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L’évolution du cadre politico stratégique international des politiques spatiales

L’évolution du cadre politico stratégique international des politiques spatiales

Par Bertrand de Montluc (*)

  • Géopolitisation de la mondialisation

On est souvent tenté de considérer les entités politiques, et le cadre étatique, comme des survivances des temps anciens tant la mondialisation des années 2000 marque le primat de l’économie. Les ressorts du phénomène de globalisation sont bien connus : vague, ou cycle, car le progrès de la vague pourrait n’être pas linéaire, de libéralisation économique, commerciale et financière, au plan interne des Etats comme au plan international, révolutions technologiques, progrès des transports, des télécommunications, de l’informatique, etc. [1] Pourtant, on observe dans le même temps un autre phénomène tout aussi évident : la réaffirmation partout dans le monde des entités politiques nationales. En effet, l’émergence stimulée par la mondialisation (BRIC), suscite un raffermissement des fiertés nationales en même temps qu’un forte revendication de reconnaissance internationale. Les experts parlent de « géopolitisation de la mondialisation », [2] de « global puzzle », [3] ou de retour de la géopolitique et des logiques de puissance. [4] Ce qui prime, ce sont les facteurs naturels, les ressources, les populations, la géographie, la marque politique. Le système international, s’il se dématérialise, connaît un puissant retour aux ancrages naturels, à la diplomatie des sphères d’influence. Ces logiques de pure puissance sont, il est vrai, soumises à des forces de rappel, qui tiennent à l’interdépendance, elles connaissent des hauts et des bas et tous les acteurs ne jouent pas le même jeu selon les mêmes règles. Quoiqu’il en soit, globalement, l’émergence d’acteurs nouveaux majeurs ou mineurs, la difficulté grandissante de faire primer le droit sur la force, l’intensification des menaces asymétriques, ouvrent la voie à ce qu’il convenu d’appeler la « multipolarité » compétitive, plus favorable que la sécurité collective, espérée à la fin de la guerre froide, aux tensions, affrontements violents et à une course aux armements stratégiques. [5] Or, la logique géopolitique, qui se combine à la logique de la mondialisation économique, nécessite des moyens d’action permettant d’établir ou de symboliser les rapports de force, des capacités autonomes et suffisantes.

Bertrand de Montluc. Photo © Joël-François Dumont.

Bertrand de Montluc

Au plan de la sécurité internationale, si le danger d’une guerre des superpuissances a décliné, la violence s’étend au fur et à mesure que l’ordre mondial, de moins en moins légitime au regard des entrants, lui-même décline. Un triple mouvement le travaille de l’intérieur : l’autorité des institutions de l’ordre occidental qui les sous-tend est en crise ; le monde nouveau étatique et infra-étatique qui prend la parole ne se situe pas principalement à l’Ouest, mais dans le « Reste » ; enfin, les antagonismes de nature culturels ou religieux s’intensifient. [6] Dans de telles conditions, la prolifération des armements et de l’arme nucléaire devient particulièrement dangereuse pour des raisons à la fois technologiques et culturelles : ces armes étant dans une certaine mesure plus faciles à obtenir et moins coûteuses, [7] leur utilisation opérationnelle est moins impensable. [8] Au total, en reprenant la formule de Pierre Hassner, « la difficulté centrale est que ce monde devient à la fois plus dissymétrique ou hétérogène en termes de perceptions et de passions (sous l’influence du ressentiment et de la dimension religieuse), et moins dissymétrique ou inégal en termes de puissance (par la nouvelle efficacité des « armes des faibles » et la nouvelle difficulté pour les forts d’exploiter leur avantage matériel). » [9]

C’est dans un tel contexte qu’il convient de replacer les politiques spatiales dans le monde afin d’en mieux comprendre les déterminants externes et la logique interne.

