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OPEX : la gestion des crises en évolution

 

OPEX : la gestion des crises en évolution

 

Contrairement à la réduction de la tension internationale que l'on pouvait imaginer à la fin de la guerre froide, la multiplication de crises régionales a amené l'Union européenne à la demande de l'ONU à s'interposer. Sur les 37 000 militaires déployés hors de l'hexagone, 15 000 Français sont actuellement engagés dans des opérations extérieures (OPEX), principalement dans les Balkans, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan et au Liban. Cette chronique © publiée dans le N°124 de la revue Défense [1] datée du 15 novembre 2006, est reproduite ici avec l'autorisation de son auteur, Joël-François Dumont. (*)

 

Si la valeur opérationnelle des troupes françaises dans ces OPEX n'est plus à démontrer, quelque chose a changé dans les conditions d'exécution de ces missions de maintien ou de rétablissement de la paix, de grandes insuffisances ayant été constatées dans le passé. C'est ainsi que le dernier bulletin du G2S [2] note « avec une certaine satisfaction » que « les dispositions prises » pour le Liban « confèrent à la FINUL renforcée une réelle efficacité ».

« En effet, cette force dispose désormais d’une chaîne de commandement, raccourcie et réactive, reliée à un centre opérationnel spécifique, totalement dédié à la mission, implanté au siège de l’ONU et armé par des militaires. Des règles d’engagement claires autorisent en certaines circonstances l’usage de la force, notamment si la liberté de circulation est entravée. Des consignes explicites permettent, par ailleurs, de faire face à des situations hostiles. On peut cependant regretter que ces dispositions continuent à relever du chapitre VI [3] de la Charte des Nations unies, certes notablement durci pour la circonstance et non du chapitre VII [4] plus coercitif. Enfin, la contribution de plusieurs pays de l’Union européenne devrait assurer à la nouvelle FINUL une colonne vertébrale solide constituée d’unités aguerries, aux capacités complémentaires, possédant une culture opérationnelle commune ».

Parmi les nombreux officiers qui ont une bonne connaissance de la spécificité de ce théâtre, protagonistes inclus, ayant exercé des responsabilités de terrain lors des interventions passées de notre armée au Liban, plusieurs témoignages recueillis confirment cette évolution, dont celui du général Jean-Pierre Guiochon qui résume assez bien ces « retours d'expériences ».

 

Pendant de longues années, l'intervention d'unités de la Légion, des troupes d'infanterie de marine, voire de parachutistes, était essentiellement limitée à l'Afrique où des "forces de présence" étaient stationnées dans certains pays avec lesquels nous avions signé des accords de défense et de coopération. Il arrivait que les soldats français soient obligés d'intervenir pour éviter notamment que des émeutes tribales ou des luttes de pouvoir entre ethnies rivales ne dégénèrent en guerres civiles, mais le contexte de ces interventions n'avait rien à voir avec les opérations extérieures, telles qu'elles sont menées depuis le début des années 90.

  • Des interventions internationalisées

Depuis la crise dans l'ex-Yougoslavie, nous nous trouvons dans des interventions beaucoup plus internationales, que ce soit dans un contexte de maintien de la paix ou de rétablissement de la paix, avec des parties prenantes à la fois très différentes, bien armées, parfois très bien organisées et utilisant la population civile comme acteur, voire comme couverture et (ou) comme protection vis-à-vis des forces d'intervention.

 

 

Patrouille française en Afghanistan

 

La mise en œuvre des moyens nécessaires dans ce genre de crises est d'une toute autre nature et d'une toute autre ampleur que ce nous avons pu connaître dans le passé lors de crises africaines. La différence entre ces deux types d'intervention est bien sûr très importante. Le contexte politique local devient extrêmement compliqué relevant plus de la guerre civile que d'un simple changement de chef de gouvernement ou de dictateur. On est dans une toute autre logique. Il convient de savoir où l'on va, pour quoi faire, avec qui et pendant combien de temps.

De même toute opération doit prendre en compte dés le début la sortie de crise la phase suivant cette sortie de crise, c'est-à-dire le retour à la paix.

Pour cela, il faut non seulement définir l'objectif politique, l'objectif militaire sous-tendu par l'objectif politique, mais aussi définir l'objectif socio-économique. Il faut faire en sorte que les institutions de gouvernance politique et administrative soient également installées, pour que le pays puisse redémarrer dans des conditions acceptables et que la population puisse vivre dans un contexte stabilisé et ce pour une certaine durée.

 

On est dans un triptyque où le politique, le fonctionnement des institutions, le contexte socio-économique sont liés, ce qui n'était pas toujours le cas auparavant, où il suffisait parfois d'intervenir pour changer le président X par le président Y. Cela implique de définir des objectifs de sortie de crise réalistes.

