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Du célèbre canon de 75 à la révolution de l'information

Du célèbre canon de 75 à la révolution de l'information

L'artillerie française en un siècle et demi a été à l'origine de plusieurs inventions qui ont révolutionné l'art de la guerre, parmi lesquelles on compte au moins une vingtaine de systèmes d'armes innovants que les armées de terre étrangères ont soit achetés soit copiés. On pense bien sûr au célèbre "canon de 75, modèle 1897", qui fut le premier canon à tir rapide au monde [1] ou encore au 155 AUF1 [2]. Si l'on parle des systèmes informatiques de l'Armée de Terre mis au point par des Artilleurs, on rappelle bien sûr ATILA [3], système aujourd'hui remplacé par ATLAS [4] et combien d'autres qui ont même connu de grands succès à l'exportation. En l'espace de dix ans, l'Armée de Terre française s'est engagée à la fois dans une réorganisation majeure tout en poursuivant sa révolution numérique [5] et en modernisant ses systèmes et ses matériels. La conviction du CEMAT, son chef d'état-major, le général d'armée Bernard Thorette (*), telle qu'il l'a exprimée dans la revue Défense [6], c'est que l'AdT a connu « depuis la suspension du service national en 1996, après la mise en place de la professionnalisation, une véritable refondation, en transformant l'organisation de son commandement, en partant à la reconquête de sa ressource humaine, en modernisant ses structures et ses équipements, tout en faisant face à ses nombreuses missions, sur et hors du territoire national... » Pour notre confrère Roger Bensadoun (*), l'avenir de cette armée « s'inscrit dans la perspective des évolutions du contexte stratégique et de l'État. A cet effet » précise-t-il, « il s'agit de moderniser certaines fonctions opérationnelles, comme le commandement, le renseignement et la logistique...» Joël-François Dumont (*), dans une première chronique [7]  nous a fait découvrir « le renseignement d'origine humaine: une spécificité armée de Terre ». Après s'être fait ouvrir les portes d'un prestigieux régiment de cavalerie, le 2ème Hussards (« les Hussards bruns de Chamborant »), il a cette fois profité de l'organisation d'une journée "portes-ouvertes" pour découvrir le célèbre 61ème Régiment d'artillerie, les illustres "diables noirs". Deux régiments de l'Armée de Terre qui jouent un rôle éminent et complémentaire à la fois en matière de recueil de renseignement, même si leur spécificité et les moyens employés sont fort différents. Nous reproduisons cette chronique © publiée dans le N°122 de la revue Défense avec l'autorisation de son auteur, Joël-François Dumont. Paris, le 1er août 2006.

  • Guerre moderne 1914: Nos Artilleurs surnommés les « Bouchers Noirs » en action. Mise en batterie d'un 75 près de Dixmude

 

 Photo Bauer-Marchet (1914) © Archives 61e RA

« L'Artillerie française, je la hais » disait le maréchal von Hindenburg, rappelé en 1914 à la tête de l'État-major général allemand… Aucun doute, les artilleurs du 61ème RAC que les canonniers allemands ont surnommé en août 1914 les « diables noirs » lors de la bataille de Pierrepont allaient entrer à leur tour dans la légende (la tenue des artilleurs de l'époque était noire avec bandes de pantalon, collet et pattes de parement écarlates) et n'ont pas du faire changer d'avis le vieux maréchal lors de la bataille de l'Argonne en 1915 ou à Verdun en 1916…

 

Les officiers du 61e RAC posent à Verdun (1914) -- Archives 61e RA.

 

Les officiers du 61e RAC posent à Verdun (1914)

 

Avec neuf citations décernées pendant la Première Guerre Mondiale, le 61e deviendra le "premier de la fourragère". Un régiment d'exception : le seul régiment d’artillerie à porter la fourragère rouge dans notre Armée de Terre qui voit dans le 61e RA un modèle pour l'artillerie de demain.

 

 

Tenue d'officier du 61e RAC : noire avec bandes de pantalon, collet et pattes de parement écarlates

Installé à Chaumont-Semoutiers depuis le 1er juillet 1999 au quartier d’Aboville, sur l’ancienne base stratégique américaine du 48th Fighter Bomber Wing (« l’escadre de la statue de la Liberté »), le 61e RA est aujourd'hui intégré à la Brigade de Renseignement (BR) dont l’État-major est à Metz, où il se trouve être « l’unique régiment de renseignement d’origine image de l’Armée de terre ».

 

 

Plaque commémorative en l'honneur du 403e RA et Insigne du 61e RA

 

Le 61e est la dernière « version » des 6e et 7e RA. Traditionnellement, deux régiments d’acquisition d’objectifs. Le 6 a été engagé en Bosnie avec du CL 289 [8], un drone rapide ; le 7 en Albanie avec des Crécerelle [9], un drone lent.

 

 

Exposition statique d'un CL 289 au Quartier d’Aboville

Ce que peu de gens savent, c’est que ce 7e RA a été le premier régiment au monde à être doté de drones rapides, dés 1974, [10], avec des R 20, puis des CL 89 et enfin des CL 289.

  • Pourquoi les drones sont-ils apparus dans l’Artillerie ?

Parce que la portée des lanceurs a crû au-delà de celles des capteurs au sol. Le drone, initialement chercheur d’objectif s’est rapidement imposé depuis quelques années comme un outil de renseignement d’objectif incontournable.

Les 1er et 2 juillet derniers, le 61e Régiment d’Artillerie a organisé des journées portes ouvertes, une occasion de souligner les capacités opérationnelles de son nouveau système de drones tactiques SDTI  [11], système mettant en œuvre les véhicules aériens Sperwer A.

