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“Notre devoir pour la nation nous impose de nous projeter à 15 ans, pas à 15 mois”

La fin de la Guerre froide avec l’éclatement du bloc soviétique ont bouleversé la donne stratégique, faisant apparaître de nouveaux risques d’affrontement. Pour faire face à ces nouveaux défis, l’armée de l’Air a du modifier en profondeur ses modes d’action et son organisation. Sollicitée régulièrement pour assurer des missions de projection, de puissance et de force, dans le cadre d’interventions en Afrique ou dans des conflits régionaux : Golfe (1991), Bosnie (1995), Kosovo (1999) ou Afghanistan, depuis 2001, elle a du s'adapter avec des budgets et des effectifs en diminution. « Après une première réorganisation en 1994, l’armée de l’Air s’est engagée dans une restructuration de grande ampleur au début des années 2000. Jusqu’à la mise en œuvre du plan Air 2010, elle a regroupé sept grands commandements, dont deux opérationnels : le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) et le Commandement des forces aériennes stratégiques (CFAS). Les cinq autres sont organiques, qu’il s’agisse du Commandement de la force aérienne de combat (CFAC), du Commandement de la force aérienne de projection (CFAP), du Commandement air des systèmes de surveillance, d’information et de communication (CASSIC), du Commandement des écoles de l’armée de l’air (CEAA) ou du Commandement des forces de protection et de sécurité de l’armée de l’air (CFPSAA). » La suspension du service national, décidée en 1996, a contraint à une réduction des effectifs, compensée par la mise en service de matériels plus performants (Mirage 2000N de dissuasion nucléaire ou Rafale). Au 1er janvier 2011, l'armée de l'air comptera environ 59 000 personnes à raison de 51 500 militaires et 7 400 civils. Ce qui représente 14,7% du personnel de la Défense. C'est de loin l'armée la plus féminisée avec 22% de taux de féminisation. Le montant de son budget s'élève à 8,02 milliards d'euros, soit 21,6% du budget Défense. Le général d'armée aérienne, Jean-Paul Paloméros, chef d'État-major de l'armée de l'Air [1] a accordé un grand entretien à Défense [2] que nous reproduisons ici avec l'autorisation de la revue. Paris, le 29 juin 2010.

Le général d'armée aérienne Jean-Paul Paloméros, chef d'État-major de l'armée de l'Air (CEMAA)

Défense : Mon général, l'armée de l'Air a connu au cours de ces dernières années une période de transformation qui a entraîné un changement de format avec un resserrement de son dispositif. Dans notre stratégie nationale, la puissance aérienne a-t-elle encore un rôle majeur à jouer ?

GAA Jean-Paul Paloméros : Dans un contexte de préparation de l’avenir sous-tendu par des ressources budgétaires contraintes, il est plus que jamais essentiel de prendre le recul nécessaire pour une réflexion prospective, sur le rôle de la puissance aérienne dans notre stratégie nationale. Le XXe siècle nous l’a appris : il n’existe pas de puissance majeure au plan mondial sans forces aériennes crédibles. Ce début de XXIe siècle le confirme et voit la puissance aérienne prendre des formes toujours plus variées. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les grandes puissances émergentes, celles qui veulent imposer leurs vues sur l’échiquier global, se dotent aujourd’hui de forces aériennes modernes et crédibles. Il importe dès lors de bien cibler les compétences, les capacités prioritaires pour garantir que la France demeure effectivement « une puissance majeure », dans ce monde en mutation rapide. Un monde dont les crises ne sont pas plus prévisibles qu’hier, dont les équilibres politique et économique évoluent brutalement et durablement. Un monde où les mirages de la paix éternelle, de l’insularité stratégique, s’effacent devant des menaces polymorphes, diffuses mais hélas ! bien réelles.

Un monde dans lequel s’impose, finalement, une nécessité pour notre pays : tisser un lien fort entre tous les acteurs de la défense, militaires et civils, pour établir une compréhension mutuelle qui dépasse les clivages politiques, institutionnels ou encore interarmées. A ce titre, il faut en préalable souligner que l’armée de l’Air n’a pas l’apanage de la puissance aérienne, même si elle a été créée pour la porter, la faire fructifier. Les composantes aériennes de la Marine et de l’armée de Terre y contribuent aussi, avec leurs compétences et leur professionnalisme, dans une synergie interarmées qui progresse incontestablement.

Défense : Les aviateurs peuvent être caractérisés à la fois par leur passion du métier des armes et par leur expertise de la 3ème dimension. Quelle est votre vision de la puissance aérienne ?

