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L’avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre. L’avenir, on n’a pas à le prévoir mais à le permettre

"L’avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre. L’avenir, on n’a pas à le prévoir mais à le permettre"

Discours d'Hervé Morin, ministre français de la défense lors de la 44ème Conférence sur la Politique de Sécurité, sur le thème « L’Alliance Atlantique : Bucarest et au-delà ».  Munich, le 9 février 2008. Source: Wehrkunde.

Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs de la 44ème « Conférence sur la Politique de Sécurité », et tout particulièrement son Président, M. Horst Teltschik, de leur invitation à m’exprimer pour la première fois devant cette assemblée si prestigieuse des spécialistes des questions de sécurité et de défense.

Hervé Morin, ministre français de la défense. Photo © Harald Dettenborn.

Hervé Morin, ministre français de la défense. Photo © Harald Dettenborn.

J’avais eu la chance d’accompagner, comme collaborateur, un ancien ministre français de la Défense, M. François Léotard, quand il était venu s’exprimer ici, il y a quelques années. Je suis très heureux, qu’avec un peu plus de cheveux gris, il me soit donné l’occasion d’intervenir aujourd’hui pour la première fois devant vous, aux côtés de mon ami Franz-Josef Jung.

A moins de deux mois du sommet de Bucarest, mais aussi à cinq mois de notre présidence de l’Union européenne, il est important que nous Français, puissions partager nos réflexions sur le devenir de notre communauté transatlantique, à laquelle nous sommes tous ici si attachés.

Vous le savez, celles-ci s’inscrivent dans un débat de fond engagé en France à l’initiative du Président de la République depuis l’été dernier, qui anime les travaux du « Livre blanc sur la défense et la sécurité ».

Essayons ensemble de tracer ces quelques pistes.

  • 1. Réflexions sur l’évolution de l’OTAN :

Nous sommes ici réunis autour du thème « l’Alliance atlantique, Bucarest et au-delà… ». Pour moi, cela signifie d’abord la rénovation proprement dite de la structure même de l’Alliance, même si la France n’est pas dans le commandement intégré. D’ailleurs, je propose qu’un jour les observateurs s’interrogent sur ce que c’est qu’être actuellement dans le commandement intégré, que ce que faire partie de cette structure veut dire, par rapport à la position actuelle de la France dans l’Alliance, quelles implications cela a pour nos forces et notre indépendance. Je ne voudrais pas que vous me reprochiez une quelconque « Gallic arrogance ». Je sais que l’alliance fait beaucoup pour évoluer mais permettez- moi de vous livrer quelques réflexions.

  • Dans cette question de l’évolution de l’OTAN, je vois une triple problématique :

Une problématique interne d’abord, qui touche à la nécessaire réforme interne de l’Alliance : à l’heure où nos démocraties sont confrontées à des contraintes budgétaires croissantes, l’OTAN doit s’atteler résolument à cette exigence de rationalisation - en termes de coût global, de nombre d’hommes, de nombre d’états-majors.

Je rappelle que L’OTAN c’est un budget de 2 Md€, c’est plus de 22 000 personnes employés à plein temps (pour 66 000 hommes en opérations !), c’est près de 320 comités ou sous comités dont certains portent le nom de « comité sur les défis de la société moderne » ou « comité pour la nourriture ou l’agriculture » !

Je sais que le Secrétaire Général M. de Hoop Scheffer est convaincu de la nécessité de rendre l’Alliance plus efficiente. Il faut maintenant aller plus loin et plus vite.

  • Bien sûr, le bilan de la rénovation lancée lors du sommet de Prague en 2002 est positif :

Nos forces, essentiellement statiques et organisées pour affronter celles du pacte de Varsovie, sont devenues réactives et projetables, aptes au combat dans des environnements très divers grâce à des armements modernes et adaptés. Les armées de nos Alliés d’Europe centrale ont été mises au standard de l’OTAN et sont maintenant interopérables avec celles des autres membres de l’Alliance.

  • Pour autant, on ne doit pas en rester là.

L’Alliance doit se rénover pour être toujours plus réactive et flexible, en phase avec une époque plus instable et imprévisible — si différente de la glaciation stratégique qui nous a longtemps servi de cadre.

