples raisons, ce qui est à la source d’une grande partie dans les difficultés de l’emploi aujourd’hui.

  • Un objectif apparemment puissant et terrible peut se trouver sans force pendant des heures.

C’est le cas des porte-avions pendant les raids, les changements de munitions, les mouvements d’atterrissage et décollage qui nécessitent des routes face au vent, où l’on ne peut plus guère manœuvrer une fois ces opérations commencées, etc. Mais il est des situations analogues pour toute action dans le domaine concurrentiel.

  • Seule l’information permet de saisir le moment, l’instant décisif, où tout peut basculer et où l’on peut gagner.

La capacité à analyser le Temps sous toutes ses facettes lors d’une opération, les siennes et celles de l’Autre, est à la base de la possibilité de saisir ce moment décisif quand il se présentera, ce qui n’arrive généralement qu’une fois. C’est par exemple la décision d’Eisenhower pour le débarquement du 06 Juin 1944 et l’on peut en trouver de multiples exemples dans toutes les activités qui se jouent en milieu concurrentiel comme politique. C’est d’autant plus important dans les opérations où la mobilité est essentielle et où la cinématique joue un rôle primordial ce qui est le cas des forces navales où des calculs cinématiques précis permettent de tirer le meilleur parti des mouvements de l’Autre lorsqu’ils sont connus et de ses propres capacités cinématiques. C’est ce qui fit le succès du dernier raid de la TF 16.

  • Il faut toujours donner la priorité au mouvement et à la manœuvre de façon à anticiper en permanence ce qui peut se passer.

C’est la leçon de tous les grands esprits stratégiques depuis Sun Tse jusqu’à Nimitz en passant par les Suffren, Nelson, Mahan, Lawrence et bien d’autres dont on peut remarquer que c’est leur habitude de penser et d’agir sur des terrains immenses, mouvants hétérogènes, qui leur a donné ces qualités. L’amiral Castex a profondément raison quand il assimile le mouvement et la stratégie, l’une inspirant et l’autre agissant. Il n’est pas certain que ce soit très habituel en bien des circonstances, particulièrement politiques car il est difficile de penser anticipation sur au moins une génération mais c’est pourtant de plus en plus nécessaire car on ne peut continuer prétendre gouverner un pays si l’on n’est pas capable d’anticiper autre chose que sa réélection... Les citoyens le supporteront de plus en plus mal. et les difficultés des banlieues qui ne sont pas limitées à la France le manifestent à l’évidence. La générosité fait parfois le lit de l’inconscience ou du manque de courage.

  • L’orgueil, le mépris de l’Autre et le complexe de supériorité sont des ingrédients dangereux qui conduisent irrémédiablement au désastre quand ils sont conjuguées avec le manque d’information.

On peut ne pas avoir d’information par manque de moyens, ce qui était le cas à cette époque, mais alors il faut que son projet en tienne compte et soit bâti sur cette base à partir de quoi toute information, non prévue, tout renseignement qu’on aura la possibilité de recueillir ne pourront qu’aller dans le sens du succès et favoriser le projet. Se priver d’information quand on en a les moyens est par contre une chance donnée à l’adversaire ou le concurrent. C’est ce qui est arrivé à Yamamoto et l’on ne peut que plaindre Nagumo pour la très difficile situation où il a été placé même s’il fait des erreurs dans ses mouvements d’avions à bord de ses porte avions. Le film américain sur Midway fait bien ressortir l’angoisse de cet homme face à l’inconnu sur ses adversaires et le silence de son chef incapable de lui fournir le moindre renseignement à la différence de Nimitz vis à vis de ses Task-Forces.

  • Le monde change, beaucoup, dans tous les domaines. L’homme malheureusement ne change pas et si les grandes guerres d’autrefois s’éloignent dans le lointain ce serait une dramatique erreur de croire que plus rien de ce genre ne peut survenir.