GAA Jean-Paul Paloméros : Dans ce domaine stratégique de la « 3D », les crises et l’histoire récente soulignent deux réalités :
• la puissance aérienne est aujourd’hui incontournable, et elle le demeurera ;
• la puissance aérienne ne s’improvise pas. Elle est en effet le résultat d’une expertise et d’une cohérence de moyens qui exigent, pour le pays tout entier, des années d’anticipation et de préparation.

La puissance aérienne est aujourd’hui incontournable sur la scène internationale. C’est l’outil de choix pour l’anticipation, la connaissance, le savoir.

Dans un contexte de menaces évolutives, la protection permanente du territoire et de nos intérêts vitaux exige le maintien d’une posture permanente de sûreté forte, crédible dans toutes ses composantes, adaptable et réactive aux nouvelles menaces, y compris contre celles transitant ou provenant de l’espace exo-atmosphérique qui est déjà, même si on peut le regretter, l’objet d’enjeux militaires.

Cela nécessite d’être capable d’évaluer la situation en permanence, afin d’identifier, de détecter une menace aérienne ou spatiale le plus loin possible, quelle que soit sa nature. Le temps consacré à la lecture de cet article, par exemple, permettra à 7 satellites actifs et plus de 300 avions de toutes nationalités, provenances ou destinations, de survoler notre pays.

La vocation première d’un outil militaire est bien de défendre les intérêts des peuples et des nations. Et le fondement d’une défense efficace est d’anticiper, de peser en amont pour éviter tout affrontement physique. Sa crédibilité doit dissuader tout adversaire d’agir, ou, s’il agissait, d’être capable de lui porter des coups décisifs.

Les progrès techniques nous apportent aussi des possibilités de présence quasi-permanente dans le ciel, atout considérable en termes d’anticipation
et de connaissance.

Depuis novembre 2008, l’Escadron Adour (Cognac) a déployé à Bagram (Afghanistan) le système intérimaire de dromes MALE (SIDM) Harfang.

Les drones, avions pilotés à distance, permettent d’ores et déjà de visualiser des activités humaines imperceptibles pour l’œil humain, de détecter des intentions (par exemple, la pose d’explosifs sur une route) ou d’infiltrer l’adversaire au plus près. Le renseignement humain par la voie des airs est, plus que jamais, une réalité qui offre désormais une information de grande qualité, en temps quasiment réel et en permanence. Si à moyen terme, ces systèmes de drones ne devraient pas se substituer aux aéronefs habités, ils constituent, à l’évidence, de nouveaux mais indispensables outils. L’armée de l’Air, grâce au Système Intérimaire de Drone MALE (SIDM), en explore les capacités depuis plus de dix-huit mois en Afghanistan.[3]

Le drone SIDM Harfang en Afghanistan

Conformément aux objectifs du Livre Blanc, nous devons sans plus tarder nous doter d’une véritable composante de drones endurants, sous peine de décrochage capacitaire, non seulement vis-à-vis des Etats-Unis, dont la nouvelle Quadriennal Defence Review (QDR) dévoile les objectifs très ambitieux, mais également de la Grande-Bretagne, de l’Italie ou encore de l’Allemagne, qui y consacrent des sommes importantes. C’est clairement le prix à payer pour rester une puissance aérienne de premier rang.

La puissance aérienne donne aussi le pouvoir d’influencer et de dissuader

Notre stratégie d’influence doit s’appuyer sur l’existence de capacités visibles, quantifiables et reconnues, dont l’engagement, potentiel ou réel, contribue à la manœuvre politico-diplomatique.

La démonstration permanente du caractère opérationnel de nos forces aériennes (au travers d’exercices, d’accords de défense et de prépositionnement, de soutien aux exportations, d’opérations extérieures et d’interventions humanitaires…) participe donc activement de notre politique extérieure, notamment en matière de prévention de crises susceptibles de nous affecter.

Par ailleurs, la défense de ses intérêts et le respect de ses engagements nécessitent, pour notre pays, la capacité de pouvoir agir seul, et vite.

A ce titre, la capacité de cibler et de frapper avec précision, dans des délais brefs, très loin de chez nous, des objectifs d’importance stratégique, par des moyens conventionnels, est incontestablement un outil politique de premier plan. C’est la capacité qu’offre aujourd’hui l’ensemble avion ravitailleur, Rafale et missile SCALP.

Il faut d’ailleurs constater qu’une telle capacité de frappe conventionnelle à grande distance constitue une des priorités affichée de la QDR américaine, avec le développement du concept « Prompt Global Strike ».

