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Harfang en Afghanistan

Harfang en Afghanistan : l’heure du bilan

La tragique embuscade du 18 août 2008 en vallée d’Uzbin a mis en lumière un besoin crucial de couverture drone pour nos troupes en Afghanistan. Après une préparation intensive, l’escadron Adour de l’armée de l’Air [1] a déployé le système intérimaire de dromes MALE (SIDM) Harfang à Bagram dés janvier 2009, afin d’y assurer des opérations de renseignement et de surveillance sur toute la région Est de l’Afghanistan. Si les 14 mois d’opération ont révélé les atouts considérables qu’apportent cette capacité aux opérations interarmées, ils ont également permis de découvrir les limites d’un système à vocation expérimentale. Cette tribune © a été publiée dans la revue Défense.[2] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Joël-François Dumont (*). Paris, le 11 mai 2010.

Le SIDM Harfang déployé en Afghanistan

Parmi les avantages, la complémentarité des capteurs – optique, infrarouge et radar – confère au Harfang des capacités d'observation de jour comme de nuit et par tous les temps. Sa liaison satellite, qui a prouvé sa fiabilité, lui donne une capacité d’intervention à très grande distance, dans la profondeur du théâtre, quel que soit le relief. Le Harfang contribue à lever le « brouillard de la guerre », [3] en fournissant des informations et du renseignement en direct, au profit des décideurs, mais également des combattants.

LCL Sébastien Mazoyer, Commandant l'Escadron Adour

Après plus d'une année en Afghanistan, le LCL Sébastien Mazoyer a des raisons d'être fier du bilan dressé par son escadron d’expérimentation drones, qu'il commande alternativement depuis la base aérienne de Cognac ou depuis son détachement en Afghanistan. « Le système s'est harmonieusement inséré avec les forces américaines et dans le dispositif allié. Il fournit aujourd'hui 15% de l’appui ISR direct » [4]. La mission prioritaire des drones MALE, selon le LCL Mazoyer, « est de pallier la faiblesse intrinsèque de la puissance aérienne : occuper de manière endurante et discrète le champ de bataille aéroterrestre et transmettre instantanément l’information à qui a besoin d’en connaître ». Ce qui ne signifie pas qu'à plus long terme on ne cherche pas à armer nos drones MALE « pour pouvoir intervenir au moment opportun et avec précision contre des objectifs fugaces, tout en maîtrisant parfaitement les risques collatéraux ».

Le SIDM Harfang sur la base de Bagram en Afghanistan

Avant de voir les limites de cette capacité intérimaire, il faut rappeler les conditions difficiles d'emploi d'un système prévu initialement pour une expérimentation en France, qui a été adapté dans l'urgence au besoin opérationnel - avec succès jusqu'ici. « Des conditions d’emploi extrêmes du fait des contreforts de l'Himalaya et d’une aérologie très turbulente », comme le souligne le LCL Mazoyer. « La base de Bagram se trouve à près de 2000 mètres d’altitude. C'est très éprouvant pour les moteurs, qui doivent être régulièrement révisés et les carburateurs qui nécessitent de nombreux réglages pour supporter les gradients extrêmes de pression et de température ».

Le premier contrat de six mois a été porté à un an. L'escadron, qui comptait 50 personnes, n'était pas dimensionné pour durer, d’où un premier renfort de 20 personnes. Sachant que 22 personnes suffisent à mettre en œuvre le Harfang, une rotation de trois équipes a ainsi pu être organisée, au rythme de « deux mois en Afghanistan, quatre en France», éprouvant pour les militaires et leurs familles, « mais la motivation et la solidarité rendent l’effort acceptable ».

Le maintien en condition opérationnelle d’un tel système nécessite un stock de pièces de rechange conséquent afin d’éviter toute indisponibilité. Prévu initialement pour une expérimentation de quelques centaines d’heures de vol en France, le système doit désormais honorer un contrat d’environ 2000 heures de vol par an en Afghanistan. En raison du faible préavis, les industriels n’ont pas été en mesure de fournir un stock justement dimensionné préalablement au déploiement. « Seule l’implication hors du commun du personnel de l’Adour permet aujourd’hui de dépasser cette fragilité et de fournir un service comparable aux drones américains qu’ils côtoient en opération ». Le général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, chef d’état major de l’armée de l’air, décrit d’ailleurs avec emphase le travail réalisé par l’unité drones : « cette réussite éclatante est le fruit de l’action collective d’une équipe solidaire, motivée et hautement professionnelle qui a su surpasser les nombreuses difficultés quotidiennes pour s’imposer progressivement comme une capacité reconnue au sein de la coalition ».

Le SIDM Harfang de retour de mission se pose à Bagram (Afghanistan)

Il est clair que l'on ne pourra pas longtemps continuer de la sorte sans « courir le risque d'un trou capacitaire » comme le souligne un rapport parlementaire très complet sur les drones. [5] Les besoins sont définis, et désormais validés par plus d’un an de retour d’expérience. Reste à trouver le budget qui accompagnerait une volonté politique manifeste. Sans oublier la composante humaine, « avec l’entraînement, la formation, le recrutement et la reconnaissance des équipages de drones » souligne le LCL Mazoyer. Assurer une surveillance permanente H/24, 7/7 et 365 jours par an avec un drone, « cela nécessite entre 12 et 15 équipages, mais surtout de nombreuses personnes pour exploiter efficacement le flot d’informations distribuées en temps réel. »

Il ne faudrait pas oublier enfin la saturation des bandes de fréquence. « La compression de l’image est une des pistes à creuser par les industriels. » Autant de chantiers pour un immense défi.

Joël-François Dumont

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] L’escadron de drones 1/33 « Adour », implanté sur la base aérienne 709 à Cognac, passera sous l’autorité organique de la brigade de chasse du commandement des forces aériennes (CFA) le 2 septembre 2010. Un transfert de commandement marquera le baptême de l’escadron d’expérimentation 1/33 « Adour » en escadron de drones « Belfort ». « La phase d’expérimentation se terminant, l’escadron d’expérimentation drone « Adour » actuellement sous la responsabilité du centre d’expériences aériennes militaires de Mont-de-Marsan, reprendra les prestigieuses traditions d’un escadron de reconnaissance Mirage F1CR, dissous cet été  ».(Source: Armée de l'Air).

[2] Numéro 145 daté de Mai-juin 2010 de Défense, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[3] « La grande incertitude [liée au manque] d'informations en période de guerre est d'une difficulté particulière parce que toutes les actions doivent dans une certaine mesure être planifiée avec une légère zone d'ombre qui (...) comme l'effet d'un brouillard ou d'un clair de lune, donne aux choses des dimensions exagérées ou non naturelles » Attribué à von Clausewitz, le terme "brouillard de la guerre" est censé décrire l'absence ou le flou des informations pour des participants à des opérations militaires.

[4] ISR : Intelligence, Surveillance, Reconnaissance.

[5] Rapport parlementaire d’Yves Vandevalle et Jean-Claude Viollet, 1er décembre 2009.

Articles du même auteur parus dans la rubrique "Renseignement" de la revue Défense :


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