Aussi est-il inquiétant de commencer à entendre dire, parfois par les plus hautes autorités civiles, que la première mission des Armées est désormais l’humanitaire.

On devrait bien plutôt se souvenir que les Armées sont faites de personnels qui sont toujours prêts à faire don de leur vie pour la sécurité de leur pays, exactement comme l’ont fait les pilotes des avions américains qui partaient à l’attaque sans grande chance de succès. Il ne faudrait pas qu’à force de discours lénifiants on démobilise ceux qui sont en charge de la sécurité effective de leur pays, car, à l’heure du danger, on risquerait de ne plus trouver chez ceux qui porteraient l’uniforme les qualités et les capacités de réflexion et d’action dont on les aurait petit à petit dépouillés. Le monde est trop dangereux.

Cette bataille de porte avions faisant suite à celle de la Mer de Corail va, malgré toutes les opérations suivantes de la guerre du Pacifique, entraîner les marines de l’OTAN à privilégier dans leurs entraînements et leurs réflexions, le combat porte-avions / porte-avions alors même qu’elle étaient les seules à en posséder sans adversaire capable de fournir une menace crédible. Il faudra attendre la fin du siècle pour que la Marine des États-Unis y remette l’accent dans son “From the sea” marquant toutes les possibilités face à la terre telles qu’elles sont apparues aussi bien pendant les deux guerres du Golfe que lors des opérations sur l’Afghanistan, sans oublier les quelques cinquante interventions diverses en de multiples points du monde où la seule présence d‘un porte avions avait un effet politique dissuasif. Elle revenait ainsi à l’un des premiers jugements de Nimitz :

    “L’action des navires contre le rivage est aussi importante que leur action au Large contre les flottes adverses, bien que cette dernière, plus spectaculaire, ait beaucoup plus retenu l’attention des historiens et des marins”. [16]

qui l’avait mis en oeuvre dans toutes les opérations d’îles en îles pour mettre le Japon à genoux avant l’explosion d’Hiroshima, comme cela avait été aussi le cas sur l’autre grand théâtre, l’Atlantique/Méditerranée, avec les débarquements de Sicile, d’Italie, de Provence et de Normandie.

Au-delà des aspects proprement militaires et maritimes de la bataille de Midway, depuis ses débuts les plus lointains, on peut trouver dans les erreurs et les succès des uns et des autres de multiples leçons et applications immédiates aussi bien dans la formation des cadres, dans leurs réflexions face au monde dans lequel on vit aujourd’hui que dans la conduite des actions qu’ils mèneront, étant entendu que tout évolue, tout change et que seule une attention constante à ce mouvement général peut permettre de ne pas être surpris, pas plus que de se lancer dans des actions impossibles, ou pire de rester immobiles... Consulter les différents rapports, dont le rapport final sur Midway présenté par l'Amiral Nimitz [17] et ceux des Commandants des porte-avions Enterprise [18], Hornet [19], Yorktown [20] et du Commandant de la TF 16 [21].

On retrouve dans cette bataille de Midway, aussi bien les cinq piliers de l’amiral Mahan quant à la stratégie navale que la vision du colonel britannique Lawrence pour la guerre dans le désert en Arabie lors de la première guerre mondiale:

       “Il faut faire peser sur l’Autre, l’exercice d’une menace silencieuse sur un vaste désert inconnu... où il n’y a ni front ni arrière... où ce que l’on va chercher ce n’est pas un point faible ou un point fort, mais celui le plus mal défendu que l’on frappera sans pitié.”

Tous enseignements que n’avaient manifestement pas médités les amiraux japonais, que l’amiral Nimitz réalisera dans sa remarquable campagne du Pacifique et que les stratèges d’aujourd’hui dans les entreprises pourraient envisager comme des “stratégies océanes” en en faisant une simple transposition pour les milieux concurrentiels et/ou hostiles:

Guy Labouérie

[1] Voir Midway (11) : Appareillages et transits des forces

[2] Après ses trois passages à l'École navale, chose rare, l'Amiral Spruance était devenu un spécialiste de la doctrine avant de réembarquer comme commandant d'escorte sous les ordres d'Halsey lors des premiers raids sur les îles Marshall et lors du raid Doolittle.