  • Le SDTI : un système de drones tactiques prêt pour les OPEX

Développé et produit par Sagem Défense Sécurité, [12] le système SDTI a été déclaré opérationnel en avril 2006. Depuis cette date, les deux batteries du régiment équipées chacune de deux systèmes, déploient une activité particulièrement soutenue. Un véritable motif de satisfaction pour le colonel d’Alès de Corbet, chef de corps du 61e RA, son régiment étant aujourd’hui « un outil de renseignement entièrement opérationnel ».

 

 

Le Colonel de Corbet suivant le vol d'un Sperwer à Semoutiers

 

Acheté par six pays (Pays-Bas, Suède, France, Danemark, Grèce et Canada) le Sperwer A, dans sa dernière livraison numérique, est l'un des très rares avions sans pilote à être doté d'une centrale inertielle [13]. Actuellement déployé avec succès par les Canadiens en Afghanistan, le système a atteint « l'âge mûr » et a déjà un grand frère : le Sperwer B. Outre des performances étendues en termes d’endurance (classe 12 heures) et une capacité d’emport doublée par rapport à celle du Sperwer A, il embarquera une charge utile dotée d’un capteur optronique Sagem améliorée d’un facteur 3, répondant ainsi aux besoins identifiés lors d'opérations militaires récentes. Il a de plus été conçu pour pouvoir emporter des charges externes, notamment un armement air-sol léger.

 

 

 

 Vol d'essai d'un Sperwer B à Kemijärvi (Finlande, juin 2006)

 

Avec ses Sperwer, le 61e est, depuis le 1er Juillet, en alerte au titre de la NRF 7 [14] en tant que « pourvoyeur d'un noyau ISTAR », ce qui équivaut à une reconnaissance internationale pour ce régiment, partagée par tous nos artilleurs. Jusqu'ici assurée par les drones rapides CL 289, qualifiés NRF depuis longtemps, la prochaine contribution pourra donc être renforcée par les quatre systèmes SDTI en dotation dans le régiment. Preuve de la confiance de nos « diables noirs » dans leur système SDTI pendant ces deux jours de fête, ils ont effectué deux démonstrations en vol d’un Sperwer pendant 20 minutes. Une « première » devant un public et les personnalités de la région ravis de voir projetées sur grand écran et commentées dés le lancement par catapulte  « en direct » des images vidéo et infrarouges de très grande qualité, obtenues en temps réel grâce à la boule optronique gyrostabilisée embarquée par le drone.

Mission accomplie, le drone télépiloté est chargé sur un camion après un atterrissage réussi à l'aérodrome de Kandahar (Afghanistan). Les Sperwer canadiens sont mis en œuvre conjointement par des aviateurs et par des artilleurs canadiens spécialement entraînés.

 

Photo Sgt Roxanne Clowe, Caméra de combat des Forces canadiennes

 

Ce statut opérationnel du SDTI donne en effet au 61e RA la possibilité d’utiliser librement la zone aérienne temporaire LR5 dessinée à l’ouest du Quartier d’Aboville. Pentagone de 50 km dans son axe est-ouest, et de 60 km dans son axe nord-sud, ce polygone est activé par NOTAM lors des vols des drones SDTI. Créé en 2000, cet espace permet dès lors un entraînement intensif des opérateurs du SDTI, jusque là obligés de rejoindre les terrains militaires du Larzac ou de Mourmelon.

 

 

Exposition statique d'un SDTI au Quartier d’Aboville

 

Depuis avril, 6 à 8 vols d’entraînement de drones Sperwer sont réalisés chaque semaine, ce « rythme hebdomadaire pouvant être porté à 12 missions, si nécessaire », autant de vols d’entraînement qui impliquent l’ensemble des 17 véhicules aériens en dotation au régiment. « La limite opérationnelle n’est pas technologique, mais elle s’explique par la charge de travail des artilleurs pour la mise en œuvre, l’exploitation du renseignement et le reconditionnement de chaque véhicule aérien » explique l’officier chargé de la sécurité des vols, le capitaine Philippe Tédesco. L’effort est porté « sur deux volets essentiels : l’acquisition de la technique de vol combinée à la réalisation d’une mission de renseignement image d’une part, et d’autre part l’aptitude à la manœuvre en appui d’une grande unité ou dans le cadre d’un déploiement de la Brigade de Renseignement ».

  • Une capacité ISTAR pour les opérations interarmes et interarmées

Les drones SDTI confirment dès lors leur capacité ISTAR (Intelligence Surveillance, Target Acquisition and Reconnaissance) sur tout le spectre des engagements militaires, en interarmes comme en interarmées. En opérations, les batteries SDTI fonctionneraient avec une dotation opérationnelle de 12 véhicules aériens, pour des missions de surveillance d’une durée pouvant atteindre quatre heures avec un rayon de 80 km depuis la station de contrôle au sol. Le 61e RA conserve aussi cinq véhicules aériens en réserve.

 

 

Installation d'un Sperwer A sur sa rampe de lancement à Canjuers

 

En novembre 2005, à l’occasion de la manœuvre TOLL organisée par la Brigade d’Artillerie à Canjuers, le Sperwer a démontré son aptitude à opérer dans un processus capteurs effecteurs en boucle courte fonctionnant en temps réel. Pour ce faire, un artilleur doté d’un terminal ATLAS avait pris place dans la station sol du SDTI, directement relié aux batteries de 155 mm et de LRM : quelques secondes suffirent entre l’envoi des coordonnées de tir depuis la station sol du drone et la séquence de tir des batteries, le drone servant ensuite à l’évaluation immédiate des dommages (BDA). A noter que cet exercice avait aussi mobilisé d’autres moyens aériens de la Brigade de Renseignement : l’escadrille de Gazelle Viviane [15] et les Cougar Radar Horizon [16] du 1e RHC de l'ALAT [17] ainsi qu’une patrouille de recherche dans la profondeur du 2e Régiment de Hussards [18], capable elle aussi de transmettre les coordonnées d’un objectif, mais aussi et surtout de le surveiller dans la durée et d’apporter ce que seul un capteur humain reste capable de faire : une appréciation de situation en direct.