Par ailleurs, cette même QDR insiste sur les besoins de modernisation, de « durcissement » des armes nucléaires aéroportées. Cela pourrait sembler paradoxal au moment où les discussions sur le désarmement nucléaire envahissent les médias, poussées en particulier par les États-Unis d’Amérique. Alors même que la crise conduit légitimement à rechercher des facteurs d’économie, la tentation de remettre en cause le pacte stratégique national est toujours présente.

La pertinence de la composante aéroportée de notre dissuasion a fait l’objet d’une déclaration sans ambiguïté, de la part du président de la République, à Cherbourg en 2008. Elle a plus que jamais un rôle clef dans un pays au rayonnement mondial, dans un environnement par nature agressif et imprévisible, dans un contexte budgétaire qui ne permet pas de faire face à toutes les hypothèses de menaces.

Notre pays peut s’enorgueillir d’être la seule puissance européenne à en être dotée. N’en doutons pas, le XXIème siècle rendra encore plus pertinent
l’intérêt de cette composante de dissuasion, dont la flexibilité, l’adaptabilité et la visibilité demeureront des atouts politiques essentiels.

Le couple Rafale-ASMP-A est en service opérationnel depuis le 1er juillet

L’armée de l’Air a certifié, le 1er octobre dernier, le couple M2000N-Arme Stratégique Moyenne Portée Améliorée (ASMPA), une arme crédible, pérenne, aux capacités sans doute uniques au monde. Le 1er juillet, avec la mise en service opérationnel de l’ASMPA sur Rafale se concrétisent les efforts humains, techniques et financiers engagés par la France voici plus d’une décennie. De plus, l’acquisition d’avions Multi Role Transport Tanker (MRTT), prévus dans la loi de programmation militaire (LPM), permettra de remplacer une flotte de Boeing C135FR cinquantenaire. Toutes les crises auxquelles nous avons participé depuis plus de trente ans ont clairement démontré que les moyens de ravitaillement en vol sont tout à fait dimensionnant, et rapidement limitant, que ce soit pour des opérations menées dans un cadre national ou interallié. En améliorant sensiblement les performances de ravitaillement en vol (allonge, capacités de livraison) mais aussi les capacités de transport stratégique. Ce choix a d’ailleurs déjà été fait par de nombreux pays, avec notamment l’Australie (A330MRTT) et l’Arabie Saoudite (A330 FSTA), et il fait l’objet d’une procédure d’acquisition très médiatisée aux Etats-Unis.

Un C-135 FR de l'armée de l'Air ravitaille en vol un A330MRTT

De pair avec une dissuasion efficace et crédible, il est également important de souligner que la réelle polyvalence de la plupart des équipements engagés (ravitailleurs, avions de combat, etc.) permet de réduire le coût global du dispositif, puisqu’ils ne sont pas uniquement dédiés à notre composante aéroportée, mais participent à toutes les missions confiées à l’armée de l’Air.

Défense :  L'ambition reflétée par le Livre Blanc vise à redéfinir l’empreinte de la France dans le monde. Qu'en est-il en termes de puissance aérienne ?

GAA Jean-Paul Paloméros : La puissance aérienne est avant tout, pour notre pays, la garantie essentielle de pouvoir agir.

Agir, c’est d’abord commander et contrôler. Ce contrôle de la troisième dimension est une fonction transverse à toutes les opérations militaires qui s’y déroulent.

Un système de commandement et de contrôle (C2) efficace relève, entre autre, d’une maîtrise de nos réseaux d’information. Garantir à la France une puissance aérienne de premier rang, c’est garantir que celle-ci s’appuie sur des réseaux de portée mondiale, à haute performance, sécurisés et interopérables avec les autres armées, les autres ministères, et nos alliés.

La guerre électronique n’est pas qu’une souvenance du passé. Elle est au contraire omniprésente, sous des formes diverses, nouvelles, qui affectent en particulier, et en premier lieu, les réseaux de commandement et de contrôle.

Agir, en terme de puissance aérienne, cela signifie notamment pouvoir projeter force et puis ce, rapidement et efficacement. Les vecteurs aériens nous permettent une mobilité stratégique initiale déterminante, en déployant les premiers éléments sur la zone d’opération, et en les soutenant efficacement ensuite grâce à des moyens tactiques, dans les toutes premières heures de la crise. Nos avions de reconnaissance avaient ainsi été parmi les premiers à fournir des renseignements photographiques très précis des camps d’entraînement d’Al Qaïda, au cœur de l’Hindou Kouch Afghan, en octobre 2001.

Commandos de l'Air à bord de Caracal -- Photo © SIRPA Air.

