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MBDA : une société au cœur des grands projets européens

MBDA : une société au cœur des grands projets européens

Trois mois avant l'élection présidentielle, la revue Défense [1] a décidé de consacrer son "grand dossier" à notre politique de défense, à ses coûts et à ses orientations. Pour cela, nos confrères ont recueilli l'opinion d'hommes politiques de la majorité et de l'opposition, de nos experts au parlement, membres influents de la Commission de la défense de l'Assemblée et du Sénat et l'analyse de divers spécialistes. Et pour mieux alimenter le débat, Défense reproduit quelques chiffres éloquents qui portent sur l'effort financier de la France dans ce domaine, extraits du projet de loi de finance 2007 du budget de la défense, « permettant de concrétiser l'engagement budgétaire de notre pays, son évolution récente et le poids de notre politique militaire en Europe et dans l'Alliance.» « Le dernier budget d'une législature est autant l'heure des bilans que celle des projets » comme le remarque Jean-Michel Boucheron. [2] Une initiative d'autant plus remarquée dans la presse que la défense ne semble pas être un enjeu de ces présidentielles pour les divers candidats déclarés, à de trop rares exceptions près. En introduction de grand dossier, le "grand entretien" donne la parole à un des grands capitaines de l'industrie européenne d'armements, MBDA [3], dont le PDG depuis cinq ans, Marwan Lahoud [4], incarne une réussite exemplaire pour avoir fait de MBDA un modèle de société européenne intégrée. Dans ce polyglotte de talent, certains voient un technicien accompli dans tous les domaines qui touchent à l'aéronautique, à la défense et à l'armement à la fois, mais aussi « un homme de pensée dans l'action en matière de défense ». Au delà de sa compétence dans tous ces domaines d'excellence qui touchent à la défense, son sens des relations humaines, son goût du dialogue et son approche environnementale inspirent à tous ceux qui le côtoient l'estime et le respect que l'on accorde à ces patrons d'exception qui savent encore aujourd'hui « trouver le temps d'écouter avant de décider ». Nous reproduisions ici avec l'aimable autorisation (©) de la revue Défense le contenu de cet entretien exclusif. Paris, le 5 février 2007.

Couverture du N°125 de Défense, revue des auditeurs de l'IHEDN.Marwan Lahoud, PDG de MBDA. Photo (©) MBDA.

Marwan Lahoud, PDG de MBDA : « rester vigilants pour maintenir une avance technologique »

  • Pouvez-vous nous présenter MBDA en quelques mots et au-delà des chiffres ?

MBDA est héritier d’une histoire très riche, car le produit de la fusion des grands noms de l’industrie missilière européenne, Aerospatiale Missiles en France, Matra BAe Dynamics en France et au Royaume-Uni, LFK en Allemagne et la partie missiles de Finmeccanica en Italie. De ce fait, MBDA dispose de technologies de pointe, d’un savoir-faire de tout premier plan et de produits mondialement connus, qui en font aujourd’hui le leader mondial de son secteur, devant les industriels américains. Au-delà, MBDA est la première mais aussi la plus aboutie des sociétés européennes intégrées dans le secteur de l’aéronautique et de la défense.

Source: MBDA.

  • Vous annonciez l’an passé une baisse de votre CA de l’ordre 10%, qu’en est-il exactement aujourd’hui ?

Même si l’année n’est pas encore terminée, je peux annoncer que le chiffre d’affaires de MBDA sera comparable à celui de l’année dernière, qui était d’environ 3,5 milliards d’euros. Il sera sans doute en légère baisse mais pas du tout dans les proportions de ce que nous avions envisagé il y a deux ans, grâce à l’effort considérable fourni par nos équipes production et export pour nous permettre à la fois de livrer à l’heure et de préparer de futurs marchés.

  • Quels événements ont permis cette stabilisation, ce retournement de tendance ?

