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Du Moyen-Orient au Maghreb : l’entreprise d’implantation américaine

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 28 mai 2005.©

Alors que l’attention se porte essentiellement sur l’évolution de la situation en Irak, les États-Unis inscrivent leur géopolitique – et la géostratégie qui en découle – dans une dimension intercontinentale, du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord, véritable entité du bassin méditerranéen. Et cela, dans le but clairement affiché de venir à bout, coûte que coûte, des mouvements islamistes au fondamentalisme déstabilisateur ; sans occulter pour autant la consolidation d’une assise économique sur ce vaste espace géographique. 

Cette action d’envergure, quasi inédite à cette échelle, ne se fait pas à l’encontre des gouvernements nord-africains ; au contraire, ceux-ci prêtent un vif intérêt à cette entreprise d’éradication du fondamentalisme armé qui, de toute évidence, est autant une source de menaces à l’encontre de leur propre régime. De la Mauritanie à la Libye…à travers l’exemple algérien.

Il s’agit aussi pour les États-Unis de maîtriser l’évolution démocratique de pays comme l’Algérie qui fut longtemps mis au ban de l’Empire américain, tout en sachant que les ressources en gaz et pétrole les intéressent particulièrement. En Libye, les États-Unis sont largement favorisés pour bénéficier de contrats d’exploitation des ressources en hydrocarbures. Et cela pourrait d’ailleurs être considéré – soulignons l’aspect positif – comme une source d’émulation pour la politique étrangère de la France qui doit se montrer toute aussi offensive et efficace que son homologue américaine.

Depuis quatre ans environ, la stratégie américaine [2] multiplie donc les relations interministérielles avec les gouvernements d’un Maghreb élargi, de la Libye à la Mauritanie. Répétons-le, l’angle d’approche privilégié est la lutte contre le terrorisme. D’où, par exemple, une coopération entre les unités spécialisées américaines – du FBI aux forces spéciales – et leurs correspondants algériens, désireux de mettre un terme à une certaine déficience des équipements de haute technologie et de moderniser leurs méthodes d’investigation. Si bien que là encore, les États-Unis ont mis en place un véritable partenariat, invitant notamment des policiers algériens à suivre des formations sur le sol américain pour rendre opérationnelle leur police scientifique.

Les forces d’opération spéciales algériennes ont bénéficié, jusqu’à présent, d’un soutien financier conséquent des États-Unis, soit 700 000 dollars, sans oublier les livraisons d’armes et matériels modernes (notamment des systèmes de vision et visée nocturnes qui faisaient largement défaut dans l’armée algérienne). Si bien que l’efficacité des équipes d’intervention au sol est de moins en moins contestable. Ce sont de telles unités qui, le 13 mai 2003, ont libéré 17 des 32 otages européens et éliminé 9 terroristes, tandis que les forces spéciales ne déploraient qu’un seul tué. Au printemps 2004, on apprenait que des commandos américains avaient participé à des opérations conjointes avec l’armée algérienne, contre les réseaux salafistes, aux confins de l’Algérie et du Mali. Diverses sources indiquent même une politique américaine d’appui et de soutien via des équipes de forces spéciales à la Mauritanie, au Niger et au Tchad, ou au Mali, contre l’intégrisme musulman.

Si le Maroc est perçu comme le pays le plus démocratique d’Afrique du Nord, ce dont se félicitent les États-Unis au point de signer un accord de libre-échange, l’Algérie est désormais entrée dans une phase de relations étroites avec la Maison blanche. Lors de la tragédie du 11 septembre, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, est même le premier des chefs d'État à se rendre à Washington. Et le 5 juillet 2004, le président des États-Unis, Georges W. Bush fait parvenir une message significatif au président Bouteflika : « L'Amérique continue à compter sur l'Algérie en tant que partenaire dans la guerre contre la terreur et dans la tâche cruciale de développer la démocratie et de promouvoir la prospérité dans le monde. […] Nous soutenons le peuple algérien au moment où il fait face aux défis de la libéralisation politique, économique et sociale et le remercions pour son soutien et son amitié continus ».

