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Les avancées technologiques exigent aussi une révolution dans les esprits

Les avancées technologiques exigent aussi une révolution dans les esprits

Inauguration du Salon Eurosatory à Villepinte le 12 juin 2006: discours de Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense. Source: DICoD, Paris.

Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Madame le Maire,
Messieurs les chefs d’état-major,
Monsieur le délégué général pour l’armement,
Monsieur le Président du GICAT,
Mesdames et Messieurs,

C’est la troisième fois que j’ai le plaisir et l’honneur d’inaugurer le Salon Eurosatory… et c’est probablement un record ! En 2002, c’était l’occasion de ma première prise de parole publique sur les questions d’armement et d’industrie.

Eurosatory 2004 était marqué par plusieurs décisions majeures : l’engagement de la restructuration de GIAT, le lancement de plusieurs initiatives pour la préparation de l’avenir, dont le démonstrateur BOA (bulle opérationnelle aéroterrestre), et un travail approfondi sur les drones, notamment la gamme MALE.

En 2006, nous tirons les premiers bénéfices de notre action : cela doit nous encourager à aller plus loin.

Je souhaite avant tout remercier le GICAT et particulièrement Luc Vigneron. Grâce à la qualité de votre accueil et votre forte mobilisation, le succès de ce salon se confirme à chaque édition, comme le montrent les chiffres..

  • Cette année, Eurosatory met en avant trois priorités.

La première, vous le mentionniez à l’instant, c’est la conviction qu’il n’y a de sécurité que globale.
La seconde, c’est l’incontournable dimension européenne de nos outils de défense.
La troisième, c’est l’innovation, condition de notre excellence technologique et de notre compétitivité dans le futur.

C’est sur ces priorités que j’ai engagé le redressement de notre outil de défense depuis maintenant plus de quatre ans. C’est sur elles que je m’appuie pour préparer notre avenir.

L’effort de modernisation de nos armées porte ses fruits de manière concrète, et doit être poursuivi (1). En parallèle, nous avons donné une impulsion nouvelle à l’industrie française d’armement terrestre (2). Nous devons désormais accentuer nos efforts sur la dimension européenne de notre action (3).

  • Le redressement de nos forces armées est engagé

A) Depuis 2002, la modernisation de nos équipements a résolument et régulièrement avancé.

Des équipements essentiels, attendus depuis longtemps, sont maintenant à disposition de nos forces terrestres. D’autres programmes arrivent très prochainement. Des programmes encore à l’état de réflexions il y a quatre ans sont désormais solidement engagés, et se déroulent conformément aux prévisions. Le système FELIN est en phase de qualification industrielle, pour être livré en 2008. Les premières livraisons du VBCI, en déshérence à mon arrivée, sont prévues pour 2008. Le Petit véhicule Protégé (PVP) sera le prochain livré à nos forces. Confié à Auverland-Panhard, il est une occasion de saluer le rôle des PME-PMI, particulièrement présentes et dynamiques dans vos secteurs.

Cet effort de modernisation devra se poursuivre : c’est le message fort que j’adresse à tous ceux qui seront candidats aux prochaines élections électorales en France. Face aux risques qui pèsent sur notre sécurité, il est illusoire de croire qu’on peut assurer le redressement de nos forces, poursuivre les réformes engagées, tenir le rang de la France en Europe et dans le monde, sans maintenir l’effort budgétaire en matière de défense.

Ces quatre dernières années, nous n’avons pas fait que répondre aux déficits capacitaires qui était la conséquence de la faiblesse budgétaire des gouvernements précédents. Nous nous sommes également mobilisés pour préparer nos forces aux évolutions technologiques de l’engagement militaire.

B) La révolution numérique de notre outil de défense est déjà une réalité opérationnelle ; c’est aussi, pour demain, une priorité.

Pourtant, c’est déjà une réalité sur le terrain ! Des systèmes d’information modernes se mettent en place. Ils s’avèrent indispensables pour les conflits d’aujourd’hui, quelque soit leur intensité. Ils ont été déployés en Côte d’Ivoire et en Afghanistan.

  • L’objectif est que l’armée de Terre dispose de deux brigades numérisées d’ici à l’été 2009.

Ces avancées technologiques exigent aussi une révolution dans les esprits. Elles exigent une approche plus intégrée, plus interarmées, associant l’ingénieur et le militaire. Cette révolution intellectuelle et psychologique est désormais bien engagée.

Le CEMA et le DGA désormais co-pilotent notre programme d’équipement ; ils sont à même de me proposer des arbitrages qui font sens, dans une perspective interarmées.

