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L’Afrique doit s’unir ou périr : le Niger sur la voie du renouveau

Situé entre l'Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad, la Libye, le Mali et le Nigeria, le Niger, pays multiethnique d'Afrique de l'Ouest, occupe une position stratégique centrale entre l'Afrique noire et l'Afrique du Nord. Après une période de turbulences, des élections libres se sont déroulées dans le calme, mettant un terme à une période d'instabilité. Le chef de l'Opposition, Mahamadou Issoufou,[1] président du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS) s'est vu confier les rênes du pays pour rompre avec un passé récent et tenter de relancer les forces vives d'un pays en quête de démocratie. De par sa situation stratégique, il est urgent que le Niger retrouve une certaine stabilité pour ouvrir la voie à une nouvelle période de stabilité et de développement. A la veille des élections, Mahamadou Issoufou a accordé un entretien exclusif à Richard Labévière, rédacteur-en-chef de la revue Défense [2] a été diffusé en France et au Niger, dans Bérets Vert, la revue nigérienne des Forces armées. Avec l'autorisation du directeur de la rédaction et du président Issoufou, nous reprenons ici le programme et la vision du nouveau président de la République du Niger. Paris, le 27 décembre 2010. Photos © Hugues Dumont.

Défense : Comment évoluent les lignes de force de l’Afrique au lendemain de la commémoration des indépendances ? Qualifiant la nouvelle génération de responsables politiques africains, l’ancien Premier ministre français, Michel Rocard, n’hésite pas à parler de « despotisme éclairé », qu’en pensez-vous ?

 

Mahamadou Issoufou : une « certaine idée du Niger »

Mahamadou Issoufou : Depuis les indépendances, l’histoire de l’Afrique a connu trois phases. La première fut celle des pères des indépendances, caractérisée par des partis uniques qui dominaient la scène politique africaine. Ensuite, arrive une phase que l’on peut qualifier de « prétorienne », où l’on voit des responsables militaires fomenter des coups d’État pour prendre le pouvoir. Cette période a plus ou moins pris fin vers la fin des années 80 et le début des années 90. La troisième phase commence symboliquement avec le sommet de la Baule et la série des conférences nationales, un vent de démocratie commençant à souffler sur l’Afrique à partir de la chute du Mur de Berlin et de la fin des confrontations Est-Ouest. Pendant cette phase, on assiste à une instauration de la démocratie avec des fortunes diverses selon les pays. Dans certains pays la démocratie prend corps et semble s’enracine durablement, alors que dans d’autres, elle connaît des moments de flux et de reflux.

 

Mahamadou Issoufou et Richard Labévière -- Photo © Hugues Dumont. 

 

Le Niger, par exemple, a connu trois interruptions du processus démocratique à travers trois coups d’État : en 1996, en 1999 et enfin le 18 février 2010. Mon pays illustre à l’envie la différence des rythmes politiques sur notre continent. Mais je constate que, globalement, les sociétés africaines aspirent majoritairement à la démocratie et que la tendance lourde de l’Afrique s’oriente positivement malgré des dysfonctionnements locaux qui ne sont pas en mesure d’hypothéquer ce mouvement général. L’Afrique n’a pas besoin de « despotisme éclairé ». L’Afrique aspire profondément à la démocratie.

 

Défense : La situation politique du Niger est centrale et a valeur de pivot pour la géopolitique de la sous-région sahélo-saharienne. Quel bilan faites-vous de l’héritage du président Tandja qui a été justement renversé par le coup d’État militaire du 18 février 2010 ?

 

Mahamadou Issoufou : Pour parler plus spécifiquement du Niger, la décennie 90 a été particulièrement instable : conférence nationale de 1991, un régime de transition entre 1991-1993, des élections en 1993, un coup d’État en 1996 et un autre en 1999 qui, malheureusement, s’est déroulé de manière dramatique avec la mort du général Barré. A partir de 1999, nous avons connu dix ans de stabilité. Le Niger était sur la bonne voie. Nous avions créé les conditions d’une démocratie apaisée avec des relations régulières et constructives entre l’opposition que j’avais l’honneur de diriger et la majorité du président Tandja. L’exercice avait une portée éminemment pédagogique, notre objectif étant non seulement d’assurer la stabilité politique de notre pays mais aussi de montrer au peuple nigérien qu’être des adversaires politiques ne fait pas nécessairement de nous des ennemis et que nous avions le devoir de nous retrouver de temps à autre pour échanger sur les grandes questions engageant les intérêts vitaux du Niger et des nigériens.