La sempiternelle question moyen-orientale Par extension, les liens s’établissent dans une même continuité avec le Middle East où la politique de partenariat des États-Unis, entre liens politiques et offensives économiques, est une évidence et sur laquelle nous n’insisterons pas ici, avec les « pétromonarchies » ; un partenariat économique qui se double d’accords de coopération militaire durable (formation et équipement des armées nationales ou d’unités de sécurité particulières). Le pétrole d’Arabie saoudite, du Koweït et d’Irak, les ressources en eau de la Turquie, véritable château d’eau de la Région… Autant de précieuses sources d’énergie qui n’échappent nullement aux stratèges américains.

Reste la question irakienne, sur laquelle nous avions commencé ce bref article, et les affaires adjacentes. L’affirmation des Kurdes, au grand mécontentement de la Turquie, le nouveau souffle des tensions entre chiites et sunnites relèvent d’une inquiétante prospective. La publication d’informations faisant état de la destruction d’exemplaires du Coran dans la prison de Guantanamo, de photos de Saddam Hussein dévêtu, sont de pitoyables brûlots. Des fautes élémentaires qui risquent d’attiser rancœurs, amertumes et goûts de vengeance à l’encontre d’un Occident qui semble désorienté par l’évolution des relations économiques à l’échelle internationale, tant il n’assure plus leur contrôle aussi aisément qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Et finalement, pour se préserver, la vaste zone qui court du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord doit être édifiée en véritable rempart contre toutes les nouvelles menaces.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°116 daté de Juin-juillet 2005. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] En affirmant vouloir maîtriser l’évolution démocratiques, la stratégie des États-Unis visant à créer un « Grand Moyen-Orient » n'a pas fait l'unanimité, tant s'en faut !

Le « Grand Moyen-Orient » vu par Washington

Jugé peu pertinent, le concept de « Grand Moyen-Orient » a suscité de nombreuses controverses. Pour mémoire, ce terme a été utilisé le président George W. Bush et son administration pour désigner un espace s'étendant du Maghreb et de la Mauritanie au Pakistan et à l'Afghanistan, en passant par la Turquie, le Machrek et l'ensemble de la péninsule Arabique. George W. Bush a d'abord évoqué la doctrine de « remodelage du Grand Moyen-Orient » le 26 février 2003 devant une réunion de néoconservateurs de l'American Enterprise Institute (AEI), avant de la développer le 9 mai 2003 dans un discours à l'Université de Caroline du Sud. Le 24 janvier 2004, dans son discours « sur l'état de l'Union », le président américain a fait une déclaration qui a jeté les bases de ce qu'on appelle désormais « la doctrine Bush » : « Tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des États-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient ».

Le « Grand Moyen-Orient » coïncide en grande partie avec des pays peuplés de musulmans

Le concept de « Grand Moyen-Orient » n'est pas exempt de critiques parfois passionnées. Il n'aurait aucune valeur heuristique ou scientifique et présenterait une « large part de messianisme dans le fil de la doctrine Monroe.» Prétendre vouloir réunir des régions où l'Islam est certes majoritaire d'origine ethnique différente, qui ne sont pas unies par la religion et qui n'ont pas d'histoire commune serait selon ses détracteurs une façon de les amalgamer en un « bloc de civilisation » (cf., le « choc des civilisations ». Ce « Grand Moyen-Orient » ne recouvre pas le monde arabo-musulman : incluant l'Iran, la Turquie, Israël, l'Afghanistan et les populations caucasiennes et d'Asie centrale qui ne sont pas des pays arabes. Cette approche est davantage interprétée comme « le fruit d'une vision idéologique et comme une nouvelle forme d'ingérence impérialiste américaine. Rien ne dit que cette vision puisse servir la paix dans la région. Vouloir appuyer de l’extérieur par la force armée qui plus des « mouvements démocratiques » qui ne seraient pas le fruit d’un processus interne pourrait même se révéler improductif. Un chercheur égyptien, Diaa Rachwane, estime même que « partout où des élections s'étaient tenues dans les pays du 'Grand Moyen-Orient', les mouvements islamistes avaient progressé de façon phénoménale, du Maroc au Pakistan en passant par l’Égypte, l’Irak mais aussi la Palestine »...

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