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L'heure de la réciprocité a sonné

L'heure de la réciprocité a sonné

Le discours prononcé au Bourget par le président de la République, [1] entouré de ses principaux ministres, lors de sa visite du 47ème Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace, a été écouté, mais aussi lu et relu dans les diverses capitales avec beaucoup d'attention. Quand la langue de bois fait la place au parler franc, autant se le tenir pour dit. Même ceux qui ne partagent pas ses opinions rendent hommage à la ténacité de l'homme sur certains dossiers, redonnant espoir pour Airbus comme il l'a fait pour Alsthom, dans un dossier que l'État a très mal géré dans le passé, du fait d'un système dont on peut regretter que ceux qui l'avaient mis en place nourris de bonnes intentions, n'ont pas su prévoir qu'un tel montage "bicéphale" au niveau de l'efficacité s'avèrerait tôt ou tard antiproductif, sans parler des rivalités qu'il ne manquerait pas d'entraîner ou d'affaires "abracadabrantesques" dont le groupe aurait très bien pu se passer. Analyse de Joël-François Dumont (*). Paris le 25 juin 2007.

Voltaire disait : « L’enthousiasme est une maladie qui se gagne ». L'ambition de Nicolas Sarkozy, à n'en pas douter, est de rendre contagieux son enthousiasme pour la modernisation de la France. Même si l'ambiance du Bourget se prêtait particulièrement à la fête populaire, comme le veut une tradition bientôt séculaire lors du plus grand rendez-vous aéronautique mondial aux portes de Paris, on peut imaginer que le discours du président a été minutieusement préparé. Celui-ci se voulant porteur de plusieurs messages, les uns à destination des Français, les autres de l'Europe, les derniers à destination des États-Unis, de la Chine et des pays émergents.

Nicolas Sarkozy devant la maquette de l'A 380 que lui présente Louis Gallois. Photo © EADS / Frederic Watbled.

Nicolas Sarkozy devant la maquette de l'A 380 que lui présente Louis Gallois

A l'intention des partenaires européens de la France, le président de la République a tout d'abord réaffirmé que la politique de la concurrence devait s'inscrire dans la perspective d'une politique industrielle européenne, en récusant « une approche idéologique qui fait de la concurrence une fin en soi ». Plaidant pour qu'il y ait une concurrence réciproque entre les États européens, Nicolas Sarkozy  a insisté sur le fait que la France ne devait pas être le seul pays à ouvrir ses frontières et à baisser ses barrières tarifaires. La France avait exigé à Bruxelles lors du dernier Sommet que soit mentionné  le retrait "de la concurrence libre et non faussée" des impératifs du nouveau traité européen, provoquant dés le lendemain une demande de clarification de la Commission européenne. La lecture des commentaires d'une presse anglaise quasi-unanime, chose suffisamment rare pour qu'on s'en félicite de ce côté-ci de la Manche, apportent une réponse claire à ceux qui doutaient du gaullisme de Nicolas Sarkozy dont on connaissait déjà le pragmatisme, un pragmatisme d'ailleurs réaffirmé au Bourget : « En économie, ma seule idéologie, c'est le pragmatisme ».

La naïveté : «  Je ne veux plus que l'Europe fasse preuve de naïveté. Pour moi, la bonne concurrence, je vais vous dire, c'est très simple, c'est la concurrence réciproque. Je dis à nos partenaires à travers le monde : "vous voulez que nous ouvrions nos marchés. Très bien. Nous les ouvrirons à la minute où vous ouvrirez les vôtres. Vous voulez que nous abaissions nos barrières tarifaires. Très bien. Nous les abaisserons à la minute où vous abaisserez les vôtres". Mais, de ce point de vue encore, je pense que l'on ne peut plus continuer à imposer à nos industries et à nos entreprises le dumping environnemental, le dumping social, le dumping fiscal, et voici maintenant le dumping monétaire.