Cependant, notre capacité de transport, qui atteint aujourd’hui un seuil critique, est mise à rude épreuve lors de nos engagements. Pour garantir à la France son rang, il faut veiller à ce que ces capacités de transport, tactique et stratégique, demeurent au centre des priorités et des urgences nationales. Ainsi, les efforts consentis pour l’A400M et bientôt, je l’espère, pour le MRTT, concrétiseront cette ambition légitime.

Agir, c’est protéger et assurer la liberté des forces de surface sur les théâtres d’opérations, comme aujourd’hui en Afghanistan, où plus aucune opération terrestre n’est décidée sans l’assurance d’un appui aérien rapide en cas d’accrochage.

Les plus ardents défenseurs de la puissance et de la supériorité aérienne ont d’ailleurs été les commandeurs de corps terrestres pris sous le feu aérien ennemi. Le maréchal Montgomery disait à ce propos : « Si nous perdons la guerre dans le ciel, nous perdons la guerre. Et nous la perdons vite ».

Garantir des capacités de frappes de précision, avec la puissance adaptée, quelles que soient les conditions météorologiques, est également un aspect essentiel de la crédibilité d’une puissance aérienne majeure. Les opérations dans lesquelles nous sommes engagés nous le démontrent tous les jours.

Défense : Dans le domaine de la coopération avec nos alliés, qu'il s'agisse de l'Union européenne ou de l'OTAN, l'armée de l'Air française « procède par petits pas ». Estimez-vous le résultat comme votre prédécesseur, le général Abrial, « à hauteur de l’investissement ».

GAA Jean-Paul Paloméros : Nous abordons là le rôle de la puissance aérienne pour nous permettre d’assumer nos responsabilités dans la sécurité collective.

Si nous nous interrogeons légitimement sur nos moyens de garantir à la France une puissance de premier rang, et alors que les Britanniques viennent de diffuser leur « Green Paper », qui souligne l’intérêt d’un rapprochement avec la France, il est évident que l’enjeu est aujourd’hui plus large. Il convient alors de s’interroger sur la manière de garantir à l’Europe une puissance aérienne de premier rang.

Le GAA Paloméros accueille le LtGen Kreuzinger-Janik, Inspecteur de la Luftwaffe, à son arrivée à Reims (juin 2010) -- Photo © SIRPA Air.

La coopération avec le Royaume-Uni et les autres forces aériennes européennes doit s’enrichir et permettre à nos pays de constituer une dynamique de puissance au plan aérien, palliant ainsi la taille modeste de nos Nations qui pourront de moins en moins atteindre seules le seuil de puissance des plus grands pays. L’enjeu est la sécurité du continent et le rôle de l’Europe pour la paix dans le monde.

Et s’il nous faut pour l’instant nous contenter d’une politique de petits pas, les armées de l’Air y apportent déjà leur contribution active.

Nous pouvons ainsi nous réjouir de la montée en puissance de l’European Air Transport Command (EATC), [4] [5] du succès de notre école commune de formation de nos pilotes de chasse à Cazaux, de transport à Avord, et de la relation de proximité des chefs d’état-major des armées de l’Air qui concourt directement à créer cette puissance aérienne européenne. Cette construction, cette vision commune, ne s’oppose pas à notre appartenance à l’OTAN, elle la renforce. Preuve en est notre participation, pour la deuxième fois, à la défense aérienne des cieux Baltes, dans le cadre de l’Alliance. Nos M2000 y ont assuré, durant quatre mois, la police du ciel.[6]

Demain, l’A400M permettra aux forces nationales, européennes, otanniennes, selon les circonstances, de se déployer, loin, vite, pour prévenir et gérer les crises.

En fait, garantir à la France et à l’Europe une puissance aérienne de premier rang, c’est aussi lui garantir de pouvoir tenir ses engagements internationaux, au profit de l’ONU et de l’ensemble de la communauté internationale. C’est lui garantir de pouvoir pleinement assumer son rôle politique, et de défense de ses valeurs.

Défense : A long terme, quelle est la stratégie de notre armée de l'Air ?

GAA Jean-Paul Paloméros : Vous l’aurez compris, la puissance aérienne exige, pour le pays tout entier, des années d’anticipation et de préparation.

Elle dépend d’abord de la formation, de l’entraînement et de la transmission de l’expérience. Ces trois domaines constituent la pierre d’angle d’une stratégie vitale et de long terme.

La force, la richesse d’une armée c’est, avant tout, celle des hommes et des femmes qui la servent. Comme le disait déjà Platon, « ce sont les hommes et non les pierres qui font la force des murs des cités ».