  • Approche géostratégique des politiques spatiales

Sur la scène internationale, dans le post 1989, après le 11 septembre, après la guerre d’Irak, les moyens spatiaux sont en voie de devenir, au moins pour les grands Etats dotés d’armes nucléaires, partie intégrante de leur posture stratégique - même si la couche « espace » (layer) peut paraître limitée ou marginale - , ou encore capacité « asymétrique » visant à décrédibiliser certains avantages dont est pourvu l’adversaire potentiel et qui, s’ils restaient intouchables, seraient de nature à discréditer directement ou indirectement le statut de la dissuasion nationale. Pour les nations émergentes, les programmes et systèmes spatiaux constitueraient plutôt un symbole (parmi d’autres) de volonté d’indépendance nationale, de rayonnement régional, et de maturité technologique, c'est-à-dire d’identité. Au-delà, la question est posée de savoir s’il est permis d’imaginer que la course aux armements dans le monde est susceptible dans les années à venir de se développer dans des domaines autres que le nucléaire tel le spatial, étant établi que les satellites constituent de plus en plus un des éléments clé (C4ISR, infrastructure réactive) d’une posture stratégique moderne et de la défense antimissile dont l’avènement paraît désormais inévitable. [10]

Le contexte diplomatique a été évoqué en introduction : il est celui d’un monde multipolaire déséquilibré, dans lequel la stabilité stratégique se trouve affectée, la prolifération s’étend de l’Asie au Moyen-Orient, sans parler du risque nouveau d’emploi des armes de destruction massive par des acteurs irresponsables ou suicidaires. [11] Le déploiement d‘intercepteurs « spatiaux » antimissile, accessoirement aptes à détruire un satellite ainsi que l’a démontré l’opération conduite par le Pentagone sur un satellite NRO défaillant en février 2008, [12] peut par ailleurs avoir des effets dissuasifs pour les proliférants, mais également, le cas échéant, des effets pervers en offrant à certains Etats adeptes du double langage des prétextes pour moderniser leurs arsenaux.

Tir d'un SM-3 modifié depuis le croiseur AEGIS USS Lake Erie (CG 70) qui a détruit le 20 février 2008 le satellite NRO à 247 km (133 nautiques) au dessus du Pacifique à 17.000 nautiques/heure. Photo © US Navy.

Photo du tir d'un SM-3 modifié depuis le croiseur AEGIS USS Lake Erie (CG 70) qui a détruit le satellite NRO le 20 février 2008 à 247 km au dessus du Pacifique

Trois exemples peuvent être donnés d’Etats-continents, dotés d’armes nucléaires, pour lesquels le spatial fait partie, à des degrés divers, des éléments de la posture stratégique : les Etats-Unis, la Russie, la Chine.

S’agissant des Etats-Unis, l’évolution la plus remarquable est la mise en œuvre d’une nouvelle « triade » définie par la Nuclear Posture Review de 2002. [13] Cette nouvelle triade, qui vise explicitement à offrir au Président davantage d’options que le recours au seul nucléaire, comprend : (1) les systèmes de frappe offensifs (nucléaires et non nucléaires), (2) les systèmes défensifs (actifs et passifs), (3) une infrastructure de défense rénovée et réactive. Or, il faut bien voir que les moyens spatiaux (« Command and Control » « Intelligence and Surveillance », « Counter Space ») sont partie prenante de ce troisième axe et constituent comme une dorsale commune à l’ensemble des trois piliers. [14]

La Russie n’a plus véritablement un arsenal de moyens spatiaux de haut niveau et opérationnels. [15] Mais la volonté russe depuis 2000 de confirmer sa confiance dans l’arme nucléaire implique une modernisation qui touche les satellites. [16] De plus, ce que l’on sait des perceptions russes de la guerre future est cohérent avec une telle orientation. Dès 1993 le ministre de la Défense P. Gratchev notait que la guerre future devrait débuter par des opérations aérospatiales. Les militaires russes considèrent l’espace comme un théâtre stratégique potentiel. Le besoin se fait sentir en Russie de disposer de forces spatiales pour s’opposer à l’ennemi, pour créer des systèmes antimissiles et pour conduire la surveillance de l’espace. [17]

La Chine, enfin, faute de pouvoir suivre les Etats-Unis sur le terrain conventionnel, et confrontée à la montée en puissance de la Missile Defense, comme la Russie, attache de l’importance à maintenir la crédibilité de sa dissuasion et à pallier ses insuffisances (C2/C3I, guidage et précision, mobilité, miniaturisation). [18] En outre, comme l’a démontré le test ASAT (acronyme pour armes antisatellites) de janvier 2007, elle cherche à se doter de capacités asymétriques visant à compenser les avantages américains. [19]