Je ne parlerai pas de retournement de tendance car les résultats obtenus pour ce nouvel exercice ne remettent pas en cause les raisons structurelles du rétrécissement du marché mondial des missiles et systèmes de missiles. Je dirais que le cycle de contraction de notre secteur intervient un peu plus tard que nous ne l’avions prévu, et je m’en réjouis. Le maintien de notre chiffre d’affaires est le résultat des combats que nous menons sur plusieurs fronts à la fois : le soutien de la France et le respect des engagements est un élément clé, ainsi que le marché domestique qui a joué son rôle. Les succès à l’exportation sont également un point que je tiens à souligner.

  • Après bientôt quatre ans à la tête de MBDA, quels bilans tirez-vous  ?

Sur le plan des résultats, le chiffre d’affaires a connu une croissance très forte, passant de 1,8 à 3,2 Md d’euros entre fin 2002 et fin 2005 (avant l’intégration de la filiale allemande LFK). Le résultat d’exploitation a été multiplié par plus de cinq, passant d’un peu plus de 1% à plus de 7% du chiffre d’affaires sur la même période. Pour sa part, le carnet de commandes a subi une légère érosion passant de 13,2 à 12,4 Mds d’euros. Mais il correspond encore à quatre années d’activités ce qui permet à MBDA d’envisager l’avenir avec optimisme.

Au-delà des résultats financiers que je ne souhaite pas commenter davantage, je suis plus attaché au bilan industriel et humain du groupe. Sur un plan industriel, MBDA a fait un travail considérable et donc de très grands progrès sur quatre axes que j’avais fixés en arrivant à la tête de l’entreprise : améliorer la qualité de nos produits, disposer d’une base de prix crédible, mettre en place une vraie structure de business développement, et enfin respecter les délais.

Marwan Lahoud et Werner Kaltenegger (LFK devenu MBDA Allemagne). Photo © MBDA.

Marwan Lahoud et Werner Kaltenegger (LFK devenu MBDA Allemagne)

Cette démarché initiée il y a quatre ans porte aujourd’hui ses fruits. Sur un plan humain, MBDA a réussi à intégrer réellement les trois entités fondatrices Matra BAe Dynamics, la partie missiles de Finmeccanica et Aerospatiale Missiles, leurs cadres et leurs personnels pour devenir une vraie société intégrée. Cette expérience doit nous permettre d’intégrer LFK, devenu MBDA Deutschland, avec la même réussite et je suis certain que nous y parviendrons. Aujourd’hui MBDA est structurée autour d’une véritable équipe de management internationale qui entraîne avec elle l’ensemble des salariés du Groupe, quelle que soit leur nationalité. Ce sont, je pense, les plus grandes réussites de MBDA et ce qui lui permettra d’affronter les défis de demain avec les meilleures armes.

  • Que vous inspire ce très bon bilan industriel sur le plan personnel, quels enseignements retirez-vous?

Mon cas personnel n’a pas grande importance, ce qui compte ce n’est pas ma réussite personnelle mais celle de l’entreprise. Car ma mission est au service de MBDA avec un objectif permanent qui est l’avenir de l’entreprise. D’autant que les dirigeants passent, alors que les sociétés restent.

En revanche, les enseignements sont multiples, j’en retiendrai deux.

Tout d’abord, je suis conforté dans l’idée que l’on ne réussit jamais seul et que la première responsabilité d’un dirigeant d’entreprise est de constituer autour de lui une équipe respectueuse des différences et des compétences. Le second enseignement est que dans le changement, l’adaptation, voire la réforme dans l’entreprise, est toujours possible et couronnée de succès si l’on est ouvert au dialogue et respectueux des autres.

Tir réussi d'un missile Aster-30 réalisé le 14 novembre 2006. Photo (©) MBDA.

Tir réussi d'un missile Aster-30 SAMPT/T réalisé le 14 novembre 2006  [6]

  • Comment se présente l’avenir de MBDA ? Quelle place occupera MBDA dans les grands projets de défense en Europe ?