Notre polyvalence, notre cohérence capacitaire, notre efficacité opérationnelle tiennent avant tout à la compétence, à la motivation, et à la solidarité de nos hommes et de nos femmes. Les perspectives d’emploi d’une puissance aérienne pérenne et respectée continueront de reposer sur chaque aviateur, qui est à la fois un maillon de notre chaîne, et le centre de notre institution. Notamment au sein d’une armée professionnelle, aux effectifs resserrés, pour laquelle chaque membre est un spécialiste, un expert dans son domaine, dont la compétence est strictement nécessaire.

Depuis 2008, et d’ici 4 ans, l’armée de l’Air se séparera de plus de 25% de ses effectifs, parallèlement à la diminution d’un tiers de sa flotte d’avion de chasse. En pleine phase de transformation, d’engagement sur des théâtres difficiles, la transmission et la capitalisation d’enseignements opérationnels, fruits de décennies d’expérience, est, plus que jamais, une priorité pour que notre armée de l’Air reste aux premiers rangs. Si le temps est évidemment un facteur clé dans la formation et la maturation des savoir faire de nos combattants, il est aussi prégnant pour notre industrie de défense, dont dépendent intimement les capacités et l’indépendance de notre puissance militaire.

Défense : Comment voyez-vous nos perspectives stratégiques en termes d’équipement ? Quelle projection peut-on faire aujourd'hui et quelle importance attachez-vous à nos liens avec le secteur des industries de pointe ?

GAA Jean-Paul Paloméros : Il s’agit effectivement d’une question déterminante. Le lien entre base industrielle et technologique, innovation et arme aérienne est une réalité historique. S’il est parfois décrié, plus particulièrement dans un contexte économique difficile, le terrain montre (et seule la vérité du terrain compte !) que, face à un ennemi dont l’équipement et les techniques s’adaptent sans cesse, l’évolution de nos matériels est indispensable.

Même si le contexte actuel donne à penser qu’une force aérienne rustique pourrait être suffisante, on ne saurait se faire surprendre par des formes plus violentes de conflits. Même si l’Afghanistan doit nous servir de prisme pour faire évoluer nos équipements et nos doctrines, à l’aune du retour d’expérience, il ne doit pas limiter nos perspectives stratégiques. Notre devoir pour la Nation nous impose de nous projeter à 15 ans, pas à 15mois. Et de nous rappeler que tout retard conceptuel devient inéluctablement un retard stratégique.

La puissance aérienne est un moteur essentiel de notre industrie aéronautique et spatiale. Peut-être est-il bon de souligner que sur les 22 capacités industrielles qui sont jugées stratégiques, 17 sont liées à l’aérospatial.

Réciproquement, l’industrie aéronautique est un élément clé de notre puissance aérienne. Notre place dans le monde impose des relations étroites, permanentes, entre acteurs opérationnels et industriels, étatiques et privés. Notre nation ne peut avoir l’industrie aéronautique de ses ambitions que parce qu’elle accepte le développement et le soutien, en temps de paix, de forces aériennes correspondant à sa politique internationale.

L’arme aérienne est ainsi le représentant, la vitrine, sur un plan international, du savoir-faire de plusieurs centaines de milliers d’emplois de très haute technicité, difficilement délocalisables.

Notre rang dans le monde aurait-il été le même sans nos ambitions aérospatiales, civiles et militaires ? Sans capacités militaires de projection de puissance et de force partout dans le monde ?

Ainsi, tout en nous appuyant sur des capacités robustes, éprouvées, nous ne devons pas avoir peur de relever les nouveaux défis que nous pose l’environnement géostratégique, tels que les drones ou la défense anti-missile.

Défense : Certains pays, faute de moyens ou de stratégie n'ont pas ou plus de force aérienne. Que doit-on prévoir pour demain compte tenu des menaces que l'on perçoit aujourd'hui déjà ? La guerre dans le ciel constitue t'elle une menace prioritaire ?

GAA Jean-Paul Paloméros : La vocation première d’un outil militaire est bien de défendre les intérêts des peuples et des nations. Et le fondement d’une défense efficace est d’anticiper, de peser en amont pour éviter tout affrontement physique. Sa crédibilité doit dissuader tout adversaire d’agir, ou, s’il agissait, d’être capable de lui porter des coups décisifs.

Grâce à des caractéristiques uniques, l’arme aérienne permet de menacer, paralyser ou détruire les centres vitaux d’un ennemi désigné. Réciproquement, la défense et la protection d’un pays entier peuvent en dépendre. Au moment où nous venons d’ailleurs de fêter le 70ème anniversaire des batailles de France et d’Angleterre, rappelons-nous de l’hommage de Churchill à son armée de l’Air : « Jamais un aussi grand nombre de personnes n’auront dû leur salut à un si petit nombre ».