 

Autre développement opérationnel récent pour le SDTI : son intégration au bataillon de renseignement multicapteur (BRM), une unité expérimentale constituée à partir de différentes composantes de la BR qui avait été mise en place lors de la manœuvre Guibert 2005 [19] du Commandement de la Force d’Action Terrestre. Ce concept, expérimenté à nouveau au cours de la manœuvre Joint Sword 06 à Wildflecken en RFA, un exercice du corps germano-néerlandais avec moyens de simulation (Computer Assisted Exercice ou CAX), au sein duquel la division française armée par l’État-major de Force N°4 de Limoges, sous le commandement du Général de Division Lecerf. Le dispositif s’était vu renforcé d’un BRM armé par tous les types de capteurs de la BR (patrouilles de recherche profondes du 2e RH, équipes HUMINT du Groupement de Recueil de l’Information, système SDTI, Gazelle Viviane et Cougar Horizon du GAR, systèmes de guerre électronique du 54e RT) commandés par le PC du 2e Régiment de Hussards renforcé de spécialistes des différents capteurs. Cet exercice contrôlé par le CEERAT [20] servait de dernier ban d’essai du concept de BRM qui semble maintenant confirmé par les résultats obtenus. Pour le Colonel Martin Renard, chef de corps du 2e Hussards qui a commandé pendant deux semaines ce bataillon répondant aux interrogations de la division dans l’ensemble de sa zone d’intérêt en complément des moyens non spécialisés propres au brigades interarmes : « le BRM est véritablement, comme le dit le Général Blervaque commandant la BR, la structure générique de la recherche spécialisée multicapteurs.  Grâce aux capacités de traitement primaires que fournit le système d'information GRANITE NG2 équipant l’ensemble des régiments de la BR, le BRM se révèle être un outil d’une grande efficacité opérationnelle pour le G2 de la division, notamment. »  

 

Le souhait du Colonel d’Ales de Corbet est aussi de « contribuer avec ses drones SDTI à des missions de sécurité civile ».

   

Autre intérêt actuel de cette unité : le 61e RA avec les drones SDTI de l’Armée de terre se présente comme pourvoyeur de capacités ISTAR au profit d’un dispositif aérien ou aéroterrestre. C’est une option émergeante en l’absence actuellement de drones dans l’Armée de l’air, un trou capacitaire qui s’explique précisément par les retards de trois ans pris dans la réalisation du programme SIDM (Système Intérimaire de Drones MALE). [10]

 

La contribution du SDTI aux opérations de l’Armée de l’air reposerait alors sur le principe du Détachement de Liaison (DL) affecté à une composante de commandement Air, un CAOC par exemple. L’engagement du SDTI pourrait prendre aussi la forme d’un DL prenant place dans la cellule 3D d’un état-major de force terrestre. L’intégration à ces dispositifs aéroterrestres complexes serait basée sur le système MARTHA [21] qui a pour fonction la coordination des unités de l'Armée de terre dans la 3ème dimension.

 

 

Système MARTHA

 

Last but not least, un quart des moyens d’exploitation satellitaires de l’armée française est en service au 61e RA. « Ce travail à valeur stratégique permet non seulement le suivi des conflits où la France est engagée mais également la surveillance de toutes les zones de tension afin de préserver notre pays de toute surprise » commente le lieutenant Dominique Rambaud, ORP du 61e.

 

 

Système d'Aide à l'Interprétation Multisources (SAIM)

 

Les « diables noirs » disposent ainsi d'une cellule d’exploitation multisources et d'un système d’aide à l’interprétation multisources (SAIM) [22], chargée de la réalisation de dossiers d’objectifs incluant des images provenant de différents capteurs [23] (satellites, drones, Mirage F1 CR, unité de recueil de renseignement d’origine humaine ou électromagnétique). De quoi préparer les opérations en évitant les dégâts collatéraux lors de frappes ou pour permettre un maximum d’efficacité lors d'opérations de recherche.

 

Joël-François Dumont

 

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] Lors de l'éclatement de la Première Guerre Mondiale, croyant en une guerre courte, la France, contrairement à l'Allemagne, avait privilégié l'artillerie de campagne (légère), comme elle l'avait déjà fait en 1870, en la cantonnant dans un rôle d'appui, misant à la fois sur la mobilité et la rapidité de tir, tandis que l'Allemagne s'était dotée d'une artillerie lourde conséquente, avec des canons à grande portée.

Le général de Castelnau, CEMG avec le général Joffre, Commandant en Chef des Armées Françaises.

Le général de Castelnau, CEMG avec le général Joffre, Commandant en Chef des Armées Françaises

Les Français ne combleront leur retard dans ce domaine qu'en 1916 en créant cinq régiments d'artillerie lourde. Par contre, leur canon de 75 mm "modèle 1897" d'une conception révolutionnaire surclassera le canon allemand de 77. Le 75 fut l'invention de deux polytechniciens: Joseph Albert Deport et de Charles Etienne Sainte-Claire Deville. Le premier, le commandant Deport, dirigeait les Ateliers de Puteaux.en 1892 quand on lui confia l'étude d'un nouveau canon à tir rapide, projet cher au général Mathieu. L'idée était de reprendre les travaux de l'ingénieur allemand Haussner, interrompus faute de succès.