 

 

Malheureusement ce moment de démocratie apaisée a pris fin lorsque le président Tandja a décidé de changer les règles du jeu, notamment en engageant la modification de l’article 36 de la constitution qui stipule que le président de la République est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule foi. Or cet article fait partie des six dispositions de notre constitution qui ne sont pas susceptibles de modification, les cinq autres étant, l’intégrité du territoire, la forme républicaine de l’État, le multipartisme, la séparation de l’État et de la religion ainsi que l’amnistie accordée aux auteurs du coup d’État du 09 Avril 1999…

 

Défense : Ce coup de force sur la constitution a été le facteur déclenchant de la crise…

 

Mahamadou Issoufou : En effet, ce fut l’élément déclencheur d’un combat d’abord juridique. L’opposition a porté plainte devant la Cour constitutionnelle qui, fait rare en Afrique, lui a donné raison en prononçant un arrêt interdisant au président de changer ainsi la constitution. L’arrêt indiquait clairement que le changement de constitution, tel que l’envisageait le Président, était synonyme de violation de son double serment coranique. Mais le président Tandja, voulant s’incruster au pouvoir, décida de passer outre cet arrêt qui ne devait être susceptible d’aucun recours et qui devait s’imposer à toutes les autorités civiles comme militaires. Dès lors, le combat politique prend le relais du combat juridique. Pensant pouvoir s’abriter sous la caution populaire pour changer de constitution, le Président organisa un référendum. L’opposition organisée au sein de la Coordination des Forces pour la Démocratie et la République (CFDR), coordination composée de partis politiques, de syndicats et d’autres organisations de la société civile, appela au boycott. Les résultats réels n’avaient rien à voir avec ceux officiellement proclamés : le référendum se solda par un fort taux d’abstention, le taux de participation, dérisoire, étant inférieur à 5 % du corps électoral. C’était tout l’enjeu ! Par ailleurs, le référendum s’étant déroulé le 4 août, les forces de défense et de sécurité ayant voté le 3 août, on a pu connaître les résultats du vote dans les casernes : les militaires ont voté « non » à 89% environ et, par conséquent, le coup d’État du 18 Février 2010 n’a été une surprise que pour Tanja qui, pourtant, était sensé avoir l’expérience et les moyens de le voir venir. Le président Tanja aurait pu sortir par la grande porte mais la fin de son régime a jeté une tache noire sur son bilan de dix ans de gestion du pouvoir.

 

Grand entretien diffusé à Paris et à Niamey

 

Grand entretien diffusé à Paris par Défense -- Photo E/S.Grand entretien diffusé à Niamey par Bérets verts -- Photo E/S.

 

Défense : Au-delà du vote des militaires, comment s’est déroulé ce « coup d’État vertueux », très différent des violences survenues en Guinée Conakry, et surtout s’engageant à redonner le pouvoir aux civils ?

 

Mahamadou Issoufou : En Afrique il arrive qu’on parle de « coup d’État d’ouverture démocratique ». Celui qui est intervenu au Niger le 18 février dernier constitue une réponse au coup d’État constitutionnel opéré par le Président Tanja le 4 Août 2009. Le coup d’État du 18 Février a été réalisé en plein jour, sans résistance majeure, parce que l’exaspération au sein du peuple était partagée par les militaires. Le Niger a plus de vingt ans d’expérience démocratique sur la Guinée. Les partis politiques, les syndicats et les autres organisations de la société civile ont eu le temps d’y effectuer, au sein du peuple, un travail de sensibilisation, d’éducation en profondeur. Pour cette raison l’aspiration à la démocratie, très forte au sein du peuple est aussi présente chez certains militaires. Pour illustrer mon propos, je voudrais rappeler que, suite au coup d’État du 27 Janvier 1996, son acteur principal, le général Barré, avait décidé de rester au pouvoir en se présentant aux élections de juillet 1996. Imaginant les partis discrédités, il pensait que l’élection serait une promenade de santé. Il a été battu au premier tour par les candidats des partis politiques et a dû recourir à un « hold-up électoral », pour se proclamer élu au premier tour avec 52 % des voix. Mais face à la résistance opposée par les partis politiques rassemblés au sein du Front pour la Restauration et la Défense de la Démocratie (FRDD) son régime a fait long feu. L’aventure de Tanja constitue un deuxième exemple : Tanja pensait que la classe politique, dont il faisait partie, était discréditée et qu’il pouvait la liquider pour s’éterniser au pouvoir. Ses rêves se sont brisés face à la résistance organisée par les partis politiques, les syndicats et les autres organisations de la société civile rassemblés au sein de la Coordination des Forces pour la Démocratie et la République (CFDR). C’est là une nouvelle preuve que les Nigériens, qui ont intériorisé la démocratie, n’admettent plus de tentative de retour à la dictature. Par conséquent, il est difficile - au Niger – d’instaurer la dictature en faisant abstraction de cette tradition politique pluraliste très ancrée dans la société. Le maillage social des partis politiques, des syndicats et des autres organisations de la société civile fait obstacle à toute dérive autoritaire. Ainsi, les circonstances historiques ont fait que le Niger n’est pas la Guinée et Salou Djibo n’est pas Dadis Camara. Du reste, ce dernier n’a-t-il pas échoué dans sa tentative de perpétuer un régime de dictature en Guinée ?