L’Europe, en regard, est dans une situation particulière. Elle ne dispose d’une politique spatiale intégrée que partiellement via les programmes civils de l’Agence spatiale européenne (ASE) ou European Space Agency et par l’intermédiaire du document de Politique spatiale (PSE, Communication de la Commission COM 212 du 26 avril 2007) endossé par le Conseil de l’Union européenne. Les programmes de souveraineté ou « stratégiques » sont portés par un ou des Etats (exemple d’Helios). Par ailleurs, s’il existe un début d’Europe de la défense (PESD), il ne s’agit pas d’une défense européenne disposant d’une armée et d’une force de dissuasion. Par conséquent à terme prévisible, les capacités spatiales militaires de l’Europe, de ses Etats membres, ne seront pas à proprement parler intégrées comme élément clé d’une posture stratégique européenne. [20] En revanche, au plan national, on peut considérer que des programmes tels que Syracuse et Helios satisfont des besoins de niveau stratégique. Selon Michèle Alliot-Marie, « la maîtrise de l’espace est ainsi devenue un facteur essentiel de puissance et de souveraineté. Ses enjeux sont de nature comparable à ceux de la dissuasion dans les années 60. » [21] Au niveau de l’Union, les capacités spatiales seront selon toute vraisemblance harmonisées dans leur définition par l’agence européenne de défense AED (European Defence Agency), ou via une « coopération structurée permanente » du Traité de Lisbonne, pour satisfaire par exemple certains besoins C4ISR ou de télécommunications indispensables à la mise en œuvre de la politique européenne de défense et de sécurité (l’ESA ayant à sa charge, dans des cas où la dualité s’impose, le développement d'infrastructures spatiales). Elles seront coordonnées pour leur utilisation, au moins pour une part d’entre elles et pour certains emplois seulement (tâches de Petersberg, sécurité nationale), par les instances compétentes de l’Union. [22]

  • La politique spatiale des grandes puissances

S’agissant non plus des déterminants externes, mais de la logique interne des politiques spatiales des plus grands acteurs dans le monde d’aujourd’hui, en premier lieu, quelques éléments typiques des orientations données par le gouvernement américain à titre de « rationale » de sa propre stratégie peuvent être décrits comme suit.

L’accent mis sur le rôle majeur des outils spatiaux dans le monde actuel et à venir et sur la nécessité de la plus grande liberté d’action dans ce domaine pour les Etats-Unis (« Freedom of action in space is as important to the United States as air power and sea power »). Cette double affirmation est citée à plusieurs reprises dans le document de la Maison Blanche publié en 2006 sous le titre « U.S. National Space Policy » : les capacités spatiales sont vitales pour les intérêts nationaux américains, les Etats-Unis préserveront leurs droits, capacités et liberté d’action dans ce milieu ; dissuaderont les autres de s’y opposer ; répondront aux interférences ; dénieront si nécessaire aux adversaires l’utilisation des capacités spatiales hostiles aux intérêts nationaux. Dans un paragraphe relatif aux principes pour la sécurité, il est écrit que le Secrétaire à la Défense développera les capacités, plans et options propres à assurer la liberté d’action dans l’espace et, « if directed », déniera une telle liberté d’action aux adversaires.

L’insistance sur l’opposition au développement de textes juridiques (« new legal regimes »), ou autres restrictions visant à interdire ou à limiter l’accès ou l’usage de l’espace, constitue un autre trait marquant de cette politique.

Enfin un troisième point mérite d’être relevé parce qu’il porte la marque de la volonté de Washington de dominer l’ensemble du spectre des activités spatiales : possibilité de conduire des opérations dans et à travers l’espace sans entraves (« unhindered ») afin d’y défendre les intérêts américains et, par ailleurs, ambition de développer un programme innovant d’exploration spatiale habitée et robotique (Lune, Mars). L’enveloppe de soutien public est en conséquence, aujourd’hui, probablement supérieure à 40 milliards de dollars pour l’ensemble des activités, programmes classifiés compris selon certains spécialistes. [23] La coopération internationale ne fait incidemment l’objet que d’un paragraphe du document fondateur, indiquant qu’elle doit être basée sur l’intérêt mutuel et conduite suivant l’intérêt national.

