Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

Sécurité du Golfe: les contributions de la France et de l'Europe

Sécurité du Golfe: les contributions de la France et de l'Europe

Intervention de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense, lors de la seconde session du ‘Gulf Dialogue’ organisée à Bahreïn du 2 au 4 décembre 2005 par l'Institut International d’Études Stratégiques (IISS). Bahreïn, le 3 décembre 2005. Source: DICoD, Paris.

Tout d’abord, je tiens à remercier chaleureusement le Dr John Chipman, directeur de l’Institut International d’Études Stratégiques de m’avoir invitée à m’exprimer. Le rendez-vous du « Gulf Dialogue » à Bahreïn est désormais traditionnel. Ma présence souligne l’importance que la France attache à cette partie du monde. Situé au cœur de deux régions critiques en terme de stabilité – le Moyen-Orient et l'Asie centrale - le Golfe constitue un véritable carrefour des civilisations. Il est aussi un carrefour des préoccupations économiques et sécuritaires dans le monde.

Il dispose de richesses énergétiques inégalées. C’est dans le même temps une région qui souffre de déséquilibres et de tensions. De la stabilisation de l’Irak aux risques de prolifération d’armes de destruction massive, en passant par la coexistence entre arabes et persans, entre sunnites et chiites ou à l’équilibre délicat entre États de taille différente : tous ces facteurs hypothèquent sa stabilité.

Or en matière de sécurité, le Golfe arabo-persique apparaît à beaucoup comme une chasse gardée des États-Unis. Les enjeux énergétiques et stratégiques de cette région sont essentiels pour Washington: stabilisation de l’Irak, dissuasion de l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, et « protection » des États du Conseil de Coopération du Golfe. La présence militaire massive américaine est la preuve du caractère prioritaire que représente cette zone, et ceci de façon durable.

Dans ces conditions, aujourd’hui, cela veut-il dire que la France et l’Europe se désintéressent de ce qui s’y est passé sur le plan de la sécurité ? La France et l’Europe ne sont-elles pas concernées ? Si, elles le sont.

De mon point de vue, l’Europe peut apporter une contribution très importante à la région : tout d’abord, parce qu’elle est y déjà un acteur de poids ; ensuite, parce que nous Européens, estimons être en mesure de pouvoir apporter nos expériences et notre aide à la stabilisation du Golfe.

L’Europe est déjà un acteur important dans le Golfe, parfois à travers les relations que des pays européens entretiennent avec la région, parfois globalement.

La France et le Royaume-Uni, par leur géographie, leur histoire, leur culture, sont depuis longtemps des partenaires essentiels des pays du Golfe. Des pays européens entretiennent des liens culturels et scientifiques avec les pays de la région, y compris l’Iran. De nombreux étudiants de ces pays viennent faire leurs études dans des universités européennes. Des pays comme l’Italie, la Grèce ou la France ont constaté récemment une nette augmentation du nombre d’étudiants du Golfe. Ils viennent notamment de Bahreïn, du Koweït et d’Arabie Saoudite. L’institut de Sciences Politiques à Menton, dans le sud de la France, devient ainsi un carrefour pour les étudiants des pays du Golfe. De même, à Abou Dhabi, une antenne de la Sorbonne (Paris III) s’est récemment ouverte avec le projet de lancer une université de langue française. Je m’en réjouis.

D’autre part, l’Union européenne est le premier partenaire commercial du Golfe. Les entreprises européennes sont présentes dans des domaines aussi variés que les télécommunications, l’électronique, les transports, l’énergie ou la finance.

Dans le domaine de la défense et de la sécurité, la France et le Royaume-Uni ont chacun des relations significatives avec de nombreux pays du Golfe : accords de défense, présence militaire, coopération en matière d’équipements. La France, par exemple, a signé des accords de défense avec le Koweït, les Émirats Arabes Unis et le Qatar.

Elle conduit des exercices d’envergure avec les forces armées des Émirats Arabes Unis. Elle est présente militairement au Qatar. Elle est aussi le premier fournisseur d’équipements militaires de ces deux pays.

Nos navires effectuent très régulièrement des escales à Bahreïn et en Oman, où notre coopération progresse également en matière d’équipement.

