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L’obsession iranienne et les intérêts de la France...

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 23 octobre 2007.©

La crise du nucléaire iranien impose de « se préparer au pire », c’est-à-dire à « la guerre », a déclaré Bernard Kouchner, le 10 septembre dernier, invité du « Grand Jury-RTL-Le Figaro-LCI ». Il a aussi confirmé que la France était favorable à « des sanctions économiques européennes » qui seraient donc prises en dehors de celle des Nations unies. « Déjà », a-t-il ajouté, « le gouvernement a demandé aux entreprises françaises de ne pas signer de contrats en Iran ».

Quelques jours plus tard, le ministre français des affaires étrangères envoyait une lettre à ses 26 homologues de l’Union européenne appelant à un accroissement des pressions sur Téhéran. Le contenu de cette lettre a d’autant plus surpris qu’il rompait avec la ligne de défense élaborée, en septembre dernier à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Les six puissances – États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne – impliquées dans le dossier iranien avaient, en effet, décidé d’attendre la fin novembre avant de proposer des sanctions renforcées au Conseil de sécurité.

Mohamed el-Baradeï

Le directeur général de l’Agence internationale atomique (AIEA), l’égyptien Mohamed el-Baradeï (Prix Nobel de la paix 2005) s’est donné jusqu’au 21 novembre pour présenter au directoire de l’AIEA un rapport sur l’exécution de son « Work plan » donnant trois mois à l’Iran pour rendre public son programme nucléaire en échange de la suspension des mesures de boycottage. A l’issue de cet exercice, il sera toujours temps, selon le patron de l’AIEA de faire le point sur le degré de dangerosité de la situation. « Pourquoi le Danemark ne veut-il pas la bombe ? », se demande Mohamed el-Baradei, « Parce qu’il se sent en sécurité. Pourquoi l’Iran la veut ? Parce qu’il se sent menacé et isolé ». Cette perception a le mérite de laisser du grain à moudre à nos diplomates qui sont nombreux à considérer le cas de l’Iran comme un dossier relativement simple. « Que veut ce pays ? », demande, à son tour, l’un de nos grands ambassadeurs, « des garanties en matière de sécurité, la reconnaissance de son rôle en tant que puissance régionale et des échanges commerciaux avec l’Occident. Il n’y a rien, en la matière, d’insurmontable ».

Depuis l’été, la Russie, la Chine et l’Allemagne appuient cette démarche, ces trois pays poursuivant leurs programmes d’investissements en Iran, Berlin ayant même augmenté sa présence, notamment dans les secteurs des machines outils, de l’informatique et de l’agroalimentaire. Dans le même temps, Paris engage ses grands exportateurs dont Total à se retirer de ce marché émergeant dans plusieurs domaines pourtant stratégiques pour l’économie française et les intérêts de notre pays.

Emboîtant le pas de l’administration Bush, notre pays a-t-il intérêt à se pousser ainsi en avant sur le dossier iranien ? Rien n’est moins sûr, d’autant qu’on sait depuis l’été 2006 que la probabilité d’une attaque américaine contre l’Iran est nettement plus élevée que ne le croient la plupart des Français. « Les conséquences d’une telle action seraient tragiques sur le plan économique et plus encore sur celui des grands équilibres géopolitiques », expliquent l’ambassadeur de France Jacques Andréani et Marc Ullmann, « la stabilité des pays du Golfe serait compromise. Le Pakistan serait ébranlé. Les musulmans du monde entier, aujourd’hui divisés, partageraient une haine commune contre les États-Unis et, plus généralement contre l’Occident. La Chine et la Russie en profiteraient ».

Encore une fois, notre pays a-t-il intérêt à monter en première ligne dans cette affaire dont l’agenda est, largement, dans les mains de Washington et de Tel-Aviv ?

Sur les plan de la paix et de la stabilité internationales, la situation pakistanaise n’est-elle pas plus préoccupante que celle d’un Iran qui vire à l’obsession ? Le retour de Bénazir Bhutto a été marqué par un attentat qui a fait plus d’une centaine de victimes. Fin octobre, le QG de l’armée pakistanaise a été visé. Un homme s’est fait exploser dans la ville garnison de Rawalpindi, à une vingtaine de kilomètres d’Islamabad et à un kilomètre de la résidence du président Pervez Moucharaf. Celui-ci a déjà réchappé à quatre attentats, dont deux en décembre 2003, le dernier en juillet 2007, en pleine crise de la Mosquée Rouge à Islamabad. Depuis le siège de ce bastion islamiste, l’armée pakistanaise essuie, quotidiennement, de lourdes pertes. Il y a aussi de nombreuses victimes civiles : 400 personnes ont, ainsi été tuées en juillet dernier. Dans la majorité de ces opérations, on retrouve la trace de l’ISI, les tristement célèbres services secrets de l’armée pakistanaise qui demeurent les alliés fidèle des Taliban. « Les activistes islamistes ont investi les appareils d’État pakistanais, y compris les dispositifs du nucléaire militaire », affirment les meilleures sources de la communauté européenne du renseignement.[2]

Dans l’ordre des priorités, le dossier pakistanais requiert certainement toute l’attention de la « communauté internationale ». Faudrait-il encore que celle-ci ne se laisse pas abuser et monopoliser par une obsession iranienne dont les ressorts actifs sont les mêmes que ceux ayant abouti au fiasco irakien… Certes, la crise iranienne de prolifération demande aussi la plus grande attention ; une attention forte de réponses diplomatiques et politiques. Dans cette perspective, les intérêts français convergent moins avec ceux de nos amis américains qu’avec ceux de nos alliés allemands. Relire le général de Gaulle, encore : « On ne fait pas de politique étrangère avec des émotions mais avec une stratégie ».

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°130, daté de Novembre-décembre 2007, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir le Grand dossier du N°130 consacré au « Renseignement à l’épreuve de la mondialisation ».

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