En Russie maintenant, depuis 2001 on note un renforcement de l’intérêt politique pour le secteur spatial mais essentiellement encore au niveau du discours. Il se traduit toutefois en actes : soutien budgétaire, documents d’orientation, volonté de restauration de la constellation de radionavigation par satellite Glonass comme programme national, réunion du Conseil de sécurité sur le spatial militaire, réorganisation de l’agence Roskosmos et de l’industrie de défense, politique sur les cosmodromes … Tout se passe comme si le pouvoir voulait se réapproprier les réalisations de l’ère soviétique, tout en souhaitant exploiter les acquis d’une manière différente et sur un plan politique en crédibilisant le rôle de l’Etat. Le spatial deviendrait un des moyens d’intégrer la « société post-moderne » (post-industrielle). Au plan budgétaire, l’enveloppe en volume reste faible (1 milliard de dollars par an ?) si l’on se rapporte à l’ampleur de l’outil industriel. Il est vrai que le budget civil est vraisemblablement complété par des budgets militaires de même niveau pour les programmes stratégiques. Le retour de l’Etat dans l’industrie d’armement, de fait, est plus net qu’il ne l’est dans le spatial. Les enjeux stratégiques et économiques, notamment mais pas seulement à l’export, sont en effet plus immédiatement importants dans le domaine des industries de défense. S’agissant du spatial, on ne distingue pas encore clairement les objectifs du pouvoir ni la stratégie industrielle à l’œuvre. A l’évidence, la Russie souhaitera démontrer en interne ainsi que sur la scène internationale qu’elle est héritière en ce domaine également d’une « histoire longue » et qu’elle a l’intention de tenir son rang, de valoriser ses acquis technologiques, effectivement en voie de modernisation (lanceurs, navigation par satellite Glonass). [24]

Les analystes du Pentagone situent globalement l’effort budgétaire chinois de défense à environ 100 Md$, tandis qu’une étude de la RAND, « Modernizing China’s Military, opportunities and constraints- 2005 », le place aux environs de 30 à 40 Md$. [25] La Chine est, dans ce cadre, en voie de devenir un leader de l’espace (programmes d’application, vols habités, sonde lunaire, lanceurs). [26] Elle se dote de capacités militaires (écoute et d’armes antisatellite). [27] Certains analystes, toutefois, prétendent que Pékin a encore vingt à trente ans de retard dans les grands programmes d’armement, [28] que la modernisation de la défense ne correspond qu’à la quatrième des grandes « modernisations » et que cette puissance ne constitue pas, au moins dans le domaine spatial, une menace qui serait mondiale. De facto, la capacité à traduire de la technologie étrangère en technologie autonome moderne et opérationnelle serait avérée mais limitée. [29] En outre, depuis les réformes de 1998, les développements spatiaux sont conduits dans un cadre civil sous l’autorité de la commission Science, Technique, Industrie, COSTIND, [30] dont la tutelle vient en 2008 d’être confiée au ministère de l’Industrie. Cependant, comme le dit F. Godement, « le plus grand flou règne sur la force réelle de l’armée chinoise ». [31] On ne peut pas exclure que les investissements scientifiques et techniques consentis dans le domaine spatial civil avec le soutien gouvernemental accordé sur les marges de la croissance économique ou l’appui de savoir étranger puissent être utilisés in fine au service des forces de défense. [32] La vigilance en matière de contrôle des exportations de technologies sensibles reste ainsi de rigueur à l’Ouest, [33] tant il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de séduction d’un Etat qui sait jouer mieux que d’autres de sa faiblesse afin de restaurer sa puissance. [34] Pour autant, s’agissant de la modernisation des équipements militaires de la Chine, on ne peut pas parler véritablement d’un processus de transformation du type « révolution des affaires militaires » ou « Network Centric Warfare » (NCW, en français Opérations Réseaux Centrées). La stratégie chinoise viserait plutôt à actualiser les équipements existants grâce aux acquis des systèmes modernes de technologie de l’information développés par l’industrie nationale qu’à déployer des plateformes de très haute technologie de nouvelle génération. [35] Le Livre Blanc intitulé « Les activités spatiales en Chine en 2006 », [36] paraît confirmer une orientation du spatial chinois en adéquation avec les priorités du gouvernement depuis les années 1980. [37] Si la recherche en sciences spatiales, l’exploration lunaire et les vols habités sont cités, ces thématiques ne figurent pas en tête des objectifs prioritaires à l’échelon le plus élevé du gouvernement - qui sont des objectifs industriels. La Chine entend maîtriser l’intégralité de la chaîne de l’industrie spatiale afin de couvrir la fabrication, les services de lancement, les équipements au sol et les services dérivés (satellites de télécommunications, de télédiffusion, de radionavigation et de télédétection.