Par sa nature même, MBDA est une société européenne, elle a donc vocation à être au cœur des grands projets européens dans le domaine des missiles et systèmes de missiles, donc dans l’équipement des futures plates-formes européennes, mais aussi d’être un moteur de l’indépendance technologique de l’Europe dans le secteur des armes guidées.

Sur l’armement des plates-formes futures, cela a déjà commencé avec le projet de frégates multi-missions FREMM qui rassemble aujourd’hui la France et l’Italie et qui est le plus grand programme naval jamais lancé en coopération puisqu’il représente 27 navires. MBDA est le cœur militaire de la FREMM puisque tous les armements sont développés et produit par MBDA. MBDA a participé dès l’origine à la conception du bâtiment sous l’angle des systèmes d’armes.

MBDA à Euronaval 2006 (Photo Joël-François Dumont).

MBDA à Euronaval 2006

Sur l’indépendance technologique de l’Europe, la nouvelle stratégie industrielle de défense (DIS) au Royaume-Uni est le meilleur exemple du rôle que peut et doit jouer MBDA dans la pérennité de la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne.

L’objectif en Europe est donc clairement d’être au centre des problématiques de défense dès le début des réflexions et d’être considéré comme un acteur essentiel du dispositif au même titre que les grands plate-formistes. N’oublions jamais que les missiles représentent la pointe de diamant qui délivre l’effet militaire escompté, aucun système, aussi complexe soit-il, n’a d’efficacité propre s’il n’est pas accompagné « d’effecteurs ».

  • A moyen ou long terme, envisagez-vous de réaliser de nouvelles acquisitions ? Envisagez-vous de nouvelles coopérations avec des pays extra-européens par exemple avec la Russie ?

MBDA finalise actuellement l’acquisition de Bayern Chemie, société de propulsion détenue à parité entre EADS et Thales, afin de se renforcer dans le domaine de la propulsion et notamment dans la propulsion de très haute technologie que sont les statoréacteurs. MBDA est déjà présent 50/50 avec la SNPE, dans Roxel qui est également un acteur important dans le domaine de la propulsion. Avec l’intégration de Bayern Chemie, MBDA disposera d’un pôle propulsion compétitif.

En ce qui concerne les coopérations, MBDA fait des partenariats avec les États, qu’ils soient européens ou non, un élément essentiel de sa stratégie de développement. C’est la condition de la réussite à long terme dans un domaine d’activités de haute technologie.

  • Pensez-vous que le modèle industriel de MBDA est aujourd’hui optimisé ?

J’ai lancé l’année dernière une nouvelle organisation de l’entreprise, avec le soutien de l’équipe de direction. Nous pensons que cette organisation qui se met en place jour après jour permettra à MBDA de mieux amortir les effets de cycle et de maintenir ses performances sur le long terme. Il est prétentieux de considérer que notre organisation est achevée. Je dirais qu’elle est adaptée à nos besoins et aux exigences à venir telles que l’on peut les évaluer aujourd’hui. Cela n’interdit pas de réfléchir à des améliorations possibles notamment dans le domaine de la rationalisation de la production et du nombre de sites. Par exemple nous allons rassembler, à compter de janvier prochain, les trois sites de région parisienne en un seul après avoir, l’an passé, engagé la réorganisation industrielle en Région Centre pour être encore plus compétitifs. Le même effort est mené simultanément dans nos sites au Royaume Uni et en Allemagne.

  • La question de votre actionnariat s’est posée il y a quelques mois, avec le retrait possible de certains d’entre eux. Aujourd’hui, les déclarations des dirigeants de BAE et de Finmeccanica font état d’une volonté claire de rester, comment l’expliquez-vous ?

