Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

Les traditions ne sont pas figées, elles vivent

Les traditions ne sont pas figées, elles vivent

Discours prononcé sur la base aérienne 102 "Capitaine Guynemer" par le général d’armée aérienne Abrial, chef d’état-major de l’armée de l’air à l’occasion de la dissolution de l’escadron de chasse 02.002 "Côte d’Or" et de la création de l’escadron d’entraînement 05.002 "Côte d’Or". Dijon-Longwic, le 7 septembre 2007. Source : SIRPA Air.

Madame la députée-maire,
Messieurs les élus,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier les personnalités civiles et militaires qui nous font l’honneur et l’amitié de leur présence à cette prise d’armes. Vous témoignez ainsi de votre attachement à l'armée de l'air et de l’estime que vous portez aux hommes et aux femmes de la base aérienne 102.

Je voudrais ensuite adresser mes félicitations au colonel Putois qui commandait les troupes, aux différents détachements sur les rangs ainsi qu’au personnel de la base aérienne 102 de Dijon. La rigueur et la cohésion dont vous avez tous fait preuve lors de la cérémonie à laquelle nous venons d’assister soulignent l’esprit de votre engagement au service de la nation.

Je salue chaleureusement les lieutenant-colonel Bellanger, Lafite et Gaëtan qui viennent de rendre leur commandement. Ils peuvent être fiers du travail accompli. Les lieutenants-colonels Bertrand et Tourard et le commandant Aubé, qui viennent de prendre leurs unités, ont tous mes encouragements pour la tâche passionnante qui les attend. Je sais qu’ils possèdent toutes les qualités pour réussir.

Enfin, je félicite les nouveaux décorés. La remise de la médaille militaire à l’adjudant-chef Gilbert, les nominations au grade de commandeur de l’ordre national du mérite de monsieur Révellin-Falcoz et au grade d’officier de l’ordre national du mérite du lieutenant-colonel de réserve Amiot, la remise de la médaille de l’aéronautique à monsieur Bothelin et des médailles de la défense nationale échelon or au sergent-chef Alger, échelon argent au capitaine Diakité et échelon bronze au sergent Smack sont de justes récompenses pour la qualité des services rendus à l’armée de l'air, à l’aéronautique et à la France, avec compétence et dévouement. J’avoue avoir été particulièrement ému, vous me pardonnerez cette faiblesse, au moment de décorer ceux que je connais bien depuis maintenant 20 ans, quand je commandais le 2/2.

Comme eux, je sais que nombre d’entre nous ont le cœur particulièrement serré au moment où la formidable aventure humaine de l’escadron de chasse 2/2 "Côte d’Or" cesse officiellement et que nous marquons solennellement sa dissolution. Je garde moi-même de grands et chauds souvenirs des années que j’ai passées à la tête de cette unité et ce n’est pas sans un certain pincement au cœur que j’ai présidé cette cérémonie. Les moments de joie, de camaraderie connus ici resteront, à coup sûr, longtemps gravés dans nos cœurs et nos esprits. Cette émotion légitime n’a pas empêché l’escadron d’assurer jusqu’au bout avec rigueur sa mission de sûreté aérienne du territoire. La capacité opérationnelle de l’unité a été maintenue à son plus haut niveau grâce à votre motivation exemplaire. Soyez fiers de la tâche accomplie.

Pour autant, je ne crois pas que la fin, ou plutôt la transformation du "Côte d’Or" en une autre unité, l’escadron d’entraînement 05.002 "Côte d’Or", doive engendrer un sentiment de mélancolie. Car l’essentiel demeure. L’essentiel, selon moi, c’est d’une part le niveau de performance des escadrons de l’armée de l’air et, d’autre part, la vigueur des traditions.

La transformation du "Côte d’Or" s’inscrit ainsi dans une logique de performance qui nous commande d’harmoniser le plus finement possible nos fins et nos moyens. Le processus est emblématique de notre temps. La stratégie de réforme engagée par l’ensemble du ministère de la défense nous incite à ne négliger aucune piste de réflexion et d’action, aucune solution, pour disposer d’une organisation simplifiée et cohérente.