Photo S. Farges (1914)

Premier canon à tir rapide au monde, le 75 homologué en 1897, créa une révolution dans l'artillerie. Précisons que les canons modernes utilisent toujours son système. A l'époque, le départ de l'obus faisait reculer toute la pièce d'artillerie sur ses roues et déplacer l'affût obligeait à remettre en batterie et à repointer entre chaque coup. On en tirait un ou deux par minute. Les recherches furent réalisées dans le plus grand secret et en intoxicant l'espionnage allemand (Affaire Dreyfus) sur un lien élastique entre le canon et l'affût. C'était en fait un frein hydraulique ajouté à un récupérateur à gaz qui réduisait le recul sans le transmettre à l'affût qui ne bougeait donc plus et remettait le tube exactement sur ses éléments de tir. Le 75 tirait ainsi huit à dix coups par minute. En une minute, il envoyait donc cinq à six fois plus d'obus sur l'objectif.

Canon français de 75 criblé de coups de retour de la ligne de feu

« Afin d'induire en erreur les services de renseignements adverses (prussiens, en particulier), trois pièces de 75 seront mises à l'étude en 1892 : les modèles A et B, à court recul, sur lesquels des fuites seront volontairement organisées, et le modèle C, à recul long, sur fonds secrets et entouré d'une discrétion absolue. Le 75 A sera presque immédiatement abandonné. Les travaux continueront sur le 75 B, de façon à laisser croire que ce sera la pièce retenue ; le capitaine Ducros, responsable des essais, recevra même une lettre de félicitations ministérielle qui lui fera croire que son prototype serait adopté. Une fois la production en grande série du canon de 77 Mle 96 lancée par la Prusse, il deviendra presque impossible à ce pays de faire machine arrière en envoyant au rebut ses canons neufs ; mais le 75 C2 ne sera montré que de loin et rapidement, lors de la revue du 14 juillet 1899, où les similitudes de forme continueront à laisser croire qu'il s'agit du 75 B, et il faudra voir les performances de l'arme en action pour que les autres pays réalisent qu'il s'agit d'une arme différente, et bien plus performante ». ("Les évolutions de l'armée française sous la IIIème République", Extrait)

Les artilleurs sont à l'honneur (1914) - Le général Sainte Claire grand-officier de la Légion d'Honneur (1916)

Les premiers exemplaires furent mis en service en 1898 et employés pour la première fois en Chine, puis au Maroc et dans les Balkans. Pendant la Première Guerre Mondiale, le canon de 75 passa dans la légende. Les Américains l'adoptèrent comme canon de campagne de leur corps expéditionnaire. Ils en équipèrent plus tard leur Sherman M3 et M4 et même leurs bombardiers B-25 Mitchell. Les Allemands eux-mêmes utiliseront en 1942 sur le front de l'Est des centaines de canons de 75 capturés en Pologne et en France transformés en canons anti-chars pour lutter contre les T-34/76 russes. Les derniers exemplaires furent retirés du service à la fin de la guerre d'Algérie.

Pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur l'histoire de l'Artillerie, les hommes qui l'ont dirigé dont certains ont souvent été à l'origine d'inventions qui ont fait évoluer l'art de la guerre en ayant mis au point des armes révolutionnaires, emblématiques, comme le système Gribeauval dont un canon sera reconstitué et exposé au 8ème RA début décembre 2006, ou encore d'autres systèmes qui ont fait l'admiration des artilleurs du monde entier, en particulier des Allemands et des Russes, on ne peut que recommander la lecture des chapitres publiés par l'AMAD, les Amis du Musée de l'Artillerie à Draguignan : "les premiers tâtonnements", "de Louis XIV à la Révolution", "de la Révolution à la Restauration", et "du Second Empire à la Guerre de 1914-1918"), repris sur l'excellent site de la Fédération Nationale de l'Artillerie où l'on trouvera également divers liens vers les sites des amicales des anciens ayant appartenu à des régiments prestigieux.

[2] Le 155 AUF1: Presque cent ans plus tard, les ingénieurs et artilleurs français rééditaient l'exploit avec le 155 AUF1 (automoteurs France F1 de 155) dit "GCT" pour "Grande cadence de tir", en réalisant une pièce à chargement automatique à douille combustible envoyant six obus de 45 kilos en 45 secondes. Un canon de 155mm destiné à équiper les régiments d'artillerie de divisions blindées, deux à trois fois plus rapide que ses homologues des autres pays. Les AUF1 disposent aussi de navigateur terrestre dont les capacités sont similaires à celui du VIT. Le chargement du canon est automatique. Il aura suffi de quelques rafales de 155 depuis le mont Ingman pour calmer les Serbes de Bosnie en 1995 et permettre les accords de Dayton.

 

La France dispose depuis 1979 d'un parc de près de 270 automoteurs de 155 (AUF1), construits par le GIAT. Le matériel actuel est constitué de deux sous-ensembles principaux : un châssis AMX 30 B et une tourelle équipée d'une artillerie de 155 mm (version AUF 1) et d'une conduite de tir inertielle pour la version AUF 1 T. 

 

 

AUF 1

 

« Le système AUF1, qui consiste en une tourelle montée sur châssis AMX et équipée d'un canon de 155 mm avec chargement automatique des charges et des obus, a pour mission de fournir des feux d'appui et indirects au contact, des feux dans la profondeur, de couvrir des opérations de maintien de la paix et de participer à des actions ponctuelles de destruction à caractère préventif ou de rétorsion. Le canon 155 AUF1, en service depuis 15 ans, fait l'objet d'un programme de rénovation qui porte sur 174 exemplaires. Le programme vise à augmenter la portée des système actuels et se décompose en deux volets : une partie du parc (104) conserve l'artillerie actuelle, l'autre partie (AUF2 pour 70 exemplaires intègre une nouvelle artillerie au standard OTAN (52 calibres). La livraison des exemplaires rénovés sera échelonnée sur toute la durée de la programmation à venir . Le coût total du programme est de 250,1 millions d'euros avec un coût unitaire qui varie selon les versions entre 0,51 et 1,62 million d'euros. » (Source Sénat: Rapport fait au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées (1) sur le projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale, relatif à la programmation militaire pour les années 2003 à 2008, par Serge Vinçon (19.12.2002). Extrait. Sur les caractéristiques et les capacités du canon de 155 Automoteur F1 de 155mm, ou du 155 TRF1, voir également l'excellent site de la Fédération Nationale de l'Artillerie.

