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Euronaval 2006 : Quand l'État achète mieux et que l'industriel travaille mieux !

Euronaval 2006 : Quand l'État achète mieux et que l'industriel travaille mieux !

Allocution du ministre français de la défense, Michèle Alliot-Marie lors de l'inauguration du Salon Euronaval. Euronaval est une exposition internationale de défense navale militaire organisée tous les deux ans au Bourget par le Groupement industriel des constructions et armements navals, le GICAN, réunissant les principales entreprises et les plus importants acteurs des industries navales et maritimes au monde, soit, pour 2006, plus de 350 exposants de 30 pays. Le 25 octobre 2006 au parc des expositions de Paris-le Bourget. Source: DICoD, Paris.

Messieurs les Ministres,
Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le délégué général pour l’armement,
Messieurs les chefs d’état-major,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un honneur et un réel plaisir d’inaugurer, avec un léger décalage par rapport à la tradition, pour la troisième fois, le salon Euronaval.

En cinq ans, je peux mesurer le chemin parcouru, et y trouver non pas la simple satisfaction du travail accompli, mais bien, à la lumière de l’expérience, l’énergie d’aller encore plus loin.

Je salue les autorités étrangères qui nous ont fait l’honneur de leur présence, ainsi que le Commissaire européen Jacques Barrot. Je tiens également à remercier le GICAN sans qui ce salon, vitrine de nos savoir-faire étatiques et industriels dans le secteur naval, n’existerait pas.

  • Cette édition 2006 met particulièrement en valeur l’action interministérielle de l’État en mer.

Cette initiative permet de démontrer une fois encore la place éminente de la Défense dans la sécurité de nos concitoyens.

La prévention et la lutte contre le terrorisme ou le trafic de produits illicites, la sécurité de la navigation ou la lutte contre l’immigration clandestine mobilisent tous les acteurs au-delà même de nos frontières. Une politique en solitaire n’est plus permise aujourd’hui.

Je me réjouis également de la place accordée ici aux PME-PMI. Elles bénéficient autant que les grands groupes de notre effort d’investissement et de recherche. Elles contribuent autant au dynamisme et à la performance de l’industrie française.

Depuis 2002, une politique d’ampleur a donné à la Marine les moyens de ses missions actuelles et futures. L’effort doit se poursuivre car, pour être efficace et efficiente, une politique industrielle moderne et adaptée à la réalité du monde se construit sur le long terme.

  • La modernisation de notre outil de défense donne ses premiers résultats : l’effort devra se poursuivre.

C’est d’abord pour les équipements que l’effort de redressement est engagé

Il y a 2 ans, nous franchissions avec mon collègue italien, ici-même, une étape importante : renouveler la plus grande partie de notre flotte de surface avec le programme FREMM.

Le scepticisme de beaucoup ne m’a pas arrêtée. Aujourd’hui, ce programme est une réalité. Il s’agit du plus grand programme naval jamais réalisé en Europe. C’est un engagement historique pour nos marines. Il constitue également une contribution essentielle de la France et de l’Italie à la construction de l’Europe de la défense.

Aujourd’hui, je peux vous confirmer que d’ici la fin de l’année, un autre programme naval, le contrat de sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda sera notifié.

Un accord a été trouvé avec DCN et Areva-Technicatome pour sa réalisation. Le premier des 6 sous-marins sera livré en 2016. Autre contrat, les missiles de croisière naval. il devrait pouvoir être signé dans les tous prochains mois. Ces contrats représentent une nouvelle et décisive étape de la modernisation de notre outil naval.

Le deuxième porte-avions doit assurer la permanence de notre capacité de projection de puissance.

Issu d’une volonté de la France et du Royaume-Uni, ce programme entend développer une coopération pleine et entière entre nos deux pays. J’attends donc de tous les industriels une mobilisation à la hauteur de l’importance stratégique de ce dossier. Mon ambition est bien de rendre ce programme aussi irréversible que possible.

  • La France participe ainsi, au tout premier rang, à la construction d’une industrie européenne consolidée et d’une défense européenne solide.

