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Le grand déballage

Le grand déballage

Devant le « tsunami de contre-vérités que charrient actuellement les médias américains » il était temps qu'une voix s'élève en France ou en Europe pour rétablir quelques faits. Le New York Times de ce matin s'y est employé timidement, mais aller à contre-courant n'est pas évident aux Etats-Unis tant le torrent semble tumultueux et la méconnaissance du sujet totale. Avec des politiciens Outre-Atlantique qui font quand même très fort et avec de grands journaux et de grands médias en mal de pipolisation des deus côtés de l'Atlantique, difficile de voir filtrer quelques informations sur les raisons de fond qui ont fait pencher la balance en faveur de l'A-330, même après le débriefing du Congrès et de Boeing par l'Air Force. Citons en trois : 1) les performances supérieures de l'A-330 en version ravitailleur stratégique rebaptisé Northrop Grumman KC-45A par le Pentagone pour succéder aux KC-135 et KC-10A de l’armée de l’Air américaine. 2) avoir réussi à faire baisser de 30% le prix initial tout en ayant permis l'organisation pour la première fois depuis plus d'un demi-siècle d'une véritable compétition. 3) 60% du ravitailleur seront réalisés aux Etats-Unis, ce qui n'est pas rien. Dans ce véritable déferlement, il s'est trouvé une voix, celle de Pierre Sparaco. Pour ceux qui ne le connaitraient pas, il est sans aucun doute l'une des plus grandes signatures de la presse aéronautique française, pour avoir signé pendant tant d'années des articles en anglais dans Aviation Week, revue de référence s'il en est dans le monde aéronautique civil et militaire. Disons seulement que notre confrère en prenant sa retraite a décidé de publier chaque jour une chronique en français et en anglais sur Internet. AeroMorning.com à Toulouse la diffuse et tous ceux qui jouent un rôle dans le petit monde de l'aéronautique et de l'espace la lisent naturellement avec beaucoup d' intérêt. Au delà du fait que d'hebdomadaire et payante, elle soit devenue quotidienne et gratuite, cette chronique ne pouvait pas ne pas traiter du contrat que vient de remporter EADS associé à Northrop Grumman.aux Etats-Unis. Après "Two way street" et "KC-45A : une victoire à hauts risques", voici venue maintenant l'heure du "grand déballage" ! Source :  Chronique de Pierre Sparaco du 7 mars 2008 dans AeroMorning.com (Toulouseweb Aero). Cet article est reproduit ici avec l'aimable autorisation de son auteur Pierre Sparaco © AeroMorning.com.

  • Les commentaires américains sur la victoire de Northrop Grumman / EADS sur le marché des ravitailleurs mettent en évidence d’inquiétantes incompréhensions transatlantiques.

Bien sûr, vous n’avez jamais entendu parler du sénateur républicain Sam Brownback, élu du Kansas. Cette grave lacune se doit d’être comblée en même temps que ce digne représentant de l’Amérique profonde mérite d’entrer de plain-pied dans le bêtisier de l’année. Il ne se contente pas, en effet, de dénoncer le grand danger qui consiste à confier aux Français un rôle important dans la Défense des Etats-Unis en leur achetant des KC-45A. Repoussant les limites de l’analyse géopolitique au-delà de tout ce qui avait été dit et écrit ces jours-ci, il déclare « qu’il ne faudrait pas demander à nos personnels militaires d’apprendre le français pour pouvoir utiliser nos ravitailleurs en vol ».

KC-135 Stratotanker - U.S. Air Force Photo © Staff Sgt Suzanne Day.

KC-135 Stratotanker - U.S. Air Force Photo © Staff Sgt Suzanne Day.

Notre consœur du Seattle Times qui rapporte ces propos tragi-comiques est heureusement plus futée que cet oncle Sam plus vrai que nature. Elle fait très gentiment remarquer à ses lecteurs que les personnels d’Airbus, répartis à travers l’Europe, communiquent généralement entre eux en anglais. C’est ce qui s’appelle, dans les salles de rédaction américaines, un « reality check ».

Le bon sénateur de Wichita n’est pas un cas isolé. Il a au moins le mérite de nous faire rire quand d’autres nous font monter les larmes aux yeux. Des larmes de désespoir, en constatant que des pans entiers de l’Amérique ne savent décidément rien de l’Europe et moins encore de son industrie aérospatiale et de Défense. D’où l’extraordinaire déballage d’inepties, le torrent de bêtises, le tsunami de contre-vérités que charrient actuellement les médias américains et l’avalanche ininterrompue de sottises qui se déverse sur les forums et autres blogs.

L’effarement et la déception sont d’autant plus grands que certains des auteurs de ces déclarations insensées sont des personnages influents et respectés. Ainsi, la très distinguée Nancy Pelosi, présidente du Congrès, s’interroge très sévèrement sur les conséquences (sous-entendu néfastes) du choix d’un matériel européen sur la sécurité nationale. Ce faisant, accessoirement, elle assoit un peu plus son image d’indépendance, sachant qu’elle est une élue californienne, Etat où se trouve l’essentiel de Northrop Grumman.

Parry Murray, sénateur de l’Etat de Washington, terre Boeing par excellence, est une valeur sûre bien connue du dialogue de sourds Etats-Unis/Europe. Elle se devait de se jeter dans la polémique. Et elle l’a fait, en termes durs, avec l’emphase qu’on lui connaît depuis longtemps. « Ce contrat place nos capacités guerrières dans les mains d’un gouvernement étranger », clame-t-elle. On note au passage l’usage du singulier, Airbus et sa maison-mère EADS étant considérés par Patty Murray comme des entreprises françaises et Northrop Grumman purement et simplement ignoré. Le florilège Murray est exceptionnellement riche d’affirmations gratuites mais il est dangereusement concurrencé par les propos totalement définitifs de l’illustrissime Congressman Norm Dicks. Il est vrai qu’il considère depuis longtemps qu’il faudrait une fois pour toutes abattre Airbus en plein vol.

D’autres commentateurs, observateurs et analystes américains sont entrés dans cette danse du scalp pour dénoncer «un crime contre les travailleurs américains», la subvention d’Airbus par les contribuables américains. Du coup, on finirait par oublier que le KC-45A sera « made in USA » à hauteur de 59%.

Ici et là, un îlot de bon sens subsiste. A commencer par cette déclaration simple et candide de Sam Jones. Cet oncle Sam-là est maire de Mobile, en Alabama, ville qui accueillera la chaîne d’assemblage final des KC-45A et A330-200F. Le plus calmement du monde, il dit : « Mobile est bel et bien aux Etats-Unis et la ville est pleine d’Américains ». Bien vu.

Entre-temps, face à ce grand désordre, les caciques du Pentagone commencent sérieusement à s’inquiéter. Dès qu’un moment de calme le leur permet, ils rappellent qu’il ne faudrait plus perdre du temps en vaines polémiques.

Le premier Boeing KC-135A (notre illustration) a été livré à l’USAF il y a plus d’un demi-siècle, le 28 juin 1957 pour être précis. Du train où vont les choses, les livraisons de KC-45A devant commencer dans 5 ans et se poursuivre au rythme de 15 à 18 appareils par an, le dernier KC-135 sera probablement retiré du service dans plus de 30 ans, c’est-à-dire vers 2040. Un record de longévité peu enviable pour la plus puissante armée du monde.

Pierre SparacoAeroMorning

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