 

Défense : Sur le rôle des partis politiques au Niger, entre l’armée et la population, comment l’opposition que vous avez animée durant de longues années, a-t-elle pu instaurer une transversalité entre les différentes ethnies afin de promouvoir de véritables revendications nationales ?

 

 

Mahamadou Issoufou et Richard Labévière 

 

Mahamadou Issoufou : Le régionalisme et l’ethnocentrisme n’ont pas d’avenir au Niger. En dépit de certaines spécificités, l’espace nigérien se caractérise par une culture commune. On constate aussi que la religion musulmane constitue un certain ciment unitaire. Cette caractéristique est confirmée par l’expérience politique de ces 20 dernières années : en effet tous les partis politiques qui ont enfourché le cheval du régionalisme et de l’ethnocentrisme sont en déclin aujourd’hui. Cela n’est pas étonnant car, appartenir à la même région ou à la même ethnie, ne signifie nullement qu’on partage la même vision du monde ni les mêmes valeurs. Par contre, un parti comme le nôtre, le Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS-Tarayya), bâti autour des valeurs d’unité nationale, de liberté, d’égalité, de justice, de tolérance et de solidarité ne fait que progresser d’élection en élection : de 15 % en 1993, le PNDS a enregistré respectivement 25 % et 35 % des suffrages au 1er et au second tour des élections présidentielles de 2004.

 

Le PNDS est un parti qui a une base sociale sur le plan national et je fonde l’espoir qu’il sera, de loin, le premier parti à l’occasion des prochaines élections présidentielles dont le premier tour est prévu se tenir le 31 Janvier 2011. Quatorze ans d’opposition, loin de l’épuiser, ont accru son prestige et sa crédibilité auprès des Nigériens. Ses dirigeants sont restés unis et constants autour de sa ligne politique au moment où d’autres responsables politiques ne cessent de « nomadiser » pour des raisons alimentaires, enlevant ainsi toute noblesse à leur action politique. Entre servir et se servir, les dirigeants du PNDS ont choisi de servir et c’est pour cette raison que les Nigériens leur font de plus en plus confiance.

 

Défense : Plus concrètement, Monsieur le président comment faites-vous pour jeter les ponts entre le Niger du Nord - celui du Sahel - et le Niger du grand fleuve ? Comment le PNDS traite-t-il la question du régionalisme ?

 

 

« Il n’y a pas deux Niger, l’un du Nord, celui du désert et l’autre du Sud, celui du fleuve… Le Niger est un et indivisible » 

 

Mahamadou Issoufou : Il n’y a pas deux Niger, l’un du Nord, celui du désert et l’autre du Sud, celui du fleuve… Le Niger est un et indivisible. Nous avons la chance de bénéficier d’un maillage politique et syndical qui produit du lien social interethnique. Au métissage biologique s’ajoutent les mixages culturels et associatifs contrairement à ce qui se passe ailleurs dans d’autres pays Africains.

 

Dès l’accession de notre pays à l’indépendance, les dirigeants ont conçu et mis en œuvre une politique d’unité nationale, y compris à travers des mesures de discrimination positive en faveur des zones nomades avec notamment un Ministère chargé des affaires sahariennes et nomades, la création dans les zones nomades de cantines scolaires, la mise en place d’infrastructures de communication à l’image de la route de l’unité reliant l’ouest à l’est du pays etc...

 

C’est exactement dans cette perspective que s’inscrit le PNDS, l’objectif étant le développement harmonieux et équilibré de toutes les régions du pays. L’unité nationale n’est pas pour nous une question morale ou seulement sentimentale : c’est une des conditions du développement économique du pays et donc de chaque région. Je crois que cette fidélité à une vision nationale de l’avenir du Niger est en train de prévaloir dans mon pays, y compris sur certaines forces centrifuges : la plupart des Nigériens ont aujourd’hui « une certaine idée du Niger ». C’est ce que prouve en tout cas le déclin des partis qui ont enfourché le cheval de l’ethnocentrisme et du régionalisme. Au-delà, il faut envisager la réalisation de l’intégration africaine, car les micros-États africains actuels ne peuvent faire face, isolément, à la compétition internationale dans le contexte actuel de mondialisation généralisée : mondialisation de l’économie, mondialisation des menaces etc. N’krumah avait raison de dire que « l’Afrique doit s’unir ou périr » .