Avec l’Arabie Saoudite, la France entretient également une relation forte et croissante, tant dans le domaine de la coopération militaire que de l’équipement.

L’Europe – plus exactement l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France - coordonne les efforts de la communauté internationale dans la gestion délicate du problème nucléaire iranien. La troïka européenne attend aujourd’hui des autorités iraniennes qu’elles tiennent leurs engagements de ne pas développer leurs installations nucléaires dans un but militaire. C’est une préoccupation et une responsabilité très importantes des Européens.

L’Europe joue donc, d’ores et déjà, un rôle majeur dans la sécurité du Golfe. L’Europe peut apporter des éléments spécifiques dans le domaine de la stabilisation.

  • Les propositions européennes relèvent de différents domaines :

Tout d’abord, l’Union européenne est une référence en matière de réconciliation et de coopération. La France et l’Allemagne se sont souvent affrontées par le passé. Aujourd’hui, leur relation très proche illustre la proximité que peuvent avoir deux nations autrefois adversaires.

Certes, le Golfe n’est pas l’Europe. Cependant, l’Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe (OSCE) peut servir de référence pour établir des mesures de confiance régionales susceptibles de déboucher sur une coopération entre les États.

L’OSCE, qui a été créée en 1975, est composée de 55 pays membres. Elle a pour rôle d’anticiper les conflits et de faire le suivi des crises régionales.

Dans le Golfe, le Conseil de Coopération des États Arabes du Golfe (CCEAG) est déjà une structure de coopération dans le domaine économique ; dans le domaine de la sécurité intérieure et du renseignement ; pour la lutte anti-terroriste ou concernant la lutte contre le trafic de drogue. Le Yémen y est associé depuis un an. Et lorsque l’Irak sera stabilisé, il aura intérêt à faire partie d’une telle architecture régionale de sécurité.

L’expérience et l’expertise des Européens peut donc être utile pour avancer dans cette voie.

Par ailleurs, en cas de crise, l’Europe de la défense a développé une série d’instruments qui peuvent en faire un partenaire intéressant pour le Golfe :

Les Groupements Tactiques 1500 permettent de déployer 1 500 hommes en moins de 15 jours sur un théâtre d’opération. 20 États se sont déjà engagés à former des groupements tactiques ;

La Force de Gendarmerie Européenne, sera lancée officiellement début 2006 : elle permettra de couvrir la totalité du spectre des missions de sécurité publique lors des différentes phases d’une crise ;

Grâce à ces capacités, l’Union européenne peut intervenir en cas de crise. Elle peut aussi aider à la formation d’officiers.

Nous mettons également en place une culture stratégique européenne commune à travers la formation, et plus précisément le Collège européen de défense et de sécurité.

Enfin, l’Europe a commencé à mettre en place des mécanismes de coopération régionale en dehors de ses frontières dont nous pourrions nous inspirer pour développer des actions communes: Recamp est un mécanisme d’assistance militaire aux pays africains dans les domaines de la formation, de l’entraînement et de l’équipement. Il est prévu d’en faire un nouvel élément de coopération entre l’UE et l’Union africaine ; le dialogue sur la sécurité en Méditerranée Occidentale dit du ‘5+5’ regroupe cinq pays d’Europe du Sud et les cinq pays membres du Maghreb arabe concernés par les questions de terrorisme, de sécurité, ou encore d’immigration illégale.

S’agissant du Golfe, il me semble que ces exemples de coopération régionale pourraient contribuer à une action conjointe entre l’UE et le CCEAG. Je crois en effet utile d’approfondir le dialogue déjà étendu entre nos deux organisations en le complétant par un volet stratégique.

Cela permettrait : d’échanger des analyses sur les questions de sécurité d’intérêt commun ; d’envisager une coopération en matière d’expertise, de formation, voire ultérieurement d’exercices conjoints.

Je suis convaincue que le moment est venu de passer à une étape supérieure de notre coopération.

Toutes les régions du monde sont amenées à s’interroger sur la façon pour elles de mieux assumer leurs responsabilités dans la prise en charge de leur propre sécurité.