Non, la puissance aérienne n’est pas un luxe : c’est un avantage décisif sur un adversaire potentiel. L’arme aérienne, outil stratégique majeur autant que force de mêlée, apporte une contribution décisive à notre souveraineté nationale et la liberté d’engagement de toutes les composantes.

L’éventail capacitaire, la polyvalence avérée de notre puissance aérienne en fait résolument une arme d’initiative aux mains de nos décideurs, qui dépend intrinsèquement de deux facteurs :
• du niveau technique des moyens qui la composent, lié pour partie aux investissements consentis,
• du savoir-faire des aviateurs.

L’un comme l’autre exigent des années d’investissement humain et financier. La puissance aérienne de la France, outil d’influence stratégique incontournable, est donc avant tout le reflet de la volonté de la Nation. Notre armée de l’Air, moderne, reconnue et respectée, dispose d’atouts de premier ordre qui la placent parmi les deux ou trois premières mondiales.

Nos précieuses capacités ne reposent pas uniquement sur des équipements sophistiqués, polyvalents, mais par-dessus tout, sur la culture de l’exigence, l’entraînement long et difficile, d’hommes et de femmes capables de décider et d’agir vite dans l’incertitude, le chaos, dans le brouillard de la guerre.

Si, dans le court terme, notre puissance aérienne garantit à la France de pouvoir tenir son rang, il n’y a pas de déterminisme géostratégique. La prolifération d’armements de dernière génération, conventionnels ou non, alliée au pouvoir égalisateur de la technologie constituent une tendance de fond qui doit nous inciter à ne pas baisser la garde. Gardons-nous de préparer la prochaine guerre à la seule lumière des opérations de contre-insurrection en Afghanistan, ou des conflits des 15 dernières années.

Au moment où l’attention pourrait se fixer sur le court terme, notre responsabilité devant la Nation nous impose, au contraire, de regarder le plus loin possible et de prendre les décisions qui s’imposent afin de préparer d’ores et déjà les conflits futurs. Quel que soit l’angle sous lequel on choisit d’analyser les conflits passés, récents ou prévisibles, le fait aérien y est simplement incontournable et décisif. L’air et l’espace sont devenus, de manière irréversible, un théâtre d’opération où se décident la paix et la sécurité de notre monde. Rappelons-nous des paroles prononcées par le chef de l'exécutif chinois lors de sa venue en France, en 2005 : « Les guerres dans l'avenir, hélas on ne peut les exclure, se livreront dans le ciel ».

Défense : Quel sens et quels enjeux donnez-vous à la transformation de l’Armée de l’Air ?

GAA Jean-Paul Paloméros : Cette transformation s’inscrit en fait dans la continuité du projet AIR 2010, qui nous a permis dès 2008 de simplifier et réduire les structures de commandement et direction de l’armée de l’Air. La réforme doit permettre de doter notre pays des forces aériennes dont nous avons besoin au XXIème siècle, en bâtissant un ensemble solide, cohérent, techniquement, opérationnellement et aussi socialement. Notre armée de l’Air se séparera, d’ici quatre ans, du quart de ses aviateurs, soit 15.000 personnes, du tiers de ses avions de chasse et d’une dizaine de bases aériennes. Au terme de cette transformation, nous devrions disposer d’aéronefs de combat modernes, polyvalents, et bénéficier de conditions de travail améliorées.

  • L’essentiel, nous ne l’oublions jamais, c’est la mission.

Si la puissance aérienne est aujourd’hui incontournable, elle ne s’improvise pas. Notre efficacité démontrée au quotidien sur tous les théâtres d’opération est le résultat d’une expertise, d’une cohérence de moyens qui exigent des années d’anticipation, de préparation et d’entraînement. L’aviateur est à la fois maillon de la chaîne et centre de l’institution. Notamment au sein d’une armée aux effectifs resserrés, pour laquelle chaque membre est un spécialiste, un expert dans son domaine, dont la compétence est strictement nécessaire. C’est ce capital qu’il nous faut préserver et faire fructifier.

Défense : Depuis votre nomination il y a presque un an, quels sont vos chantiers prioritaires de modernisation ?

Le couple Rafale-ASMP-A est en service opérationnel depuis le 1er juillet

GAA Jean-Paul Paloméros : L’armée de l’Air est engagée dans de nombreux travaux, et tous sont prioritaires à mes yeux ! Le chantier d’amélioration du Rafale, vers un standard « F3 », totalement polyvalent, est bien entendu de ceux-là. Cet avion sera notre cheval de bataille pour les décennies à venir. Il emportera à compter du 1er juillet l’ASMPA.[7] Ce missile, unique au monde, et les travaux corollaires majeurs que nous menons, pérennisent la composante aéroportée de notre dissuasion nucléaire pour les décennies à venir.

