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Obama, l’Iran, Israël et la bombe

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 22 avril 2010.©

Du 3 au 28 mai 2010, les 189 pays signataires du Traité de non-prolifération (TNP) de 1968 se sont réunis au siège des Nations unies à New York. Au moment où l’on met sous presse, on ne sait pas encore s’ils sont parvenus à une position commune. La conférence d’examen du TNP se tient tous les cinq ans. La précédente, en 2005, s’était achevée sur un échec. Faute de consensus (l’unanimité est requise), aucun document final n’avait été approuvé. Des pays du Sud et certains « non-alignés » avaient reproché aux puissances dotées de l’arme suprême de ne pas avoir tenu leurs engagements en matière de désarmement nucléaire.

Cinq ans plus tard, le même bras de fer continue à opposer les cinq États dotés (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) à tous ceux qui leur reprochent de ne pas dénucléariser assez rapidement, faisant un lien organique entre le désarmement et la non-prolifération.

La nouvelle administration américaine a placé au cœur de sa diplomatie globale l’idée de parvenir un jour à l’élimination totale de l’arme atomique dans le monde. Lors de sa réunion des 12 et 13 avril derniers à Washington où se sont rendus quelques 36 chefs d’État et de gouvernements ainsi que dix autres délégations étrangères, le président Obama a brandi la menace du « terrorisme nucléaire » alors que les experts les plus sérieux savent parfaitement que cette menace n’est pas la plus pressante. Il en a aussi profité pour presser la Chine et la Turquie, membres du Conseil de sécurité de l’ONU, de rejoindre le principe de nouvelles sanctions contre l’Iran. Et comme le business n’est jamais complètement absent des orientations diplomatiques de la Maison blanche, les experts ont bien travaillé à produire de la norme internationale, destinée à favoriser les exportations du nucléaire civil américain. Galvanisé par le discours de Prague en avril 2009, le nouveau message abolitionniste américain veut s’appuyer sur la dynamique créée par l’accord de réduction des arsenaux stratégiques (START), signé en avril avec Moscou. Mais l’Egypte, qui préside le groupe des non-alignés avait déjà annoncé que ce geste restait très insuffisant en relançant la vieille idée d’un Proche et Moyen-Orient exempts d’armes de destruction massive (ADM) : nucléaires, chimiques et bactériologiques ; tout en mobilisant un front diplomatique contre l’arsenal nucléaire de l’État israélien, qui n’est pas partie au TNP.

Cultivant sa « stratégie de l’ambiguïté » refusant de reconnaître qu’il détient quelques 200 têtes,[2] Israël a déjà répondu qu’il ne signerait pas le TNP tant que la paix ne serait pas acquise. Néanmoins Tel-Aviv est au pied du mur et mobilise s ses relais d’influence pour faire changer l’agenda initial prévu pour la prochaine réunion de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). En effet, son secrétaire général Yukiya Amano a envoyé un courrier aux 151 ministres des affaires étrangères des 151 États membres de l’AIEA de l’aider à mettre en œuvre une résolution demandant à Israël de signer le TNP et d’ouvrir ses installations nucléaires aux inspecteurs de l’agence. Initiée par les pays arabes mais également soutenue par de grands non-alignés comme le Brésil,[3] cette résolution lie le potentiel nucléaire israélien à l’instabilité chronique de la région et à l’impossibilité de conclure une paix équitable et durable.

Alors que les États-Unis et leurs alliées occidentaux dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, utilisent constamment les constats de l’AIEA pour focaliser la communauté internationale sur le danger nucléaire iranien et qu’il est question de nouvelles sanctions contre Téhéran, comment justifier encore que l’arsenal israélien échappe à toute réglementation internationale ? De moins en moins tenable, cette politique du deux poids deux mesures ne fait pas qu’affaiblir les chances de paix aux Proche et Moyen-Orient mais contribue aussi à discréditer encore un peu plus les fondements de nos démocraties et la crédibilité de nos beaux discours sur l’universalité des droits de l’homme.

  • POST-SCRIPTUM :

25 ans dans les services secrets, tel est le titre d’un livre étrange qui vient de paraître chez un grand éditeur parisien. A défaut d’un retour d’expérience qui aurait pu être intéressant, s’y succèdent une série de descriptions voyeuristes et de règlements de compte à travers des postures de James Bond de sous-préfecture. Les noms de plusieurs sources sont jetés en pâture, de même que sont révélées différentes procédures de traitement et de diffusion du renseignement français. Malheureusement ce déballage n’accompagne aucun ajustement conceptuel susceptible d’amorcer la moindre réflexion sur les difficultés actuelles des métiers du renseignement, leurs mutations et leur futur. Bref, un nouvel opuscule de la mauvaise série française du renseignement vu par le petit trou de la serrure.

En définitive, comment un fonctionnaire responsable peut-il se livrer ainsi à la trahison des règles les plus élémentaires de son ancien métier et, surtout, comment un tel livre peut-il être encore diffusé sans réaction ?

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°145, daté de Mai-juin 2010, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Selon la plupart des experts.

[3] Voir le Grand dossier du N°145 consacré aux « Amériques latines ».

Du même auteur, lire également :

 


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