J’ai entendu en effet que mes actionnaires souhaitaient rester présent au capital de MBDA, c’est sans doute parce que c’est un bon business qui n’est peut-être pas si mal géré que cela. Mike Turner CEO de BAE Systems et le CEO de Finmeccanica, Pierfrancesco Guarguaglini, ont souligné l’importance pour leurs deux groupes de se maintenir dans un secteur aussi stratégique pour leurs activités défense que les systèmes de missiles, rejoignant en cela l’analyse déjà développée par EADS. Cela m’incite à penser que le positionnement de MBDA, adossé aux trois grands groupes européens d’aéronautique et de défense, ne sera pas de sitôt remis en cause.  

  • Quelles sont vos relations avec vos actionnaires ?

Ces relations sont très bonnes, certainement parce que MBDA est une filiale des plus profitables et des plus stables. Leur volonté de rester au capital de MBDA est un signe de ces bonnes relations et MBDA est également solidaire de ses trois actionnaires. J’ajoute que la situation d’équidistance que je viens de mentionner est une garantie pour chacun d’entre eux que ses intérêts sont préservés.

Guy Griffiths (DG) et Marwan Lahoud (PDG) le 12 février 2007 présentant à la presse le bilan 2006 de MBDA. Photo © Joël-François Dumont).

Guy Griffiths (DG) et Marwan Lahoud (PDG) présentant à la presse le bilan 2006 de MBDA

De plus, ces trois actionnaires sont présents au Conseil d’administration de MBDA et c’est pour leurs représentants une bonne occasion de se comporter non pas en défenseurs d’intérêts spécifiques de groupes mais en tant que partie prenante d’une activité qui est leader mondial de son secteur. En ce sens, ils sont réellement associés à la direction stratégique de MBDA et en partagent donc la responsabilité la plus élevée.

  • Quelle est la politique de MBDA vis-à-vis de ses fournisseurs ?

Pour de nombreux fournisseurs, leur statut a souvent évolué de fournisseurs à partenaires, je pense à Thales, Sagem, Selex (groupe Finmeccanica) ou même BAE Systems et EADS. De plus nous bénéficions de la possibilité de les mettre en compétition, ce qui est un atout supplémentaire pour notre compétitivité. L’idée est en tous cas de responsabiliser nos fournisseurs dans l’effort global entrepris par MBDA pour livrer en temps et en heure : la satisfaction du client final suppose aussi que nos fournisseurs soient motivés.  

  • Est-il possible pour une entreprise comme MBDA de faire appel à des fournisseurs nouveaux, comme la Russie par exemple, comme l’envisagent certains acteurs du secteur aéronautique?

Il y a beaucoup de choses à faire avec la Russie mais on pourrait également parler d’autres pays comme l’Inde, par exemple. MBDA a vocation à bâtir des relations durables avec des industriels crédibles, leur nationalité n’est pas le critère unique. Plus que des relations clients-fournisseurs, MBDA par ses performances a les moyens de disposer d’une vraie stratégie et l’un des éléments de la stratégie de MBDA est la mise en place de partenariats européens et internationaux.

  • Quelle approche avez-vous adoptée et sur quelles valeurs vous êtes-vous appuyé pour réussir à constituer aujourd’hui une société présentée comme un exemple ou un prototype de société européenne intégrée ?

MBDA est avant tout une entreprise de défense, la première valeur est donc la sécurité collective et la sécurité du monde. Si chaque salarié de MBDA est imprégné, comme je le suis, de cette conviction alors la motivation et la rigueur dans le travail seront renforcées. Travailler dans la défense, c’est aussi être au service d’une cause supérieure, il faut donc être solidaire et au service des autres, des salariés de MBDA, des actionnaires de MBDA mais aussi des États avec lesquels MBDA travaille.

Notre seconde valeur est l’approche multiculturelle : il n’y a pas chez nous de culture nationale dominante, j’essaie d’être à l’écoute de tous, dans la diversité de chacun, ce qui a permis de faire de MBDA une société européenne intégrée.