La réciprocité : «Nous n'avons pas créé la deuxième monnaie du monde pour que si cela continue, on ne puisse plus construire un seul avion sur le territoire de l'Europe. Quand même dire cela, ce n'est insulter personne. Je me souviens d'un homme politique qui avait dit drôlement : "qu'un homme politique qui parlait de la monnaie était un irresponsable". Et au nom de quoi ? Y aurait-il donc des sujets tabous ? Qu'est-ce que je demande ? Je demande qu'on fasse avec l'euro, ce que les Américains font avec le dollar, ce que les Chinois font avec le yuan, ce que les Japonais font avec le yen et, pardon de le dire, ce que les Anglais font avec la livre sterling. Comment nos industriels peuvent-ils encore être compétitifs si le dollar se dévalue de 34% par rapport à l'euro. Est-ce que nous avons fait la deuxième monnaie du monde pour ne pas pouvoir s'en servir ? J'ai posé la question au Président chinois, à Rostock, l'autre jour : "allez-vous réévaluer le yuan ? L'homme est courtois, il m'a souri. J'en ai tiré des conclusions absolument définitives. Je souhaite que l'on puisse construire des avions en Europe. Je ne le dis pas simplement, Cher Louis Gallois, pour Airbus. Chaque fois que l'euro s'apprécie de dix centimes, Airbus a un milliard d'euros à trouver. Quelle entreprise peut-elle résister ? Je pourrai multiplier les exemples, de ceux qui fabriquent en zone euro et qui vendent en dollars. Comment peut-on fonctionner comme cela ?

 Photo © EADS / Frederic Watbled.

J'ajoute, pour être sûr de m'être bien fait comprendre dans cette salle puis ailleurs, on présente les États-Unis d'Amérique, dont je me sens si proche, comme un grand pays libéral. Eux, cela ne les gêne pas de faire une fiscalité différentielle selon que le produit est fabriqué aux États-Unis ou ailleurs. Ce que font les États-Unis, je demande qu'on le fasse. Prenez le Small Business Act : dans le cadre de l'OMC, les États-Unis ont une dérogation. Il n'y a aucune raison que l'Europe n'en ait pas une ! Cela s'appelle la réciprocité. Ni plus, ni moins. »

Pour la troisième fois donc, dans un discours public, le nouveau président a utilisé ce terme de "réciprocité". La première fois, c'était le soir même de son élection à la présidence de la République. Certains croyant rêver s'étaient reportés au texte. Mais la deuxième fois, le doute n'était plus de mise. Tant d'autres y avaient sans aucun doute pensé avant lui, mais aucun n'avait osé ou pensé revendiquer une telle chose depuis le général de Gaulle, en " appelant un chat un chat ".

Quant à ses compatriotes, le président leur a parlé de plusieurs thèmes d'actualité et d'avenir, prenant à témoin les ministres présents, responsables des secteurs visés en regardant la vérité en face :

« La réalité, c'est une érosion progressive de notre industrie. Nos exportations industrielles stagnent en valeur, chère Christine (Lagarde), depuis 2000. La valeur ajoutée industrielle, qui augmentait de 7% par an jusqu'en 1990, ne progresse quasiment plus depuis 2000. L'investissement industriel est revenu en 2006 à son niveau de 1995, onze années où l'on n'a pas progressé. L'investissement trop faible nourrit à son tour la perte de compétitivité, qui est la cause de 730 000 destructions d'emplois industriels entre 1995 et 2003 ».