 

Défense : Dans cette perspective de votre travail politique articulée autour d’une « certaine idée » du Niger, quels sont les enjeux de la nouvelle constitution ?

 

Mahamadou Issoufou : Après le coup d’État du 18 février 2010, le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) a mis en place un Comité des textes fondamentaux qui a travaillé sur l’avant projet d’une nouvelle constitution, sur la rédaction d’un nouveau code électoral et d’une nouvelle charte des partis politiques. Tous ces textes ont été soumis à un Conseil national consultatif. Celui-ci vient d’adopter l’avant projet de la nouvelle constitution.  Ce texte reprend, moyennant quelques modifications, les grandes lignes de la constitution de 1999 qui a contribué à la stabilité du Niger pendant dix ans. Les modifications sont surtout relatives aux conditions d’éligibilité des députés. Il s’agissait principalement d’exiger des candidats aux élections législatives qu’ils sachent lire et écrire pour participer pleinement aux travaux de l’Assemblée nationale. Ainsi, pour être éligible il faut avoir un niveau d’instruction équivalent à celui du Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC). Néanmoins, un quota, ne dépassant pas 25 % des effectifs de l’Assemblée Nationale, est prévu en faveur de ceux qui n’ont pas ce niveau. Une disposition est aussi prévue qui interdit au député, au même que le président de la République et les ministres, de prendre part, par eux-mêmes ou à travers autrui, aux marchés publics et privés de l’État et de ses démembrements. Une autre modification porte sur la double responsabilité du Premier Ministre : devant l’Assemblée nationale et devant le président de la République, alors que la constitution de 1999 ne prévoyait que la responsabilité devant l’Assemblée Nationale. On passe ainsi d’un régime semi-présidentiel à la française à un régime dit de type orléaniste.

 

Ces modifications visent l’amélioration de la gouvernance et la lutte contre la corruption ainsi que la consolidation de la stabilité.

 

Défense : Dans cette perspective qu’elles priorités mettez-vous en avant pour l’élection présidentielle du 31 janvier 2011 ?

 

Mahamadou Issoufou : Les priorités de mon programme sont les suivantes : la sécurité, la mise en place d’institutions démocratiques fortes et stables et la promotion de la démocratie à la base à travers la décentralisation, la lutte contre la corruption et l’impunité, la création des conditions d’une transition démographique en vue de la maîtrise de la démographie (la réduction de la mortalité devant entraîner, comme en Europe au 19ème siècle, celle de la natalité), la sécurité alimentaire à travers la promotion de l’irrigation (par exemple 140 000 ha de terre sont irrigables le long du fleuve Niger) et de l’élevage semi-intensif, la disponibilité et la réduction des coûts de l’énergie notamment la finalisation du barrage de Kandadji et la promotion du nucléaire civil dans le cadre de la CEDEAO, les infrastructures de communication, notamment le chemin de fer, afin de réduire les coûts de transport, l’éducation, la santé, le développement de l’hydraulique villageoise et pastorale, le développement de l’agro-industrie, la lutte pour la protection de l’environnement, la réduction des inégalités. Tout cela suppose la mise en œuvre d’une politique économique expansionniste permettant d’obtenir un taux de croissance annuelle d’au moins 7 % et de réduire le chômage aussi bien dans les villes (chômage des jeunes diplômés notamment) que dans les campagnes. Notre ambition est de promouvoir une importante classe moyenne qui contribuera au progrès et à la stabilité du Niger comme se fut le cas dans d’autres pays.

 

Défense : Quelle est votre réflexion concernant les objectifs du millénaire des Nations unies, visant à lutter contre la pauvreté mais aussi à garantir l’accès à l’eau et à l’éducation d’ici 2015 ?

 

