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EADS, le top des taupes

 

Le Canard Enchaîné demeure une institution, mais il en va des institutions comme des hommes: elles prennent de la bouteille. Après 91 années pendant lesquelles le Canard était devenu emblématique à force d'être incontournable, auréolé même d'une certaine renommée internationale, il semble bien que l'arrivée d'un nouveau confrère en mai 2006 soit venu briser ce quasi-monopole de fait au sein de la presse satirique française. Au delà de l'événement médiatique, seuls quelques initiés, hommes ou femmes politiques et journalistes ont compris dés le début toute l'importance que ce nouvel hebdomadaire satirique pouvait avoir, osant même revendiquer devoir être irrévérencieux pour mieux informer, tout en restant farouchement indépendant. Le succès que connaît Bakchich depuis ces derniers mois, est celui d'une équipe bien rodée d'irréductibles dont « la majeure partie a longtemps travaillé au Gri-Gri International, jusqu’à ce que la dérive de la ligne éditoriale du satirique panafricain ne (dérive trop extrêmement....) les en éloigne définitivement... ». Ceci explique peut-être pourquoi Bakchich est devenu si rapidement  incontournable à son tour et pas seulement dans les salles de rédaction parisiennes, mais aussi en Afrique ou au Moyen-Orient. Contrairement au Canard, Bakchich est disponible chaque vendredi à midi sur Internet, un support électronique dont le Canard semble s'être toujours méfié. Et curieusement, même si chaque numéro reste disponible gratuitement sur le net, au moment où tous les journaux voient leurs ventes chuter, celui-ci voit au contraire ses abonnements pour la version papier augmenter, ce qui est un signe de bonne santé et la preuve que les révélations de nos confrères ne passent pas inaperçues. Nous reproduisons ici avec l'autorisation de Bakchich un article de notre confrère Uriel da Costa, un papier qui dès sa publication a fait l'effet d'une bombe dans le petit monde très discret de l'armement européen. Vendredi 5 janvier 2007 par Uriel Da Costa

Une directrice de centre de recherche soupçonnée d’être une taupe yankee, un actionnaire russe imposé par Chirac, de menus conflits d’intérêts, l’ombre persistante du corbeau de Clearstream Jean-Louis Gergorin... EADS, fleuron officiel de l’aéronautique européen, se prépare des lendemains qui chantent !

Clearstream et le bilan de Jean-Louis Gergorin n’en finissent pas de peser sur les destinées du constructeur aéronautique européen EADS [1], et plus particulièrement sur sa branche armement. La nomination de Valerie M. à la direction des centres de recherche du groupe fait partie de l’héritage du corbeau de l’affaire Clearstream. La bonne dame est notamment chargée de superviser à Suresnes l’audit réalisé sur le transporteur militaire A-400M.

  

(Source Bakchich)

Détail piquant, la jeune femme, de nationalité américaine, est officier de réserve dans l’US Air Force. Et s’est vu refuser par une DST fort méfiante son habilitation et par conséquent interdire l’accès à certains sites français de fabrication de la filière armement d’EADS.

Un sain principe de réciprocité : la décision correspond à l’usage en vigueur aux États-Unis qui veut qu’aucun étranger ne soit autorisé à travailler chez Boeing ou pour toute autre société du complexe militaro-industriel, dès lors qu’il s’agit d’un avion militaire, à fortiori pour un poste aussi sensible que la supervision des laboratoires de recherche.

Proche de "Thom" Enders - le Louis Gallois allemand – l’un des deux présidents exécutifs (CEO) d’EADS, la jeune femme a commencé à être cooptée par Jean-Louis Gergorin en 2004, à l’époque où ce dernier décidait de confier au cabinet londonien de renseignement privé Hakluyt un important contrat de recherches sur des groupes aéronautiques russes et coréens avec lesquels EADS devait signer des partenariats.

La DST, encore elle, s’était initialement opposée à ce qu’EADS fasse travailler Hakluyt, soulignant que deux responsables du cabinet – Christopher James et Mike Reynolds – étaient des anciennes barbouzes du MI6, les services secrets extérieurs britanniques.

Pourtant, Jean-Louis Gergorin passait outre avec l’aval transi de Thom Enders déclarant lors d’une conférence de presse du groupe qu’EADS, société européenne avait vocation à devenir « un groupe global » donc fortement implanté aux États-Unis. Et le président exécutif allemand devait rajouter plus récemment, sans que Gergorin ne trouve rien à redire, qu’ « EADS souffrait d’avoir pour actionnaire l’État français dans ses relations commerciales outre-Atlantique ». Joyeusement cité par le Financial Times, Thomas Enders précisait : « La part du gouvernement français au sein d’EADS n’est pas une bonne chose pour faire du business avec les States, surtout à l’occasion de la livraison du premier hélicoptère UH-145 à l’armée américaine » [2].

  • Confusion des cœurs et des armes

Si le tropisme pro-atlantique d’Enders s’explique assez facilement – il est un pur produit de l’université de Californie (UCLA), Los Angeles où il a soutenu une thèse de doctorat en 1987 – celui de Jean-Louis Gergorin relève de motivations plus sonnantes et trébuchantes puisque ce dernier contrôle plusieurs sociétés (sous-traitantes d’EADS) travaillant directement pour le complexe militaro-industriel américain. À la tête du groupe, on explique volontiers que ces deux alliés objectifs de l’hyper-puissance «  sont littéralement tombés sous le charme de la jeune officier de réserve »…

Cette confusion du cœur et des armes a beaucoup ému Jacques Chirac qui, sur le plan de l’enchevêtrement des intérêts privés et publics en connaît un rayon. Néanmoins, il s’en est ouvert à la chancelière fédérale Angela Merkel afin qu’elle réfrène les ardeurs atlantiques de monsieur Enders pour que ce dernier revienne à une conception plus régalienne de ses responsabilités. Par contre l’Élysée s’est bien gardé d’adresser la moindre recommandation à Jean-Louis Gergorin.

Selon un conseiller de Jacques Chirac qui assistait à l’entretien, Mme la Chancelière, connue pour ne pas plaisanter sur ces plans, aurait reçu le message cinq sur cinq. La même source explique que le président français aurait trouvé la parade en encourageant, en sous main, une entrée dans le capital d’EADS de son ami Vladimir Poutine à hauteur de 5%.

(Source Bakchich)

Ces petites manœuvres n’ont pourtant pas réussi à rassurer l’état-major français d’EADS, même si le nouvel actionnaire russe est une entreprise publique, renforçant ainsi le contrepoids étatique face à la poussée agressive des États-Unis sur les fronts de l’aéronautique militaire.

En attendant, Valerie M. est toujours en charge de la direction des centres de recherche du groupe. Elle bénéficie toujours de la bienveillante protection de Thomas Enders et de Jean-Louis Gergorin qui continuent à faire la pluie et le beau temps chez EADS. Mais elle ne peut toujours pas accéder aux laboratoires de Suresnes

[1] La société EADS est issue de la fusion entre DASA, Aerospatiale-Matra et Casa
[2] Financial Times du 15 décembre 2006


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