La modernisation de notre outil de défense s’accompagne du redressement spectaculaire de la disponibilité de nos équipements. Depuis l’été 2002, la restauration de la disponibilité des matériels est l’une des mes priorités. Cet effort porte aujourd’hui ses fruits. Pour la Marine, 10% de disponibilité ont été gagnés en 2004-2005. Ces progrès sont imputables au travail de tous les personnels concernés, militaires et civils, mais aussi à l’évolution du statut de DCN et à la réforme des procédures contractuelles entre la Marine et l’entreprise. C’est un vrai cercle vertueux qui s’est mis en place, avec un acheteur qui « achète mieux » (contrats globaux et innovants) et un industriel « qui travaille mieux ». Tous les acteurs peuvent avancer en confiance. C’est un modèle à suivre.

En nous appuyant sur ces réformes et cette dynamique de progrès continu, nous devons poursuivre l’effort.

En 5 ans, le ministère de la défense est devenu plus efficace et mieux responsabilisé : il sait gérer et faire des choix.

Nous avons à notre actif la réforme de la conduite des programmes et de la DGA, l’interarmisation, le renforcement de la responsabilité du CEMA, la mise en place de la LOLF, la restructuration de l’outil industriel.

Le changement de statut de DCN est un succès industriel et financier. Pour l’État actionnaire, ce fut un bon investissement et pour la Marine, une réussite opérationnelle.

Le succès des réformes engagées est un encouragement à poursuivre sur cette voie. Il reste encore beaucoup à faire pour une plus grande efficacité globale et une maîtrise des coûts de fonctionnement, notamment de soutien.

La poursuite de l’effort financier s’avère donc indispensable.

Nous ne pouvons nous permettre d’interrompre le cercle vertueux engagé par cinq années de respect de la LPM. Il nous permettra pendant encore plusieurs années de voir le fruit de nos efforts et d’achever une modernisation déjà bien engagée. Consolider l’avenir de notre défense exige de poursuivre les efforts sur le long terme.

  • La maîtrise de l’espace est un des enjeux stratégiques majeurs du XXIe siècle.

Elle devra être un des axes fondamentaux de notre politique de défense, dans la lignée des systèmes d’information et de communication. Sa dimension européenne est une clé de l’essor futur de la défense qui permettra à l’Europe de disposer d’une véritable autonomie stratégique.

En appui à cette stratégie de réforme de la Défense, j’ai développé une véritable politique industrielle, dans une vision stratégique à long terme. Dès mon arrivée au Ministère, j’ai fixé à notre politique industrielle des orientations claires et structurées, autour de deux principes :

* Une politique industrielle moderne doit redonner tout son rôle à l’État stratège, qui éclaire et prépare l’avenir, mais qui ne se substitue pas aux acteurs économiques;

* Une politique industrielle moderne doit s’appuyer sur l’économie de marché et sa créativité, plutôt que de nier la force de ses mécanismes.

Une telle politique, beaucoup se contentent de l’afficher. J’ai prouvé qu’on peut la mettre en œuvre, au quotidien, avec l’ambition d’une « autonomie compétitive française et européenne ».

Concrètement, construire, dans la durée, cette « autonomie compétitive » a impliqué pour moi trois devoirs :

D’abord, une action responsable : dans le dossier GIAT-Industries, combien de fois ai-je entendu, y compris au sein de ma propre majorité, que le retour à l’équilibre financier n’était pas nécessaire dans une entreprise de défense…

Comme si l’on pouvait sauvegarder notre industrie nationale dans la compétition internationale en laissant se développer des foyers de pertes abyssales à la charge du contribuable.

Ensuite, un réalisme sans tabou : nous avons vu, avec France Telecom à la fin de des années 90, comment des choix idéologiques sur la détention du capital ont pu conduire un de nos fleurons nationaux au bord du gouffre. Certains ne craignaient pas de voir se répéter ces erreurs avec GDF, alors que garantir notre approvisionnement en gaz est une question stratégique majeure. Pour DCN, j’ai porté le projet d’ouverture de son capital, puis son rapprochement avec Thales. C’est une grande satisfaction que de voir ce processus aboutir dans les toutes prochaines semaines.

Il permet à notre industrie d’aborder avec confiance la consolidation européenne et la compétition internationale.

  • Enfin, et peut-être surtout, l’autonomie compétitive exige pour moi de redresser dans la durée le soutien à la R&T.

