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La responsabilité des Européens face aux nouveaux risques de sécurité

La responsabilité des Européens face aux nouveaux risques de sécurité

Discours de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense, devant le Centre autrichien pour la politique européenne de Sécurité. Vienne, le 1er décembre 2005. Source: DICoD.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à remercier le Centre pour la politique européenne de Sécurité de m’avoir invitée à m’exprimer ici, dans ce lieu prestigieux, à l’occasion de mon voyage en Autriche, un mois jour pour jour avant le début de la présidence autrichienne de l’Union européenne.

La France et l’Autriche entretiennent depuis fort longtemps d’excellentes relations politiques, économiques et culturelles, et je souhaite qu’il en soit de même dans le domaine essentiel qu’est celui de la défense. L’Autriche est située au cœur de l’Europe, elle est donc particulièrement bien placée pour appréhender la problématique de l’élargissement. Les dix pays qui ont rejoint l’UE l’an dernier ont certes une histoire récente différente de la nôtre, mais nous sommes aujourd’hui les détenteurs d’une culture européenne commune.

Aujourd’hui, nous devons continuer à construire cette Union européenne à 25. Ceci, malgré les échecs des referenda sur le projet de traité constitutionnel au printemps dernier, en France et aux Pays Bas. Pour ceux, ici ou là, qui s’inquiètent des difficultés de l’Europe, la défense apparaît comme l’une des antitodes au découragement. J’ai pu le constater lors de la campagne référendaire en France il y a quelques mois : l’Europe de la défense est le domaine de réflexion et d’action qui a été le moins affecté par les résultats négatifs. Je suis sûre que beaucoup des nouveaux membres de l’UE attendent beaucoup de cette défense européenne qui continue de progresser sans heurt depuis trois ans. Cette Europe de la défense, elle existe, et peut fournir je crois des réponses aux défis de ce début de 21ème siècle .

  • Le premier défi qui nous préoccupe, c’est celui du terrorisme.

Les attentats de New York, Washington, Madrid, Istanbul, Londres, Charm el-Cheikh ou Amman, ont montré que le terrorisme faisait partie de notre actualité quotidienne.

Le terrorisme n’est pas un phénomène nouveau. De nombreux pays, dont la France, ont souvent été frappés par une terreur aveugle et gratuite. Il y a dans le terrorisme de masse une forme de nouveauté inquiétante. Il nous est difficile de neutraliser ses auteurs car ceux-ci sont parfois déjà intégrés dans la société.

Ils sont le plus souvent inconnus des services de renseignements. Ils seront encore plus à même de déjouer la vigilance de ces derniers s’ils parviennent un jour à se doter de certaines armes, chimique ou bactériologique, difficilement détectables en l’état actuel de la technologie.

  • Le second défi, justement, ce sont les armes de destruction massive.

Longtemps, l’arme nucléaire fut réservée aux grandes puissances. Elle visait à garantir une forme de stabilité mondiale. En effet, l’arme nucléaire n’est pas distinguée à être employer mais à dissuader l’ennemi d’attaquer.

Ces dernières années, on a vu l’émergence de nouvelles capacités.

Des pays comme l’Iran ou la Corée du Nord cherchent aujourd’hui à rejoindre ce club nucléaire, ainsi qu’à se doter de lanceurs qui conférerait à leur capacité une dangerosité maximale. Nous sommes ici à Vienne, siège de l’AIEA. La troïka européenne qui coordonne les efforts de la communauté internationale dans la gestion délicate du problème nucléaire iranien attend aujourd’hui des autorités iraniennes qu’elles tiennent leurs engagements de ne pas développer leurs installations nucléaires dans un but militaire.

Aujourd’hui, le risque existe que des groupes terroristes ou même mafieux soient en mesure de concocter artisanalement une bombe sale.

Et les armes chimiques et bactériologiques constituent un vrai danger.

  • Le troisième défi est celui des conflits régionaux

Parallèlement au terrorisme, la guerre traditionnelle sévit toujours. Du Caucase à l’Angola, de la Palestine au Pakistan, de l’Afghanistan à l’Afrique, sans oublier l’Irak, quotidiennement endeuillé par des attentats.

De gigantesques arsenaux alimentent ces conflits et nourrissent les trafiquants. Des sociétés de mercenaires encouragent les affrontements.

On pourrait ajouter la multiplication des « zones grises », ces régions échappant à toute règle, nationale comme internationale.

Toutes ces causes d’instabilité nous concernent. Le terrorisme est une menace permanent, les trafics d’armes et de drogue aboutissent chez nous. Les crises ont pour conséquence une immigration irrégulière incontrôlable.

Face à ces nombreuses situations explosives, il convient d’apporter des réponses : même si elles ne sont pas seulement militaires, elles sont avant tout militaires.

Je ne fais pas partie de ceux qui peuvent que l’effort de défense doit se limiter aux exigences de la sécurité intérieure. Nous devons agir sur un plan global.

Il convient tout d’abord d’établir une politique de défense réaliste et ambitieuse, à la hauteur des périls. La France a depuis trois ans une loi de programmation militaire qui lui donne les moyens d’assumer ses responsabilités, à l’égard de ses concitoyens comme de ses alliés.

  • Pourtant, c’est au niveau européen que les réponses doivent être trouvées.

En dépit des hésitations de l’Europe politique et du « non » aux referenda en France et aux Pays-Bas, l’Europe de la défense continue à avancer, tant en matière d’opérations qu’en matière de capacités. Il convient de profiter de cet élan. L’Union européenne est devenue un acteur crédible et reconnu dans la gestion des crises militaires.