A ce titre, un des enjeux auxquels l’armée de l’air est confrontée est d’assurer la pérennité de ses flottes d’avions les plus modernes. Le Mirage 2000-5 fait partie de ces dernières et cet appareil de tout premier plan sera encore plus redoutable quand il sera équipé prochainement de la liaison de données. Cependant, compte tenu du faible nombre d’exemplaires initialement achetés, le fait de les répartir dans différentes unités suscitait un vieillissement prématuré des avions qui peut être aisément atténué en les regroupant dans un même escadron. Cette simple réorganisation permet de repousser la date de leur retrait de 2014 aux environs de 2020.

L’armée de l’air et la France disposeront ainsi à moindre coût d’une unité capable de participer efficacement à la protection du ciel de France et à la lutte pour la conquête du ciel en opérations, phase si décisive dans les guerres modernes, qui conditionne souvent la suite des opérations.

Cette unité sera soutenue par une nouvelle structure de maintenance unique dénommée escadron de soutien technique aéronautique qui regroupera les activités de l’ESTS et la maintenance Alpha jet. La création de cette unité s’inscrit également dans notre désir de performance et d’optimisation de nos moyens.

Je suis persuadé que nous avons fait le bon choix, ici à Dijon. Car si l’aspect opérationnel est préservé, celui de l’entraînement l’est aussi. Les Alpha jet généreront à moindre coût des conditions d’entraînement réalistes au profit des pilotes de Mirage 2000-5 dans le cadre des missions d’interception multicibles. Ce principe, déjà en usage à Saint-Dizier et qui donne toute satisfaction avec les Rafale, est repris ici. Mais nous allons plus loin. Afin de dégager encore d’autres synergies et d’harmoniser les procédures d’emploi et d’entraînement, les escadrilles d’Alpha jet de Saint-Dizier et de Dijon sont regroupées au sein d’une même entité, l’escadron d’entraînement 05.002 "Côte d’Or". Au final, les finances de la nation et nos capacités sont préservées.

L’autre point qui me paraît essentiel est que l’esprit de l’escadron de chasse 2/2 demeure. Cet esprit continuera à vous guider et à inspirer de nombreux hommes et femmes dans l’armée de l’air, et en premier lieu, ceux de l’escadron d’entraînement 05.002 "Côte d’Or". La SPA 57 "Mouette" et la SPA 65 "Chimère d’argent" ont été créées il y a presque cent ans et ces unités ont laissé leurs empreintes indélébiles dans les cieux de France, du Moyen-Orient, des Balkans.

Bien sûr, cette histoire a été marquée par de nombreux sacrifices ou par la perte trop prématurée d’aviateurs talentueux. La dernière disparition qui nous a brutalement et cruellement frappés est bien sûr celle du commandant Caroline Aigle, qui vient de nous quitter dans les circonstances tragiques que vous connaissez tous. Elle s’est endormie au moment même où son escadron est mis en sommeil. Mais comme celle du 2/2, je sais que sa mémoire va vivre et inspirer de nombreuses générations de pilotes et de femmes. Car être le premier ou la première à tracer une voie est très exigeant. On devient un symbole malgré soi. On est sans cesse observé, constamment jugé pendant sa progression. Il faut être irréprochable. Pour réussir, il faut posséder une forte personnalité, un caractère trempé, un jugement sûr, mais aussi être audacieux et charismatique pour rassembler.

Caroline Aigle possédait assurément toutes ces qualités, et bien d’autres. C’est pour cela qu’elle est désormais une figure de l’armée de l’air, un de ces êtres rares qui ont contribué à faire de l’armée de l’air ce qu’elle est aujourd’hui et dont l’influence se fera encore longtemps sentir. Elle tient désormais une place de choix dans le panthéon des femmes aviatrices, au même titre que des pionnières comme Maryse Bastié, Maryse Hiltz ou Jacqueline Auriol.

Toutes ces femmes sont à l’origine de moult traditions célébrées régulièrement dans l’armée de l’air. J’estime que cela est une très bonne chose. Vous connaissez tous l’importance que j’accorde aux traditions. Or au fil des retraits et des mises en service d’aéronefs, des unités sont créées ou mises en sommeil. J’ai donc décidé l’année dernière la création d’un groupe de travail qui a pour objectif de proposer des filiations entre les unités anciennes et les nouvelles. Ce groupe de travail doit aussi réfléchir à la numérotation des unités aériennes, souvent désignées par un numéro d’escadre alors que ce niveau de commandement n’existe plus. Les travaux avancent à un bon rythme, un deuxième rapport d’étape m’a été remis récemment.