Le rôle de l'État-stratège

« Comprenez-moi, je ne dis pas que l'État a toujours raison, bien évidemment, mais je veux décomplexer la question de la politique industrielle. Si le général de Gaulle, en son temps, n'avait pas fait le choix du nucléaire, est-ce le marché qui nous l'aurait donné ? On m'a présenté Ariane Espace. On a présenté ici un certain nombre de grands projets. Si l'État n'avait pas joué son rôle, est-ce le marché qui l'aurait joué ? Est-ce que les pays spontanément deviennent des spécialistes pour la construction d'avions, de trains, de voitures, possédant le nucléaire, alors que les autres ne l'ont pas ? Ou est-ce que, à un moment donné, le rôle d'hommes politique et d'hommes d'État, c'est de se dire : "attention, regardons à plus long terme". Le marché n'est pas le meilleur, en tout cas, pas le seul conseiller pour le long terme. Est-ce que l'on a le droit de dire cela sans être immédiatement taxé de vouloir nationaliser ou de ne pas être libéral ? Le libéralisme, cela ne veut pas dire qu'un ministre des Finances doit rester les bras croisés ou qu'un Président de la République n'a pas aussi la responsabilité d'imaginer à vingt ans ce que sera l'appareil industriel de son pays. Une politique industrielle, ce n'est pas un gros mot. Je veux d'ailleurs dire, de ce point de vue, que ce n'est pas un droit d'avoir une politique industrielle pour un pays, c'est un devoir. Cela ne veut pas dire que l'on peut tout faire, que l'on doit investir dans tous les domaines.  Au contraire, il faut faire des choix et, si possible, des choix de long terme. » [2]

·         Deuxième priorité stratégique, élargir la base industrielle de notre pays

« Le secteur de l'aéronautique représente à lui seul les deux tiers des exportations technologiques haut de gamme de la France. Ces chiffres sont à la fois un formidable hommage et en même temps, une terrible fragilité. Alors l'exemple en est donné avec la hausse de l'euro, qui frappe plus durement la France parce que l'aéronautique est particulièrement sensible à cette question. Nous ne pouvons plus miser tout sur la performance de quelques grandes entreprises. Il faut diversifier la base de nos exportations et de l'innovation industrielle. Pour nous, le cœur de notre politique économique sera d'avoir davantage d'entreprises moyennes, moyennes car elles doivent avoir une taille suffisante pour exporter et mener la recherche technologique de haut niveau nécessaire.

Le manque d'entreprises moyennes, c'est la faiblesse industrielle de la France. Nous créons, depuis 2002, beaucoup d'entreprises. Mais les petites deviennent rarement moyennes et les moyennes deviennent jamais grandes. Sur 1000 entreprises créées au Royaume-Uni, dix ans plus tard, 7 font plus de 15 millions d'euros de chiffre d'affaires. En France, deux.

Je propose de recentrer l'action de l'Agence de l'innovation industrielle sur les entreprises moyennes, sur des projets ambitieux. Je ne veux plus que l'on trouve des entreprises trop grandes pour prétendre au soutien du fonds de compétitivité des entreprises ou d'Oséo, et trop petites pour prétendre au soutien de l'AII.

Il manque à la France un acteur du capital risque et du capital investissement qui soit à la fois doté d'une réelle expertise technologique, d'une vision, d'un attachement au territoire national et d'une surface financière suffisante, c'est-à-dire un acteur capable d'investir en fonds propres 10, 20, 50 M€ d'un coup. Je n'en vois pas dans notre pays qui réponde aux critères que je viens d'évoquer. Je souhaite que l'on engage une réflexion approfondie sur les raisons d'une telle absence. Que les choses soient claires. On ne peut pas continuer à avoir un système bancaire. On vous prête facilement de l'argent, spécialement quand vous n'en avez pas besoin. Et là, je suis de ceux qui pensent que l'on ne souffre pas d'un manque de projets, mais qu'on souffre d'un manque de financements. Je souhaite qu'un tel fonds émerge de la place financière de Paris, et dans l'immédiat, je le dis à Augustin de Romanet, je crois nécessaire de réorienter l'action de la Caisse des Dépôts. France Investissement doit désormais réorienter son action vers l'intervention directe, en doublant au minimum les moyens qu'elle y consacre. »

·         Troisième grande action, c'est adapter les qualifications des jeunes à la nouvelle donne de la mondialisation et du progrès technologique