  • Des règles d'engagement revues à la hausse

Compte tenu des expériences passées (ex-Yougoslavie, Côte d'Ivoire), avec des mandats peu clairs ou sujets à interprétation, une fois qu'un mandat international est délivré par les Nations unies, stipulant ce que chacun doit faire et que les objectifs à court terme et à long terme ont été définis, il incombe au pays qui contribue à cet effort international de veiller à ce que les règles d'engagement soient très précises et que ses troupes soient protégées efficacement. S'il fallait tirer un enseignement significatif de l'intervention en Bosnie, c'est qu'on ne peut pas engager des troupes, en voulant restaurer la paix, si celles-ci n'ont pas un mandat précisant à la fois des règles d'engagement fortes destinées non seulement à leur propre protection, mais qui permettent également d'utiliser la force armée légitime pour faire respecter les termes mêmes du mandat ; il faut se rendre à l'évidence qu’une organisation internationale avec des unités étrangères multiplie les chaînes de décision et les chaînes d'exécution. Il faut donc, pour être efficace, rechercher le meilleur circuit de décision afin de pouvoir faire face en cas d'incident, en faisant prendre très rapidement au politique la décision qui soit conforme au respect du mandat ; il importe donc que l’organisation fonctionnelle soit adaptée à la capacité de faire respecter les termes du mandat.

 

 

Char Leclerc au Liban

 

Avant d'envoyer des casques bleus supplémentaires au Liban, la France a posé ses conditions. Ses soldats ont été suffisamment échaudés et n'ont pas vocation à devenir des cibles. On est donc passé de l'armement léger pour assurer la légitime défense aux chars Leclerc, et divers armements lourds comme une batterie de missiles sol-air Mistral. L'époque où des observateurs munis de jumelles et d'un téléphone de campagne se limitant à répertorier les violations du cessez-le-feu et les incursions des uns et des autres est donc révolue.

 

 

Michèle Alliot-Marie accueillie au Pentagone par Donald H. Rumsfeld

 

Le ministre de la défense Michèle Alliot-Marie, après une visite au siège de l'ONU à New York s'est rendue à Washington [5]  pour faire part son homologue américain Donald Rumsfeld et au représentant du Conseil national de Sécurité (Maison-Blanche) de « l'exaspération des militaires de la FINUL », suite aux violations israéliennes permanentes de l'espace aérien libanais, considérées comme autant de « provocations ». Des survols jugés « agressifs », en particulier les vols en piqué effectués à plusieurs reprises sur les forces de la FINUL II.

 

Israël légitime ces survols sous le prétexte que des armes seraient livrées à travers la frontière syrienne au Hezbollah - une frontière surveillée par 8000 casques bleus - mais n'a toujours pas fourni de preuve et l'on attend toujours une explication sur les raisons pour lesquelles deux F-16 israéliens ont effectué un tir de semonce au canon au-dessus d'un navire de guerre allemand patrouillant le long des côtes du Liban la semaine dernière, autant d'actions constituant pour le porte-parole de la force des Nations unies, Ryszard Monrczynski « des violations flagrantes de la résolution 1701 ».

 

L'arrivée prochaine de drones Sperwer du 61ème RA [6] et d'une station image, avec l'examen quotidien des images satellitaires par la DRM depuis la France, devraient permettre d'informer bientôt en temps réel le commandement de la situation sur le terrain et à New York. De même, les moyens de renseignement envoyés sur place à la fois pour l'acquisition et l'interprétation du renseignement devraient faciliter une vision encore meilleure de la situation le long de la frontière Nord qui sépare Israël de ses voisins.

  • Provocations et désinformation

La crainte des casques bleus engagés au Liban, toutes nations confondues, est de se trouver devant "la provocation de trop" pouvant entraîner des représailles. Si pour le moment, aucun incident grave n'est à déplorer, la tension demeure perceptible tandis que la guerre des idées se poursuit.

 

Et dans ce contexte, ce n'est sans doute pas le fruit du hasard si sur un site Internet israélien [7] on « apprend » que « le gouvernement israélien aurait protesté auprès des gouvernements italien et français à propos de la livraison de missiles Aster 15 au Hezbollah »! Une « information » qui bien que démentie par les porte-paroles de la défense des deux pays et par MBDA a quand même été reprise par quelques journaux italiens peu scrupuleux. Même un ancien président de la République italienne s'est laissé piégé en posant une question écrite… La prochaine fois, Francesco Cossiga saura qu'il n'existe pas de version terrestre de l'Aster 15, un missile que l'on trouve généralement sur une frégate et que la version terrestre appelée SAMP-T utilise le missile Aster 30 mais que celui-ci n’est pas encore en service à ce jour… Tout cela vérifie en tout cas un vieux dicton italien : « Se non è vero, è ben trovato! »

Joël-François Dumont

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense. 

[1] http://www.revue-defense-ihedn.fr

[2] N°57 du Groupe de Liaison G2S, daté d'octobre 2006.

[3] Le chapitre VI traite du "Règlement pacifique des différends".

[4] Le chapitre VII indique les situations où le Conseil de sécurité peut autoriser les forces armées à « donner effet à des décisions » en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix ou d’acte d’agression.

[5] Voir : U.S., French Defense Chiefs Meet at Pentagon, (AFPS) par Jim Garamone, le 19 octobre 2006.

[6] Voir « Du célèbre canon de 75 à la révolution de l'information », article consacré au 61e RA dans Défense n°122.

[7] http://www.debka.com "We Start Where The Media Stop"...

Articles du même auteur parus dans la rubrique "Renseignement" de la revue Défense :


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