 

[3] ATILA Système d'Automatisation du tir et des liaisons de l'artillerie: système informatisé de transmission lancé dans les années 1970 destiné à relier les différents acteurs de la chaîne de tir et de permettre le tir d'emblée, rapide. Il a été remplacé en 2004 par le système ATLAS.

 

 

Système ATILA

 

[4] ATLAS (Automatisation des Tirs et Liaisons de l'Artillerie Sol-sol/canon) réalisé sous la maîtrise d'œuvre de Thales, est un système d'information et de communication des régiments d'artillerie canon. ATLAS CANON est la nouvelle génération des systèmes de commandement et de conduite des feux sol/sol. Ce système coordonne d'une part les moyens d'acquisition d'objectifs, de commandement, de support logistique et assure les fonctions temps réel liées à l'exécution des tirs et fournit les applications nécessaires à la manœuvre, au commandement des régiments d'artillerie et à l'acquisition du renseignement. "Le programme Atlas canon est un système d'automatisation de la gestion des tirs d'artillerie qui permet le traitement des demandes de tir en temps réel par la mise en relation de la gestion de l'information et des communications des régiments d'artillerie avec les moyens d'acquisition d'objectifs, de commandement, de support logistique et de tir.

 

Système ATLAS.

 

Système ATLAS

 

Le système doit être adaptable à des configurations diversifiées de moyens d'artillerie suivant le niveau des forces engagées, le type de manœuvre considéré et l'évolution de la manœuvre. Il doit être interopérable avec les autres systèmes de commandement de l'armée de terre. Un système est constitué de 30 stations-shelter, chacune étant dotée de moyens radio et informatiques. Dans sa première version, les systèmes pris en compte sont le TRF1 et l'AUF1 ; une version ultérieure prendra en compte l'AUF2. Le programme a été lancé en 1995 pour le développement et en 2000 pour la production de neuf systèmes. Sept systèmes seront livrés au cours de la proc aine période de programmation, le dernier régiment à équiper sera livré en 2005. Le coût prévisionnel global du programme est de 303,2 millions d'euros" (Source Sénat). ATLAS canon est interopérable avec les autres systèmes de l'espace de bataille ainsi qu'avec les systèmes des artilleries alliées. 9 Systèmes sont attendus.

 

[5] Lire « L'Armée de Terre française au XXIème siècle: vers le combat infocentré en réseau » in La lettre de Guerrelec N°21 de Mai 2004.

 

[6] Dossier sur "l'armée de Terre, aujourd'hui et demain" in Défense N°120, la revue des auditeurs de l'IHEDN, daté de mars-avril 2006. Défense est la revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (BP 41-00445 Armées).

 

[7]  Lire "Les drones : une arme de supériorité tactique pour les armées modernes" in Défense N°120 (mars-avril 2006).

 

[8] Le CL 289: Le CL 289 est un système de reconnaissance destiné à l'acquisition de renseignements d'ordre opératif et tactique. Successeur du système CL 89, il est le résultat d'une coopération industrielle trilatérale entre le Canada, l'Allemagne et la France, équipe la brigade de renseignement. Il est composé du missile CL 289 et d'un système de préparation et d'interprétation des vols des engins de reconnaissance (PIVER) développé et produit uniquement en France.

 

 

Exposition statique d'un CL 289 au Quartier d’Aboville

 

D'un poids de 240kg le missile peut atteindre une vitesse de 720km/h à une altitude maximum de lancement de 2 700m. Pénétrant à 150km au-delà des lignes adverses, sur une trajectoire programmée d'un maximum de 400km, le CL 289 peut effectuer des prises de vue optiques utiles jusqu'à 900m d'altitude et en IR jusqu'à 600m. Grâce à sa caméra (jour) photographique pouvant exécuter 200km de prises de vue et à un analyseur infrarouge (jour-nuit), le missile a une précision de localisation de 10m après corrélation entre carte et photo.

 

Le système CL289 a démontré ses capacités pour la surveillance des accords de Dayton en 1996 puis lors des frappes de l'OTAN au Kosovo, il a montré la fiabilité des renseignements qu'il pouvait fournir. Un drone CL289 représente environ 10% du coût d'un Mirage F1CR. (Sources: SIRPA Terre et Fédération Nationale de l'Artillerie).

 

[9] Le Crécerelle est un système à base d'aérodynes légers télécommandés destiné à l'acquisition d'informations pour le renseignement d'ordre tactique, dans le cadre de crises de faible ou de moyenne intensité. A l'issue des expérimentations MART (Mini Avion de Reconnaissance Tactique) menées par la STAT de 1985 à 1993, et à partir des enseignements tirés des essais conduits au 8e Régiment d'Artillerie (régiment "AUSTERLITZ") ainsi que de son engagement dans la première guerre du Golfe (1992), une fiche d'expression de besoins adressée par l'EMAT à la DGA/DME a permis de lancer une opération à coût objectif baptisée Crécerelle. Premier système de ce type à entrer en service, il est appelé à être remplacé par le SDTI à l'été 2003.

 

 

Exposition statique d'un Crécerelle au Quartier d’Aboville

Le système Crécerelle proprement dit, constitué de deux véhicules VLRA 4X4 et d'une remorque permettant de transporter six véhicules aériens démontés, comprend :

  • 1 centre de contrôle et d'exploitation.
  • 1 dispositif de lancement et de tir (DTL).
  • 1 dispositif de récupération et reconditionnement (DDR).
  • 6 avions.

