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L´espionnage économique : un défi pour le BfV (7)

Le concept d'Intelligence économique n'a pas encore trouvé en Allemagne l'écho qu'il a rencontré en France. Il y a pour cela de nombreuses raisons. Citons en deux : la première est que les Allemands - les chefs d'entreprises en particulier - ont des traditions économiques assez différentes des nôtres. La seconde est que l'Allemagne fait l'objet d'attaques permanentes de la part de certains pays (Chine, Russie, et combien d'autres) et qu'il lui apparaît comme prioritaire de protéger son tissu industriel et sa R&D. L'intervention de l'État-stratège y est donc différente de ce qu'elle peut être chez nous. Alain Juillet compare avec justesse ces deux pays où les traditions diffèrent sensiblement.[1] Ce qui permet de mieux comprendre le sens de l'intervention d'Hans Elmar Remberg (*) avec lequel M. Juillet a beaucoup travaillé lorsqu'il était le N°2 de la DGSE. « La comparaison franco-allemande est très intéressante », écrit l'ancien Haut responsable à l'Intelligence économique, « car nous sommes face à deux approches quasiment opposées. En Allemagne, la politique industrielle se fait au niveau des Länder et les entreprises sont farouchement indépendantes. En France, elle se fait au niveau national avec des entreprises qui voient d’un bon œil les aides de l’État. Par contre les ambassades allemandes se mobilisent depuis toujours pour les entreprises allemandes de toutes tailles alors qu’il a fallu attendre la création d’Ubifrance pour se retrouver au même niveau, la plupart de nos ambassades n’ayant pas un gout immodéré pour l’économique en dehors de quelques grands contrats. En Allemagne, l’administration regarde avec envie la capacité du gouvernement français à coordonner et promouvoir l’intelligence économique avec l’aide des chambres de commerce et des administrations. Les services allemands sont beaucoup plus orientés sur la protection de l’économique au profit de leurs entreprises pour les aider à faire face à l‘espionnage industriel.» Deux interventions très complémentaires qui se retrouvent côte à côte dans le "grand dossier" de la revue Défense consacré à La relation franco-allemande à l'épreuve du temps, que nous republions ici, avec l'accord de la rédaction de la revue.[2] Paris le 23 février 2010.©

Hans Elmar Remberg, vice-président du Bundesverfassung Schutz [3]

L´espionnage économique appartient de tout temps, au côté du renseignement militaire et politique, aux activités principales et classiques des services de renseignement. Il est pratiqué par les États dans le but de préparer une prise de décision, dresser un état des lieux économiques ou pour acquérir des informations économico-scientifiques.

L’objectif est d’arriver à une avance en termes de savoir, une des dimensions principales du succès économique. L´espionnage permet d’acquérir cet avantage à des coûts beaucoup plus faibles que les ressources classiques : financière et humaine. L’Allemagne, en tant que nation industrielle et de recherche est depuis longtemps dans le collimateur de services de renseignements et d’entreprises étrangères. La menace à laquelle est soumise l’économie allemande a cru en intensité ces dernières années. Ce ne sont pas que les grands Konzern actifs au plan mondial qui en sont l’objet, mais aussi de nombreuses entreprises moyennes créatives.

L’espionnage économique et le contre-espionnage sont, en ces temps de crises financière et internationale et de renforcement de la concurrence, devenus encore plus importants. Les services de renseignement des pays asiatiques et de la fédération de Russie sont particulièrement actifs. D’autres pays industriels ou en voie de développement pratiquent eux-aussi de manière croissante l’espionnage économique. L’acquisition d’informations se fait de manière ouverte et conspirative, c’est à dire par des méthodes secrètes. Comme de par le passé, on recourt à des sources humaines. A leur côté, internet joue un rôle très important, non seulement par la possibilité de rassembler des informations disponibles, mais aussi par les nouvelles techniques d’espionnage de savoir-faire confidentiel.

Les entreprises allemandes se voient soumises, en plus de l’espionnage pratiqué par des services de renseignement étrangers,[4] à des attaques menées par des entreprises concurrentes. La situation de départ et les buts de ces attaques sont à peu près identiques. Les deux visent à s’emparer de techniques de production, idées de produit, de stratégies de marché, d’entreprise ou de brevets. Ces dimensions doivent impérativement, en tant que potentiel stratégique d’une entreprise, faire l’objet d’une protection, car, en cas de perte, l’entreprise se voit menacée. Pour toutes ces raisons, une action préventive de protection de ces valeurs essentielles est d´une extrême importance.