La réforme de la structure de commandement doit être poursuivie avec détermination : le nombre des états-majors a déjà été réduit, mais des marges de progrès subsistent. En réponse aux objectifs de Prague, nous avons développé 16 états-majors de composantes projetables, mais, parallèlement, nous conservons 6 structures permanentes du même type, issues de la guerre froide et devenues redondantes.

Nous savons tous que les économies que ces réformes permettront de dégager seront utiles ailleurs, au sein de l’Alliance pour la conduite des opérations en cours, et plus généralement dans l’ensemble des budgets que nous consacrons à la défense.

Les travaux engagés par l’OTAN pour réformer le processus de planification de défense doivent également être poursuivis. Le processus actuel, que tous s’accordent à trouver long et fastidieux, a été conçu dans une logique de Guerre froide : il visait à construire collectivement notre outil de défense pour faire face, dans un cadre stable, à un ennemi clairement identifié. Aujourd’hui, les difficultés rencontrées par l’Alliance en Afghanistan — je pense en particulier aux drones et aux hélicoptères de transport — démontrent que ce processus n’a pas permis de garantir la mise à disposition des capacités répondant aux besoins des opérations actuelles. Il nous faut un processus plus souple, plus transparent et qui mobilise moins de personnes.

Pour autant, il est fondamental de trouver dans ce processus un juste équilibre entre la satisfaction de besoins urgents issus des opérations en cours et le développement des capacités futures. Il est tout aussi important que les nations conservent l'entière maîtrise du choix du cadre dans lequel elles souhaitent employer les capacités qu’elles ont développées — souvent au prix d’un effort financier important —, que ce soit au profit de l'Alliance ou non.

  • Une question particulière dans ce débat : la question du financement commun.

Appliquons à l’OTAN et à l’Union européenne les mêmes règles. Il n’est pas normal que certains acceptent dans une structure un effort qu’ils refusent de faire dans l’autre. C’est en levant ce genre de blocages que nous ferons progresser à la fois la rénovation de l’Alliance et l’Europe de la Défense.

  • La problématique des frontières, ensuite.

Jusqu’où l’Alliance a-t-elle vocation à s’élargir : où nous arrêterons-nous ? Nous traiterons à Bucarest quelques cas particuliers, mais nous devons avoir ensemble une réflexion plus globale. Je considère pour ma part que nous faisons partie d’une communauté euro-atlantique, une communauté de valeurs qui repose sur des fondements philosophiques communs, sur les mêmes fondations. Certes le pacte social américain est différent du pacte social européen – mais ce sont les mêmes penseurs, le même siècle des lumières, qui nous ont inspiré. Le Génie européen, c’est le génie d’une société qui a forgé son identité sur des solidarités, sur le sentiment que l’appartenance à un projet commun et non sur le principe que l’appartenance relève de la naissance.

Face à un monde qu’on appelait, souvenez vous, il y a moins de vingt ans le Tiers monde et vers lequel le pouvoir bascule irrésistiblement, nous aurons besoin de nouvelles solidarités pour porter notre communauté de valeurs. Ce sont ces éléments déterminants qui nous rassemblent et doivent guider notre politique à venir.

  • Troisième idée, enfin : que doit devenir l’OTAN ?

Pour moi, le fondement de l’Alliance est bien une alliance militaire, soudée autour de l’article 5 qui pose les bases juridiques de notre défense collective. L’OTAN s’est progressivement dotée de capacités de gestion de crises, elle intervient aujourd’hui hors du territoire de l’Alliance. Doit-elle devenir un outil de stabilisation global, une sorte de « gendarme du monde » qui irait jusqu’à une concurrence avec l’ONU ?

  • Ces réflexions ne sont pas théoriques : elle trouvent à l’inverse une application très concrète, immédiate, en Afghanistan, qui a constitué le cœur de nos débats à Vilnius.

Ce théâtre revêt pour nous une importance particulière, car on y retrouve, entremêlés, la plupart des problématiques, des risques et des menaces auxquelles nous sommes confrontés : le terrorisme, le fanatisme religieux, les sentiments anti-occidentaux, la criminalité, la pauvreté, les trafics d'armes et de drogue, la fragilité de l'Etat de droit, la corruption…

En Afghanistan, la solution n’est pas simplement militaire, nous le savons bien, même si un effort supplémentaire doit peut-être être fait à court terme. L’action militaire est stérile si elle n’est pas suivie d’une vraie action globale sur le terrain — c’est un peu comme l’effet de la vague sur le sable, l’action continue du flux et du reflux de l’océan. Nous remportons des victoires militaires – c’est l’urgence – mais dès que nos forces sont parties, la situation revient à l’identique ou presque : c’est le reflux de la vague sur le sable.