De plus, il faut garder à l’esprit que MBDA est une société industrielle de très haute technologie. Il convient donc de rester proche des problématiques techniques qui sont la base de la réussite de l’entreprise. Sans excellence technique, l’entreprise ne peut respecter les exigences contractuelles, qu’il s’agisse des délais ou des prix, et ne peut donc être performante et pérenne. Ingénieur de formation, je valorise le pragmatisme pour les programmes et l’ambition pour l’entreprise. J’essaie donc de mettre l’accent sur la gestion des programmes, à travers l’organisation, pour en faire le socle sur lequel peut reposer la performance qui garantit à MBDA une capacité à disposer d’une stratégie et la mettre en œuvre.

Enfin, je suis convaincu qu’on ne réussit jamais seul et que l’équipe est essentielle, pour garantir la transparence et la fluidité de l’information. Le modèle MBDA, par opposition à d’autres, c’est le jeu collectif.

  • A l’heure où les notions de développement durable et de protection de l’environnement sont des préoccupations majeures pour les citoyens, quel peut-être le rôle d’un  industriel de l’armement ?

Le développement durable est trop souvent perçu comme le simple respect de l’environnement. Pour moi, le développement durable est à inscrire dans la même logique qui englobe déjà l’éthique, notamment en matière de commerce international des armements, et la responsabilité sociale des entreprises, que cette dernière concerne l’égalité des chances, la parité homme femme, le droit à la formation ou tout autre sujet ayant trait au développement social.

Ces trois exigences s’imposent aujourd’hui plus que jamais à un acteur industriel qui se veut responsable, et ce quelque soit son domaine d’activité. Ces trois exigences renvoient à la fois au respect des réglementations en vigueur mais aussi aux actes volontaires et personnels de chacun, quelque soit sa position au sein de l’entreprise. Elles font par conséquent partie intégrante des valeurs qui contribuent à forger l’identité de MBDA.

Le monde industriel se doit d’intégrer ce souci de préserver l’environnement. Cette préoccupation doit être encore plus forte dans les métiers de la mécanique, de l’électronique et de la chimie, qui sont très importants au sein de MBDA. La spécificité et la particularité de notre domaine, l’armement, ne nous exonèrent en rien de cette responsabilité.

Concrètement la démarche environnementale adoptée par MBDA concerne en premier lieu nos sites industriels et en particulier les conditions de travail offertes à nos salariés. Je pense immédiatement au diagnostic et au traitement énergétique de nos bâtiments. Cette démarche globale est également à relier au cycle de vie de nos productions, de la conception au démantèlement en passant par le choix des matériaux et composants entrant dans le processus de fabrication. La nouveauté réside dans le démantèlement. Aujourd’hui le cycle de vie industriel s’arrête au maintien en condition opérationnelle. Quid de la « fin de vie » de nos matériels ? Je souhaite que MBDA soit un centre d’excellence de la démilitarisation à la fois car nous avons la connaissance et la compétence pour le faire mais aussi pour démontrer que nous assumons la responsabilité qui est la nôtre dans le domaine de l’environnement.

  • L’industrie européenne doit-elle craindre la montée des pays émergents dans le domaine de la défense, à l’heure où l’Europe ouvre ses marchés à des appels d’offres internationaux ?

Je ne le pense pas. La supériorité technologique des produits de défense européens est encore un élément qui protège cette industrie. Toutefois, certains pays ont aujourd’hui atteint un niveau technologique élevé dans certains segments et ils bénéficient souvent d’un avantage prix qui peut faire la différence.

Il convient donc de rester très vigilants pour maintenir une avance technologique et travailler en permanence à la compétitivité des produits européens. C’est pourquoi nous devons garder un niveau d’investissement dans la R&D important et améliorer sans cesse nos processus pour maîtriser les coûts.

  • Diriez-vous que l’entreprise industrielle européenne intégrée est une solution ou la solution pour pérenniser l’industrie en Europe ?