Retour de mission après un vol sur Rafale avec le LtCol Sébastien Michel, commandant l'escadron 1/91 Gascogne

Tout aussi essentielle, la poursuite de la montée en puissance de notre composante d’avions pilotés à distance, nos drones Harfang, qui ont démontré des capacités remarquables en Afghanistan. Le MCO de nos flottes est aussi un combat quotidien et de long terme. Notamment pour nos flottes d’avions de transport tactiques, dont l’âge vénérable s’accorde difficilement de l’emploi à régime élevé sur tous nos théâtres d’opération. Le domaine de la défense anti-missile, avec la préparation de l’arrivée du SAMPT, est également un de nos axes d’effort privilégiés. Enfin, nos travaux dans le domaine des ressources humaines constituent la pierre d’angle de la réforme et de nos préoccupations. En effet, la transmission et la capitalisation d’enseignements opérationnels, fruits de décennies d’expériences, constituent, en période de transformation et d’engagement sur des théâtres difficiles,
plus que jamais une priorité.

Défense : L’armée de l’Air est une des composantes majeures de la présence française en Afghanistan. Quels enseignements avez-vous tirés de cet engagement ?

GAA Jean-Paul Paloméros : L’armée de l’Air assure effectivement un effort essentiel en Afghanistan, au profit des forces de la coalition. Nos avions de transport tactiques assurent le ravitaillement et la mobilité de nos forces sur ce vaste territoire, très montagneux, pendant que nos drones Harfang, nos hélicoptères Caracal et nos avions de chasse, Mirage F1, 2000 et Rafale, protègent et appuient les troupes engagées au sol. Le ravitaillement en vol est également une capacité critique sur ce théâtre, dont dépendent la réactivité et l’allonge des avions de chasse.

Rafale et Mirage 2000 en Afghanistan

Cet éventail capacitaire et nos résultats reconnus en Afghanistan, à plus de 5500 km de la France, sont avant tout la preuve de l’excellente préparation opérationnelle de nos aviateurs. C’est la qualité, la compétence, la motivation des femmes et des hommes de l’armée de l’Air qui garantissent de pouvoir nous adapter, rapidement, rapidement, efficacement à des situations nouvelles, pour des opérations qui ne faisaient pas partie, il y a dix ans encore, de nos scénarii d’engagement. La mise en place de nos drones il y a bientôt dix-huit mois, alors qu’ils n’étaient qu’en phase d’expérimentation, et avec le succès que l’on sait, en est la meilleure preuve.

Pour conclure, je préciserai qu’une puissance aérienne crédible, sur un théâtre tel que celui-ci, est une condition essentielle de l’efficacité opérationnelle de nos forces armées.

Défense : Mon général, je vous remercie.

[1] Bio-Express :
Né le 13 août 1953 à Paris, Marié et père de cinq enfants
Promotion 1973 « Capitaine Marchal » de l’École de l’Air
Breveté pilote de chasse en 1976 - 3500 heures de vol
1977 Pilote à l’escadron de chasse 1/5 « Vendée », Orange
1983 Cadre instructeur à l’Ecole de l’Air, Salon de Provence
1986 Commandant, E/C 02.012 « Picardie », Cambrai
1988 Chef des opérations, commandant en second puis commandant, 30ème Escadre de chasse, Reims
1992 Royal Air Force Staff College, Bracknell, Grande-Bretagne
1993 Sous-chef d’état-major « opérations », Commandement Air des forces de défense aérienne, Taverny
1994 Sous-chef « plans », Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, Taverny
1995 Adjoint au Général commandant les éléments français, Opération « Crécerelle », Italie Chef du bureau Air et adjoint Air au commandant de la FORPRONU, Sarajevo, Bosnie-Herzégovine
1996 Commandant la base aérienne 120, Cazaux
1998 Chef du bureau « études et plans généraux », État-major de l’armée de l’Air, Paris
2001 Secrétaire général des officiers de cohérence opérationnelle, État-major des armées, Paris
2002 Chef de la division « plans-programmes-évaluation », État-major des armées, Paris
2005 Major général de l’armée de l’Air, Paris
25 août 2009 Chef d’état major de l’armée de l’Air
Promotion :
2 avril 2005 Général de corps aérien
25 août 2009 Général d’armée aérienne
Décorations : Grand Officier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Médaille de l’aéronautique

[2] Numéro 146 de Défense, daté de juillet-août de Défense, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « anciens de l'IH ». Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[3] "Harfang en Afghanistan : l’heure du bilan" : Chronique de Joël-François Dumont in Défense, N°145, daté de Mai-juin 2010.

