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L’enthousiasme est une maladie qui se gagne

L’enthousiasme est une maladie qui se gagne

Discours de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre français de la défense lors de ses vœux à la presse à Paris le jeudi 12 janvier 2006. (Seul le prononcé fait foi). Source: DICoD.

    Monsieur le Président,

Merci pour les mots que vous venez d’avoir à mon égard, et pour les vœux que vous adressez à notre Défense.

Pour la 4ème fois, nous nous retrouvons en ces lieux pour débuter une nouvelle année. Être un responsable politique, c’est savoir tirer les enseignements du passé. C’est aussi et surtout réfléchir aux pistes de l’avenir.

Michèle Alliot-Marie et Hamlaoui Mekachera ministre délégué aux Anciens Combattants face à la presse (Photo Roland Pellegrino, Ministère de la défense).

Michèle Alliot-Marie et Hamlaoui Mekachera - Photo Roland Pellegrino

En commençant cette année 2006, je pense à un mot de Voltaire : « L’enthousiasme est une maladie qui se gagne ». Mon ambition, c’est de rendre contagieux mon enthousiasme pour la Défense qui est aussi un enthousiasme pour la France, car l’une ne va pas sans l’autre. Certes, cela ne fait pas vraiment écho au pessimisme ambiant et à l’idéologie du déclin qui fait fureur en ce moment. C’est le produit qui s’est le mieux vendu en 2005. Il est temps de le mettre en solde.

Je sais qu’il y a de vraies difficultés, qu’il faut régler. Elles ne font pas pour autant de la France un pays en déclin. Des pays en déclin, il m’arrive d’en traverser, et je peux vous dire qu’ils n’ont rien à voir avec la France. Les voyages que j’ai effectués récemment, en Afghanistan et dans le Golfe, n’ont fait que me conforter dans cette pensée.

La voix, l’influence de la France, ne peuvent et ne pourront néanmoins totalement s’exprimer que si les Français croient en elle, que si les Français croient en eux. La France est un pays singulier qui ne sait pas vivre sans ambition. Pour moi, 2006 doit être l’occasion de redéfinir une ambition, donner à chacun une perspective.

Aujourd’hui, par votre intermédiaire, je veux émettre trois vœux pour la France et pour les Français

- Le vœu d’une Défense forte ;
- Le voeu d’un pacte social refondé ;
- Le vœu d’une envie d’Europe renouvelée.

  • Mon premier vœu, c’est une Défense forte.

Il n’y a pas de nation puissante sans un outil de défense crédible. La Défense est un élément fondateur de l’existence, de la sécurité, de la puissance d’un pays. Face au danger pas toujours palpable, mais bien réel, la France a besoin d’une défense forte, en situation de vigilance permanente. La sécurité des Français commence loin de nos frontières. Les foyers d’instabilité sont le ferment du terrorisme, de la prolifération des armements, des trafics de toutes natures.

Contre ces menaces, nos forces armées engagées en opérations extérieures continueront à assumer leur mission avec compétence, professionnalisme, dévouement total. Je tiens à rendre un hommage particulier à ceux de nos militaires qui ont été tués ou blessés dans l’accomplissement de leur devoir au service de la France.

Si le premier devoir de l’Etat, c’est d’assurer la sécurité des citoyens, le premier devoir d’un homme d’Etat, c’est de donner à son pays les moyens de sa défense.

Grâce à la LPM 2003-2008 et à sa stricte exécution, nous avons redressé la Défense française. Cet effort doit impérativement se poursuivre dans la durée. C’est une conviction forte sur laquelle je ne transigerai jamais.

Les controverses et les interrogations sur le budget de la défense montrent qu’il demeure un combat quotidien. Pas seulement comme ministre de la Défense, mais bien comme responsable politique, je serai toujours au premier rang de ce combat, où que je sois. Oui, une armée efficace et crédible, c’est une question essentielle, car elle est liée à l’ambition de la France.

Être responsable, c’est aussi voir plus large pour anticiper les défis à venir.

Les crises de demain trouveront certainement leur origine dans les déséquilibres toujours plus criants entre les populations dans le monde. Les questions de développement démographique, les problèmes d’approvisionnement énergétique, de préservation des équilibres naturels, de ressources en eau, sont les batailles dont dépend la stabilité du monde de demain, et notre propre sécurité.

Nous devons nous préparer à y répondre avec tous nos moyens, diplomatiques, économiques, militaires quand il le faut. La puissance que nous confère notre outil de défense, c’est le signal donné au monde que la France participera en première ligne à ce combat pour la sécurité globale.
Notre pays y participera d’autant mieux qu’il sera plus sûr de lui-même, plus assuré de sa cohésion nationale.