Mahamadou Issoufou : Malheureusement, au rythme actuel, l’Afrique ne pourra pas réaliser les objectifs du millénaire pour le développement d’ici 2015. Au nombre de huit, ces objectifs les plus importants sont, à mes yeux, la lutte contre la pauvreté et la faim, l’éducation primaire, la santé ainsi que l’accès à l’eau potable. Au rythme actuel, j’estime qu’il faudra au Niger un siècle pour réaliser ces objectifs. Les causes de cet échec sont : la mauvaise gouvernance politique (dictature, conflits  armés, élections truquées, instabilité politique etc…) et économique notamment la corruption ; l’insuffisance de l’aide publique au développement (depuis le début des années 70, les pays donateurs ont prévu d’y consacrer 0,7% de leur PIB mais n’en consacrent en moyenne que 0,25% aujourd’hui). Mon parti fait de la réalisation des objectifs du millénaire sa priorité : son programme met en effet l’accent non seulement sur le développement les infrastructures énergétiques et de communication mais aussi sur la sécurité alimentaire, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau et la protection de l’environnement. Pour financer ce programme nous comptons surtout sur la valorisation de nos ressources du sous-sol (uranium, pétrole, or, charbon, phosphates, fer, ciment etc…). Je suis convaincu que c’est seulement les excédents dégagés de ce secteur qui nous permettront de financer notre développement y compris le développement agricole contrairement au processus du développement de l’Europe qui a été financé à partir des excédents dégagés par l’agriculture.

 

Défense : Après les différents accrochages avec les activistes de l’AQMI et les prises d’otages au Niger et ailleurs comment se pose la question de la sécurité dans les différents pays de la sous-région sahélo-saharienne ?

 

Mahamadou Issoufou : Tout d’abord, une remarque générale s’impose : quels que soient les pays, on constate que la frontière entre défense extérieure et sécurité intérieure s’efface de plus en plus aujourd’hui. Comme dans le cas de l’économie, les menaces à la sécurité sont devenues mondiales. La situation au Niger et plus largement dans la zone sahélo-saharienne illustre bien cela. En effet la zone du Sahara fait face à trois menaces qui lui posent, à la fois, des problèmes de défense extérieure et de sécurité intérieure : la menace des forces centrifuges à l’origine de rebellions récurrentes notamment au Mali, au Niger et au Tchad ; la menace d’organisations criminelles se livrant à divers trafics : trafics de drogue en liaison notamment avec les réseaux sud-américains, trafics des armes, trafics des cigarettes, trafics humains, de carburant etc. ; la menace de l’AQMI, organisation mise en place par des salafistes qui ont survécu, en trouvant refuge dans le Sahara, à la défaite militaire et politique infligée aux GIA et au GSPC en Algérie. De ces trois menaces, la menace principale est celle de l’AQMI dont le lien avec les deux autres risque de déstabiliser tout le Sahara et même au –delà, surtout si on tient compte des relations qu’aurait l’AQMI avec BOKO HARAM installé au Nord Nigéria ainsi que les SHEBABS Somaliens.

 

Défense : Pourtant l’AQMI ne constitue pas une structure opérationnelle unique, même si elle prétend opérer un habillage symbolique, sinon idéologique global ?

 

Mahamadou Issoufou : C’est vrai. L’AQMI est divisée en plusieurs katibas ou groupes : la katiba d’Abdelhamid Abou Zeid qui est à l’origine de l’enlèvement récent de cinq Français et deux Africains à Arlit, au Niger, celle de Moktar Belmoktar et celle d’Abdelkrim Taleb, l’ensemble étant théoriquement dirigé par l’émir Abdelmaleck Droukel. Les rivalités entre les chefs de ces groupes peuvent aider à la lutte contre l’AQMI. Il faut d’ailleurs rappeler que, sur le plan international, les Salafistes ou sunnites partisans du retour à l’Islam des origines, celui des « salafs » ou « ancêtres » sont divisés en deux courants principaux : le courant du salafisme de prédication et celui du Salafisme du djihad armé. La plupart des Salafistes qu’on rencontre dans la zone du Sahara appartiennent au premier courant et, en conséquence, restent fidèles à la tradition pacifiste de l’Islam. Ils cherchent l’adhésion alors que les autres cherchent la conversion par la force, ce qui a contribué à les discréditer en Algérie. Par ailleurs si les liaisons de ces derniers avec les organisations criminelles étaient confirmées, ils seraient moralement disqualifiés pour parler au nom de l’Islam en dépit de la fatwa qui autoriserait les musulmans à vendre de l’alcool aux non-musulmans.

 

Défense : Même si l’image n’est pas très heureuse concernant une zone désertique, l’islamisme n’est-il pas l’arbre qui cache la forêt? La hiérarchisation des menaces étant éclaircie, quelles ripostes doivent-elles mises en œuvre prioritairement ?

