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L’OTAN en Afghanistan

 

L’OTAN en Afghanistan

Depuis deux mois les forces spéciales américaines usent d'un droit de poursuite des talibans dans les zones tribales du Pakistan où ils savent trouver refuge, l'armée pakistanaise s'étant montrée incapable ou n'ayant rien fait pour supprimer cette base arrière. La découverte de nombreux militaires pakistanais encadrant des unités d'Al Qaïda, et la logistique apportée par les services de renseignement militaires pakistanais à ces groupes armés en Afghanistan ne cessent de préoccuper la France. Paris est inquiet de la dégradation de la situation sur le terrain et réclame un changement de stratégie pour éviter un enlisement, voire une défaite, des troupes coalisées. Deux empires plutôt coriaces, britannique et soviétique - avec 170.000 hommes - ont déjà échoué en Afghanistan. Avec les moyens actuellement déployés en Afghanistan et la stratégie adoptée jusqu'ici, la plupart de nos spécialistes civils et militaires pensent que l'échec est patent : « on va dans le mur »... De plus, ils sont unanimes à constater que «"ce n'est pas un travail pour l'OTAN dont ce n'est pas la raison d'être » qui risque, en cas de défaite alliée, de perdre plus que son âme. Les États-Unis et Union soviétique ont toujours refusé dans le passé la mise sur pied de forces et d'un état-major interarmées de l'ONU, pourtant prévu par la charte des Nations unies. Du coup, on en est arrivé à des "dérives" de l'OTAN sur lesquelles il va falloir se pencher rapidement avant qu'il ne soit trop tard. "L'afghanisation du conflit" est une urgente nécessité. Les méthodes et les moyens à mettre en œuvre sont également à revoir. Elles ressemblent davantage à celles de la guerre d'Algérie. A force de parler de guerre asymétrique, de "concept de zéro mort", on en est arrivé à oublier des notions fondamentales que l'on semble en France avoir complètement oubliées et que nos Alliés, Américains en tête semblent avoir adoptées en Irak d'abord avec succès et maintenant en Afghanistan...La guerre classique et conventionnelle avaient un peu vite été oubliées ! Gageons que le prochain débat sur l'Afghanistan prévu au Parlement français remette les choses à plat et que l'on arrive à un consensus nous en fournir l'occasion. Sur ces sujets, voici l'opinion du général François Cann, président de l'Amicale des Anciens du "8" et du "7" qui nous a aimablement autorisé à reproduire son propos, « estimant nécessaire d'entendre l'opinion de soldats, directement concernés, et non pas seulement d'hommes politiques ou de journalistes.»  (© Lagarrigue, le 4 septembre 2008.

Document  : Source Etat-major des Armées

1. Le Commandant suprême des forces militaires de l’OTAN en Europe est toujours un général d’armée américain : le premier fut le général Eisenhower avec comme second - excusez du peu - le maréchal Montgomery.

Ce général « porte deux casquettes », celle du SACEUR (commandant suprême des forces de l’ OTAN) et celle d’USAREUR (commandant des forces américaines stationnées en Europe et en Turquie).

En 1991, les Américains, pour la conduite de la guerre dans le Golfe, firent appel à l’USAREUR (casquette américaine) pour le support logistique, médical et administratif, d’abord de la mise en place des forces en Arabie saoudite et ensuite des opérations de guerre en Irak … avec succès.

J’étais alors le chef de la Mission militaire française au SHAPE (état-major de l’OTAN) et, comme nos forces françaises étaient engagées dans le Golfe aux côtés des Américains, j’ai pu, tout à loisir, observer, de l’intérieur, comment fonctionnaient les Américains. Ainsi ai-je été convié tous les matins à huit heures dans le Bunker souterrain, devenu une sorte de réplique, à distance, du P.C. du général Schwarzkopf en Arabie saoudite.

Dans ces moments de précipitation, voire de confusion, que vivent quelquefois les états-majors soudainement plongés dans l’incertitude, le doute et l’urgence, notre « patron » en Belgique, le général Galvin, réagissait sans trop se demander quelle casquette, il portait alors (« otanienne » ou américaine). Mais tout le monde s’en fichait puisqu’il décidait pour le bien commun !

2. Dix ans plus tard, au lendemain de la destruction des tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, les Américains se lancèrent à corps perdu, avec l’approbation quasi unanime du monde occidental, dans la chasse contre Al Qaïda. Ils réactivèrent alors le système OTAN qui avait si bien fonctionné vers le Moyen Orient et, une nouvelle fois, le généralissime se retrouva impliqué d’abord avec « sa casquette américaine » pour l’Irak et puis avec sa « casquette OTAN » pour l’Afghanistan avec, ce qui était une première, des responsabilités opérationnelles sur ce nouveau théâtre d’opérations. Et c’est ainsi que, par une dérive qu’expliquent les évènements, le commandement des opérations de l’Alliance est, aujourd’hui, exercé par le SACEUR (« casquette OTAN ») à partir du Bunker (que je viens d’évoquer) situé à Mons en Belgique.

3. Ces opérations ont beau être placées sous mandat de l’ONU, presque aucun Afghan ne le sait ou, ce qui revient au même, tout le monde feint de l’ignorer, d’autant que l’image de marque de l’OTAN au Moyen Orient est déplorable. Nous nous en sommes aperçus à Beyrouth en 1983 et nous en avons fait les frais. Cette image souffre d’un amalgame simpliste, habilement colporté auprès du musulman de base : OTAN = Etats-Unis = Satan. De toute évidence, nos forces françaises engagées en Afghanistan pâtissent aujourd’hui de cet amalgame largement entretenu et amplifié dans la population.

4. Depuis le 11 septembre 2001, Al Qaïda a multiplié ses attentats de par le monde en frappant plus de pays « non-otaniens » que de pays membres de l’OTAN ... les derniers pays frappés étant l’Algérie et la Chine mais on peut rappeler le Soudan, la Tunisie, l’Australie via l’Indonésie etc … etc…

Dès lors, dans la mesure où Al Qaïda affiche une menace de dimension planétaire, on est en droit de se poser la question de savoir pourquoi l’OTAN aurait la charge exclusive des opérations en Afghanistan, si, de surcroît, on observe qu’au delà de ce cul de sac que constitue le sanctuaire d’Al Qaïda se trouve la moitié de l’humanité, soit trois milliards de personnes : Pakistan, Inde, Chine, Indonésie, Japon ... tous aussi concernés par le terrorisme que le sont les pays européens.

Ne serait-ce pas plutôt à l’ONU, dont la Charte de 1945 a pour but la « sécurité internationale », de déléguer à son Conseil de Sécurité la responsabilité d’opérations menées sous le chapitre VII de la Charte (ouverture du feu en configuration « guerre ») et non pas le chapitre VI (« légitime défense », comme au Liban) ?

Resterait alors à trouver une structure d’état-major appropriée : dans l’état actuel des choses, celle-ci ne pourrait être fournie que par l’Union de l’Europe Occidentale dont l’image de marque au Moyen Orient est encore à peu près préservée à ce jour.

François Cann


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