Si la solution n’est pas militaire, elle ne consiste pas non plus à vouloir créer ex-nihilo dans ce pays une démocratie à l’occidentale : nous ne pouvons pas appliquer à ce pays une vision occidentaliste, ethno-centrée. Il nous faut accepter d’intégrer dans notre approche tout le poids de l’histoire et de cultures différentes. La France défend cette idée depuis longtemps et j’ai été heureux de constater de vrais points de convergence dans le discours de Gordon Brown en décembre dernier devant la Chambre des communes.

Agir aujourd’hui ensemble en Afghanistan, agir à la fois sur les plans militaire et civil, c'est préparer notre sécurité de demain. En effet, comme l’a écrit Antoine de Saint-Exupéry dans Citadelle, « L’avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre. L’avenir, on n’a pas à le prévoir mais à le permettre. »

Précisément, pour permettre l’avenir, il nous faut garder à l’esprit notre objectif : un pays stable aux mains des Afghans. Les opérations militaires ne sont qu’un élément – certes essentiel s’agissant de la lutte contre Al Qaida – pour y parvenir.

Agir aujourd'hui pour notre sécurité de demain, cela signifie donc d’une part de disposer des moyens d'action nécessaires, d’autre part d’adapter notre stratégie à la situation afghane et, enfin, de la rendre claire pour nos opinions publiques.

Disposer des moyens d'intervenir et exprimer concrètement la volonté d’agir. Les difficultés rencontrées en matière de génération de forces, les interrogations de certains alliés sur la solidarité effective au sein de l’Alliance sont autant de questions à prendre au sérieux. Que moins d'un dixième de nos forces soit apte à la projection, l’incapacité de fournir une quinzaine d’hélicoptères de transport lourd, tout cela me paraît frappant.

Cela doit nous amener collectivement à consentir un effort de défense à hauteur des enjeux qui sont les nôtres. Le général de Gaulle rappelait que l’Etat ne peut faillir à sa défense sans se détruire lui-même. Ce jugement implacable me paraît plus que jamais d’actualité ; nos démocraties doivent le méditer.

Deuxièmement, adapter notre stratégie. D'une part, il nous faut mettre en œuvre collectivement au sein de l'Alliance, et dans chacune de nos capitales, un volet de diplomatie publique qui convaincra nos opinions et nos représentations nationales de la justesse et de la pertinence de notre action en Afghanistan.

D'autre part, il nous faut sur place conjuguer des actions militaires et civiles bien ciblées et adaptées à ce type de crise, ce qui passe par une meilleure coordination des acteurs. Il est plus que jamais temps de nommer une personnalité reconnue pour ses compétences et son charisme pour remplir cette tâche au nom de l'Organisation des Nations Unies, en étroite coordination avec les autorités afghanes.

  • 2. L’OTAN et l’Union européenne, deux acteurs complémentaires qui doivent agir ensemble :

Je suis convaincu que les difficultés que nous éprouvons dans la génération de forces, en Afghanistan comme au Tchad, ne sont rien d’autre que l’expression militaire de la résignation politique européenne. L’Europe ne s’assume pas. Elle se complaît dans sa situation de dépendance. Les Etats-Unis le regrettent, mais en même temps ils s’en sont longuement satisfaits — dans une sorte de schizophrénie. J’en ai longuement parlé la semaine dernière à Washington avec mon ami Robert Gates. L’Europe doit en effet faire plus pour partager le fardeau de sa défense, mais les Nations européennes ne le feront que si elles prennent conscience de leur propre responsabilités, et cette conscience là ne viendra que si elles sortent de l’infantilisation dans laquelle on les confine. C’est parce qu’elles accèderont à l’âge adulte qu’elles feront un effort supplémentaire. Et on voit bien que l’union européenne ce n’est pas moins d’alliance mais plus de forces – de ce réservoir de forces qui sont au service de l’Alliance et de l’Union européenne.

Bucarest doit marquer la transformation de l’Alliance et en même temps être le moment où les Européens décident d’assumer leur part du fardeau. Et cela doit se faire dans une démarche responsable et assumée, et non dans un Berlin plus à l’envers. L’Europe ne peut se contenter d’être l’agence civile de l’OTAN.