 

Mahamadou Issoufou : Rappelons d’abord que le Sahara est une vaste zone désertique de plus de 9 millions de km2 composée du Sahara occidental (couvrant la Mauritanie, le Mali, l’Algérie et le Niger) et du Sahara oriental (couvrant le Niger, la Libye, le Tchad et le Soudan). Il faut noter que le Niger est à l’intersection de ces deux zones, ce qui en fait un espace de vulnérabilité potentiellement important et devant recueillir un intérêt particulier dans toute recherche de solutions pérennes. Pour revenir à votre question, effectivement l’Islamisme peut être l’arbre qui cache la forêt. Prenons l’exemple du Niger : pendant la colonisation et après les indépendances, la substitution, au Sahara central, de nouveaux circuits économiques Est-Ouest aux anciens circuits Nord-Sud a eu pour conséquence l’effondrement de ses structures économiques et sociales en dépit, pour le cas du Niger, de la politique d’intégration et de discrimination positive mise en œuvre par le Président Diori Hamani en faveur des zones pastorales. Le coup de grâce a été porté à ces zones par la grande sécheresse de 1973- 1974 qui avait décimé le cheptel, symbole de richesse économique et culturelle, et paupérisé les éleveurs. Le Sahara, comme disait Péguy, fait partie de ces « terres belliqueuses qui font continûment la guerre aux hommes ». Après la sécheresse, la jeunesse sans occupation émigre ailleurs où elle apprend, entre autres, le métier des armes. C’est cette jeunesse qui déclenchera les premières rébellions au début des années 90, rébellions dont les germes ont été semés par le projet avorté de l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Ainsi la paupérisation est la cause principale des rébellions récurrentes.

 

“Que les pays ayant le Sahara en partage ainsi que la communauté internationale, élaborent un vaste plan de développement économique et social des zones pastorales comprenant des projets d’irrigation.”

 

Elle peut être aussi le terreau sur lequel pourront prospérer l’intégrisme (notamment celui de l’AQMI) et les organisations criminelles. Ici, me revient en mémoire le propos d’un ancien secrétaire d’État américain : « la bataille de la paix doit être menée sur deux fronts. Le premier est le front de la sécurité où la victoire affranchit de la peur ; le second est le front économique et social où la victoire signifie l’affranchissement de l’envie. Seule la victoire sur les deux fronts peut assurer au monde une paix durable ». Une exploitation des ressources naturelles du Sahara, qui ne serait pas suivie du développement économique et social de cette zone, ne créerait-elle pas des frustrations qui, à leur tour, alimenteraient les haines et l’insécurité ? Aussi notre parti propose-t-il que les pays ayant le Sahara en partage ainsi que la communauté internationale, élaborent un vaste plan de développement économique et social des zones pastorales comprenant des projets d’irrigation (au Niger nous disposons dans l’Irhazer de plus de 60 000 ha de terre irrigables), d’élevage semi-intensif avec organisation de circuits de commercialisation, des réalisations d’infrastructures de communication (routes et chemins de fer tans-sahariens justifiés, du reste, par les perspectives d’exploitation d’immenses ressources du sous-sol saharien) et d’infrastructures énergétiques, la création d’écoles, de centres de santé et d’infrastructures hydrauliques. La mise en œuvre du plan créera des emplois afin de résorber le chômage, notamment celui des jeunes. J’insiste, pour la réalisation d’un tel plan, sur la mise en chantier de segments de coopération transfrontalière.

 

Au plan politique, l’accent doit être d’avantage mis sur la décentralisation afin que les populations aient entre leurs mains la gestion de leurs propres affaires. Les prochaines élections régionales et municipales, qui seront organisées au Niger à la fin de l’année, constitueront un pas dans ce sens. Par ailleurs, la décentralisation, pour qu’elle soit complète, doit aussi être fiscale. La décision du Gouvernement Nigérien de consacrer 15% des recettes fiscales générées par l’exploitation des ressources minières au développement local mérite d’être saluée. Telle est notre vision de la réponse structurelle aux trois menaces. Néanmoins, dans l’immédiat, pour faire face à la menace intégriste et celle des organisations criminelles, la réponse est forcément sécuritaire.

 

Défense : Comment organiser militairement les réponses sécuritaires et avec quels pays leaders ?

 

Mahamadou Issoufou : on dit souvent qu’un pays qui veut rester en paix doit avoir de bonnes armes, des vivres et un Gouvernement qui a la confiance de ses citoyens. Pour ce dernier aspect, la démocratie, avec des élections libres et transparentes et une bonne gouvernance, permet d’avoir un gouvernement légitime. S’agissant des vivres, elles seront le résultat de la mise en œuvre du plan de développement économique et social évoqué plus haut. Il reste les bonnes armes. Face à l’intégrisme et aux organisations criminelles, la réponse sécuritaire doit être ferme. C’est pour quoi, pour ce qui concerne le Niger, il faut donner aux forces de défense et sécurité davantage de moyens pour qu’elles soient en capacité opérationnelle d’intervention tous azimuts. Mais cet effort doit être mutualisé dans le cadre élargi d’une politique régionale et sous-régionale entraînant une coopération réelle entre les différents États sahélo-sahariens. Chaque État doit dégager des capacités propres pour faire face à la situation, mais, j’insiste là-dessus, on doit mutualiser différentes tâches de surveillance, de prévention et d’action.