[3] Le fait que la bataille de Midway soit considérée comme une grande victoire navale ne doit pas faire oublier le rôle joué par l'aviation des deux camps, qu'il s'agisse d'avions embarqués sur porte-avions ou d'avions basés à Midway. Voir dans le prochain numéro le détail des avions utilisés par les Américains et les Japonais.

[4] Yamamoto en voulait personnellement à Nagumo pour sa mauvaise gestion de l'attaque de Pearl Harbor, notamment pour ne pas avoir effectué un troisième raid, d'autant plus que cette attaque surprise était son projet et que Nagumo l'avait dés le début beaucoup critiqué avant de devoir le mettre en œuvre. Nagumo était certes un excellent marin, mais n'était pas un "aéro", et les raisons qui ont fait que c'est lui qui a été désigné pour commander cette plus grande force aéronavale jamais constituée, c'est d'abord en sa qualité d'officier le plus ancien que revenait l'insigne honneur de commander les meilleures forces de l'aéronavale impériale. Mais c'est aussi parce qu'après Pearl Harbor et l'attaque de la flotte britannique au large de Ceylan, il était devenu un héros national au Japon. C'est donc lui qui fut choisi par le Haut Commandement nippon pour livrer "la bataille décisive", Yamamoto n'ayant pas droit au chapitre sur ce sujet, étant donné les structures de commandement de la marine impériale. Mais la rancœur ou la jalousie ont-elles leur place dans un moment pareil ?

Avant l'entrée en guerre et pendant qu'ils préparaient activement celle du Pacifique, les Japonais avaient prévu une guerre courte (un an et demi au plus) en utilisant de nuit la supériorité de leurs torpilles installées à bords de leurs croiseurs et de leurs destroyers comme de leurs avions. Après s'être emparés une à une des îles ou des possessions américaines ou alliées, les Japonais finiraient par un dernier affrontement décisif près des Philippines. Mais lorsqu'il devint évident que l'aviation embarquée allait avec les porte-avions se substituer aux cuirassés, devenus des cibles difficiles à protéger, l'exemple de Tarente ayant montré la nouvelle voie, Yamamoto avait été l'un des premiers en bon stratège à saisir toute l'importance de ce changement. A Tokyo, on lui refusa l'autorisation de revenir à Pearl Harbor pour finir le travail… Il en éprouva certainement du ressentiment.

[5] "To inflict maximum damage on the enemy by employing strong attrition tactics....In carrying out the task assigned....you will be governed by the principle of calculated risk, which you will interpret to mean the avoidance of exposure of your force to attack by superior enemy forces without prospect of inflicting, as a result of such exposure, greater damage to the enemy".

[6] La bataille de Midway, vue par les Japonais (Rapport traduit en 1947) établi par l'Office of Naval Intelligence d'après des documents japonais officiels.

[7] Lire l'excellent discours prononcé lors du 61ème anniversaire de la bataille de Midway par l'ancien Secrétaire à la défense, James R. Schlesinger "Midway in Retrospect: The Still Under-Appreciated Victory", prononcé à l'Army & Navy Country Club d'Arlington (Virginie) le 5 juin 2003. Pour l'ancien ministre, minimiser la victoire de Midway à l'ouest est comme si à l'est les Russes oubliaient leur victoire à Stalingrad. En fait, pour lui, grâce à la victoire remportée à Midway, le visage de l'Europe d'après-guerre a été modelé ... (Midway shaped the face of post-war Europe).

[8] L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consoeurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.

