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Les drones

Les drones : une arme de supériorité tactique pour les armées modernes

Cette chronique © est tirée de la revue Défense N° 120, datée de mars-avril 2006. Nous la reproduisons ici  avec l'autorisation de son auteur, Joël-François Dumont (*). Paris, le 15 mars 2006.

 [1]

 

Au fil des conflits récents, les drones ont acquis une place reconnue dans les armées modernes. Aux mains de l’armée israélienne, ils prouvent leur efficacité lors de la guerre du Liban en 1982. A l’occasion des opérations Desert Storm en 1991 dans le Golfe, Allied Force dans les Balkans en 1999, et Enduring Freedom en Afghanistan les drones confirment leur utilité dans la conduite des opérations militaires, conduisant les armées modernes à se doter progressivement de systèmes de drones, particulièrement de drones tactiques. Au Kosovo par exemple, 70% des renseignements optiques ont été obtenus par des drones tactiques rapides, alors que tous les autres moyens aériens étaient cloués au sol par les intempéries.

Ceux-ci se caractérisent par leur aptitude à opérer dans des conditions d’environnement sévères depuis des zones dépourvues de toute infrastructure, avec pour mission de délivrer du renseignement en temps réel pour le commandement et les unités engagées sur le terrain. Ils trouvent donc leur place sur tout le spectre des engagements, des opérations de maintien de la paix aux missions de stabilisation, jusqu’aux engagements de haute intensité.

 

Photo © Jean-Michel Guhl.

 Photo © Jean-Michel Guhl

 

C’est pour répondre à ce besoin que Sagem Défense-Sécurité a développé et produit le système de drones tactiques Sperwer. Outre l’Armée de terre française dans le cadre du programme SDTI (Système de Drones Tactiques Intérimaire), le Sperwer a été adopté d'abord par les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, la Grèce et enfin par le Canada. Les Canadiens ont même démontré ses qualités en opérations réelles, dans des conditions d'emploi (altitude) très difficiles au cours d'un premier déploiement en Afghanistan avec un très court préavis.

 

Sergent Roxanne Clowe, Caméra de combat des Forces canadiennes.

 

Photo Sergent Roxanne Clowe, Caméra de combat des Forces canadiennes

 

Un nouveau déploiement de 2 000 hommes a été envoyé en Afghanistan en mars dernier, avec « une escadrille de CU-161 Sperwer, véhicules aériens sans pilote (UAV), qui a commencé à assurer la surveillance dans le Sud de l'Afghanistan le 9 mars 2006. Le Sperwer est envoyé très loin à l'intérieur du territoire hostile, où il serait extrêmement dangereux de déployer un hélicoptère. L'artillerie canadienne pilote aussi l'avion à partir d'une station de commande mobile au sol et fait fonctionner la caméra à la fine pointe de la technologie du Sperwer, aux côtés de pilotes du 408e Escadron tactique d'hélicoptères » (Source: Ministère de la défense du Canada)

 

Photo prise le 15 mars 2006 par le Sergent Roxanne Clowe, Caméra de combat des Forces canadiennes.


Le Bombardier-chef Jean-François Latulippe (en haut à droite) et le Bombardier Nicolas Blanchet (en haut à gauche), du 5e Régiment d'artillerie légère du Canada, installent le drone sur la plateforme avant son lancement à l'aérodrome de Kandahar (Afghanistan) le 15 avril 2006..

Lancement d'un drone depuis Kandahar par des artilleurs du 5ème RA canadiens.


Photo : Sergent Carole Morissette (Force opérationnelle en Afghanistan)

 

En ce moment même, le Canada redéploie donc ses Sperwer pour une seconde campagne en Afghanistan. Un beau succès pour l’industriel français qui n’a pas échappé à Maryse Bergé-Lavigne et à Philippe Nogrix, sénateurs et membres de la Commission de la Défense et des Forces Armées du Sénat qui ont rendu public leur rapport le 1er mars dernier intitulé : « Les drones dans l’Armée Française ». Les deux parlementaires ont souligné à cette occasion « le potentiel d’évolution du système » tout en détaillant les résultats à l’exportation de cette production française obtenus dans un contexte fortement concurrentiel : 16 systèmes Sperwer pour 92 drones produits à ce jours pour les forces armées.

 

Dernières vérifications avant lancement - Photo © Jean-Michel Guhl.

 

Dernières vérifications avant lancement - Photo © Jean-Michel Guhl

Projetable, le Sperwer comprend une station de contrôle, une station de transmission, une catapulte, un véhicule de reconditionnement et plusieurs véhicules aériens.

L’ensemble du système est très mobile de manière à progresser avec la manoeuvre. Lancés par catapulte, les véhicules aériens présentent l’avantage de pouvoir rejoindre à bref préavis une zone d’intérêt et ainsi soutenir rapidement l’action des unités engagées. De petite taille, 4,2 m d’envergure, les drones Sperwer sont difficilement détectables. Servi par un personnel réduit, intégrant un capteur performant, ce système permet à une force armée de disposer de nouveaux moyens de recueil de renseignement en complément d’autres moyens (avions, hélicoptères, satellites, équipes HUMINT), et cela sans risquer la vie d’un équipage.