Le centre de contrôle et d'exploitation (CCE) est le véritable cœur de système. Il assure les fonctions de programmation des vols, de télécommande du vecteur en temps réel, de visualisation de la télémesure, de réception et d'exploitation des images transmises pendant le vol. Le dispositif de lancement et de tir (DLT) permet le lancement de l'avion au moyen d'une catapulte à sandow ou pneumatique. En sortie de rampe, l'avion autonome ne nécessite pas de télépilotage à vue et se trouve directement en vol programmé. L'avion est contrôlé par un calculateur embarqué qui réalise l'autopilotage et la navigation, dans le cadre du suivi d'un programme de vol, ou bien le contrôle de l'altitude, en cas de télécommande par le CCE. (Sources: SIRPA Terre et Fédération Nationale de l'Artillerie).

En fait comme nous l'ont signalé plusieurs officiers du 61ème RA, le Crécerelle s'avère être un excellent drone qui n'a certes pas les capacités du Sperwer mais qui pourrait de ce fait encore rester pendant plusieurs années en dotation dans le régiment.

[10] Dans un rapport très documenté sur « le renseignement par l'image » intitulé « Des espions au service de la paix? » présenté au nom de la Commission des finances, de l'économie générale et du plan de l'Assemblée Nationale, par Jean-Michel Boucheron, député d'Ille-et-Vilaine (PS), passe en revue les différents systèmes de drones en service dans nos armées. Le rapport constate que le développement de tels systèmes est prometteur tout autant que l'étendue des fonctions qu'on leur prête. A propos de ces avions télépilotés, le rapporteur rappelle que « Côté français, seule l'armée de Terre a rapidement perçu les potentialités des drones, mais elle s'est d'abord (octobre 1992) fourvoyée dans le développement du Brevel, encore marqué par une logique de guerre froide et principalement destiné au guidage des tirs d'artillerie, sans possibilité de transmission de données.

 

Pour ce qui est du programme SIDM, la France qui se proclamait « nation-cadre » en matière de drones MALE en Europe a accumulé des retards tels que les "contraintes budgétaires" ne suffisent pas à justifier. Montrant la DGA du doigt, le rapporteur souligne que « les procédures encadrant les programmes d'armement y étaient certainement pour beaucoup » ajoutant qu'Il « n'est pas question de contester l'utilité du code des marchés publics mais de plaider, au moment où on le réforme, pour son assouplissement au titre des évaluations de nouveaux matériels de pointe. Les armées disposent de dotations peu élevées pour assurer cette veille opérationnelle et acheter sur étagère des matériels en quantité très limitée pour les tester, mais elles n'arrivent pas à les consommer, tellement la procédure juridique d'achat est longue et complexe. Le temps que l'autorisation soit donnée (quelquefois au terme de plusieurs années), l'objet est déjà obsolète. Même les forces spéciales ne semblent pas disposer de dérogations, alors que leur vocation est d'être équipées avec des équipements de pointe. »

 

 

Jean-Michel Boucheron s'entretenant avec le général François Mermet

 

En conclusion, au cours d'un entretien avec le général François Mermet, ancien DGSE, et avec l'auteur le 23 juillet 2001, M. Boucheron a dressé un dernier constat: « Contrairement aux États-Unis, on perd beaucoup trop de temps en France à faire de l'expérimentation. On n'en est encore qu'au stade d'une démarche expérimentale, relativement cloisonnée entre les différentes armées ». Certaines de ces critiques formulées en 2001 ont d'ailleurs été réitérées le 22 février 2006 dans un rapport d'information sur « le rôle des drones dans les armées », présenté cette fois au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat par Mme Maryse Bergé-Lavigne (PS, Haute-Garonne) et Philippe Nogrix (UDF, Ille-et-Vilaine).

 

Toutefois, il nous faut relever une inexactitude mentionnée en page 60 du rapport Boucheron qui prétend que: « L'escadron opérationnel de drones le plus ancien au monde est israélien. Le drone Scout (100 Km de rayon d'action, 4 heures 30 d'endurance) y est entré en service en 1980 ». Le premier régiment au monde à avoir été doté de drones, dés 1974, a bien été le 7e RA avec des drones rapides R 20, construits par Nord Aviation dans les années 60, en fait des dérivés de la cible CT-20, qui se sont avérés insensibles au brouillage. Les premiers à avoir utilisé des drones sont les Américains avec les Firebees au Vietnam, grâce auxquels on estime qu'ils auraient sauvé la vie de plus de 1500 pilotes. Ce qui n'a pas empêché les Israéliens d'utiliser des drones américains en 1973 pendant la guerre du Kippour.

 

[11] Système de Drones Tactiques Intérimaires. Un système de drones se compose d'une station-sol, de transmissions, d'une catapulte, d'un système de soutien et d'avions télépilotés.

 

[12] Filiale d’électronique de défense et de sécurité du Groupe SAFRAN.

 

[13]  La centrale inertielle assure au drone un moyen de navigation autonome et résiste au brouillage.

 

[14] NRF:  NATO Response Force. La Force de réaction de l’OTAN (NRF) est une force à haut niveau de préparation, faisant appel aux technologies de pointe et composée d’éléments des forces terrestres, aériennes, navales et spéciales que l’Alliance peut déployer rapidement partout où cela sera nécessaire. Elle est capable de s’acquitter de missions dans le monde entier en accomplissant toute la gamme des opérations, qu’il s’agisse d’évacuations, de gestion des catastrophes, de lutte contre le terrorisme et en faisant office de « force d’entrée initiale » pour des forces de remplacement plus importantes. À l’heure actuelle, la Force compte 17 000 hommes. Il est prévu qu’elle atteigne sa capacité opérationnelle finale en octobre 2006 ; elle comptera alors quelque 25 000 hommes et pourra commencer à se déployer dans un délai de 5 jours et soutenir des opérations pendant 30 jours et plus si elle est réapprovisionnée. Cette force donne à l’OTAN les moyens de réagir rapidement n’importe où dans le monde à divers types de crises. Elle est aussi le moteur de la transformation de l’OTAN sur le plan militaire. (Source: OTAN).

