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Du Bourget à Beyrouth et Damas

Du Bourget à Beyrouth et Damas...

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 24 juin 2007.©

« Je demande qu’on fasse avec l’euro, ce que les Américains font avec le dollar, ce que les Chinois font avec le yuan, ce que les Japonais font avec le yen et - pardon de le dire - ce que les Anglais font avec la livre sterling. Comment nos industriels peuvent-ils encore être compétitifs si le dollar se dévalue de 34% par rapport à l’euro ? Est-ce que nous avons fait la deuxième monnaie du monde pour ne pas pouvoir s’en servir ? ».[2]

Dans une pure lignée gaullienne, sinon gaulliste, ce discours-événement du président de la République au Salon du Bourget a déclenché - bien-sûr - l’ire de la presse anglo-saxonne, comme toujours lorsque la France éternelle relève la tête (voir le décryptage de Joël-François Dumont).[3] Appelant la fin de l’ère de la « naïveté » pour entrer dans celle de la « réciprocité », Nicolas Sarkozy a parlé clair et conforté les acteurs engagés dans la survie et les progrès des filières industrielles françaises.[4] Au-delà de nos bagarres gauloises, qui pourrait ne pas souhaiter ardemment que notre pays se reforme et se consolide à travers des gains d’efficacité économique, de cohésion sociale et de souveraineté nationale (voir les propositions de la réforme « Air-2010 ») ? Il en va de même quant aux engagements de notre diplomatie dans les dossiers internationaux qui conditionnent l’avenir des intérêts de la France. Ainsi, en nommant l’ambassadeur Jean-Claude Cousseran, envoyé spécial chargé d’organiser une réunion interlibanaise à Paris, le président de la République envoie - là aussi - un souffle de renouveau salutaire. Ainsi, en dépassant des amitiés passées trop particulières, la France est, de nouveau, prête à parler à tous les acteurs d’un Orient compliqué où nos intérêts ne se confondent pas avec ceux des nos amis américains. Il n’y a pas d’approche « occidentale » monolithique et civilisationnelle des crises proches orientales, mais des traitements différenciés plus ou moins équitables avec des conséquences différentes selon l’histoire et la géographie… Et si nos intérêts vitaux dans cette région ne sont pas ceux de nos grands alliés, c’est justement en raison d’une géographie méditerranéenne qui reconduit quelques évidences tectoniques.

En contournant le Conseil de sécurité des Nations unies pour ajouter une nouvelle guerre à une région déjà suffisamment déchirée, l’administration Bush a enclenché une machinerie désastreuse. Grandement influencé par Tel-Aviv, l’agenda de Washington s’est fixé pour première tâche d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire qu’il obtiendra de toutes façons. Pour ce faire, la Maison Blanche oscille entre deux méthodes : celle du Département d’État cherchant à asphyxier financièrement, économiquement et politiquement Téhéran et celle du vice-président Dick Cheney, conseillé par les idéologues néoconservateurs, préconisant de nouvelles aventures militaires non seulement contre l’Iran, mais aussi contre ses alliés dont la Syrie et une partie du Liban. Cet agenda ne peut pas être celui de notre pays, parce qu’encore une fois, il ne tient pas compte de nos intérêts vitaux.

Durant ses tournées préparatoires, l’ambassadeur Cousseran devait se rendre aussi à Damas le 16 juin dernier pour un déjeuner avec le ministre syrien des affaires étrangères Walid Moualem. Une rencontre avec le président Bachar el-Assad était, semble-t-il, également prévue. Il était même question que Jean-David Lévitte - le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy - se rende, ultérieurement à Damas, ce qui aurait permis de nommer un nouvel ambassadeur de Syrie en France, poste vacant depuis plusieurs mois et – ainsi – de rétablir la relation Paris/Damas. Malheureusement, le jeudi 14 juin, un nouvel attentat meurtrier fauchait le député haririste Walid Eido, son fils et d’autres Beyrouthins. Dans les minutes qui suivent, Washington et le gouvernement de Fouad Siniora accusent Damas sans nuance aucune, rendant encore plus difficile la visite de Jean-Claude Cousseran. « On aurait voulu mettre en péril la mission française qu’on ne s’y serait pas pris autrement », commente un haut fonctionnaire de la Ligue arabe en ajoutant : « la Syrie n’est pas une partie du problème mais une partie de la solution. Paris qui a toujours eu une relation spécifique avec ce partenaire incontournable ne peut continuer à le boycotter au moment où, parmi d’autres, le ministre danois des affaires étrangère - l’un des membres les plus atlantistes de l’Union européenne – fait officiellement le voyage de Damas ». Finalement, quelques jours avant la rencontre interlibanaise de la Celle-Saint-Cloud, Jean-Claude Cousseran, lui-aussi, a fait le voyage, mais selon un format plus modeste et plus discret qu’initialement prévu. Au-delà de ce décalage avec nombre de ses partenaires européens et des suites de la Celle-Saint-Cloud, il faudra que Paris parle à nouveau, normalement, avec Damas.

Comme l’écrit Francis Gutmann à la page 43 de votre revue : « la tradition diplomatique française était de reconnaître un gouvernement étranger indépendamment de tout jugement politique ou moral, dès lors qu’il exerçait une autorité suffisante sur son territoire. C’est ainsi qu’Edouard Herriot a fait reconnaître l’Union soviétique dans les années 20 et que le général de Gaulle a reconnu la Chine de Mao en 1964 ». Dans le prolongement de l’esprit du Bourget, notre pays retrouverait-il, ainsi, le chemin de ses vrais intérêts en reconnaissant les acteurs qui font l’histoire du Proche Orient…

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°128, daté de Juillet-août 2007, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2]  « La naïveté, c'est fini. La réciprocité, cela commence »: Allocution de M. Nicolas Sarkozy, président de la République, à l'occasion de la visite du 47ème Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace - Paris Le Bourget, le samedi 23 juin 2007.

[3] Voir in Défense N°128 :  « L'heure de la réciprocité a sonné » : Joël-François Dumont analyse l'Allocution de M. Nicolas Sarkozy, président de la République, au 47ème Salon du Bourget. Paris, le 25 juin 2007.

[4] Voir le Grand dossier du N°128 consacré à la « D'un Bourget l'autre ».

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