Elle est sans nul doute la seule et unique solution. La société européenne est la seule voie de développement. Elle doit de plus être complétée par une approche industrielle encore plus globale. L’économie est aujourd’hui totalement mondialisée, il faut donc arriver, tout en gardant ses bases et sans renier sa culture, ses origines et ses attaches, il faut arriver à globaliser les entreprises faute de quoi l’on tend vers la concentration, suivi d’un rétrécissement puis une disparition.

  • Le récent conflit au Liban a permis de tirer un certain nombre d’enseignements militaires, pensez-vous que ces enseignements vont servir la politique européenne en matière de défense et en particulier dans le domaine du combat terrestre ?

Il convient avant toute chose de ne pas tirer de conclusions hâtives après chaque conflit. Après la guerre du Golfe de 1990-91, la notion de Network Centric Warfare, la guerre infocentrée, était devenue la panacée. Mais les opérations plus récentes, en Irak ou au Liban, ont montré les limites de cette démarche.

Je pense que l’enseignement majeur à tirer est le besoin toujours plus grand des forces déployées sur le terrain de disposer d’armements polyvalents et très souples d’emploi.

La capacité à utiliser un système pour des missions très différentes s’avère un véritable atout. C’est notamment dans le domaine du combat terrestre que ce besoin s’est fait le plus sentir avec la nécessité de disposer d’armements portables capables de détruire des cibles chaudes (chars de combat ou véhicules blindés ou pas), des cibles froides (bunkers, bâtiments), des cibles fixes ou mobiles, avec la même efficacité. Il est notamment démontré sur le terrain que les missiles filoguidés sont les mieux adaptés à ce type de besoin, en comparaison des missiles dotés d’autodirecteurs infrarouge.

  • La volonté de réduction des dépenses publiques et notamment les budgets défense est un leitmotiv, quelles pourraient être les conséquences stratégiques mais aussi sociales et industrielles si une telle baisse se produisait ?

Tout d’abord, je constate que les dépenses de défense de la France ne sont pas en réduction depuis plusieurs années et je m’en félicite, mais il est vrai qu’au Royaume-Uni ou en Italie notamment, ces dépenses sont en contraction. En admettant que cela soit le cas, MBDA a anticipé sur ce type de risque, en mettant en place une organisation industrielle rationalisée, une politique de réduction des coûts à travers l’ensemble des 4 pays européens où elle implantée afin de pouvoir faire face à une contraction du marché.

Au-delà de l’organisation et des processus industriels, l’objectif recherché par MBDA ces dernières années a été de donner un maximum de souplesse à son outil industriel pour permettre par exemple d’adapter un produit déjà développé à une mission nouvelle. Cette possibilité permet ainsi au client de limiter les frais et les cycles de développement et de disposer au final d’un produit qui répond à ses exigences à moindre frais.

Enfin, face à une perspective éventuelle de contraction du marché domestique de MBDA, l’export est un élément clé depuis toujours de la politique commerciale de MBDA et à ce sujet je me félicite du remarquable rapport du Député Yves Fromion [5] sur le sujet, qui devrait participer au développement des exportations dans l’avenir.

  • Êtes-vous favorable à une politique de défense européenne ?

Pour constituer un marché, il faut une demande et une offre. L’offre, dans le domaine qui est le mien, est aujourd’hui rationalisée et consolidée en Europe avec MBDA, si la demande pouvait l’être, cela serait formidable. Nous avons déjà suscité un marché domestique européen, offert des capacités autonomes à l’Europe, ce sont autant d’outils auxquels il manque la finalité d’une véritable politique européenne de défense. Je me réjouis de la montée en puissance de l’Agence de Défense Européenne qui constitue un « embryon » de la rationalisation de la demande. Il convient désormais de veiller à la croissance de son activité à travers les budgets qui lui seront délégués et les programmes qui lui seront confiés.

  • Le niveau technologique de l’Europe est-il comparable à celui de ses concurrents ? L’Europe dispose-t-elle des moyens pour maintenir à long terme ce niveau ?