 

[15] L'hélicoptère Gazelle: L'ensemble du parc d'hélicoptères de combat de l'ALAT est composé de Gazelle, appareil construit par Eurocopter et doté d'un moteur à turbine Astazou de Turboméca, qui peut voler à 240 km/h à une altitude de 4000 m avec une autonomie de 3 h 45. Cet hélicoptère équipe également une quarantaine d'armées étrangères, en particulier l'armée britannique. Les première Gazelle sont entrées en service dans l'armée de terre en 1973 (1979 pour la Gazelle Hot). L'âge moyen du parc Gazelle est de 25 ans.

 

La Gazelle Viviane SA-342 L1 est un hélicoptère de reconnaissance pouvant effectuer des missions de jour comme de nuit grâce à son viseur "Viviane" équipé d'une voie infrarouge. Il est aussi décliné en plusieurs versions: Gazelle Mistral SA 342 AATCP (appareil capable d'assurer une défense air-air contre les avions lents ou les hélicoptères au profit d'unités terrestres ou aéromobiles); Gazelle Hot SA 342 (hélicoptère d'attaque équipé de 4 missiles HOT, d'une portée de 4000 mètres projetés à 250 mètres par seconde, pouvant détruire des objectifs de tout type : chars, postes de commandement, dépôts logistique); Gazelle Canon SA 341 (équipé d'un canon de 20mm tirant 740 coups par minute, pouvant assurer un appui feu au profit de troupes au sol ou la protection d'hélicoptères d'attaque ou de manœuvre, ou enfin Gazelle SA 342 L1, en dotation dans les unités de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre ainsi que dans une quarantaine d'armées étrangères, employé pour des missions de lutte anti-hélicoptère et d'appui feu ou de reconnaissance dans différentes versions.

 

 

Hélicoptère Gazelle SA 342L1 

 

Conçu pour remplacer l'Alouette II, il fut développé conjointement par la France et par la Grande-Bretagne et construit par Aérospatiale (SNIAS) en collaboration avec Westland Helicopters. Le premier hélicoptère utilitaire SA-340 Gazelle vola le 7 avril 1967 et les premières versions militaires destinées au combat de nuit et au combat air-air ont été livrées en 1973. Pour les seuls besoins de l'ALAT, 1250 exemplaires ont été construits. Après 30 ans de service, la Gazelle devrait laisser la place au Tigre. Le moins que l'on puisse dire est que l'accord franco-britannique signé le 22 février 1967 portant sur la Gazelle, le Puma et le Lynx qui seront construits en collaboration avec Westland Helicopters a ouvert la voie à une coopération européenne sans précédent.

 

[16] L'AS 532 Cougar est un hélicoptère de transport biturbine fabriqué par Eurocopter dérivé du Puma, dont il constitue, sur le plan industriel, le successeur. Il est entré en service dans l'armée de terre à partir de 1988, les dernières livraisons datant de 1996. Construit par Eurocopter et doté de deux moteurs Makila de Turboméca, ses performances sont supérieures à celles du Puma. Il peut voler à une vitesse de croisière de 260 km/h durant 3 h 20, transporter 19 commandos ou emporter jusqu'à 4,5 tonnes de matériel. L'armée de terre dispose de 21 Cougar utilisés pour du transport tactique ou équipés pour les opérations spéciales. L'âge moyen du parc Cougar est de 10 ans.

Le système Horizon - pour Hélicoptère d'Observation et Radar d'Investigation de Zone - a été développé pendant la guerre froide comme senseur pour assister l'artillerie dans l'identification de véhicules mobiles à combattre. La plate-forme utilisée étant l'hélicoptère AS-532UL Cougar d'Eurocopter. Trois de ces appareils et deux stations terrestres sont organisées sous la forme de l'escadron Horizon, qui est incorporé au 1er régiment d'hélicoptères de combat basé à Phalsbourg, en Lorraine. (Voir Le radar aéroporté Horizon de l'Armée de Terre française, un système précieux et performant).

 


Système Horizon (4 hélicoptères et 2 stations sol)

 

Installé sur un hélicoptère Cougar, le système Horizon a pour objectif de fournir des informations sur les flux adverses de véhicules ou d'hélicoptères évoluant à basse altitude. Le système comprend un hélicoptère Cougar MKI équipé Horizon et une station sol formée d'un module exploitation-préparation de missions et d'un module de transmissions de données. Horizon est doté d'un poste opérateur de bord, d'un dispositif de transmission de données et d'un radar Doppler MTI longue portée. Ce radar de surveillance utilise une antenne tournante dont la fonction est de détecter et de localiser les échos mobiles au sol et à basse altitude, fournis sous forme de plots comprenant position et vitesse radiale. Il transmet au sol des données cryptées à 150km. (Source SIRPA Terre). Ce système de surveillance au sol héliporté s'est révélé très efficace pendant la 1ère Guerre du Golfe.

 

 

Radar aéroporté Horizon

 

Le radar permet de détecter des mouvements à une distance supérieure à 150 km, les cibles repérées étant automatiquement analysées et classifiées. Le Cougar Horizon fournit en temps réel le renseignement aux unités d'artillerie, aux avions ou hélicoptères et au commandement. Cet appareil relevant du 1er régiment d'hélicoptères de combat a été engagé avec succès lors des opérations du Kosovo, où il a démontré sa grande utilité et sa complémentarité avec les autres moyens d'acquisition du renseignement. (Source: Rapport au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur la situation et les perspectives des forces aéromobiles de l'armée de Terre présenté au Sénat par Serge Vinçon le 10 juillet 2002.