On constate dans ce domaine une multiplication des structures de coopération entre États d’une même région : l’Union africaine, le groupe de Shanghai pour l’Asie centrale, le dialogue stratégique d’Asie de l’Est…

Il est donc naturel que la région du Golfe, riche en histoire et en potentiel, s’interroge, elle aussi, sur le bénéfice d’une architecture régionale de sécurité.

Certes, ses spécificités font qu’il s’agira d’un processus progressif - comme cela a d’ailleurs été le cas en Europe - pour surmonter les méfiances héritées de l’histoire.

Mais le monde multipolaire se développe rapidement. L’Europe est un acteur politique qui s’affirme dans le domaine de la sécurité et elle jouit d’une véritable expérience.

Je considère qu’il est grand temps que les pays européens et les riverains du Golfe renforcent leur coopération dans ce domaine, afin de contribuer ensemble à la stabilisation de cette région vitale pour le monde.


Derniers articles

Verdun 2016 : La légende de la « tranchée des baïonnettes »
Eyes in the Dark: Navy Dive Helmet Display Emerges as Game-Changer
OIR Official: Captured Info Describes ISIL Operations in Manbij
Cyber, Space, Middle East Join Nuclear Triad Topics at Deterrence Meeting
Carter Opens Second DoD Innovation Hub in Boston
Triomphe de St-Cyr : le Vietnam sur les rangs
Dwight D. Eisenhower Conducts First OIR Missions from Arabian Gulf
L’amiral Prazuck prend la manœuvre de la Marine
Airmen Practice Rescuing Downed Pilots in Pacific Thunder 16-2
On ne lutte pas contre les moustiques avec une Kalachnikov...
Enemy Mine: Underwater Drones Hunt Buried Targets, Save Lives
Daesh Publications Are Translated Into Eleven Languages
Opération Chammal : 10 000 heures de vol en opération pour les Mirage 2000 basés en Jordanie
Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux
Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews
Carter Welcomes France’s Increased Counter-ISIL Support
100-Plus Aircraft Fly in for Exercise Red Flag 16-3
Growlers Soar With B-1s Around Ellsworth AFB
A-10s Deploy to Slovakia for Cross-Border Training
We Don’t Fight Against Mosquitoes With a Kalashnikov
Bug-Hunting Computers to Compete in DARPA Cyber Grand Challenge
Chiefs of US and Chinese Navies Agree on Need for Cooperation
DoD Cyber Strategy Defines How Officials Discern Cyber Incidents from Armed Attacks
Vice Adm. Tighe Takes Charge of Information Warfare, Naval Intelligence
Truman Strike Group Completes Eight-Month Deployment
KC-46 Completes Milestone by Refueling Fighter Jet, Cargo Plane
Air Dominance and the Critical Role of Fifth Generation Fighters
Une nation est une âme
The Challenges of Ungoverned Spaces
Carter Salutes Iraqi Forces, Announces 560 U.S. Troops to Deploy to Iraq
Obama: U.S. Commitment to European Security is Unwavering in Pivotal Time for NATO
International Court to Decide Sovereignty Issue in South China Sea
La SPA 75 est centenaire !
U.S. to Deploy THAAD Missile Battery to South Korea
Maintien en condition des matériels : reprendre l’initiative
La veste « léopard », premier uniforme militaire de camouflage
Océan Indien 2016 : Opérations & Coopération
Truman Transits Strait of Gibraltar
Navy Unveils National Museum of the American Sailor
New Navy, Old Tar
Marcel Dassault parrain de la nouvelle promotion d’officiers de l’École de l’Air
RIMPAC 2016 : Ravitaillement à la mer pour le Prairial avant l’arrivée à Hawaii
Bataille de la Somme, l’oubliée
U.S., Iceland Sign Security Cooperation Agreement
Cléopatra : la frégate Jean Bart entre dans l’histoire du BPC Gamal Abdel Nasser
Surveiller l’espace maritime français aussi par satellite
America's Navy-Marine Corps Team Fuse for RIMPAC 2016
Stratégie France : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande
La lumière du Droit rayonne au bout du chemin





Directeur de la publication : Joël-François Dumont
Comité de rédaction : Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
Comité militaire : VAE Guy Labouérie (†), GAA François Mermet (2S), CF Patrice Théry (Asie).

Contact