La PESD s’est illustrée à de multiples reprises :

- par la réussite des opérations de gestion de crise de l’UE sur le terrain, comme en Macédoine, en République démocratique du Congo et aujourd’hui en Bosnie.
- par la contribution d’unités européennes aux opérations de l’OTAN en Afghanistan et au Kosovo.
- Les autres opérations au Darfour, au Congo, en Indonésie permettent aux Européens de s’impliquer dans des domaines nouveaux, couvrant un large spectre d’actions civiles et militaires.
- L’Europe fait ainsi une utilisation de ses forces armées dans les catastrophes naturelles – comme lors du récent tremblement de terre au Pakistan.
- L’Europe est en train de développer Recamp à un niveau européen. Recamp est un mécanisme d’assistance militaire aux pays africains dans les domaines de la formation, de l’entraînement et de l’équipement. Il est prévu d’en faire un nouvel élément de coopération entre l’UE et l’Union africaine.

  • En second lieu, nous avons renforcé les outils de l’UE lui permettant d’élargir son champ d’action

Je trouve absurde tout esprit de concurrence entre l’UE et l’OTAN. Les moyens européens et américains se complètent et se renforcent mutuellement.

Les enjeux actuels justifient une coopération approfondie, à l’image de la coopération exemplaire qui existe entre l’Union et l’OTAN dans les Balkans, où coexistent des opérations militaires des deux organisations et un engagement civil et de sécurité de la part de l’UE.

Chacun d’entre nous a des atouts spécifiques, des liens particuliers avec certains acteurs régionaux, des méthodes de gestion de crises propres et différentes.

  • En cette période de crises, nous avons besoin de tous nos moyens.

Notre ambition, aujourd’hui, est de multiplier le nombre d’instruments à la disposition de la PESD

En ce qui concerne les opérations, les principaux outils sont en place ou en cours d’établissement. Ils permettent d’évaluer les situations de crise, d’élaborer une réponse politique adaptée et de lancer les actions nécessaires.

Nous avons également développé des capacités de réaction rapide autonomes. Aujourd’hui, 25 États membres dont l’Autriche se sont déjà engagés à former 13 groupements tactiques pouvant déployer 1500 hommes en moins de deux semaines. Je souhaite que nous ayons prochainement l’occasion de déployer un groupement tactique sur une opération autonome, d'une intensité semblable à celle de l'opération Artémis.

La mise en place dès le début de l’année 2006 de la Force de Gendarmerie Européenne répond à un besoin opérationnel avéré, en particulier dans les situations de sortie de crise. Elle sera lancée officiellement dans quelques semaines.

Je souhaite aussi que le centre de conduite d’opération soit rapidement mobilisé. Seul un centre européen permettra en effet aux citoyens européens de visualiser l'engagement de l'Union et de se l'approprier.

  • Ces démarches sont techniquement et politiquement cohérentes.

Elles apportent un complément concret et visible à la PESD. Il appartient à l’Europe d’utiliser ses capacités dans des opérations nouvelles et ambitieuses où elle pourra montrer l’étendue de ses savoir-faire.

Pour accompagner les futures opérations de l’Union, nous devons développer une culture stratégique européenne commune. C’est le sens de la création du Collège européen de défense et de sécurité, qui fonctionne déjà de manière exemplaire.

Dans le domaine de la formation, nous avons déjà beaucoup de coopérations bilatérales dans ce domaine qui peuvent servir de point de départ. Je pense à la coopération franco-allemande pour la formation des pilotes de Tigre ou franco-belge pour la formation de pilotes de chasse.

Enfin, il nous faut continuer à construire les capacités adéquates pour l’Europe de la défense. Les capacités européennes se renforcent aussi en multilatéral par des programmes communs de coopération. Les programmes A400M, NH90, TIGRE, METEOR, SCALP, FREMM, démonstrateurs d'avions de combat sans pilote participent à combler les lacunes capacitaires de l’Union.

Mais surtout, l'Agence européenne de défense constitue l'exemple même de ce que les Européens sont capables de faire pour faire progresser la construction européenne. La semaine dernière, l’ensemble des ministres de la défense européens ont voté son deuxième budget opérationnel, avec une hausse de 66%.

Dans le domaine de la recherche, l’Agence devra aussi jouer un rôle de fédérateur des efforts des États membres dans des secteurs comme les drones, le ravitaillement en vol ou encore le spatial. Les Européens doivent être capables de maîtriser ensemble les technologies critiques.

  • En conclusion, je voudrais vous faire partager ma conviction que la Défense a un rôle clé à jouer pour relancer l’idée européenne.

Nous sommes tous conscients des incertitudes survenues après les referenda français et néerlandais du printemps dernier.

L’Union Européenne possède la deuxième devise internationale. Elle demeure la première puissance commerciale du monde. Elle véhicule des valeurs essentielles dont nous devons être fiers, une vision du monde.

Sans surprise, elle suscite le respect de nombreux pays. Même la Turquie cherche à nous rejoindre. Nous devrons à cet égard peser le pour et le contre et interroger nos concitoyens. Quant à la Russie, elle veut développer un dialogue suivi avec l’UE.

C’est pourquoi, dans un monde multipolaire, l’Europe doit pouvoir posséder une capacité commune à défendre ces valeurs.

  • La Politique de Défense et de Sécurité commune est une réalité forte.

Elle a ses savoir-faire propres, ses instruments, ses modes de fonctionnement. Cette politique correspond à une véritable attente, aussi bien chez les citoyens de l’Union Européenne que dans les pays voisins qui veulent en faire partie. Les Européens savent que le développement de la PESD contribue à leur sécurité au quotidien.

Pour ma part, je souhaite que la Défense continue à montrer la voie d’un projet européen qui, n’en doutons pas, reprendra très vite son cheminement. Soyez assurés que j’y mettrai toute mon énergie.
 


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