En revanche, les démonstrations antisatellites (ASAT) des deux dernières années ne laissent guère de doute : si le message adressé par Pékin est à la fois interne, destiné aux partisans d’une plus grande affirmation de la Chine dans le domaine stratégique, et externe, à l’attention des Etats-Unis et de ses alliés dans le Pacifique, la vraie raison des essais chinois est plus profonde. Apparemment précédé de plusieurs tentatives ratées, l’essai ASAT « hit to kill » du 11 janvier 2007 paraît s’inscrire dans la recherche par Pékin de capacités asymétriques destinées à compenser la supériorité conventionnelle américaine absolue en cas de conflit dans le détroit de Taiwan. De ce point de vue, l’événement ne constitue pas véritablement une surprise. Le Livre blanc sur la défense nationale publié par le gouvernement chinois à la fin de l’année 2006 avait mis l’accent sur la stratégie nucléaire défensive et sur les facteurs croissants d’insécurité dans la région Asie Pacifique. [38] Le but de la stratégie est d’empêcher le recours à l’arme nucléaire ou la menace d’y recourir par un Etat tiers contre le pays. La Chine paraît, plus que jamais, préoccupée de la capacité de sa propre force nucléaire à contrer une attaque en premier de l’extérieur, [39] notamment dans le contexte d’une montrée aux extrêmes dans le détroit de Taiwan. Elle observe, en outre, avec inquiétude la mise en place de systèmes antimissiles dans la région, ainsi que les plans américains au titre du « Space control ». En témoigne une abondante littérature militaire et scientifique chinoise qui, depuis plusieurs années, analyse la transformation de l’outil de défense américain et s’efforce d’en tirer des conséquences pour la posture de défense chinoise. L’un des sujets d’intérêts récurrents dans les publications de l’APL réside précisément dans la nécessité pour la Chine d’acquérir des capacités pour contrer la supériorité des Etats-Unis dans l’espace. [40] Considérant que ces intentions pourraient mettre en péril ses intérêts nationaux de sécurité vitaux, elle souhaite préparer des contre-mesures afin de crédibiliser ses propres forces. [41]

Il est intéressant de remarquer au passage qu’alors que, dans le contexte de la guerre froide, la course aux armements dans le monde a essentiellement résulté de l’interaction stratégique américano-soviétique, il s’agit là peut-être du premier signe tangible d’une course aux armements potentielle entre Washington et Pékin - non pas dans le domaine nucléaire, mais sur le terrain de la « nouvelle triade » définie par la Nuclear Posture Review de 2002. [42] Il est probable que, loin de se convertir aux vertus de l’Arms control dans l’espace, l’Administration américaine considèrera au contraire que l’essai chinois valide sa stratégie de « Space Dominance » et que par conséquent elle doit poursuivre de manière résolue le développement de capacités dans ce domaine, y compris offensives, et développer des contre-mesures défensives (notamment de type « quick launch »). [43] Une telle conviction est susceptible à son tour de générer des effets pervers de la part des tiers qui, se sentant menacés, seront incités à développer leurs propres capacités même modestes, l’ensemble du cycle conduisant à une moindre sécurité globale de l’environnement spatial.

  • L’Europe et le monde

En conclusion, deux dynamiques se superposent pour façonner le monde. D’un côté, il y a la logique de la mondialisation aux ressorts bien connus – libéralisation financière, révolution technologique - qui fabrique de l’interdépendance et fait jouer des réseaux. De l’autre, il y a la logique géographique ou géopolitique qui fait un retour en force et génère des rapports de puissance. Il est frappant de constater que les technologies spatiales occupent une place dans les deux registres. Les satellites sont au cœur des réseaux de la mondialisation (télécommunications, navigation et localisation précise, gestion du développement durable). Ils jouent un rôle critique pour l’anticipation et la gestion des crises, la conduite des opérations armées (information géographique, géolocalisation, C4ISR) et, pour certaines nations, dans l’assise de leur posture stratégique globale. Dans le futur, l’espace pourrait même devenir lui-même un champ de bataille potentiel, la puissance dominante pour un temps long encore, les Etats-Unis, étant résolue à s’assurer par les moyens adéquats la liberté d’action dans ce milieu.

