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Entre Hamas et Kadima

Entre Hamas et Kadima : unilatéralisme et dérive des civilisations

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 22 décembre 2006.©

La victoire sans surprise et sans passion de « Kadima » aux élections législatives israéliennes du 28 mars dernier fait d’Ehoud Olmert, l’ancien maire de Jérusalem, fidèle parmi les fidèles d’Ariel Sharon, le nouvel homme fort de l’État hébreu. Après la victoire des islamistes du Hamas aux élections législatives palestiniennes du 25 janvier 2006, cette double polarisation risque d’empêcher durablement toute espèce de reprise des discussions israélo-palestiniennes pour la négociation d’un quelconque statut final qui verrait cohabiter deux États voisins, démocratiques et viables.

Le programme d’Olmert et ses déclarations des jours précédant le scrutin, notamment lors de sa visite à la colonie d’Ariel, la plus importante de Cisjordanie après Maalé Adoumim, ont confirmé son intention de poursuivre, face aux Palestiniens, la stratégie de Sharon : entreprendre d’autres « désengagements » unilatéraux dans les territoires occupés, évacuer les petites colonies dispersées, annexer à Israël les grands blocs de colonies (Ariel, Maalé Adoumin, Goush Etzion et la périphérie de Jérusalem) et conserver une « zone de sécurité stratégique » dans la vallée du Jourdain. Ehoud Olmert veut, dans les quatre ans à venir, arrêter des « frontières permanentes » lui permettant de séparer les Israéliens de la majorité des Palestiniens. En d’autres termes, le « mur de séparation », dont la construction a été condamnée par la Cour internationale de justice (CIJ) des Nations unies, et qui doit être achevé à la fin de cette année, marquera la nouvelle frontière d’Israël. Cette évolution risque de transformer définitivement en chiffons de papiers les multiples plans de paix imaginés depuis 1993 (accords d’Oslo, « Feuille de route », initiative de Genève, plan Abdallah, etc.), qui reposaient tous sur la création d’un État palestinien, dans les limites de la ligne d’armistice de juin 1967, assortis de quelques aménagements mineurs.

Evidemment, la majorité absolue du Hamas au Conseil national palestinien (74 sièges sur 132) constitue le meilleur des alibis à l’acceptation de tous les unilatéralismes. Face à ce résultat, les démocraties européennes auraient dû faire le pari de « parler » au Hamas, non seulement parce qu’il a remporté des élections démocratiques, mais aussi parce qu’en instaurant un « dialogue critique » avec cette formation, elles auraient pu ouvrir de nouvelles perspectives sur des évolutions possibles, à l’instar de ce qui fût fait avec l’IRA en Irlande, l’ETA au Pays Basque, et même avec le Hezbollah au Liban.

Mais avant même d’avoir laissé la moindre opportunité au Hamas de développer ses propositions d’un gouvernement de coalition avec l’Autorité palestinienne et d’une « Hudna » - trêve à long terme -, le gouvernement israélien, l’administration Bush, l’Union européenne et Paris referment, ensemble, le couvercle sur une question israélo-palestinienne désormais abandonnée aux aléas d’unilatéralismes complémentaires, avalisant ainsi la doctrine du « choc des civilisations ».

L’acceptation de cette terrible « dérive » implique dans une même dynamique des fondamentalismes apparemment opposés : le principe des « vases communicants » selon lequel les extrémismes se renforcent et se légitiment mutuellement.

Cette montée en puissance de l’idéologie du choc des civilisations n’a pas que pour seule conséquence le rejet de la question palestinienne aux oubliettes de l’Histoire, mais influence aussi la gestion des autres crises proche orientales La fin, proclamée et internationalement acceptée, de la question palestinienne ne peut qu’accentuer l’alignement de l’Europe et de la France sur Washington et Tel-Aviv, l’attentisme volontaire des États-Unis et les résultats de la politique israélienne du fait accompli. Si l’on ajoute la détérioration de la situation humanitaire, cette évolution pourrait avoir des effets désastreux en matière de sécurité, non seulement régionale, mais aussi internationale. En effet, les responsables de plusieurs services européens de sécurité craignent qu’à désespérer encore un peu plus le Hamas, l’intransigeance internationale ne suscite l’émergence d’organisations islamistes encore plus radicales, sinon une délocalisation d’une violence jusqu’à maintenant cantonnée en Israël et en Palestine.[2]

Entrant en convergence avec les sous-produits des violences irakiennes, auxquels sont imputables les derniers attentats de Madrid et de Londres, on peut craindre que cette délocalisation du conflit israélo-palestinien ne finisse par susciter une nouvelle vague d’attaques, de détournements d’avions ou de prises d’otages semblables à celle que l’Europe a dû affronter dans les années soixante-dix et quatre-vingt.

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°120, daté de mars-avril 2006, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir le Grand dossier du N°1200 consacré à la « Proche Orient/Asie : nouvelles donnes... ».

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