Cela dépend des secteurs, mais dans celui particulier de l’aéronautique et de la défense, la réponse est clairement oui, il n’y a pas de « gap technologique ».

L’Europe est peut-être même à un niveau technologique supérieur à celui des États-Unis dans certains domaines.

Sur la capacité de l’Europe à rester à ce niveau, je pense que les orientations prises dans le domaine de la Recherche et Développement vont dans le bon sens. Par ailleurs, le niveau de formation de nos ingénieurs est bon, et si les ingénieurs sortis d’écoles prennent conscience que débuter leur carrière comme ingénieur dans l’industrie est une très bonne école pour progresser, alors nous pouvons maintenir notre niveau.

______  

[1] Défense est la revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées. Téléphone: 01.44.42.31.47. Fax: 01.45.51.54.65.

[2] Jean-Michel Boucheron, député d'Ille-et-Vilaine (PS), ancien président de la Commission de la défense à l'Assemblée Nationale(1988-1993). Membre de la Commission de la défense.

[3] MBDA : les différents sites du groupe.

[4] Bio-express de Marwan Lahoud :

Formation: Ancien élève de l’école polytechnique, ingénieur de l’école nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace.

Domaine d'expertise: Aéronautique, défense et armement.

Pour l'État français: Débute sa carrière à la DGA en 1989 où il est notamment chef du centre de calcul du Centre d’essais des Landes, puis chargé des projets de rénovation des moyens d’essais et de la coordination des investissements.

Chargé de mission au service technique des systèmes de missiles tactiques en 1994, il est nommé peu de temps après adjoint au directeur des missiles et de l’espace. Il participe à l’élaboration de la loi de programmation militaire 1995 – 2000 et anime plusieurs groupes de travail politico-militaires ou industriels, dont la politique de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, la coopération spatiale franco-allemande ou les programmes de défense aérienne élargie.

Nommé chargé de mission au cabinet du ministre de la défense en mai 1995, il devient fin 1995 conseiller pour les affaires industrielles, la recherche et l'armement au sein de ce même cabinet, alors que le secteur connaît d’importantes évolutions tant au plan du format des forces qu’au plan de la consolidation de l’outil industriel. Il est chargé, à ce titre, des opérations de consolidation industrielle engagées en février 1996. En juin 1997, il est Chargé de mission à la direction des ressources humaines de la DGA.

Pour l'entreprise: En mai 1998, il rejoint Aerospatiale comme directeur du développement, et est chargé, à ce titre, de l’élaboration des accords avec le Groupe Lagardère relatifs à la fusion Aerospatiale – Matra Hautes Technologies. Il assure le secrétariat général du Comité Aerospatiale – Matra Hautes Technologies.

Nommé en Juin 1999 directeur, adjoint au directeur délégué en charge de la coordination stratégique de la société Aerospatiale Matra, et également adjoint au Directeur délégué aux affaires militaires.

A la création d’EADS en Juillet 2000, il est nommé Senior Vice President Mergers and Acquisitions, et à ce titre, est en charge des opérations de fusions et acquisitions d’EADS, comme la création de la société Airbus, de MBDA, d’Astrium et d’EDSN.

Depuis le 1er janvier 2003, il est Chief Executive Officer de la société MBDA.

Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, Marwan Lahoud est marié et père d’un enfant.

Autres activités: Président de l'Association des amis de Saint-Cyr, vice président du CEPS, administrateur de l'Institut Aspen et administrateur de la French American Foundation.

[5] Yves Fromion, député du Cher (UMP), Membre de la commission de la défense à l'Assemblée Nationale; rapporteur pour avis au nom de la commission de la défense : Défense : Environnement et prospective de la politique de défense et président de la commission spéciale chargée de vérifier et d'apurer les comptes.

 [6] Final qualification firing successfully completed for MBDA'ASTER SAMP/T Air defence System

Voir également: MBDA, a European Company at the Heart of Major European Projects

 


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