En ce sens, le rapprochement des systèmes d’information et de commandement de l’armée de l’air et de l’artillerie est tout à fait exemplaire.

  • Il nous faut enfin une révolution industrielle dans les systèmes d’informations, s’inscrivant dans la durée. Dans ce secteur essentiel, nous avons beaucoup à apprendre de l’industrie civile. Nous avons déjà amorcé une convergence forte des socles techniques communs à tous ces systèmes.

Le nouvel élan donné au partenariat technologique et industriel entre Thales et Alcatel, est un exemple qui va dans le bon sens. La préparation de l’avenir est essentielle. Il y a deux ans, j’annonçais le projet de démonstrateur de la future Bulle Opérationnelle Aéroterrestre : c’est aujourd’hui une réalité.

Sur les drones MALE, qui sont une pièce stratégique des systèmes du futur, le travail se poursuit. J’attends des industriels, qui sont mobilisés je les sais, les propositions qui nous permettront, je l’espère, d’avancer dans une dynamique européenne.

  • 2. Pour accompagner ce mouvement de modernisation de nos forces, la France a besoin d’une industrie performante, compétitive au niveau mondial.

La Défense irrigue aujourd’hui un ensemble de plus de 10 000 entreprises, dont de très nombreuses PME-PMI, correspondant à un effectif total de plus de 2 millions de salariés. Elle a recruté plus de 32 000 personnes l’an passé, dont des milliers de jeunes sans qualification à qui nous avons donné une qualification, un métier, un espoir.

  • Pour toutes ces raisons, j’ai souhaité que la Défense assume sa responsabilité d’acteur économique majeur en France.

A) Nous devons nous appuyer sur une industrie de l’armement terrestre modernisée.

GIAT Industries a franchi des étapes décisives. Son avenir est maintenant assuré.

Les comptes ont été redressés dès 2005, avec de bonnes perspectives jusqu’à la livraison du VBCI, qui représente aujourd’hui le marché d’avenir de l’entreprise, au côté du système d’artillerie CAESAR. L’État a tenu ses engagements. Il continuera de le faire : avant la fin de l’année, GIAT devrait obtenir une nouvelle commande de munitions de gros calibre, dans un cadre contractuel assurant sécurité et visibilité. GIAT est désormais un outil industriel adapté à la réalité des marchés et des métiers. La part de cadres et techniciens dans l’entreprise atteint 67% de l’effectif en 2005. L’effort de R&D a été augmenté pour atteindre 15% du chiffre d’affaires. Une activité de Maintien en Condition Opérationnelle et de revalorisation des matériels a été développée.

L’entreprise peut désormais s’ouvrir sur de nouveaux partenariats européens.

L’accord de R&T avec Krauss Maffei sur dans les blindés médians constitue une première étape encourageante. C’est à ce stade une initiative technologique qu’il conviendra de soutenir, le cas échéant d’une manière équilibrée en France et Allemagne.

J’encourage les discussions en ce sens entre industriels européens. Nous devons aborder ces sujets sans tabous, sans a priori, sans exclusive.

Au-delà de GIAT, je voudrais insister sur le fait que c’est l’ensemble des entreprises qui ont bénéficié de la lisibilité donnée par la LPM. Cet instrument, et le respect annuel par l’Etat de ses engagements financiers, permet aux entreprises et notamment aux PME d’investir. De manière exceptionnelle, le ministère de la défense a en plus conclu des accords bancaires pour que les délais de paiement ne soient pas préjudiciables aux contraintes de trésorerie de ses fournisseurs, ce qui est particulièrement important pour les PME-PMI.

B) Notre industrie française de l’armement terrestre s’inscrit dans un marché mondial : l’export doit être une priorité de notre action collective.

Nos exportations d’armement représentent une composante indissociable de la politique de défense et de la politique étrangère de notre pays. Elles sont essentielles au maintien de la base industrielle et technologique de défense, et constituent le prolongement naturel de nos programmes nationaux.

  • La France n’a pas à rougir de ses résultats actuels.

Son activité à l’export représente entre 10 et 15 % du marché mondial de l’armement, pour un volume d’environ 4 milliards d’euros par an.  J’ai bon espoir que nous dépassions cette moyenne en 2006.

Nous avons de belles réussites à notre actif : les contrats d’hélicoptères TIGRE ou NH90, les ventes de satellites d’observation, ont confirmé la place de la France sur des secteurs des plus stratégiques. Nous pouvons également nous féliciter du premier succès pour le système d’artillerie CAESAR de GIAT Industries, intervenant quelques mois après la commande de 72 unités par la France.