« Je le dis très clairement, il ne peut pas y avoir de réforme sans moyens. Mais, il n'y aura pas de moyens sans réformes. Parce qu'en France, en première partie, souvent, on le dit : "non, non, Monsieur le Président, il faut des moyens pour qu'il y ait des réformes. On sera au rendez-vous". Mais pas de moyens, s'il n'y a pas de réformes. Parce que des moyens sans réformes, c'est le trou sans fond. Et on déverse, et on déverse, et on déverse. A l'arrivée, on a rien. Aucun pays n'aura une industrie compétitive sans un enseignement supérieur et un appareil de recherche performant et attractif. C'est le travail que nous avons engagé avec le Premier ministre et Valérie Pécresse. On ira jusqu'au bout. Une recherche avec plus de moyens, mieux organisée, et des universités avec davantage d'autonomie. »

En matière de fiscalité

« La France a l'exclusivité européenne, et peut-être mondiale, du seul impôt idéalement conçu pour pénaliser l'industrie : j'ai cité la taxe professionnelle. Nous avons deux spécialités nationales, les 35 heures obligatoires et la taxe professionnelle. Voilà un impôt qui taxe les immobilisations, donc les investissements productifs, précisément ceux qui permettent à notre pays d'être compétitif avec des salaires élevés. Fantastique, avoir un impôt pour taxer les investissements. Voilà un impôt qui frappe de manière disproportionnée l'industrie, exposée à la menace des délocalisations. Voici un impôt qui sera payé quels que soient les résultats et surtout quels que soient le carnet de commandes. Combien y a-t-il en France de sites industriels qui perdent de l'argent parce que la taxe professionnelle est calculée ainsi ?

Ce n'est pas parce que ce problème est ancien qu'il est sans importance, ni insoluble. L'industrie française ne doit plus être la variable d'ajustement de la décentralisation. Une étape positive a été franchie par le précédent Gouvernement sur la taxe professionnelle. Je souhaite désormais une réflexion globale sur la réforme de notre fiscalité, en mettant un accent particulier sur la taxe professionnelle, car je crois qu'une nouvelle étape ambitieuse est nécessaire. On la préparera en concertation avec les collectivités locales, avec pour échéance le projet de loi de finances 2009. Cette réforme c'est un vrai remède anti-délocalisations. Deux objectifs : alléger la charge qui pèse sur l'industrie et prendre en compte la santé financière de l'entreprise. »

Recherche publique : Nicolas Sarkozy a annoncé son intention d'augmenter d'un quart le financement de la recherche publique "en concentrant sur le financement sur projets et non pas sur structure".

Il a également estimé "indispensable de renforcer et pérenniser les pôles de compétitivité" en France au-delà de 2008 et appelé de ses vœux la création d'une "fondation scientifique européenne", qui "rassemblera les moyens et les allouera aux meilleures équipes du continent".

Comme le rappelait le candidat à la présidence, « la recherche irrigue un secteur industriel qui compte plus de 180 000 emplois. Elle apporte une contribution déterminante à l’effort de recherche et participe à nos exportations, avec plus de 5 milliards d'euros de commandes en 2006. Moi qui suis si souvent accusé d’être intéressé par le modèle américain, s’il y a bien un domaine où il ne faut pas hésiter à s’en inspirer, c’est leur effort de recherche en défense mis au service de l’économie américaine. De surcroît, cela permet face à l’OMC, qui regarde de très près ce qui se passe en Europe et d’un peu moins près ce qui se passe outre-atlantique, de lui dire que nous pouvons le faire puisque les Américains le font. Ce qui après tout est une règle assez loyale (déjà la réciprocité pointait et on ne nous le disait point !). [3]

Le président Sarkozy accueilli par Louis Gallois sur le stand d'EADS. Photo © EADS / Thomas Jullien.

