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To be OTAN or not to be

To be OTAN or not to be ?

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 4 février 2006.©

La récente libération de l’otage français Bernard Planche – détenu en Irak – a valu à Washington les remerciements appuyés de Paris. Et les deux capitales continuent ostensiblement à multiplier les signes de réconciliation, et pas seulement sur l’Irak. Interrogé par CNN en novembre dernier sur la perspective d’un retrait des troupes américaines, Dominique de Villepin avait donné le ton en plaidant contre « toute précipitation », soulignant ainsi que « le vrai calendrier concerne la situation sur le terrain où l’on doit éviter à tout prix le chaos… »

Mais, en dépit de ces retrouvailles qui s’ajoutent à des opérations anti-terroristes conjointes très médiatisées en Afghanistan, ainsi qu’à des postures diplomatiques tout aussi conjointement cordiales au Liban et en Syrie, les «lignes rouges» qui cadrent la présence française dans l’OTAN restent, plus que jamais nécessaires afin de préserver les efforts et les progrès de l’Europe de la défense. Et le secrétaire général de l’Alliance – Jaap de Hoop Scheffer - qui a déjeuné avec Michèle Alliot-Marie à Paris le 2 février dernier, a beau répéter que son organisation est « parfaitement complémentaire avec la politique de défense de l’Union européenne », les sous-entendus, voire les malentendus, ne cessent de s’accumuler…[2]

Richard Labévière en conversation avec Jaap de Hoop Scheffer

Lors de la dernière réunion ministérielle de l’Alliance consacrée au Proche-Orient, le secrétaire d’État américain, Condoleezza Rice, a profité de la dernière embellie franco-américaine pour faire avancer quelques vieux projets très hérétiques pour Paris et Berlin afin de faire, à terme, de l’OTAN “une alliance globale” susceptible d’exporter les valeurs démocratiques, « tous azimuts », non seulement vers le « Grand-Moyen-Orient » version Washington, mais aussi en direction de l’Afrique et de l’Asie, contournant – de facto – les Nations unies, son Conseil de sécurité et l’Union européenne.

L’alibi de la lutte anti-terroriste est de nouveau agité pour relancer le projet de la création d’une base permanente de l’OTAN au Proche-Orient, en pérennisant le dispositif de formation de la police irakienne en Jordanie, de même que pour organiser à Bruxelles des conférences régulières ou des « cours du soir » sur le péril islamiste qui pourraient être assurés par des experts de la CIA et de la DIA… A terme, et les officiers américains le confirment officiellement, il s’agit aussi d’amener l’OTAN à s’engager ouvertement sur territoire irakien afin d’assurer des « tâches sécuritaires », dans une perspective plus lointaine de relève des troupes américaines. Il s’agit, aussi, de partager le lourd fardeau financier du budget de la sécurité qui ne cesse d’augmenter allant jusqu’à absorber la totalité des fonds qui avaient été affectés à la reconstruction du pays.

Certes, Paris et Berlin continuent, sur ces différents dossiers, à leur opposer une résistance légitime. Mais c’est justement sur les fronts financiers et commerciaux que les premiers bienfaits des retrouvailles franco-américaines s’avèrent les plus grinçants. Jaap de Hoop Scheffer a profité de la période des vœux pour relancer un programme d’acquisition d’avions Boeing C-17 pour la flotte commune de transport stratégique de l’OTAN, au détriment de l’offre, plus ancienne, d’Airbus A-400M, initialement relancée par l’Allemagne et la France au printemps dernier. Le marché qui pourrait porter sur quatre ou cinq appareils correspond à une enveloppe d’environ un milliard de dollars.

Dans les couloirs de l’OTAN à Bruxelles, on crie à la trahison en soulignant « qu’une fois de plus, les Américains profitent d’un “mieux” transatlantique pour pousser leurs avantages commerciaux, au moment même où la participation financière de Washington au budget consolidé de l’Alliance enregistre un de ses minimums historiques ».

Faute d’apports financiers en augmentation, les Américains appellent même à une « recapitalisation » de l’Alliance et se tournent vers leurs alliés européens pour qu’ils fassent preuve « d’un effort budgétaire accru et responsable en matière de défense et de sécurité ».

Destiné, notamment à montrer la vitalité de l’Alliance, la mise en chantier d’un nouveau quartier général, dont l’achèvement était prévu pour 2012, a été retardé et revu à la baisse. Jugés aussi trop onéreux et diminuant le rôle des États membres, des projets de réforme de l’organisation et du fonctionnement du siège ont été carrément abandonnés. Et comme le dit prudemment l’un des généraux de la rue Saint-Dominique, « certes, les choses vont mieux parce que nous n’avions jamais rompu les ponts avec nos homologues américains, mais, à Bruxelles, ils gardent la mauvaise habitude de lancer le bouchon toujours trop loin… »

Et même s’il demeure très prolixe sur le thème d’une « complémentarité naturelle entre l’OTAN et l’Union européenne », le secrétaire général de l’Alliance reconnaît que « celle-ci comporte toutefois des limites et que sur certains sujets, il faudra bien trancher… », en réaffirmant, à l’unisson avec Condoleezza Rice : « j’ai toujours été atlantiste tout en restant profondément européen, mais mon ambition prioritaire est de transformer l’Alliance en une organisation globale ».

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°119, daté de Janvier-février 2006, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir le Grand dossier du N°119 consacré à « Après le double non, l’Europe demain... ».

Du même auteur, lire également :

 

 


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