Depuis quelques années, on voit se développer le nombre des acteurs spatiaux et l’ambition de puissance de nombre d’entre eux. Comme dans d’autres domaines, les pays émergents émergent pour de bon et ils ne cherchent pas seulement à entrer de plain-pied dans l’économie globale du monde mais aussi à trouver ou à retrouver la place géopolitique qui leur convient. Quelques Etats seulement, et selon des modalités différentes, maîtrisent l’ensemble du spectre des capacités spatiales, au point d’en faire dans le cas des Etats-Unis un élément clé de leur stratégie d’ensemble. Une douzaine de pays ont directement accès à l’espace. Le nombre d’Etats dotés de moyens satellitaires d’observation de la terre et de reconnaissance a doublé depuis 1999. Dans le domaine de la radionavigation par satellite, le nombre pourrait tripler. Enfin, près de quarante nations ont acquis un contrôle opérationnel sur leur propre segment spatial de télécommunications.

Dans ce contexte dynamique, l’Europe, qui n’a pas de grande stratégie spatiale intégrée ambitieuse et ne domine pas la totalité du spectre des capacités loin s’en faut, mais dispose de forts atouts (Ariane, Helios, qu’il s’agit de faire évoluer), devrait figurer parmi les acteurs mondiaux majeurs, de référence et d’influence. Seule une puissance spatiale de niveau mondial, forte et autonome, s’appuyant sur des compétences indiscutables, des infrastructures pérennes, une organisation efficace et ouverte sur le monde, est en mesure de répondre dans ce domaine aux défis de l’ordre multipolaire en construction, de faire valoir ses intérêts et ses compétences, tout en assurant des retombées profitables sur l’ensemble de ses membres notamment les plus nouveaux. Les responsabilités de la France, forte d’un effort spatial clairvoyant et continu depuis 45 ans, dans un contexte international aussi exigeant, sont grandes, bien au-delà des échéances de la présidence de l’Union européenne et de la conférence ministérielle de l’ESA au second semestre de cette année.

Bertrand de Montluc

(*) Chercheur associé au Centre national d’études spatiales, ancien membre de la DAS et correspondant du Centre d’analyse et de prévision (CAP).

[1] Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France, Ministère des Affaires étrangères (mars 2008). Sur le concept de puissance, voir Christian Malis, « Raymond Aron et le concept de puissance » (ISC-CFHM- Institut d’histoire des conflits contemporains) : la puissance, but et moyen, est la capacité de faire, produire ou détruire, celle d’influer sur la conduite de l’autre (« Command and inducement »). La puissance n’est pas un absolu mais plutôt un potentiel ; son exercice se transforme dans l’histoire (facteurs immatériels).

[2] Interview de Marcel Gauchet dans Le Figaro, 22 novembre 2007 : « L'État-nation reste fondamental » (p.7).

[3] ISS-EU/IES-EU, « The New Global Puzzle », N. Gnesotto et Giovanni Grevi

[4] Intervention de Pierre Levy au 5ème séminaire de prospective de la DAS, 2008.

[5] Laurent Zecchini in Le Monde, 23 février 2007, « Espace, missiles et satellites, nouvelle frontière stratégique ».

[6] Pierre Hassner, « Who killed nuclear enlightenment ? », International Affairs 83, 3 (2007).

[7] Bruno Tertrais, « L’Europe face à la prolifération nucléaire », Cahiers de Chaillot N°66, décembre 2003.

[8] Pierre Hassner, « The fate of a century », The American Interest, July/August 2007.

[9] Le Monde, 3 octobre 2007.

[10] Voir le témoignage devant le Congrès (HR) pour la présentation du budget 2008 de la BMD du LG H.A. Obering, directeur de la Missile Defense Agency (27 mars 2007) : « I believe the performance of the BMD system could be greatly enhanced by an integrated space-base layer. »

[11] Pierre Hassner, conférence du CEREM « Ethique et relations internationales », 19 février 2008.

[12] National Reconnaissance Office. Voir note CNES du 21 février 2008, « Destruction du satellite américain NRO », Bertrand de Montluc.

[13] Dennis M. Gromley, « Silent retreat : The Future if U.S. Nuclear weapons”, The Nonproliferation review, July 2007, Vol.14, N°2. CRS Report for Congress, “U.S. Strategic Nuclear Forces: Background, Developments, and Issues”, A.F. Woolf, 5 septembre 2007. Et, Arms Control Association.org, “Nuclear Posture Review”.