Vous le savez, les zones menacées par de fortes tensions sont nombreuses : en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe orientale, en Asie centrale et du sud. A priori, l’Afrique c’est plutôt pour l’Europe, l’Asie c’est plus pour l’OTAN. Face à la multiplication de ces crises, qui peuvent nous menacer directement, il n’y a pas de trop plein mais des manques. Il y a plus de crises que de capacités pour y faire face. L’Union européenne et l’OTAN sont ainsi toutes deux nécessaires et complémentaires.

L’ampleur de la menace et le poids des enjeux nous imposent de trouver les meilleures voies et moyens pour agir, en utilisant l'une ou l'autre organisation selon les avantages de chacune et selon les crises. Comme le rappelait récemment encore le Président de la République, les opposer n’a aucun sens parce que l’OTAN et l’UE sont pour nous les deux volets d’une même politique de sécurité et de défense.

Nous pouvons – et je dirais même nous devons – agir de front vers le renforcement de l'Europe de la Défense et vers la mise en place d’une OTAN plus réactive et plus flexible.

Ensemble, notre approche doit donc être politique, mais aussi capacitaire, pour revisiter et dynamiser la coopération entre une Alliance atlantique appelée à poursuivre son évolution — et au sein de laquelle la France a vocation à prendre toute sa place — et l'Union européenne.

  • 3. Nous avons besoin d’une Europe de la Défense forte :

Le bilan de l’Europe de la Défense est incontestable, au cours de ces dix années depuis Saint-Malo. L’Européen convaincu que je suis en est fier, au moment où l’Union s'apprête à lancer une nouvelle opération militaire autonome au Tchad et en République centre-africaine. Les esprits chagrins peuvent souligner les obstacles rencontrés, les difficultés posées par la génération de forces… Mais qui eût pensé, il y a dix ans encore, que l’Union européenne amènerait sur l’un des théâtres africains les plus difficiles plusieurs centaines de soldats irlandais, polonais, suédois, lettons… ?

J’y vois pour ma part une forte volonté d’implication des Etats membres qui, jusqu’à présent, ne constituaient pas toujours le cœur des forces projetées par l’Union. J’y vois aussi le signe d’une maturité nouvelle de la politique européenne de sécurité et de défense. Vous me permettrez d’ailleurs de remercier les Etats membres contributeurs, qui permettent de donner à cette opération, dont les enjeux humanitaires au Darfour sont vitaux, une véritable dimension européenne.

L’une des priorités affichées de la Présidence Française de l’Union sera de renforcer les capacités de défense des Européens. La France est décidée à saisir toutes les opportunités et les instruments qui nous sont offerts par le traité de Lisbonne, pour renforcer concrètement la PESD et engager avec les Etats membres la production de capacités de gestion de crise sous une forme mutualisée.

Vouloir construire l’Europe de la défense, c’est bien davantage qu’une conviction personnelle : c’est aussi la conclusion d’une analyse pragmatique. Il est grand temps de prendre en compte les intérêts de notre continent, et notamment l’enjeu de la stabilité régionale au voisinage d’une UE qui compte plus de 450 millions d’habitants et dont le PIB pèse le quart de la production mondiale. Quand on a créé des intérêts communs, on a besoin de les défendre en commun. Et nous avons bien plus que des intérêts à défendre : une communauté de valeurs, un modèle de société, un patrimoine immatériel.

  • Comment peut-on affirmer un destin commun et ne pas construire l’appareil qui assume sa protection, c’est-à-dire l’Europe de la défense ?

Construire l’Europe de la défense, c’est s’identifier, c’est prendre conscience de l’existence de l’Europe et de ce que nous sommes nous-mêmes en tant qu’Européens. Construire l’Europe de la défense, c’est donner de la chair à l’Europe — et d’abord parce qu’il s’agit d’hommes, c’est faire prendre conscience à chacun des Européens qu’à côté de leur citoyenneté, il y a une citoyenneté européenne reposant sur le partage d’un système de droit.

Nous avons également un message de paix et d’humanité à porter, avec d’autant plus de légitimité, d’autant plus de forces que nous avons su tirer les leçons de notre propre histoire. C’est un message d’optimisme, un message de confiance pour le monde entier, notamment en Afrique : d’un continent déchiré, nous avons su construire un continent en harmonie et prospère. L’Europe est une « école de paix et de stabilité », avait dit un chef d’Etat européen. Voilà ce que nous devons construire, et faire partager.