  • Mais qu’est ce que les traditions ?

Pour illustrer cette notion, je souhaiterais prendre l’image d’une maison. Ce que les traditions désignent dans ce cas, ce sont moins les formes, l’architecture exacte avec les matériaux dont la bâtisse est faite que l’idée qui a présidé à sa construction et qui a survécu, identique, aux transformations successives de ses différents éléments. Les traditions, ce sont ce noyau dur et intangible, autour duquel s’accomplissent les changements.

Dans un escadron, c’est un état d’esprit qui demeure au-delà des hommes ou des avions qu’ils mettent en oeuvre. Il assure une continuité entre les générations. C’est une conscience collective, avec le souvenir de ce qui a été, avec le devoir de le transmettre et de l’enrichir. La tradition est mobilisatrice. Ainsi, nous aviateurs de l’armée de l’air, nous défendons les mêmes valeurs que nos anciens pendant la première ou la seconde guerre mondiale, en nous fixant comme conduite de servir la nation, d’accomplir en toutes circonstances les missions qui nous sont confiées, fût-ce au prix de sacrifices suprêmes.

Je suis convaincu que les traditions prennent d’autant plus d’importance que l’environnement stratégique ou social évolue rapidement et impose des adaptations constantes. Elles offrent un socle, un repère, un modèle à celui qui se trouve emporté par des événements violents ou déstabilisants auxquels il est nécessaire de s’adapter.

Elles entraînent aussi un devoir d’obligation. Les traditions sont un aiguillon, un exemple à connaître et à perpétuer. Bien sûr, elles peuvent être réinventées à chaque génération, mais elles forgent toujours les hommes et les éduquent à l’action. Les traditions ne sont pas figées, elles vivent.

L’esprit du "Côte d’Or" continue donc de vivre grâce à la richesse de son histoire, mais aussi parce que cette unité conserve son nom. Cet aspect me semblait primordial, car il met bien en valeur la force du lien, vieux de plusieurs décennies, qui unit la ville et le département à la base. C’est, je crois, un excellent symbole pour rendre compte de l’intensité du lien armée-nation qui règne ici. Pour illustrer ce point, je citerais par exemple le parrainage de l’escadron Côte d’Or par le Conseil général, qui s’avère si précieux quand des membres de l’unité sont frappés par des événements tragiques en service. Je pense également aux concerts de la musique de la Région aérienne nord, qui se produit chaque Noël depuis 2005 au Zénith de Dijon devant plus de 5000 spectateurs.

De nombreuses autres initiatives existent. L’armée de l’air est très sensible à cette relation particulière et elle est décidée à investir dans l’avenir sur la base aérienne. La mission de défense aérienne d’une part, celle de formation et d’entraînement des fusiliers commandos de l’air d’autre part, ne sauraient être remises en cause.

Pour ce qui concerne les fusiliers commandos, l’intégration du commandement des forces de protection et de sécurité de l’armée de l’air (CFPSAA) au sein du commandement des forces aériennes (CFA) libère des infrastructures dans le quartier Geille de la BA102. Nous profitons de cette opportunité pour transférer le CPA 20 de Villacoublay vers Dijon et ainsi créer de nouvelles synergies entre unités opérationnelles et unité de formation. La base va constituer un pôle d’entraînement commandos de référence dont les premiers bénéficiaires seront bien entendu le CPA 20 et l’escadron de formation des fusiliers commandos de l’air (EFCA). Environ 240 militaires supplémentaires devraient ainsi être affectés sur la base aérienne 102 de Dijon.

Cette mesure aura une influence sur la mise aux normes du champ de tir de Chenôve. A terme, le développement du pôle de formation et d’entraînement commando devrait susciter une plus large ouverture de la base aux autres armées françaises ou étrangères.