  • C’est la raison pour laquelle mon deuxième vœu, c’est de voir refonder le pacte social.

Notre pacte républicain repose sur une idée simple mais toujours neuve : chaque Français a et doit avoir sa place dans la Nation. Il doit avoir sa chance dans la vie. Ce pacte, c’est le fondement de l’unité nationale, de notre « vivre ensemble ».

Au cœur de notre pacte social, il y a la sécurité, la sécurité au quotidien.

La vigilance de l’Etat est un devoir. La possibilité de prendre les transports sans se faire agresser, l’assurance que les enfants rentrent de l’école en toute quiétude, des professeurs qui font leur métier sans être menacés : voilà quelques exemples de libertés fondamentales que l’État a pour mission de défendre pour chacun, notamment au profit des plus fragiles, ceux que l’âge, la santé, le lieu de vie, exposent davantage que les autres à la violence.

Oui, je plaide pour que ne revienne pas le temps de la naïveté et du laxisme. Les Français ont besoin aujourd’hui de savoir qu’il existe une politique de sécurité sereine mais ferme.

Au cœur de notre pacte social, il y a l’égalité républicaine.

Il ne s’agit pas d’égalitarisme, qui nivelle par le bas les capacités et les talents ; ni d’uniformité, qui formate les destins et clone les ambitions. C’est même le contraire : c’est le principe éminemment républicain de l’égalité des chances. Le sentiment d’appartenance à une nation ne peut exister si certains pensent que les jeux sont faits dès le départ et qu’ils sont exclus de la possibilité de progresser, de réussir.

L’égalité des chances, c’est un principe, cela doit être un combat. Ce n’est pas par hasard si j’ai intitulé le plan emploi de mon ministère en direction des jeunes en difficulté « Défense deuxième chance ».

Aujourd’hui, j’en ai la conviction, ce combat passe, pour tous les Français, par l’octroi d’une deuxième, voire d’une troisième chance, pour ceux qui n’ont pas pu ou su saisir la première.

Cela vaut pour l’école, pour l’accession à l’emploi, mais aussi pour la place de chacun dans notre république. Cela doit être notre combat, ce sera le mien.

Je suis fière d’appartenir à un gouvernement qui agit en ce sens, notamment avec le plan de cohésion sociale, et qui commence à avoir des résultats concrets, comme le montre en particulier le début de la baisse du chômage.

L’égalité républicaine, pour moi, c’est la promotion sociale fondée sur le mérite. La réussite doit être l’horizon de tous les Français. Comment le traduire ?

La formation permanente doit être développée pour permettre à chacun de progresser tout au long de sa carrière et permettre, à travers la promotion professionnelle, la promotion sociale. Il y a en France des centaines de milliers d’ambitions. Il faut que l’Etat les encourage et les facilite. Tout doit favoriser les projets individuels, à commencer par ceux des jeunes qui s’engagent dans la vie active : aides ciblées, baisse du coût du travail, systèmes de prêt, etc.

Ce qui est important, c’est que le pacte social repose sur le sentiment de justice, cette justice qui fait correspondre l’effort, le mérite et la réussite. Cela passe par une progression du pouvoir d’achat des Français. Cela concerne l’impôt, accepté quand il est une juste expression de la solidarité, mais intolérable quand il ne sait pas reconnaître l’effort accompli et quand certains ont l’impression d’une spoliation permanente.
Cette reconnaissance des hommes et des femmes, qui est à la base du pacte social, cela passe aussi par l’idée gaulliste de la participation, celle qui permet aux salariés de bénéficier des résultats de leur entreprise, qui au-delà, leur permet de contribuer à la décision, y compris aux décisions politiques.

Dans un monde en perpétuelle évolution, notre pacte social est constamment à réinventer. Pour autant, on ne saurait écarter ce qui l’a fondé, et notamment le concept de solidarité. C’est le rôle de l’Etat que de savoir aider, non pas pour assister, mais pour donner le coup de pouce nécessaire à ceux qui ont le plus de difficulté à y parvenir.

Refonder notre pacte social exige enfin une lutte quotidienne contre toutes les discriminations et contre tous les communautarismes. Le communautarisme a pour fonction de regrouper. Il a comme effet d’exclure. Il fait passer le « vivre entre nous » avant le « vivre ensemble ».

Chaque Français compte, chaque Français doit être écouté et entendu. Les différences sont une chance ; ce sont elles qui ont forgé notre pays.
En s’enrichissant de leurs différences et pour peu qu’ils demeurent fiers de ce qui les a construit, les Français ne se perdront pas, ils s’affirmeront. La France ne s’abandonnera pas, elle se fortifiera.