Nous devons bâtir cet ensemble sur l’idée du partage, de la responsabilité exercée par quelques-uns au profit des autres. Ce n’est pas un abandon, mais un passage à une nouvelle forme de souveraineté, une souveraineté collective.

Ouvrons des pistes pour l’avenir : pour surveiller nos frontières ou nos espaces, dans le domaine maritime par exemple. L’OTAN mène le projet MSA pour lutter contre le terrorisme, nous souhaitons que l’Europe ait un réseau interconnecté en temps réel, comparable à ce qui se fait en défense aérienne – pour la totalité de la surveillance maritime, qu’elle soit civile ou militaire avec des procédures d’intervention qui allient l’ensemble des moyens.

Nous voyons bien qu’il n’y a pas opposition mais complémentarité des moyens entre l’Otan et l’Union européenne. Nous proposons que certaines nations prennent en charge pour d’autres certaines missions ou certaines fonctions, que leurs capacités militaires permettent de réaliser - je pense par exemple à ce qu’à fait l’OTAN pour la défense aérienne.

Là aussi, c’est aller vers une meilleure efficience des moyens et des efforts. Ce n’est pas du moins, mais du plus. Par exemple, nous voulons que les systèmes de forces dits européens soit utilisés en priorité pour les opérations décidées par l’Union européenne. Quand on va visiter, mon cher Franz-Josef, l’Etat major du Corps Européen, à Strasbourg, et que l’on voit que de tels investissements humains et matériels sont si peu utilisés, on se dit que dédier a priori de tels systèmes à l’union européenne, ce n’est pas du moins mais du plus pour notre Alliance euro-atlantique.

J’arrête là mes exemples mais je pourrais aussi évoquer la problématique industrielle. Il nous faudra bien, un jour, enfin, considérer que nos pertes de souveraineté individuelle que nous vivons avec douleur dans une vision nationale étriquée nous les mesurions par rapport à ce qu’un projet européen, véritable pilier européen de l’Alliance, nous apporterait pour notre souveraineté collective.

Finalement, construire une défense européenne forte, c’est nous donner les moyens d’avoir une influence dans le monde. Pour reprendre l’expression du Chancelier Helmut Kohl en 1983, c’est le moyen « d’éviter d’être le simple jouet de la politique d’autrui ».

Pour faire face aux crises d’aujourd’hui et de demain, nous avons besoin d’une Europe forte, aux côtés de nos Alliés américains, comme d’une Alliance forte.

Vous l’aurez compris, le dogme est un mot que j’ai exclu de mon vocabulaire, comme de ma pratique. Nous considérons que le pragmatisme doit nous guider et que, face aux enjeux cruciaux auxquels nos pays sont confrontés, l’efficacité doit être la règle. Nos concitoyens ne nous le pardonneraient pas.

Un nouvel environnement stratégique est en place, où il est moins que jamais question de percevoir les dividendes de la paix. Une perception plus aiguë des risques et menaces qui pèsent sur nous, nous anime désormais et nous impose d’agir. C’est cette vigilance qui nous a poussés à transformer l'Alliance atlantique pour répondre aux nouveaux enjeux de sécurité que représentent notamment les questions de sécurité énergétique ou de cyber-attaques.

Le regard de la France sur l'OTAN a nécessairement changé et suscité naturellement une réflexion renouvelée sur la relation que nous devons entretenir avec elle, en tant qu’allié et force de proposition. La refonte du concept stratégique et le sommet du 60ème anniversaire devraient à cet égard constituer deux rendez-vous importants de l’année prochaine pour la rénovation de l’Alliance.

L’Europe de la Défense est à nos yeux une nécessité stratégique tout aussi forte. Notre mission est de continuer à la développer pour qu’elle puisse agir en bonne intelligence avec l’Alliance atlantique, que les deux organisations soient ou non déployées simultanément.

Saint-Exupéry — décidément un Français de bon conseil — disait : « Dans la vie, il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche ; il faut les créer et les solutions suivent. » Je crois que, pour trouver la réponse au problème sécuritaire auquel chacune de nos nations est confrontée aujourd'hui, il nous faut créer ces forces en marche. Au bout, il y a la paix de l’Europe et du monde.

Je vous remercie de votre attention.


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