Vous toucherez d’ailleurs de près les aspects liés à l’interarmées très prochainement, avec l’accueil sur la base, dès le mois d’avril 2008, de la 6ème compagnie du 40ème régiment de transmission de Hauteville au sein du centre spécialisé des télécommunications et de l’informatique (CSTEI). Cette unité est composée de 50 personnes de l’armée de terre et est rattachée à la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense (DIRISI). Leur installation sur la base montre toute la flexibilité des enceintes de l’armée de l’air et toutes les ressources que peuvent offrir les bases aériennes à la nation.

L’aventure continue donc, pour la base aérienne 102 et pour cet escadron 05.002 « Côte d’Or » auquel je souhaite longue vie, une vie qui s’annonce bien remplie. Je sais que, sous les ordres du commandant Aubé et avec le soutien de tout le personnel de la BA 102, je peux compter sur vous.

Je vous remercie de votre attention.



 


Derniers articles

Verdun 2016 : La légende de la « tranchée des baïonnettes »
Eyes in the Dark: Navy Dive Helmet Display Emerges as Game-Changer
OIR Official: Captured Info Describes ISIL Operations in Manbij
Cyber, Space, Middle East Join Nuclear Triad Topics at Deterrence Meeting
Carter Opens Second DoD Innovation Hub in Boston
Triomphe de St-Cyr : le Vietnam sur les rangs
Dwight D. Eisenhower Conducts First OIR Missions from Arabian Gulf
L’amiral Prazuck prend la manœuvre de la Marine
Airmen Practice Rescuing Downed Pilots in Pacific Thunder 16-2
On ne lutte pas contre les moustiques avec une Kalachnikov...
Enemy Mine: Underwater Drones Hunt Buried Targets, Save Lives
Daesh Publications Are Translated Into Eleven Languages
Opération Chammal : 10 000 heures de vol en opération pour les Mirage 2000 basés en Jordanie
Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux
Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews
Carter Welcomes France’s Increased Counter-ISIL Support
100-Plus Aircraft Fly in for Exercise Red Flag 16-3
Growlers Soar With B-1s Around Ellsworth AFB
A-10s Deploy to Slovakia for Cross-Border Training
We Don’t Fight Against Mosquitoes With a Kalashnikov
Bug-Hunting Computers to Compete in DARPA Cyber Grand Challenge
Chiefs of US and Chinese Navies Agree on Need for Cooperation
DoD Cyber Strategy Defines How Officials Discern Cyber Incidents from Armed Attacks
Vice Adm. Tighe Takes Charge of Information Warfare, Naval Intelligence
Truman Strike Group Completes Eight-Month Deployment
KC-46 Completes Milestone by Refueling Fighter Jet, Cargo Plane
Air Dominance and the Critical Role of Fifth Generation Fighters
Une nation est une âme
The Challenges of Ungoverned Spaces
Carter Salutes Iraqi Forces, Announces 560 U.S. Troops to Deploy to Iraq
Obama: U.S. Commitment to European Security is Unwavering in Pivotal Time for NATO
International Court to Decide Sovereignty Issue in South China Sea
La SPA 75 est centenaire !
U.S. to Deploy THAAD Missile Battery to South Korea
Maintien en condition des matériels : reprendre l’initiative
La veste « léopard », premier uniforme militaire de camouflage
Océan Indien 2016 : Opérations & Coopération
Truman Transits Strait of Gibraltar
Navy Unveils National Museum of the American Sailor
New Navy, Old Tar
Marcel Dassault parrain de la nouvelle promotion d’officiers de l’École de l’Air
RIMPAC 2016 : Ravitaillement à la mer pour le Prairial avant l’arrivée à Hawaii
Bataille de la Somme, l’oubliée
U.S., Iceland Sign Security Cooperation Agreement
Cléopatra : la frégate Jean Bart entre dans l’histoire du BPC Gamal Abdel Nasser
Surveiller l’espace maritime français aussi par satellite
America's Navy-Marine Corps Team Fuse for RIMPAC 2016
Stratégie France : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande
La lumière du Droit rayonne au bout du chemin





Directeur de la publication : Joël-François Dumont
Comité de rédaction : Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
Comité militaire : VAE Guy Labouérie (†), GAA François Mermet (2S), CF Patrice Théry (Asie).

Contact