Mme Michèle Alliot-Marie pendant son allocution. Photo Roland Pellegrino, Ministère de la défense.

Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense - Photo Roland Pellegrino

  • Mon troisième vœu, c’est de redonner à la France l’envie d’Europe.

Je sais que le scepticisme est de mise. L’échec du référendum a été un traumatisme. L’illusion du « plan B » a fait long feu, en France comme chez nos partenaires. On entend bien peu ceux qui s’étaient engagés sur son existence.

Je suis gaulliste. Gaulliste et européenne, car j’ai la conviction que plus d’Europe, c’est plus de capacités pour la France de se faire entendre dans le monde.

Il est donc temps de réagir. L’Europe a perdu une bataille, pas la guerre. Des initiatives vigoureuses s’imposent. La France va les prendre, car notre pays ne peut se résoudre à laisser ce projet capital se perdre dans la seule controverse budgétaire.

Pour autant, pour redonner envie d’Europe, il nous faut combattre ce qui désole nos peuples : dépersonnalisation, éloignement, confusion, opacité. Pour sortir de la crise en Europe comme ailleurs, il faut redonner de la force et du sens du politique. La politique, c’est d’abord les citoyens. A trop construire l’Europe sans eux, on leur a donné le sentiment qu’on la construisait contre eux.

A ce propos, permettez-moi cette remarque.

La construction de l’Europe ne dépend pas uniquement, même si c’est important, d’une constitution acceptée ou refusée. Dans notre pays, le débat sur les institutions nationales ou supranationales est récurrent. Il refait surface, de temps à autre, en fonction de l’air du temps ou des opportunités. Ce débat est naturellement licite et respectable.

Moi, ma conviction, c’est que rien ne se résout par un texte, si fondamental soit-il. Il est illusoire de penser que tout procède de l’organisation, de l’institution, ou de la fonction de tel ou tel, si éminente soit-elle.

C’est notre rapport aux citoyens qu’il faut changer, c'est-à-dire notre manière de faire de la politique. Il y a aujourd’hui une rupture entre le citoyen et la politique. C’est une certaine façon de faire de la politique qui ne plaît plus. Il faut concevoir le rôle de chaque Français comme acteur politique autour du maître mot de participation démocratique. Cette volonté-là, j’en ai la certitude, ne risque pas d’évoluer au gré des modes ou de pulsions du moment, car elle est fondatrice du lien républicain.

Sur le terrain économique et social, l’Europe n’a pas besoin de gardiens du temple. Elle a besoin d’audace. Notre pacte européen ne doit pas être seulement de stabilité ; il doit aussi être de croissance.

J’ai la conviction que c’est par la mise en place de projets concrets et ambitieux que nous redonnerons l’envie d’Europe. L’exemple de la Défense peut être imité en biens d’autres domaines.

Je vous parlais il y a un instant de l’ambition et de la mission de la France. Je ne doute pas qu’initier le redémarrage de l’Union européenne sera pour notre pays une perspective enthousiasmante, peut-être celle-là même qui fait défaut à notre jeunesse pour qu’elle trouve un idéal, un projet, la confiance.

On peut être enthousiaste sans être naïf.

La France est un pays puissance, une Nation référence. Elle l’est par son histoire, par son message, par l’attente et l’espoir qu’elle génère dans le monde. La France est un vieux pays d’avenir.

Mais avoir des ambitions pour la France, cela veut dire agir. Et l’action suppose la volonté et la force. La force, chacune et chacun d’entre nous en a besoin, pour lui et pour son action.

Aujourd’hui, je veux donc simplement et très sincèrement souhaiter à chacun et chacune d’entre vous une bonne année, faite de succès et de satisfactions, dans votre vie personnelle et professionnelle.

Aux Français, je souhaite en outre du courage, de l’ambition, et de la réussite. Du courage, car rien ne s’acquiert jamais dans la facilité. De l’ambition, car c’est l’une des marques de fabrique de notre pays, de notre peuple, et l’un de nos moteurs personnels. De la réussite, car c’est une quête légitime.

Mesdames et messieurs, au cours d’une récente lecture, quelques lignes m’ont marquées. Je me suis dit qu’elles résumaient à leur manière, le sens de mon combat. Je vous livre donc cet apologue en forme de conclusion :

Au Moyen-âge, un passant s’arrête et interpelle un homme en plein effort : « Pourquoi donc accumules-tu toutes ces pierres les unes sur les autres ? Cela n’a pas de sens de passer ainsi ses jours ». L’autre lui répond : «Moi, je construis des cathédrales

Bonne année à tous.

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