Le président Sarkozy accueilli par Louis Gallois sur le stand d'EADS

L'aéronautique: Airbus et EADS

Je voudrais terminer en m'adressant spécifiquement au secteur de l'aéronautique et de la défense. 25 milliards d'euros d'exportations, 92 000 emplois, c'est l'acteur principal de la haute technologie dans notre pays. C'est pour cette raison que les difficultés qu'a connues récemment Airbus retentissent dans l'ensemble de notre tissu industriel. Qu'est-ce qu'ils disent les gens et pourquoi avec Jean-Louis Borloo, nous avons été chez Airbus ? Je vais vous l'expliquer. Parce que je me dis que si je suis moi-même un ouvrier de l'industrie et que je vois qu'Airbus a des difficultés, je me dirai : "si Airbus a des difficultés, exemple de la technologie et de la performance, qu'est ce que cela va être pour la mienne !". Voilà pourquoi, je n'ai pas voulu lâcher prise.

J'ai rencontré à quatre reprises les salariés d'Airbus, je suis retourné à Toulouse les voir le surlendemain de mon investiture. C'était d'ailleurs, je le dis à Louis Gallois, quelque chose de bouleversant. Je peux vous dire que ce n'est pas rien de voir, dans le regard de quelqu'un, qu'il a confiance. Je mesure cela tous les jours comme lorsque je passe dans les allées, ici. Je n'ai pas l'intention de trahir cette confiance. Je suis totalement déterminé à tout faire pour que cette extraordinaire réussite de l'industrie européenne se consolide et s'amplifie. J'ai proposé à la chancelière d'Allemagne Angela Merkel de tenir notre prochain sommet bilatéral à Toulouse le 16 juillet prochain, au siège d'Airbus. J'ai convaincu Angela Merkel. Je lui ai dit par honnêteté que j'irai à Hambourg avec elle dans les mêmes usines d'Airbus. Parce que pour nous, la question n'est pas d'une rivalité franco-allemande qui n'a aucun sens, la question, c'est de faire d'Airbus une entreprise performante que l'on peut diriger.

Nous inviterons les actionnaires stratégiques d'EADS, Daimler et Lagardère, à nous rejoindre à ce sommet pour une réunion de travail. Mon souhait est que ces actionnaires et les deux États parlent chacun dans son rôle mais d'une seule voix autour d'une stratégie commune pour l'entreprise. Je pense à la gouvernance qui doit désormais faire primer l'efficacité de la prise de décision. Airbus, ce n'est pas un organisme international, c'est une entreprise. Une entreprise, cela se dirige, par comme l'ONU, dont j'ai le plus grand respect, naturellement, ou même comme l'Europe, même si on a fait quelques progrès récents. On aurait pu faire plus vite quand même. EADS doit devenir une entreprise normale, où les dirigeants ont la marge de manœuvre nécessaire pour agir vite et bien, où les lignes hiérarchiques sont claires, et où les actionnaires assument leur rôle en fonction de leurs intérêts économiques, ni plus, ni moins. Tout ceci est parfaitement compatible avec la préservation des intérêts stratégiques des États. Il faut devenir mature maintenant. Ce n'est pas une bagarre franco-allemande. Il y a une entreprise derrière cela. Il y a des hommes. Vous avez fait une entreprise extraordinaire. On va vous donner les moyens de vous battre à armes égales.

Je pense aussi, je le dis à Jean-Louis Borloo et à Christine Lagarde, au financement des nouveaux modèles, l'A350 a fait à l'occasion de ce salon une remarquable percée commerciale, dont je félicite chaleureusement Louis Gallois et les équipes d'Airbus, mais l'enjeu d'un développement rapide et performant de cet avion n'en est que plus essentiel. Nous devons réfléchir à une nouvelle approche, intégrant l'ensemble de la filière, et je ferai à ce sujet des propositions à Toulouse dans quelques semaines.

