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Quelle place pour le Naval de Défense européen dans le contexte mondial ?

Allocution de Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense, lors du Colloque sur le naval de défense européen. Paris, mercredi 15 novembre 2006. Source: DICoD.

Monsieur le député,
Messieurs les élus,
Messieurs les amiraux,
Messieurs les Directeurs,
Mesdames, Messieurs,

C’est un réel plaisir et un honneur, pour moi, d’ouvrir ce matin ce colloque sur le Naval de défense européen dans le contexte mondial.

Je salue chaleureusement Jean Lemière, à l’initiative duquel nous devons aujourd’hui le succès de cette manifestation, pour la troisième année consécutive. Elle est en effet une occasion de rassembler de grands intervenants autour d’un thème essentiel qui a trait à notre avenir stratégique militaire et industriel. Depuis la publication de votre rapport sur l’industrie navale, cher Jean, votre intérêt pour ce sujet ne s’est jamais démenti. Bien plus, il a permis de faire avancer la compréhension collective des enjeux européens de sécurité.

Je me félicite de voir les progrès accomplis par nos marines et notre industrie navale européenne, sans pour autant sous-estimer l’ampleur du travail qui reste devant nous.

  • Une Marine nationale restructurée

Nous devons nous adapter, dans une situation budgétaire contrainte, à de nouvelles menaces dont l’ampleur et la diversité dépassent maintenant le cadre des États.

Nous sommes à une période charnière qui conduit, dans cette optique, à la redéfinition des missions de la marine, à la modernisation de ses capacités et de l’organisation de nos armées.

  • Les menaces

* Pour faire face à un environnement stratégique durablement transformé, crises régionales et prolifération des armes de destruction massive, et alors que se développent des réseaux transnationaux de criminalité organisée et de terrorisme, il nous faut agir le plus tôt possible dans un cadre interallié et prioritairement européen.

Nous devons pour cela approfondir les solidarités concrètes entre les pays européens dans le domaine de la défense navale. Ce sont les nouvelles missions qui attendent notre marine, notamment dans l’espace méditerranéen

* Dans cette optique, il nous faut développer l’interopérabilité des différents systèmes de défense navale en termes de capacités de projection et de prévention.

* Il nous faut adapter en permanence notre outil de défense.

Demain, les missiles de croisière apporteront une capacité nouvelle de frappe contre la terre à partir de plate-formes navales. Après-demain, les drones révolutionneront notre approche de la surveillance et du renseignement.

  • D’ores et déjà nous avons commencé à nous moderniser.

* Les FREMM, les 6 sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda, les missiles de croisière navals (contrats signés très prochainement) et le PA2, dans le cadre inédit et ambitieux d’une coopération franco-britannique, sont autant de programmes d’une envergure inégalée, qui redonnent une crédibilité à notre marine.

* Le redressement de la disponibilité de nos équipements a également été une de mes priorités. Notre Marine a ainsi enregistré 10 % de disponibilité supplémentaire pour dépasser les 70 %.

* Tout ceci a pu se faire grâce au développement d’une vraie industrie de services.

Ainsi, au lieu de contractualiser au cas par cas, la Marine a pu signer des contrats de longue durée avec une industrie capable de prendre des engagements de disponibilité. Nous avons pu instaurer un véritable cercle vertueux où les acteurs industriels et étatiques travaillent en confiance pour une efficacité renforcée.

  • Enfin, en m’appuyant sur la visibilité offerte par le respect de la LPM, j’ai engagé une vaste politique ministérielle de réformes.

Ses objectifs sont simples : un fonctionnement orienté tout entier vers une plus grande cohérence des moyens, une meilleure gestion humaine et des responsabilités de commandement redéfinies.

* La réorganisation de la DGA a permis de relancer la préparation de l’avenir et de conforter la maîtrise d’ouvrage, notamment en termes de compétences techniques. Une conduite rénovée des programmes d’armements et meilleure intégration des acteurs : ce sont des acquis qui dureront.

* Le renforcement des prérogatives du CEMA, notamment en termes de préparation des arbitrages capacitaires, est une étape décisive de l’interarmisation pour prendre les décisions de demain.