 

Le Niger devra impérativement augmenter les effectifs et la qualité de ses forces de défense et de sécurité, améliorer leurs équipements, formations et niveau d’entraînements. Ces forces doivent être déployées de manière judicieuse sur l’ensemble du territoire. Cela nécessitera la création de nouvelles casernes et postes avancés, de nouvelles unités de gendarmerie, de police et de forces spéciales et spécialisées, dédiées aux zones frontalières-charnières. L’accent doit être d’avantage mis sur le renseignement humain, d’où l’importance de la confiance entre les gouvernés et les gouvernants à laquelle j’ai fait allusion plus haut. L’accent doit être également mis sur le tarissement des sources de financement des intégristes notamment celles que constituent les organisations criminelles.

 

Avec tous les pays du Sahara, on devrait pouvoir créer un maillage sécuritaire susceptible de faire obstacle à l’immersion des jihadistes dans la population. La meilleure façon d’empêcher cette immersion, je le répète, est le développement économique et social, seule façon de répondre aux envies et aux frustrations de populations se percevant comme laissées pour compte de la mondialisation. La réponse sécuritaire est inévitable, mais elle sera d’autant mieux perçue par les populations concernées qu’elle s’accompagnera d’un suivi visant le développement régional. C’est toujours mieux de marcher sur deux jambes…

 

Défense : Sur un plan opérationnel, comment peut-on améliorer la coordination au-delà des blocages et particularismes des différents pays de la sous-région ?

 

Mahamadou Issoufou : On assiste à un début d’organisation à travers cet état-major commun mis en place à Tamanrasset entre l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Les services de renseignement tentent de coordonner aussi leurs actions. Nous devons travailler à partir de cet acquis dans le sens d’une consolidation opérationnelle régionale tous azimuts. Je crois personnellement en la possibilité de former des unités communes mixtes, dans l’ensemble de l’espace sahélo-saharien avec l’appui logistique de nos amis du Nord (pour l’équipement et la formation).

 

Défense : Compte-tenu de la filiation algérienne historique de l’AQMI, quel rôle l’Algérie précisément devrait avoir dans le cadrage de la riposte ? Autre pays en pointe, la Libye. Comment hiérarchiser le rôle des voisins du Niger dans une approche de contre-terrorisme élargie et intégrée ?

 

Mahamadou Issoufou : La diplomatie est souvent commandée par la géographie, dit-on. En plus, dans le cas d’espèce, nous faisons face à des menaces communes. Le Niger doit avoir d’excellentes relations avec tous ses voisins. Je vous rappelle que notre pays occupe une position centrale au Sahara : il appartient à la fois au Sahara occidental et au Sahara oriental. Il a donc une position géostratégique intéressante. Pour répondre directement à votre  question, je dois dire que tous les pays du Sahara, étant exposés à des menaces communes, doivent s’impliquer à la hauteur de leurs moyens. Ils doivent être égaux devant la nécessité d’éradiquer ces menaces. Chacun doit être capable d’assurer sa propre sécurité tout en contribuant à la sécurité d’ensemble c'est-à-dire à la sécurité régionale et internationale.

 

Défense : Dans ce cadre de coopération régionale et internationale de lutte contre le terrorisme, quel rôle attribuez-vous aux pays du Nord ?

 

Mahamadou Issoufou : Dans le but d’éradiquer le mal à sa racine, les pays du Nord peuvent nous aider au développement économique et social des zones pastorales. Sur le plan sécuritaire, ces mêmes partenaires sont indispensables pour la formation, l’entraînement et l’équipement de nos forces de défenses et de sécurité. La coopération avec eux, en matière de renseignements, est également indispensable ainsi que dans la lutte pour tarir les sources de financement des mouvements intégristes. La bataille du renseignement est capitale pour ne plus être aveugle et je songe conjointement au renseignement humain et aérien. Nous ne sommes pas dans la forêt amazonienne mais dans un espace désertique où le recours aux avions d’observation, aux drones et aux satellites, est essentiel, or aucun pays de la zone ne dispose de tels matériels…

 

Défense : Dans quel état se trouve aujourd’hui l’armée nigérienne et que pensez-vous devoir mettre en œuvre prioritairement pour améliorer ses capacités opérationnelles ?