Je voudrais affirmer une conviction profonde sur EADS. Je ne veux pas qu'on se méprenne sur la signification de ma préoccupation sur ce dossier. Si j'ai la ferme volonté de faire évoluer la situation de cette société, c'est parce que je veux démontrer que les fondamentaux de cette entreprise sont remarquables et qu'un groupe franco-allemand peut fonctionner. C'est cela qui est en cause. »

Défense et programmes militaires : Le chef de l'État qui est aussi chef des armées, a demandé une "remise à plat" des programmes militaires français, y compris ceux déjà engagés, avant la prochaine loi de programmation militaire qui débute après 2008.

« Je le dis devant Hervé Morin, notre ministre de la Défense, l'Europe ne peut plus se payer le luxe, avec des budgets de défense dont l'addition demeure nettement inférieure aux budgets américains, d'avoir 5 programmes de missiles sol-air, 3 programmes d'avions de combat, 6 programmes de sous-marins d'attaque et une vingtaine de programmes de blindés. Heureusement que l'on a fait l'Europe. Nous avons fait un premier pas avec l'A400M. Mais l'avenir est à des programmes communs et à une intégration européenne de l'industrie, les deux allant je crois de pair. Et je serai vigilant, mon général, en tant que chef des armées, à ce que le partage européen du travail consiste pour chaque pays à apporter ses meilleures technologies plutôt qu'à consolider ses points faibles. La logique du « juste retour » au niveau de chaque pays, avec les crispations nationales qu'elle engendre, est un poison qui entrave et affaiblit la mise en œuvre des programmes européens dans les domaines industriel, technologique et scientifique. Trop de programmes européens d'armement et plus récemment Galiléo en ont fait les frais. C'est là l'une des conditions indispensables à une meilleure maîtrise de l'effort d'équipement des armées, qu'il s'agisse de leur calendrier ou de leurs coûts réels. Nous aurons à en reparler. Il est de ma responsabilité que nos armées disposent des équipements dont elles ont besoin pour remplir leurs missions et satisfaire aux engagements internationaux de notre pays.

·         Je m'y suis engagé. Notre effort de défense sera maintenu, sera conforté.

Mais à l'évidence, notre effort d'équipement, malgré le salutaire redressement opéré par Jacques Chirac, continue de souffrir d'un déficit d'adéquation avec les missions et les besoins. Je souhaite donc que la préparation de la prochaine loi de programmation militaire soit l'occasion d'une remise à plat des modalités de définition et de pilotage des programmes engagés, y compris dans la conception et la présentation de la loi de programmation elle-même. On n'est pas obligé de reprendre un processus qui n'a pas produit que des réussites. Je souhaite qu'on réfléchisse vraiment à partir d'une expression hiérarchisée des besoins capacitaires, plutôt que de se lancer bille en tête dans un catalogue d'équipements. Je sais pouvoir compter pour cela sur la haute hiérarchie militaire dans notre pays.

Je souhaite également que l'on progresse sur la voie d'une plus grande rigueur et d'une plus grande transparence dans l'évaluation des coûts tout au long de la vie des équipements. Cela doit amener chacun à remettre en cause sa façon de travailler : l'État, le ministère de la défense, la délégation générale de l'armement qui doit poursuivre et accélérer sa réforme, mais aussi les industriels avec qui nous avons le bonheur d'être en relation. Il appartient à chacun de faire un effort pour fiabiliser les engagements respectifs qui sont pris. La nation est prête à consentir les investissements nécessaires pour sa défense et sa sécurité, mais, si vous m'autorisez cette expression, la communauté nationale doit en avoir pour son argent. »

Sur ce dernier sujet, on pourrait faire plusieurs remarques : qu'ils soient politiques, militaires ou industriels, proches ou non du président, ces propos sur la défense n'ont pas choqué et même dégagent un certain consensus. Il est évident que Nicolas Sarkozy apprend son nouveau métier: « il apprend vite »... « Il est clair qu'on en saura plus vraiment, le jour où il planchera devant l'Enseignement militaire supérieur ». Dans cette brève intervention concernant la défense, après un hommage rendu à son prédécesseur pour le travail de rénovation de nos armées, encore une fois, après tout Nicolas Sarkozy rappelle un certain nombre de choses qui devraient être évidentes. « Les matériels dont nous disposons aujourd'hui sont le résultat de décisions prises du temps de la guerre froide, comme tous les grands programmes qui ont été lancés, lesquels ont une force d'inertie, une fois lancée, qui est considérable... Ceux-ci devaient répondre à six scénarios de conflits variant de basse à très haute intensité pour leur hypothèse d'emploi. Le Rafale a été lancé en 1984-1985