La tacticité du Sperwer s’accompagne d’une avionique très performante. Le segment sol du système permet de gérer deux drones simultanément. La station de contrôle assure la préparation et la conduite d’une mission ainsi que l’exploitation et la transmission des données recueillies. Intégrées à une boule gyrostabilisée, les caméras jour et infrarouge du Sperwer peuvent fixer un objectif au sol, y compris un véhicule évoluant à grande vitesse, sans être affectées par les mouvements du drone. Assurant une liaison avec les drones jusqu’à 180 km de distance, la station de transmission est quant à elle généralement postée sur un point dégagé, une fibre optique la reliant à la station de contrôle. L’autonomie importante des véhicules permet en outre de maintenir une surveillance constante sur les objectifs, de jour comme de nuit. Porté par un aéronef évoluant à quelques centaines de mètres d’altitude, les capteurs optroniques fournissent alors une image de grande qualité, la taille réduite des véhicules aériens constituant un facteur de discrétion et donc de protection face aux menaces éventuelles. Pour le retour au sol, le Sperwer déploie un parachute et gonfle trois airbags pour se poser en douceur. L’aéronef est ensuite reconditionné pour une nouvelle mission.

Photo © 2ème RA lors de manœuvres à Canjuers.

Photo © 2ème RA lors de manœuvres à Canjuers

  • Les drones tactiques sont de véritables multiplicateurs de forces

Participant à la maîtrise de l’information, ils sont déterminants dans les engagements de haute intensité, en rapprochant le capteur du tireur (concept sensor-to-shooter) en temps réel. Leur efficacité se mesure donc aussi à leur capacité à s’intégrer à des dispositifs de combat infocentré en réseaux. Dès lors, un système de drones tactiques peut fournir en temps réel une information fiable et précise aux états-majors et aux centres de coordination, apte qu’il est à enrichir un processus « Observation, Orientation, Décision, Action » en boucle courte. Il offre ainsi la possibilité au commandement d’orienter la manœuvre, ou de faire intervenir ses appuis (artillerie, aéronefs, etc.) sur les cibles identifiées, qu’elles soient fixes ou mobiles. Les drones interviennent ensuite pour l’évaluation des frappes.

Dans le cas de la France, le Sperwer est mis en œuvre par le 61e Régiment d’Artillerie, seul régiment d'artillerie à porter la fourragère aux couleurs du ruban de la Légion d’honneur pour la conduite héroïque de ses "Diables noirs" pendant la 1ère Guerre Mondiale. Basé près de Chaumont, le 61ème R.A. tient garnison sur une ancienne base aérienne américaine sur les communes de Villiers-le-Sec et Semoutiers-Monsaon, ce qui lui permet de s'entraîner et de tester ses systèmes.

Subordonné à la brigade de renseignement, le 61e Régiment d’Artillerie a pour mission [2] de fournir au chef interarmées, dans de courts délais, les renseignements de situation et d’objectif nécessaires à la conception, puis à la conduite de sa manœuvre, ainsi qu’au traitement des objectifs dans la profondeur. Il est le régiment de renseignement d'origine image de l'armée de terre. Pour cela, il utilise des systèmes de drones SDTI qui disposent de transmissions avec différents systèmes C2 : ATLAS (artillerie), MARTHA (coordination 3ème dimension) et SIC-F (commandement des forces).   

Si en 2004, la troisième et dernière génération numérique de drones Sperwer a connu quelques problèmes techniques, ceux-ci sont aujourd'hui résolus et le taux d'utilisation par "le client", l'Armée de Terre, est considéré comme « satisfaisant ». Il n'en va pas de même pour l'Armée de l'Air qui elle, depuis plus de deux ans, attend toujours ses Eagle 1, un drone MALE acheté « pour servir de démonstrateur » à la société israélienne IAI, dérivé du Héron produit il y a une quinzaine d'années, par l'intermédiaire d'EADS chargé de le doter d'une liaison satellitaire et de divers capteurs et équipements. Cet engin était censé faire beaucoup mieux que le Predator américain, un système décliné depuis en plusieurs versions, et employé quotidiennement par l’US Air Force, la CIA, l’Armée de l’air italienne, et demain par l'US Army. Résultat: un programme qui jusqu'ici a coûté fort cher à EADS, qui n'est toujours pas commandé et qui, s'il l'était demain, ne le serait que par la France, d'où une très sévère critique adressée par les rapporteurs de la Commission de la défense et des Forces Armées du Sénat à l’adresse à la fois de la DGA et d’EADS.

  • Une première en Auvergne

Drone Sperwer à Montluçon: Photo © Joël-François Dumont.

Drone Sperwer à Montluçon: Photo © Joël-François Dumont

La Société Sagem Défense Sécurité du Groupe SAFRAN a encore marqué un point d'avance sur tous ses concurrents, non-américains, en ouvrant en février dernier sur l'aéroport de Montluçon, en accord avec l'Aviation civile, la DGAC, une zone pour tester en vol ses véhicules aériens tout près de l'usine où ils sont construits. C'est une "première" après le certificat décerné par l'armée de l'air royale des Pays-Bas, il y a quelques années déjà, autorisant le Sperwer néerlandais, à voler au-dessus de certaines zones habitées du royaume.

Joël-François Dumont

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] N°120 Mars-avril 2006. Défense est la revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (BP 41-00445 Armées).

[2] Le 61e Régiment d'Artillerie: historique et mission.

Articles du même auteur parus dans la rubrique "Renseignement" de la revue Défense :


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