[14] Klaus. Becher, « High noon in orbit : will more satellites be shot down ? », ESPI, Vienne, 9 avril 2008.

[15] Rapport de l’Assemblée Nationale N°688 sur les enjeux stratégiques et industriels du secteur spatial, par Serge Grouard et Odile Saugues. Isabelle Facon et Isabelle Sourbès-Verger, « La place du spatial dans le projet de restauration de la puissance russe », Note FRS, mai 2007. Note du CAP (non publique), « L’évolution du complexe militaro-industriel russe : perspectives et contraintes pour la coopération spatiale » (12 novembre 2007).

[16] Nikolaï Sokov, « The origins of and prospects for Russian Nuclear Doctrine », The Nonproliferation review, Vol. 14, N° 2, pp.208-210).

[17] Mary Fitzgerald, “The impact of the military-technical revolution on Russian military affairs”, rapport pour le Hudson Institute (vol.1, 20/8/1993), cité par Christian Malis dans « L’espace extra-atmosphérique, enjeu stratégique et conflictualité de demain » (article cité, page 20).

[18] Jin-dong Yuan, « Effective, reliable, and credible : China’s Nuclear Modernization », Nonproliferation review, Vol.14, N°2, July 2007 (pp.226-301). K. Pollpeter, “Building for the future: China’s progress in space technology during the tenth 5-year plan and the U.S? response”, mars 2008 (www.strategicstudiesinstitute.army.mil/).

[19] Voir les publications de A. Tellis pour la Fondation Carnegie ou « China’s Military Space Strategy », Survival, Vol.49 N°3, Autumn 2007. Et de nombreux auteurs chinois, par exemple, Bao Shixiu, « Deterrence Revisited : Outer Space », China Security, Winter 2007, pp. 2-11 (2007 World Security Institute).

[20] Pour une vue externe des capacités européennes, voir « European Military Space Capabilities », Th. Hitchens & T. Valasek, CDI, Washington DC, March 2006.

[21] Orientations d’une politique spatiale de défense pour la France et l’Europe, document du ministère de la Défense, février 2007.

[22] Voir étude en cours de Patrice Cardot pour le Conseil général de l’armement.

[23] Note du service de l’attaché spatial à Washington (2007). Etude de N. Gallagher de l’Université du Maryland, « Reconsidering the Rules for Space Security », Nancy Gallagher and John Steinbruner, octobre 2007. Sur les orientations, voir Strategic Survey 2007 de l’IISS, 107:1, 33-84, septembre 2007.

[24] Parmi d’autres illustrations, voir par exemple l’intervention de représentant russe, Vladimir Putkov, à la récente conférence de l’UNIDIR à Genève « Celebrating the Space Age : 50 years of space technology, 40 years of the Outer Space Treaty » (2-3 avril 2007), ou le discours à l’UNESCO le 21 mars 2007 pour le 50ème anniversaire de Spoutnik de B. Chertok, un des pères du prestigieux programme spatial soviétique.

[25] DoD, “Annual report on the military power of PRC”, June 2000 (pp.14-17).“Military power of PRC”, edition 2005 (pp.35-36). La version 2007 évoque une augmentation annuelle de plus de 11% et mentionne le chiffre cité par la Defense Intelligence Agency (DIA) soit de 80 à 125 milliards de dollars.

[26] La première sonde lunaire (Chang’e-1) a été lancée en octobre 2007. Au 17ème Congrès (15-21 octobre 2007), le discours du président Hu a fait mention du programme spatial (CSIS, « 2007Asia Trip Report », G.Ryan Faith, 8 janvier 2008).

[27] Ch.Ph. Godard, « Chine : défis militaires communs pour l’Europe et les Etats-Unis », DAS, 27 septembre 2005. Et Annual Report to Congress, Office of the Secretary of Defense, Military Power of PRC 2007, p.20-21.

[28] Rosemary Foot, “Chinese strategy in a US-hegemonic global order”, International Affairs, 82, I (2006), page 89. Pour des considérations historiques et le rôle joué dès 1956 par Qian Xuesen en faveur de la création d’un programme spatial en Chine voir Aviation Week, 7 janvier 2008.