* La rationalisation des systèmes d’information, la mutualisation des capacités ainsi que la création de services communs comme le service d’infrastructure de la défense (SID) font de la Défense française un modèle à la pointe de l’interarmisation.

Le Ministère se voit ainsi davantage responsabilisé et mieux à même de faire des choix stratégiques décisifs. Ces réformes étaient un préalable nécessaire. Elles permettront de préparer les décisions et les arbitrages de la prochaine LPM, avec le souci de la cohérence opérationnelle et de l’efficacité.

  • Une politique industrielle refondée

Nous avons mené en parallèle une politique concrète de modernisation de notre outil industriel qui porte ses fruits. Nous avons placé celui-ci dans une perspective européenne.

  • DCN : l’exemple d’un redressement industriel remarquable

* La transformation de DCN en société et l’ouverture de son capital ont donné des résultats industriels, opérationnels et financiers solides.

* Son rapprochement avec Thalès sera finalisé dans les toutes prochaines semaines. L’entrée d’un industriel comme actionnaire privé de référence assoira sa crédibilité comme acteur économique et industriel. Ce rapprochement mettra également fin à des compétitions franco-françaises stériles à l’export.

Dans le respect de son rôle de maître d’œuvre de navires armés, cette transformation fait de DCN un acteur crédible également pour la consolidation européenne. Celle-ci doit être abordée sans tabous. Ainsi, nous devons dès maintenant explorer de nouvelles pistes de partenariats industriels, technologiques, commerciaux, voire actionnariaux.

La consolidation est engagée : il faut maintenant développer des partenariats transnationaux. Nous devons « penser à l’échelle européenne » pour agir sur les marchés mondiaux.

Nous devons, surtout, lutter contre les replis protectionnistes qui ruineront toute perspective européenne de long terme. Des partenariats fructueux ont vu le jour. Il faut les approfondir.

* Navantia (Espagne) est un partenaire historique de DCN. Je souhaite que ce partenariat se poursuive et se renforce.

Je l’évoquerai demain en Espagne lors du Conseil franco-espagnol de défense et de sécurité. Notre ambition est de créer une vraie dynamique européenne qui fasse de nos industries des acteurs responsables, unis, à la hauteur des enjeux.

* La consolidation allemande devient une réalité. L’intégration bien avancée de TKMS, le rachat d’Atlas par EADS-TKMS sont un pas important qui doit contribuer à la consolidation et non la bloquer par l’exclusion de tel ou tel acteur. Le dialogue franco-allemand s’inscrit dans cette ligne politique de l’autonomie compétitive.

  • La R&T joue un rôle essentiel dans l’émergence d’une industrie européenne.

J’invite tous les acteurs à évaluer toutes les possibilités de coordination en Europe, même si la tâche n’est pas toujours évidente. La place de l’Agence européenne de défense est ici essentielle pour établir une stratégie commune sur le long terme.

Le lancement, lundi dernier, de 2 programmes communs de recherche, pour 150M d’euros, l’un rassemblant 17 pays sur la protection des forces, l’autre 5 pays sur la radio logicielle, est un bon signe. Il faut aller encore plus loin. C’est la démonstration que l’Agence est aujourd’hui pleinement opérationnelle et au cœur des enjeux de demain.

Les deux lignes conductrices de notre action sont la compétitivité et l’autonomie. Je crois aux vertus du marché et de la concurrence car il est illusoire de vouloir les nier. Les accepter de manière réaliste nous permet d’avoir une industrie réellement performante, condition nécessaire d’une réelle autonomie stratégique que nous voulons pour l’Europe.

Pour cela, nous sommes obligés par un devoir de vérité. Cela implique un réalisme sans tabous.  Cela suppose une cohérence dans la mise en œuvre, avec des responsabilités redéfinies pour tous. Cela implique surtout que nous ayons le courage de faire partager à nos concitoyens une vision juste des enjeux internationaux, économiques et stratégiques.

La compréhension des enjeux dépasse le cadre national. Les réponses à apporter le dépasseront aussi.

Une conception globale, européenne, dans un effort continu, sur le long terme, et qui répond à une véritable vision stratégique peut seule donner une plus grande visibilité à nos concitoyens sur leur avenir et sur celui de la France.
 


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