[17] L'ALAT : Héritière de l'aviation d'observation d'artillerie, l'aviation légère de l'armée de terre (ALAT) a été créée par décret le 22 novembre 1954. A partir de cette date, le personnel qui la compose n’est plus issu de la seule artillerie, mais de toutes les armes. Bien que composé en grande majorité d'avions légers, l'ALAT commence à acquérir des hélicoptères, dont l'emploi à des fins militaires va rapidement transformer sa vocation. Faisant école chez nos principaux partenaires européens, au Royaume-Uni et en Allemagne notamment, elle a développé le concept d'aéromobilité et l'a constamment adapté aux modifications de l'environnement stratégique et des nécessités opérationnelles. L'ALAT constitue aujourd'hui une composante particulièrement sollicitée dans les opérations de tous types que conduit l'armée de terre et se trouve confrontée à des tensions provenant de l'insuffisante disponibilité des matériels. Sans être l'acteur exclusif de l'aéromobilité, l'ALAT en est la principale composante. L'hélicoptère, qu'il soit de combat ou de manœuvre, offre aux forces aéromobiles la modularité nécessaire pour projeter leurs unités tant à l'extérieur que sur le territoire national. Des matériels particulièrement sollicités, notamment en opérations extérieures entraînant une forte sollicitation des équipages, dont la fréquence de départ en mission hors de métropole est très élevée. Les hélicoptères de l'ALAT se répartissent en deux grands sous-ensembles, les hélicoptères de combat et les hélicoptères de transport. L'une des caractéristiques de ce parc est son vieillissement, les hélicoptères les plus récents ayant été livrés il y a une quinzaine d'années alors que les plus anciens atteignent près de trente ans de service. Les hélicoptères de combat représentant les deux tiers du parc, avec 265 appareils en service. (Voir: Les Forces aéromobiles de l'Armée de Terre: une composante très sollicitée mais souffrant d'un manque de matériels disponibles. Sources: Rapport au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur la situation et les perspectives des forces aéromobiles de l'armée de Terre présenté au Sénat par Serge Vinçon (UMP, Cher) le 10 juillet 2002 et SIRPA Terre (50ème Anniversaire de l'ALAT).

 

[18] Lire Le renseignement d’origine humaine, une spécificité Armée de Terre in Défense N°120 (mars-avril 2006).

[19] Lire Guibert 2005 : la manœuvre des SIC (Compte-rendu de l’exercice de déploiement d’état-major du Commandement de la Force d’Action Terrestre dans le cadre de Guibert 2005) par Philippe Wodka-Gallien de l'Institut Français d'Analyse Stratégique.

 

[20] Centre d’enseignement et d’études du renseignement de l’armée de terre.

 

[21] Pour répondre à la complexité croissante des actions menées par les forces françaises terrestres et à la coordination nécessaire dans la 3ème dimension (espace aérien) entre les divers participants, Thales-Raytheon Systems a conçu, sous contrat avec la DGA, le Système MARTHA, qui opère en temps réel. MARTHA permet d'assurer le contrôle direct et la sécurité des personnels des forces armées opérant dans la troisième dimension, en liaison avec l'Armée de l'Air. Ce système transmet automatiquement les directives de gestion de l'espace aérien, surveille et contrôle les aéronefs militaires en temps réel, et propose des mesures de protection permettant de résoudre les conflits dans l'espace aérien. Aérotransportable, évolutif et interopérable avec les autres SIC de l'Armée de Terre, interarmées (L116 ou L16) ou alliés, le Système MARTHA permet la coordination en temps réel de 150 systèmes d'armes et de 50 intervenants dans la troisième dimension. Sources: Thales-Raytheon Systems et Site de la Fédération Nationale de l'Artillerie.

 

[22] Le Système d'Aide à l'Interprétation Multicapteurs, ou SAIM "fédère l'ensemble du renseignement image des armées au niveau tactico-opératif, tout en assurant un lien avec les moyens stratégiques de renseignement zonal, notamment satellite". Sources: Guerrelec n°22 de septembre 2004 : "La Brigade de Renseignement au rendez-vous de BATRENS 2004 et « La manœuvre des capteurs en boucle courte » par Valéry Rousset et Philippe Wodka-Gallien, publié par la Revue de Défense Nationale de décembre 2004.

 

[23] Pour la surveillance du champ de bataille ou la reconnaissance, quatre types de vecteurs sont utilisés: les avions (Mirage F1 CR et Mirage 2000 D depuis cette année en attendant le Rafale au standard F3 en 2008, équipé de la nacelle de reconnaissance de nouvelle génération (pod RECO NG pour l'Armée de l'Air. Super-Étendard et Rafale pour la Marine. Le deuxième vecteur est le satellite: depuis décembre 1999, deux satellites Hélios sont en orbite. Le troisième vecteur est l'hélicoptère : dès 1991, un démonstrateur du système Horizon de surveillance du champ de bataille a participé aux opérations militaires de la guerre du Golfe ; ce système repose sur un radar qui détecte les objets mobiles par élimination des échos fixes. Le quatrième étant constitué par les drones. La diversification des vecteurs s'étant tout naturellement accompagnée d'une multiplication des capteurs et de l'amélioration de leurs performances. (Source: Rapport sur "le renseignement par l'image" présenté au nom de la Commission des finances, de l'économie générale et du plan de l'Assemblée Nationale, par Jean-Michel Boucheron, député d'Ille-et-Vilaine (PS).

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