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OTAN y être ou ne pas y être

OTAN : y être ou ne pas y être

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 25 février 2009.©

Notre pays a-t-il intérêt à rejoindre, en 2009, le commandement militaire intégré de l’OTAN qu’il a quitté en 1966 ? « La question n’est pas sacrilège », relève Alain Juppé, encore faut-il pouvoir le faire sans tabou comme l’avait fait le président Chirac en 1995 en posant plusieurs conditions. Il s’agissait d’abord de parvenir, dans un premier temps, à un partage équitable des responsabilités, c'est-à-dire des commandements entre Américains et Européens. Ensuite, avec l’appui des pays du vieux continent, devait être lancée une politique européenne de sécurité et de défense (PESD) réellement opérationnelle. Deux conditions devaient être réunies : une franche volonté de nos partenaires européens et la levée de la réserve, voire du véto américain. Ces deux conditions n’ont jamais été réunies. Le sont-elles aujourd’hui ?

En 1998, à Saint-Malo, la France et la Grande-Bretagne s’étaient mises d’accord sur une nouvelle ambition affirmant que l’Union européenne « doit avoir une capacité autonome d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales ».[2] Tout en connaissant de notables avancées, avec 23 missions sur des théâtres extérieurs, dont six opérations militaires significatives, par exemple en Bosnie ou en République du Congo, nos amis britanniques ont tout fait pour empêcher l’émergence d’un état-major intégré. Et la vieille Europe ne dispose toujours pas d’une doctrine de sécurité collective. En juillet 2004, le lancement de l’Agence européenne chargée de promouvoir la recherche de défense et les acquisitions d’équipements en coopération n’a pas donné les résultats attendus. Et l’on peut légitimement se demander, aujourd’hui, quelles seront les conséquences de notre retour dans le Commandement intégré sur l’évolution des industries d’armement françaises et européennes ! Quant aux commandements promis, on peut également s’interroger sur leur propension à peser, non seulement sur la conduite des opérations, mais surtout sur les nouvelles orientations et finalités de l’OTAN de demain.

Sur ces aspects, deux autres questions se posent. Dans quelles mesures les leçons de notre engagement en Afghanistan ont-elles été tirées alors que le président de la République a décidé d’augmenter la participation à cette opération de l’OTAN qui mobilise la plus grande partie de ses capacités ? Quant à l’expansionnisme de cette organisation sur le vieux continent, en quoi le retour de la France permet-il de mieux s’interroger sur l’intérêt et les risques d’un bouclier antimissile ? Sur le plan des structures internationales multilatérales, un retour français dans le Commandement intégré ne risque-t-il pas de réduire la marge de manœuvre de notre siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Rappelons-nous que c’est Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat d’une administration démocrate qui avait lancé le projet d’un « club » de démocraties, destiné, à terme, à contourner, voire à supplanter l’organe exécutif de l’ONU. En  militant pour un élargissement tous azimuts de l’OTAN, en direction des nouveaux pays de l’Est mais aussi de partenariats stratégiques associant des pays asiatiques et pacifiques, son successeur Condoleezza Rice n’affirmait-elle pas que l’OTAN devait devenir une organisation globale supérieure à l’ONU toujours susceptible d’être bloquée par un veto russe, chinois ou… français ? La même question que celle de l’affaiblissement ou du renforcement de notre position au Conseil de sécurité se pose quant aux capacités nucléaires de notre pays et sa doctrine touchant à ce type d’armement.

Enfin, sur un plan non seulement diplomatique mais aussi des affaires globales, et qui ne relève pas que du symbole, chacun sait que l’OTAN est perçue comme une organisation occidentale par le reste du monde. Faute d’un cadrage suffisamment maîtrisé, elle risque d’apparaître de plus en plus comme le bras armé des nouvelles croisades de l’Occident en un temps où la théorie du « choc des civilisations » est déjà passée du stade de l’analyse à celui de la gestion de crise.

En quittant le Commandement militaire de l’OTAN, le général de Gaulle a, non seulement voulu marquer le non-alignement de notre pays par rapport aux puissances dominantes de l’époque, mais il a aussi ancré une singularité française durable dans les relations internationales. Certes, les rapports de force ont changé dans notre monde plus intégré donc plus complexe, mais en quoi cette nouvelle donne issue de la fin de la Guerre froide réclamerait-elle l’abandon de cette singularité ? Et en quoi cette posture de banalisation diplomatique représenterait-elle un gain d’intérêt pour la France éternelle ?

Et lorsqu’on nous dit que notre pays a déjà fait les neuf dixième du chemin, que nous participons à l’ensemble des instances de l’OTAN (sauf dans les deux créées après notre départ), que nous sommes devenus l’un des premiers contributeurs en troupes et matériels, ne peut-on pas retourner ces constats - là aussi - en évaluant au plus près les intérêts que la France aurait à gagner en abandonnant la singularité d’une posture qui, en définitive, relève de sa culture la plus profonde ?

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°138, daté de Mars-avril 2009, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs de l'IH ». Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir le Grand dossier du N°138 consacré à la « L'OTAN et l'Europe de la défense ».

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