[4] Voir "Le Transport aérien militaire : un exemple d’intégration de forces européennes" in Défense, N°148, daté de novembre-décembre 2010.

[5] Voir "Le Centre Multimodal des Transports" par le GBA Philippe Carpentier in Défense N°144, daté de mars-avril 2010.

[6] Le 02 mai 2011, deux Mirage 2000 RDI de la permanence opérationnelle ont décollé pour la première fois sur alerte réelle (Alpha Scramble ) depuis la base aérienne de Siauliai, en Lituanie, dans le cadre de l’opération Baltic 2011 de police du ciel au-dessus des pays baltes.

[7] Voir "Dissuasion : le couple rafale F3 - Missile ASMP-A opérationnel"

Mise en service opérationnel Rafale/ASMP-A

Le 1er juillet, l’amiral Édouard Guillaud, chef d’état-major des armées a annoncé la mise en service opérationnel du couple Rafale/ASMPA-A (missile air-sol moyenne portée améliorée) au cours d’une prise d’armes sur la base aérienne (BA 113) de Saint-Dizier.

Cet événement marque la dernière étape de la modernisation de la composante aéroportée. En présence du général Jean-Paul Paloméros, chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), le CEMA a visité l’escadron de chasse 1/91 « Gascogne », deuxième escadron à être équipé de Rafale et dont la mission est la dissuasion nucléaire. Le « Gascogne » a développé un long processus pour aboutir à cette mise en service opérationnelle sur le Rafale au standard F3.

Le missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMP-A) a, dans un premier temps, été couplé aux Mirage 2000N de l’escadron 3/4 « Limousin » d’Istres, le 1er octobre 2009. L’arrivée du nouveau missile s’est accompagnée d’une refonte majeure des infrastructures, de l’organisation, de la sûreté nucléaire, des procédures et des référentiels documentaires. L’objectif consistait à familiariser les forces avec toutes ces évolutions et les nouveaux profils de vol du missile sur un vecteur connu, le Mirage 2000N, avant de passer à l’étape supérieure du Rafale au standard F3.

Dans son ordre du jour, le général Paloméros a précisé que la mise en service de ce nouveau système d'arme ouvrait un « nouveau chapitre de la dissuasion nucléaire française ».

            

Le général Paloméros (CEMAA) et l'amiral Guillaud (CEMA) à Saint-Dizier

L'amiral Guillaud citant le président de la République a rappelé « que la crédibilité opérationnelle de la dissuasion nucléaire » demeurait la « clé de voûte de notre stratégie de défense et de sécurité » et qu'elle reposait « sur deux composantes nettement différenciées et complémentaires, disposant de l’environnement nécessaire à leur mise en œuvre autonome et en sûreté ». Mesurant tous les défis relevés et toutes les difficultés surmontées, le CEMA a conclut que c'était « un triple succès que nous célébrons et dont vous pouvez être fiers : c’est d’abord un succès scientifique, technique et industriel » avec « l’aboutissement d’un programme lancé il y a 14 ans et qui démontre le très haut niveau de compétence et de savoir faire dans ces domaines technologiques particulièrement sensibles. Face aux menaces actuelles et à venir, l’ASMP-A permet à la composante aéroportée de pérenniser sa capacité de pénétration, la souplesse de son emploi et la précision de sa frappe. Avec le Rafale, on gagne en furtivité, en manœuvrabilité, et aussi en pénétration. Enfin avec le couple Rafale-ASMPA, on assoit la crédibilité de notre composante aéroportée pour 25 ans. C’est surtout un succès humain, un succès collectif, le succès de tous ceux qui se sont investis pour que ce système d’armes soit au rendez vous de la dissuasion française. Car il s’agit bien d’une œuvre commune : celle du CEA pour la mise au point de la tête nucléaire, celle de la DGA pour les centres d’expertises et d’essais, celle de tous les industriels pour la réalisation du Rafale, du missile et de toutes les installations de soutien, celle du SID pour les infrastructures. C’est bien sûr aussi l’œuvre de l’armée de l’Air et de la marine ; et plus particulièrement de vous tous, au sein de cette base Saint-Exupéry de Saint-Dizier. »

Sources : SIRPA Air et EMA/COM

Dans la série des "Grands entretiens" :

- Les défis de l'océanisation (Guy Labouérie)
- “Notre devoir pour la nation nous impose de nous projeter à 15 ans, pas à 15 mois” (GAA Jean-Paul Paloméros)
- L’Afrique doit s’unir ou périr : le Niger sur la voie du renouveau (Mahamadou Issoufou)

 


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