Il m’est apparu nécessaire de mettre les moyens financiers correspondants, mais aussi de changer les méthodes. Ouvrir la Défense vers la recherche civile, l’impliquer dans les pôles de compétitivité, c’est à mes yeux la replacer au cœur de la politique de croissance de la France.

Une telle politique industrielle doit nécessairement s’élargir à la dimension européenne. Là encore, cela peut paraître une évidence souvent répétée : hélas, des paroles aux actes, il y a souvent la distance de la facilité et du renoncement.

  • L’Europe est une chance pour la France. Sa construction peut être, doit être, est un jeu gagnant-gagnant pour nos concitoyens.

Il est irresponsable de réduire l’Europe à l’épouvantail du « plombier polonais ». Je ne peux me satisfaire d’une Europe des replis nationaux, où chaque pays s’opposerait à ses voisins, au lieu de construire conjointement une Europe forte.

Les progrès de l’Europe de la Défense ces dernières années sont le fruit de la volonté politique. En 4 ans, nous avons démontré notre volonté et notre capacité à la construire.

Il en va de même dans le domaine industriel de l’armement.

Quelle que soit notre nationalité, au sein de l’Europe, nous ne construirons pas de politique industrielle européenne contre nos voisins, mais avec eux, pour nous défendre contre des concurrences extérieures.

Il ne saurait y avoir de patriotisme économique étroitement et exclusivement national. C’est une impasse et une illusion. Nous devons tenir un discours de vérité aux Français.

Renforcer nos entreprises pour leur donner les moyens de dialoguer d’égal à égal avec les autres acteurs européens, leur offrir l’opportunité de se développer ensemble et la possibilité de peser au niveau mondial, telles sont les clés d’une politique industrielle ambitieuse.

Si je me réjouis d’une prise de conscience des enjeux stratégiques par un nombre croissant de pays partenaires, il nous faut continuer à lutter contre toute dérive protectionniste.

L’expérience des ces dernières années et l’actualité montrent bien la nécessité urgente de rétablir le primat de la stratégie, du long terme et de la vision industrielle, au-dessus du maintien étroit des acquis locaux et de la satisfaction immédiate d’intérêts particuliers.

Promouvoir une telle ambition, implique là aussi une méthode : celle qui fait le pari de la responsabilisation des acteurs économiques et sociaux, plutôt que celui de la démagogie et du populisme.

Certains se plaignent du manque de culture économique de nos concitoyens. Encore faut-il que nous, politiques, donnions l’exemple, en conciliant réalisme pragmatique et ambition. Que nous distinguions la force de la volonté de l’agitation du volontarisme. Telle est la méthode que j’ai mise en œuvre.

  • Responsabiliser les acteurs suppose de leur tenir un discours de vérité.

Nous ne devons pas bercer nos concitoyens d’illusions, mais bien leur faire partager notre analyse des enjeux internationaux, économiques et stratégiques.

Nous n’avons pas forcément raison contre le monde entier et ce n’est pas renoncer à nos valeurs que de porter un regard lucide, et non béat ou naïf, sur un monde certes toujours plus risqué et compétitif, mais également riche d’opportunités à saisir.

C’est ainsi que nous pourrons faire de la mondialisation une chance pour notre pays.

La méthode, c’est, ensuite, dialoguer en amont et en aval des décisions, en mettant chacun devant ses responsabilités.
La méthode, c’est, enfin, la rigueur, la constance et surtout la cohérence dans la mise en œuvre.

Pour accompagner l’évolution de GIAT-Industries ou de DCN, j’ai voulu, pour la première fois, que l’État-actionnaire, l’État stratège et l’État-client aient une action coordonnée et s’engagent avec les entreprises, aux plans industriel, financier et social.

  • Nous avons tenu ces engagements. Les résultats sont là !

Toute politique doit procéder d’une vision stratégique des enjeux mondiaux d’avenir, considérer avec réalisme les situations présentes, et s’écrire avec le souci permanent des situations personnelles et des répercussions qu’elle aura sur chacun. Tenir un discours de vérité, dialoguer avec les acteurs, agir avec constance et cohérence : tout ceci concourt à donner de la visibilité à nos concitoyens sur leur avenir, celui de leurs entreprises et celui de la France.

Et de cette visibilité pourra renaître la confiance des Français en eux-mêmes et en la France.


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