 

Mahamadou Issoufou : On a coutume de dire que l’armée est la colonne vertébrale de l’État. Nous devons donc, comme je l’ai dit plus haut, renforcer les forces de défense et de sécurité (armée, gendarmerie, forces nationales d’intervention et de sécurité, police, douanes, gardes-forestiers) dans leurs effectifs en quantité et en qualité (formation et entraînement) et dans leurs équipements. Veiller au renforcement de leur moral constitue une autre préoccupation fondamentale. Pour ce faire, nous envisageons de faciliter leur accès à la propriété en matière de logement, l’organisation d’une meilleure solidarité nationale en leur faveur et en faveur de leurs familles, une meilleure ouverture dans le monde en renforçant leur participation aux missions des Nations-Unies ainsi que le recours à leur compétence pour des postes de responsabilité au même titre que leurs homologues civils. Je rappelle qu’avoir un gouvernement qui a la confiance du peuple, créer les conditions du progrès économique et social et avoir de bonnes armes, voilà ce qui peut garantir une paix durable à un pays.

 

Défense : Quel type de coopération envisagez-vous avec la France ?

 

Mahamadou Issoufou : La France reste le partenaire le plus important du Niger. C’est une évidence incontournable, liée à l’existence d’une vieille relation de coopération. Je souhaite que cet acquis se consolide à travers un partenariat « gagnant/gagnant », comme l’a dit le président Sarkozy à son passage à Niamey au mois de Mars 2009. Nous avons des ressources – uranium et pétrole notamment. La France a besoin d’une certaine sécurité d’approvisionnement en uranium. Le Niger, quant à lui, a besoin de développement économique et social pour notamment éduquer, soigner ses enfants et les mettre définitivement à l’abri de la famine. Voilà donc des bases sur lesquelles nous pouvons instaurer un partenariat stratégique durable sur le long terme.

 

Propos recueillis par Richard Labévière.

_____

[1] Bio-Express : Mahamadou Issoufou est né en 1952 à Dandadji dans la région de Tahoua. Il appartient à l'ethnie haoussa. Ingénieur des mines, il fût Directeur national des mines au ministère des mines et de l'énergie de 1980 à 1985, puis Directeur d'exploitation de la mine d'Arlit, ensuite Secrétaire Général de la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR), jusqu'en 1991, avant de démissionner et d'entamer une brillante carrière politique.

A la faveur des mouvements démocratiques des années 90, il crée, avec plusieurs de ses anciens compagnons des mouvements estudiantins, le Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS Taraya).

Il a été candidat à toutes les élections présidentielles organisées au Niger depuis l’avènement de la démocratie pluraliste au sortir de la Conférence nationale souveraine de 1992. Troisième après Mamadou Tandja et Mahamane Ousmane aux élections de 1992, son parti a créé, avec la CDS et l’ANDP de Moumouni Djermakoye Adamou, un rassemblement dénommé Alliance des forces du changement ayant permis l’élection au second tour des élections de Mahamane Ousmane face à Mamadou Tandja en 1994.

Nommé premier ministre, très vite des dissensions apparaissent et l’alliance vole en éclats à la suite de sa démission en 1995. De nouvelles élections législatives anticipées le ramènent au poste de président de l’Assemblée nationale jusqu’en janvier 1996 avec l’irruption sur la scène politique des militaires conduits par Ibrahim Mainassara Barré.

Avec l’élection de Mamadou Tandja qui le bat au deuxième tour des élections présidentielles de 1999, il rejoint l’opposition et occupe un siège de député jusqu'à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2009 par le président Tandja.

Ce dernier annonce son intention de rester au pouvoir et aggrave les clivages de la classe politique nigérienne.

Mahamadou Issoufou préside le Front pour la restauration de la démocratie qui regroupe les forces démocratiques et les centrales syndicales nigériennes en lutte contre le plan « Tazartche » du président Tandja.

Avec ce plan, un référendum est organisé par le gouvernement et boycotté par l’opposition pour l’adoption d'une constitution instaurant une troisième république.

Le 18 février 2010, un coup d'État militaire est mené par le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), avec à sa tête le chef d'escadron Salou Djibo. La constitution est suspendue. Le président Mamadou Tandja est arrêté.

Le 31 octobre 2010, une nouvelle constitution est adoptée par voix de référendum. De nouvelles élections présidentielles doivent avoir lieu le 31 janvier 2011.

[2] Grand entretien publié in Défense N° 148 (novembre-décembre 2010), revue bimestrielle des auditeurs de de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

Grands entretiens :

- Les défis de l'océanisation (Guy Labouérie)
- L’Afrique doit s’unir ou périr : le Niger sur la voie du renouveau (Mahamadou Issoufou)

- “Notre devoir pour la nation nous impose de nous projeter à 15 ans, pas à 15 mois” (GAA Jean-Paul Paloméros)


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