Les problèmes qui se posent sont pour les successeurs. Et là, il est clair, qu'il s'agisse de logique opérationnelle ou industrielle que "l'effet de série" s'appliquant à tous les programmes, aucun programme majeur ne pourra être fait par un seul pays. « Dans le domaine des missiles, l'exemple de MBDA qui produit des missiles à 2000 exemplaires pour de nombreux pays est le modèle du genre ». [4] Cette époque est révolue. Les Italiens ont fait 300 chars de combat: était-ce vraiment indispensable ? Les Français ont continué de faire le char Leclerc pour s'opposer au T-80 qui n'existe plus: heureusement qu'il s'est vendu à l'exportation... La restructuration amorcée de notre industrie de défense est encore loin d'être satisfaisante sur le plan national. Autant dire que sur le plan européen, il faudra bien arriver à des solutions communes si l'on veut s'en sortir si l'on veut obtenir la masse critique indispensable. Une remise à plat des programmes, de leur durée de vie, pour savoir à quels besoins opérationnels ils répondent ou non.

On ne peut que donner raison au président quand il dit que « l'État doit travailler mieux »,  la DGA en l'occurrence et poursuivre la réorganisation amorcée pour aboutir comme l'ont fait nos armées à une véritable rénovation d'un outil dont certains se demandent parfois s’il n'est pas là plus pour « pérenniser son existence propre que pour faciliter les besoins opérationnels de nos différentes armées en évitant toute redondance. »

Le président de l'UMP alors candidat avait le 7 mars 2007 à Paris "assises concernant la défense" rappelé cette phrase du « Général de Gaulle à Bayeux » disant : « La défense ! C’est la première raison d’être de l’État. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même ». Il disait alors: « Je voudrais que nous procédions avec ordre et méthode. Décliner la vision en orientations, en objectifs, en priorités et dans un agenda tendu vers l'action.

Quelles conclusions doit-on tirer des évolutions de notre environnement international et stratégique ?
Quels sont les objectifs prioritaires qui en découlent ?
Que veut-on et que doit-on assumer seuls ?
Que veut-on et que doit-on partager avec nos alliés ?
Quelles missions et quels contrats opérationnels assigne-t-on à nos armées ?

Autant de questions qu’il est de notre devoir de poser et dont les réponses permettront de hiérarchiser nos choix capacitaires et de rendre des arbitrages cohérents. » ... « Cet exercice de réévaluation devra être engagé dès le lendemain de  l’élection présidentielle et sans doute intervenir à intervalles réguliers. Le dernier Livre Blanc remontant à 1994 ». [3]

Enfin, comme me l'a dit un vieux "grognard" qui a bien gagné ses galons dans la Légion, avec son accent inimitable: « attends qu'il défile demain sur les Champs-Élysées et qu'il comprenne ce que cela représente de prendre certaines décisions quand on envoie des jeunes militaires se faire tuer pour faire respecter les engagements pris par la France. Tu verras, ce métier là, il faudra aussi qu'il l'apprenne »

Joël-François Dumont

(*) Auditeur à l'IHEDN.

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[1] Texte disponible sur le site de la Présidence de la république :

[2] Sur le rôle de l'État-stratège, voir les propos tenus par Alain Juillet dans Concilier l'inconciliable (Défense N°123) et L’Intelligence économique : une réponse aux enjeux du 21ème siècle (Défense N°126).

[3] Discours de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence, le 7 mars 2007.

[4] Voir à ce sujet : MBDA : une société au cœur des grands projets européens in Défense n°125.


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