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Chine

Chine : vers une armée nouvelle...

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 25 mars 2005.©

Nébuleuses, les réelles capacités militaires de la République populaire de Chine (RPC) le sont particulièrement, même si l’Armée populaire de libération dispose d’un nombre considérable de combattants, soit près de 2,3 millions d’hommes. Et lorsqu’il s’agit de connaître la réalité de ses forces spéciales, la tâche est des plus difficiles.

Pourtant, au regard de la géostratégie chinoise, il est possible de constater combien l’accent est mis sur les éléments destinés aux opérations amphibies. Avec en vue, toujours et encore, Taïwan, dont la place géopolitique, la nature même du régime en place ne satisfont guère Pékin. Le président Hu Jintao vient d’ailleurs de réaffirmer la position ferme de la RPC : « […] Nous ne tolérerons jamais l'indépendance de Taïwan et nous ne permettrons jamais aux séparatistes de faire sécession ». Le 5 mars 2005, les 2.988 députés chinois ont même adopté une loi s’opposant fermement à l’indépendance de Taïwan. Une prise de position – guère surprenante en soi – qui survient au moment même où Pékin a décidé d’accroître ses dépenses militaires de 12,6% pour cette année. Ainsi, entre fin 2003 et début 2006, le budget militaire de la RPC aura-t-il augmenté de 23,6%.

Et si, à plus ou moins long terme, la Chine s’appliquait à mettre fin à « l’effronterie » taïwanaise, comment procèderait-elle ?

Assurément en usant de ses Forces spéciales (FS) au cœur de l‘île dissidente. Avec pour objectifs la prise de contrôle des points névralgiques, des pôles de commandement politique et économique, dans la tradition de ce que prévoyaient d’accomplir les Forces spéciales du Pacte de Varsovie, dans une Europe libérale à conquérir. Au préalable, les FS chinoises, doublées d’agents clandestins du renseignement militaire chinois, le Qingbao,[2] effectueraient, des mois durant, un long travail d’infiltration pour, le jour fixé, intervenir en éliminant responsables politiques et chefs militaires, en procédant à la neutralisation de tous les sites de communication, afin de décapiter le pays. Toujours en vertu du vieil adage selon lequel il faut rendre l’adversaire sourd et aveugle. Enfin, les Forces spéciales de Pékin s’appliqueraient à neutraliser les pôles de défense anti-missile Patriot PAC-2, implantés seulement dans le nord de l’île. Interviendraient ensuite quelques-unes des 14 divisions aéroportées d’élite de l’armée chinoise, intégrées dans une redoutable Force de réaction rapide, pour mener un combat plus traditionnel contre les unités taïwanaises encore opérationnelles.

En toute logique, Taïwan dispose également d’une force de déploiement rapide. Le Commandement de l’Aviation et des Forces Spéciales (Aviation and Special Forces Command, ASFC) réunit sous un même commandement trois brigades héliportées – les 601e, 602e et 603e – avec la 862e brigade de guerre spéciale, comparable aux Rangers de l’armée américaine. Enfin, en matière de contre-terrorisme notamment, Taïwan peut s’enorgueillir de quelques unités de Forces spéciales calquées sur la mythique – autant que mystérieuse – Delta Force américaine. Plus concrètement, sans basculer dans l’hypothèse du catastrophisme, la Chine, au même titre que le Japon, est surtout focalisée sur la sécurisation de ses approvisionnements maritimes en ressources énergétiques. Ces dernières sont massivement importées à travers l’Océan indien, depuis le Moyen-Orient.

Le détroit de Malacca

Elles transitent par la mer de Chine via le détroit de Malacca, exposées à une recrudescence, ces dernières années, de la piraterie. Connu comme l’un des plus longs du monde, le détroit de Malacca (1,5 km de large, 900 km de long) entre la péninsule malaise et l'île de Sumatra, est d’une importance stratégique entre l’Océan Indien et l’Extrême-Orient. C'est la principale route du pétrole et du gaz liquide, du Moyen-Orient vers l'Asie du Sud-est. En moyenne, on estime que près de 10 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par cet itinéraire. Environ 25% du pétrole brut mondial et 2% du gaz naturel liquide y sont acheminés. Cette zone est sans cesse exposée aux attaques de pirates indonésiens et pose de sérieux problèmes de sécurité pour l'industrie maritime.

Ce n’est pas un hasard si Pékin s’est lancé dans une politique d’expansion militaire en mer de Chine du Sud et dans l’Océan indien, avec l’aide du Pakistan. D’où ses efforts actuels pour moderniser sa marine de guerre, en privilégiant ses forces sous-marines. Le Japon est lui-aussi dans la même logique… Tout comme Taiwan…

Cette situation d’ensemble inquiète les États-Unis dont la supériorité maritime est encore effective aujourd’hui, mais en voie d’être supplantée par la marine de guerre chinoise d’ici quelques années. Toute cela contribue à faire de cette région d’Asie de l’Est une aire d’instabilité où les intérêts géopolitiques s’entrecroisent et, dans certains cas, s’entrechoquent. C’est le cas, depuis plusieurs années, à propos des îles Spratleys, riches en pétrole, convoitées par la Chine, le Vietnam, les Philippines, l’État de Brunei, la Malaisie et Taïwan. Et pour les opérations coups de poing, les débarquements furtifs ou la préparation d’opérations d’ampleur, les Forces spéciales sont précieuses. Dans le cas chinois, elles s’avèrent d’autant plus redoutables qu’elles sont, en lien étroit avec les services secrets, au service d’un régime qui n’a pas encore de liens tangibles avec le libéralisme politique.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°115 daté de Avril-mai 2005. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Le Qingbao « 情报部 », anciennement Cheng Pao K’o, est le service de renseignement militaire chinois (Deuxième Département de la République populaire de Chine). Il dépend de l'État-major de l'Armée populaire de libération (APL). Son QG est situé 21, North Andeli Street à Pékin. En 2003, ce service a fait parler de lui, quand il s'est avéré qu'il avait recruté Ronald Montaperto, expert sur la Chine à la Defense Intelligence Agency américaine.

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