Il est de la responsabilité d’une entreprise d’identifier tout d´abord les valeurs élémentaires, puis de prendre les mesures de protection adaptées. Néanmoins, il n’existe pas de mesures de protection excluant tous les risques, les mesures ponctuelles étant insuffisantes elles-aussi. Ce qu’il convient de faire, c’est de concevoir un concept global de protection de l’information, qui exclut au maximum les risques dans les dimensions centrales de l’entreprise. Seule une combinaison de mesures techniques et matérielles, organisationnelles et humaines adaptées avec précision et coordonnées entre elles peut offrir une protection. Enfin, les systèmes et concepts de sécurité ne doivent pas être seulement développés, implantés et contrôlés : ils doivent être avant tout vécus !

L’État a, aux côtés des entreprises, un intérêt élémentaire à empêcher les transferts illégaux de savoir et à protéger le Know-how technologique et d’entreprise. Parce qu´une économie qui fonctionne est une condition de base pour garantir la stabilité intérieure de notre corps social. Les autorités de l’Office chargé de la protection de la Constitution se consacrent à cette tâche depuis des années, et ceci, de manière croissante, en collaboration étroite avec des institutions et des associations comme avec les entreprises elles-mêmes. Des années d’expérience dans la lutte contre l’espionnage étranger ainsi que les leçons tirées des cas actuels ont abouti à la conception d’une stratégie de défense comme à la sensibilisation et au conseil d’entreprises.

Les autorités du BfV offrent dans ce contexte aux entreprises de les aider sous la forme de conseils adaptés à leurs besoins. N’étant pas contraintes à poursuivre les délits, elles peuvent accorder pour cette raison une attention particulière à la protection des sources. Aucune entreprise ne doit craindre, lorsqu’elle s’adresse au contre-espionnage, de se retrouver - sans le savoir et sans son accord -, clouée au pilori de l´opinion publique. Avec discrétion et compétence dans le domaine du contre-espionnage, les autorités de l’Office sont à votre disposition pour discuter et vous conseiller.

Hans Elmar Remberg (*)

(*) Vice-président de l’Office de protection de la Constitution (Bundesverfassung Schutz).

[1] Voir L’intelligence économique et la coopération franco allemande par Alain Juillet in Défense N°144.

[2] Numéro 144 de Défense, daté de Mars-avril 2010 de Défense, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « anciens de l'IH ». Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[3] Le "Bundesamt für Verfassungsschutz" (« BfV ») est l'Office fédéral de protection de la Constitution, l’équivalent de la DCRI.

[4] Voir également "Protéger la Constitution par l’information et le renseignement" de Hans Elmar Remberg in Défense (N°135, daté de Septembre -octobre 2008).

Lire également :

1) La relation franco-allemande à l'épreuve du temps -- Introduction : Joël-François Dumont.
2) France-Allemagne : le grand dessein -- Entretien avec l'ambassadeur Pierre Maillard, Conseiller diplomatique du général de Gaulle. Un des artisans, côté français, du « Traité de l'Élysée ». Richard Labévière et Joël-François Dumont.
3) De Gaulle - Adenauer : une communauté de destin... : Georg Bucksch, Senior Vice-président, Direction de la Stratégie et du Marketing du Groupe EADS.
4) Coopération dans le renseignement : “De la plus grande importance...” : Ambassadeur Hans Georg Wieck, président du BND (1985-1990).
5) Coopération dans le renseignement : “Un domaine privilégié...” : Général d'armée aérienne François Mermet (2S), ancien DGSE.
6)
L’intelligence économique et la coopération franco allemande... Alain Juillet, ancien Haut Responsable pour l'Intelligence Économique (2003-2009).
7) L’espionnage économique : un défi pour le BfV : Hans Elmar Remberg, vice-président de l'Office fédéral de protection.de la Constitution.
8) L’Eurocorps, traduction d’une volonté politique : Chef de Bataillon Marie-Laure Barret, ORP de l'Eurocorps.
9) La brigade franco-allemande en 2010 : Général de brigade Philippe Chalmel, Commandant la brigade-franco-allemande (BFA).
10) Le Centre Multimodal des Transports : Général de brigade aérienne Philippe Carpentier, Commandant le Centre Multimodal des Transports.
11) Échanges sur la coopération franco-allemande : Henri Conze, DGA (93-96) et Dr Martin Guddat, directeur allemand de l'Armement (94-98).
12) L’aventure européenne : de la défense à l’industrie : Amiral Alain Coldefy, Conseiller "Défense" du président d'EADS.
13) Becker : un exemple de PME franco-allemande : Roland Becker, PDG de Becker Avionics International.
14) Les services et la prise de décision politique : Joël-François Dumont, rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

 

 

 

 

 

 


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