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La défense

La défense, les dépenses et la démocratie...

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 22 décembre 2006.©

Quelle partie de son budget une démocratie doit-elle consacrer à la défense ? Question subsidiaire : comment la dernière loi de programmation militaire - dont la mise en œuvre est prévue jusqu’en 2008 - pourra-elle résister aux aléas du temps ? Pour essayer d’y voir plus clair, votre revue s’est adressée aux deux principaux candidats à l’élection présidentielle pour avoir leurs éclaircissements, non seulement sur ces questions budgétaires, mais aussi sur d’autres choix d’orientation importants de notre politique de défense.[2]

Pourquoi ne pas avoir attendu de connaître l’ensemble des candidats pour leur adresser ce même questionnaire ? Autre interrogation légitime. Parfaitement assumé, notre choix éditorial est simple : tenant compte de la bipolarisation de notre vie politique, nous avons voulu anticiper le calendrier afin de participer pleinement au débat. En nous adressant prioritairement à Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, nous souhaitions faire repère et, d’ores et déjà, tenter, avec nos moyens, d’inscrire les questions de défense, sinon au cœur de la confrontation présidentielle, en tout cas en bonne position dans l’ordre des priorités dont TOUS les candidats devront tenir compte.

Notre questionnaire, relativement technique et non exhaustif demande à être dépassé et prolongé par d’autres interrogations, elles-aussi tout autant fondamentales et foncièrement politiques. Dans le sillage de la discussion citoyenne amorcée par Messieurs Louis Gautier,[3] Olivier Darrason et le général Jean Rannou [4] quant à la critique et au bon usage du décret du 21 mai qui voit la consolidation des responsabilités du CEMA, nous vous proposons trois autres chantiers.

Le premier touche à l’importance, sinon au gonflement, des cabinets ministériels ainsi qu’au poids, sinon au surpoids des conseillers techniques qui finissent par dicter les langages que doivent tenir les chefs d’état-major devant les commissions parlementaires. Celles-ci ne sont-elles pas trop faibles et périphériques ? Sans tomber dans l’excès américain, ne devrait-on pas œuvrer à une augmentation du rôle des commissions parlementaires, notamment pour les questions touchant à la restructuration de nos services de renseignement ? Par ailleurs, un rôle accru pour le parlement en matière de défense et de sécurité peut-il constituer un élément de réponse aux dérives toujours possibles d’une technocratisation, sinon d’un corporatisme de nos armées ?

Le deuxième concerne effectivement le suivi d’une bonne mise en application du décret du 21 mai. Dans la mesure où le besoin opérationnel s’est imposé comme l’élément le plus structurant du ministère de la défense, le CEMA doit pouvoir compter sur une équipe réellement collégiale et interarmées. L’amélioration de l’interarmisation ne demande-t-elle pas de nouveaux efforts et notamment un regroupement spatial plus systématique qu’un relogement provisoire de nos états-majors dans d’improbables « algéco » ?

Notre troisième proposition de chantier touche à la dimension qualitative de la mise en œuvre de la LPM. Les restrictions budgétaires annoncées ne risquent-elles pas de favoriser un phénomène d’homothétie [5] négative, à savoir un simple saupoudrage d’économies sans réformer la structure ? Il est clair que l’adoption d’un train d’économies nécessitera des choix et aura pour conséquence la fermeture de certaines bases, la disparition de certaines garnisons ou le sacrifice de certains programmes afin d’assurer le maintien des options retenues et surtout, afin de ne pas sacrifier la disponibilité opérationnelle comme ce fut le cas à l’issue de la LPM précédente. Aurons-nous le courage de ces choix ?

Enfin, pour ne pas finir et afin de bien commencer l’année en vous souhaitant ainsi qu’à vos proches les meilleures choses pour les temps qui viennent, notre réflexion pourrait se porter sur la contradiction récurrente qui voit les forces européennes pouvant, théoriquement, se projeter sur n’importe quel
théâtre d’opération dans le monde (conformément aux décisions des Nations unies) alors que leurs engagements pour sécuriser les territoires européens ou leurs marches restent flous, sinon indéfinis.

Les questions touchant à la protection des territoires européens et à la sécurité de leurs populations continuent à faire l’objet d’un non-dit assourdissant. Le déficit en matière de réflexion stratégique concernant le dimensionnement et les orientations stratégiques futures de l’Europe demeure abyssal et structurel, ne serait-ce parce qu’on n’ose pas ou si peu aborder les contradictions et les incompatibilités organiques subsistant entre l’Europe de la défense et l’Alliance Atlantique.

Les éléments de langage consensuels sur l’inexorable complémentarité entre l’Europe de la défense et l’OTAN virent à la langue de bois précieux. Et ce n’est pas le bilan du dernier sommet de Riga qui viendra nous éclairer davantage. Ces problématiques méritent mieux qu’une posture incantatoire dont la reproduction ne viserait qu’à exorciser le soupçon - toujours déjà-là - d’un péché originel d’anti-américanisme.

En vous renouvelant tous nos vœux, nous attendons avec bonheur vos réactions.

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°125, daté de Janvier-février 2007, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir le Grand dossier du N°125 consacré à la « Politique de défense : coûts et orientations ».

[3] Louis Gautier : " Remous à l’état-major des armées ", in Le Monde du 19 juillet 2005.

[4] Olivier Darrason et le général Jean Rannou : « Oui, il allait réformer l’état-major des armées », United Nations Forum, 3 novembre 2005.

[5] O est un point du plan et k un réel non nul. On appelle homothétie de centre O et de rapport k, la transformation qui à tout point M associe le point M’ défini par la relation OM’ = k.OM.

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