[29] S’agissant du spatial, voir l’étude mesurée du Strategic Studies Institute de l’armée américaine “Building for the future : China’s progress during the tenth 5-year plan and the U.S. response” par Kevin Pollpeter, mars 2008 (www.strategicstudiesinstitute.army.mil/).

[30] « A new direction for China’s defense industry » », ES Medeiros, R Cliff, K Crane, JC Mulverson, RAND corporation, Project Air Force, 2005, page 34 : “COSTIND was stripped of responsibility for direct management of the operations of defense enterprises ». Voir également études de la FRS et Christian Lardier “Ambition de l’industrie spatiale chinoise », Air et Cosmos/Aviation International, 25 octobre 1996.

[31] « L’Asie préfère les affaires à la guerre », Alternatives internationales, décembre 2005 (P.21).

[32] Il s’agit du triangle vertueux « gouvernement/industrie/université » dont il est attendu par les autorités qu’il puisse être utile indirectement à la modernisation de l’armée (voir Rapport RAND précité, chapitre 5, « The digital triangle »). Voir également aux Etats-Unis le fameux Rapport Cox du 3 janvier 1999 (classifié) et la version déclassifiée du 25 mai 1999 citée dans Jane’s intelligence review, décembre 2003 (article précité, p. 38 sur les capacités en matière d’écoute). Pour une analyse plus réservée de la menace spatiale chinoise, voir l’étude de G Kulacki et D Wright, Union of Concerned Scientists, September 15, 2005, « An analysis of march 2005 report by the National Air and Space Intelligence Center (NASIC) - Challenges to US Space Superiority ».

[33] Rapport RAND précité, p. 251.

[34] Compte rendu du colloque de la société d’Histoire diplomatique à la Fondation Singer-Polignac, « La Chine dans les relations internationales aujourd’hui. » (2006).

[35] Rapport RAND cité, p. 250.

[36] Communication d’Isabelle Bouvet, CNES (note du 25 octobre 2006, « Le Livre Blanc : les futures priorités spatiales chinoises »).

[37] « La Chine et l’espace », Isabelle Sourbès-Verger, AFRI,  2004, vol.5, pp. 417-426 (La Documentation Française) et entretien à la DAS (Ch Ph Godard).

[38] Dépêche du quotidien de Hong Kong Singtao du 30/12/2006.

[39] Article de David M. Lampton: The Faces of Chinese Power”, dans Foreign Affairs précité (p. 118).

[40] Exemples : Wang Jiangqi, Guangming Ribao, 28 décembre 2001, Zhang Ling, “Initial appearance of the Characteristics of Informationized Warfare” (Liaowang n°28, Juillet 2003), Liu Qichang, “The new military strategy of the GW. Bush Administration”, (Xiandai Guoji Guanxi, mai 2003), Wei Qiyong, Qin Zhijin et Liu Erxun, “Analysis of changing emphasis in US military strategy”, Weng Hansong, “Military Obsevrations of US space empire marks the start of the “sixth war” (Renmin Wang, janvier 2005), Chen Xuejun et Lang Daqiang, “Methods for defeating GPS” (Junshi Wenzhai, novembre 2004), Gu Lixiang, Daodan yu Hanhgtian (Yunzai Jishu, avril 2003), Bao Shixiu, “Deterrence revisited : Outer Space” (China Security, hiver 2006) et le dossier “China security” du World Security Institute Chinese program, 2006 Issue N°2.

[41] Hui Zhang, présentation NPRI citée.

[42] Cette nouvelle triade dissuasive n’est plus constituée comme avant des missiles nucléaires basés à terre, des sous-marins lanceurs d’engins et des bombardiers stratégiques, mais de capacités offensives (nucléaires, conventionnelles et non-cinétiques), de systèmes défensifs (principalement la défense anti-missile) et d’une infrastructure réactive, auxquels il faut ajouter les moyens de C4 I (contrôle, commandement, communication, renseignement…). Avant propos de Donald Rumsfeld.

[43] La tentation de Washington serait-elle de substituer à la menace irakienne ou iranienne, une menace préexistante, occultée par le 9/11 et la guerre en Irak, la menace chinoise ? Il est difficile pour une nation – et quelle nation ! la Chine - d’émerger au niveau de la puissance en demeurant pacifique et harmonieuse. Voir l’audition de J. T. Mathews, présidente de la Carnegie Endowment for International Peace, devant la Chambre des Représentants, 10 octobre 2007.

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