[9] Chaque vol de patrouille durait environ 9 heures et couvrait une zone de 700 nautiques carrés. L'alerte a été donnée par le Lieutenant Howard P. Ady qui volait à bord d'un Catalina de la VP-23. D'après les renseignements de la Base Hypho à Hawaï, la flotte japonaise était censée arriver dans le secteur 320. Le secteur 315 lui ayant été assigné, Ady et son équipage redoublaient de vigilance. 22 avions de PATMAR avaient décollé ce matin-là à 04.15: 11 Catalina PBY-5 de la VP-23 et 11 PBY-5A d'Eastern Island à Midway. Le seul mot qu'Ady prononça fut: « Aircraft » à 05.30. A 05.34: « Porte-avions ennemis » ; 05.40: « ED en vue dans le 320 » ; 05.52: « 2 porte-avions et deux bâtiments de surface, les PA en avant; cours 135, vitesse 215 noeuds. » Un de ses collègues à 05.44 donna l'alerte sur Midway: « Beaucoup d'avions se dirigent sur Midway », ce qui fera qu'aucun appareil américain ne sera détruit au sol lorsqu'une centaine d'avions japonais attaqueront. Il y aura 10 attaques et finalement, c'est entre 10.22 et 10.28 que des SBD de l'Enterprise et du Yorktown frapperont l'Akagi, le Kaga et le Soryu.

[10] George H. Gay : récit de la bataille de Midway par le rescapé de la 8ème flottille d'avions-torpilles.

[11] Bombing Squadron SIX ACA report for 4 June 1942. Rapport sur le bombardement des porte-avions Kaga et Akagi, avec une mention concernant la destruction par la flottille VB-3's au porte-avions Soryu. La flottille VB-6 était embarquée à bord de l'USS Enterprise, tandis que la VB-3 était elle sur l'USS Yorktown.

[12] L'I-68 était un sous-marin de type 6A de 1400 tonnes. Construit à Kuré, il est entré en service en 1934 et fut renommé I-I68 en mai 1942 après avoir torpillé le porte-avions Yorktown et le destroyer Hammann (DD-412). Il sera coulé à son tour, vraisemblablement par l'USS Scamp (SS-277) le 27 juillet 1943.

[13] Composition des forces japonaises à Midway.

[14] Synthèse Renseignement de la bataille de Midway datée du 14 juillet 1942.

[15] Composition des forces américaines à Midway

[16] in “la guerre sur mer, 1939-1945” de l'Amiral Chester Nimitz.

[17] Commander in Chief, U.S. Pacfic Fleet, Serial 01849 of 28 June 1942. This is the main report of Admiral Chester W. Nimitz for the battle.

[18] Battle of Midway: 4-7 June 1942, Online Action Reports: Commandering Officer, USS Enterprise, Serial 0133 of 8 June 1942.

[19] Battle of Midway: 4-7 June 1942, Online Action Reports: Commanding Officer, USS Hornet, Serial 0018 of 13 June 1942.

[20] Battle of Midway: 4-7 June 1942, Online Action Reports: Commanding Officer, USS Yorktown, of 18 June 1942.

[21] Battle of Midway: 4-7 June 1942, Online Action Reports: Commander Task Force SIXTEEN, Serial 0144A of 16 June 1942.

Lire également du même auteur : dans la série "les leçons de la bataille de Midway":

  • Penser l'Océan avec Midway
  • Midway (13) : Commentaires généraux
  • Midway (12) : La bataille du 4 juin 1942
  • Midway (11) : Appareillages et transits des forces
  • Midway (10) : Le dispositif américain
  • Midway (9) : Le plan d’opération japonais
  • Midway (8) : Projets japonais après Pearl Harbor
  • Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor
  • Midway (6) : Lacunes mises en évidence par Pearl Harbor et conséquences
  • Midway (5) : La montée vers la guerre
  • Midway (4) : La situation immédiate
  • Midway (3) : Le terrain
  • Midway (2) : Retour sur le passé: effet mémoire
  • Midway (1) : Une OPA hostile ratée
  • Dans la série "les leçons de l'Océan":

    Dans la série "analyse stratégique":


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