Je suis confiante quant à la part du marché mondial que ce matériel pourra conquérir. Je suis sûre des succès à venir dans le domaine des nouveaux véhicules blindés et des missiles tactiques terrestres et sol-air. Une mobilisation de tous sur l’export, acteurs publics comme industriels, chacun dans son rôle, est nécessaire. Les efforts de tous doivent permettre de conquérir des marchés nouveaux. Conquérir ces marchés est aussi un acte politique de confiance avec nos partenaires.

J’ai déjà engagé des réflexions et des propositions dans le cadre du Conseil Défense Industrie, qui a tracé l’année dernière de premières pistes de progrès dans ce domaine.

J’attends aujourd’hui de la mission confiée au député Fromion qu’elle suggère la meilleure adéquation possible de notre offre et de notre organisation à la nouvelle donne en matière d’acheteurs et de concurrents.

  • 3. Nous devons maintenant construire une industrie européenne de l’armement terrestre pour conforter et compléter l’avancée inéluctable de la PESD

A) L’action de nos forces armées s’inscrit dans le cadre d’une politique européenne de sécurité et de défense qui est maintenant une réalité quotidienne.

Je ne reviendrai pas sur ce sujet dont vous êtes pour la plupart familiers.

Le chemin parcouru par la défense européenne depuis plusieurs années est un démenti flagrant aux pessimistes qui jugeaient le projet utopique.

En 2002, qui aurait annoncé que quatre ans plus tard, l’Union européenne s’apprêterait à lancer, sous commandement allemand au Congo, sa deuxième opération autonome en Afrique ? Qui aurait annoncé que la Bosnie et bientôt l’ensemble des Balkans serait placé sous la responsabilité de l’Europe de la défense ? Que l’UE serait dotée de groupements tactiques dédiés à la réaction rapide, et d’une Force de Gendarmerie européenne ?

Dans le domaine de l’armement et des technologies, l’Agence européenne de défense a été mise en place en quelques mois. Elle doit désormais à être une force de proposition.

Je le rappelle, c’est ma conviction profonde, nous ne résisterons à la compétition internationale qu’en bénéficiant d’une avance technologique, et nous ne l’aurons qu’avec une politique européenne de l’industrie d’armement.

B) Les industries doivent encore davantage s’organiser au niveau européen pour répondre aux défis de demain, avec le soutien des États clients.

Dans le domaine des hélicoptères militaires, la France va engager un effort très important de préparation de l’avenir. Les budgets de R&T qui y sont consacrés seront multipliés par quatre. Une étude de définition sera ainsi notifiée dès cette année par la DGA.

Cet effort doit s’inscrire dans une perspective européenne, où les différentes nations partenaires d’Eurocopter jouent pleinement leur rôle dans le maintien et le développement de ses compétences technologiques. J’ai l’intention d’accélérer les échanges sur ce sujet avec nos partenaires, en particulier l’Allemagne et l’Espagne, afin de définir conjointement une feuille de route ambitieuse de R&T.

Il y a un an, à l’occasion du Salon du Bourget, j’ai appelé à fédérer les compétences européennes autour de la préparation technologique d’une nouvelle génération de missiles de combat terrestre. Depuis, les échanges avec nos principaux partenaires ont confirmé la convergence des besoins dans ce domaine, à l’horizon 2015.

Nous disposons déjà entre la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni d’acquis technologiques importants, issus des développements passés.

Nous sommes aujourd’hui en discussion très avancée avec nos partenaires britanniques et suédois pour lancer concrètement une initiative, à laquelle d’autres partenaires pourraient se joindre le moment venu.

Je tiens à cet égard à saluer l’intégration de la société allemande LFK au sein de MBDA, et j’appelle tous les acteurs du secteur à poursuivre cet effort de consolidation.

Face aux besoins de nos armées et aux contraintes budgétaires, c’est en effet une nécessité !

Vous le voyez : le chemin parcouru en quatre ans est important.

C’est le résultat d’une mobilisation financière. Mais c’est aussi, avant tout, le résultat d’une mobilisation politique. C’est la concrétisation de notre ambition d’une Défense plus interarmées, plus tournée vers l’innovation et la performance industrielle, plus européenne. Nous devons poursuivre l’effort ! Il serait irresponsable de s’arrêter en si bon chemin.

Ne nous laissons pas impressionner par les commentaires pessimistes que l’on peut parfois entendre. Le France dispose d’un grand outil industriel, porté par des hommes et des femmes compétents, déterminés et imaginatifs. Soyons fiers de nos atouts ! Continuons à les valoriser, pour faire taire enfin ceux qui veulent faire de l’autodénigrement un sport national.

C’est ainsi que la France pourra aborder l’avenir, avec dynamisme et force d’entraînement.


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