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Contre-piraterie et contre-terrorisme en Asie du Sud-Est

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 23 octobre 2005.©

La nouvelle piraterie s’affiche comme un véritable fléau en Asie du Sud-est, menaçant les routes maritimes d’approvisionnement énergétique. Elle se superpose à l’éco-terrorisme dont les modes opérationnels sont assez comparables. D’où les mesures prises par les grandes puissances pour préserver le commerce maritime.

Lorsque l’on s’intéresse à l’Asie du Sud-est, l’attention ne peut en effet occulter le rôle stratégique des voies maritimes comme sources d’approvisionnement incontournables en produits manufacturés, en matières énergétiques d’importance stratégique (hydrocarbures) et diverses autres matières premières à destination des marchés chinois, taïwanais et nippon.

Ce vaste espace géographique s’affiche donc par sa large dépendance vis-à-vis des approvisionnements maritimes en produits énergétiques depuis les pays du Golfe à travers le détroit de Malacca (900 km de long), incontournable route névralgique pour tous les fournisseurs de pétrole, de gaz liquide ou naturel, via les tankers à destination des pays asiatiques.[2]

Le détroit de Malacca

En moyenne, on estime que près de 10 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par cette route. Or, le spectre d’une nouvelle piraterie perturbe les équilibres commerciaux, commence à ternir les prévisions, à déstabiliser la sereine prospective d’échanges dont le volume ne cesse d’augmenter. Telle sont les conclusions des études émanant du Centre d'observation de piraterie du BMI, installé en Malaisie, depuis 1991.

De surcroît, les actes de piraterie témoignent d’une violence de plus en plus radicale depuis 2003 et de l’augmentation des prises d’otages; dans des eaux archipélagiques fortes de près de 25 000 îles propices aux coups de main. Pour les gouvernements asiatiques et occidentaux, il s’agit dorénavant de faire face au fléau de la piraterie dont le coût est estimé, selon les sources, entre 1,5 et quelques dizaines de milliards de dollars par an. Outre la contre-piraterie, leurs démarches de précaution impliquent conjointement le contre-terrorisme au regard des attaques inhérentes à l’éco-terrorisme contre les moteurs de l’industrie pétrolière et gazière, avec une certaine recrudescence depuis l’automne 2002. Si l'essentiel des attaques relève des mouvements d'obédience islamique, certaines sont imputables à quelques minorités revendicatrices, des courants ethniques cherchant à faire pression sur les compagnies étrangères afin d’obtenir des compensations pour les dommages causés sur leur propre environnement ou l’appropriation étrangère de leurs ressources naturelles.

Il s’agit en tout cas de faire face à des organisations dotées, pour les plus puissantes, de vedettes rapides (avec parfois des mitrailleuses lourdes), de véritables commandos d’abordage dotés d’armes automatiques et même de lances roquettes – on est loin des flibustiers de Long John Silver (L’île au Trésor) – pour arraisonner et détourner un super tanker ou un porte-containers vers l’un des innombrables îlots, véritable base arrière d’une organisation mafieuse qui a tôt fait de maquiller le navire saisi, de lui attribuer un nouvel équipage, un nouveau pavillon pour tromper les Affaires maritimes. L’Indonésie, zone privilégiée des actes de piraterie, et les Philippines constituent les foyers principaux des groupes terroristes, islamiques pour certains, forts d’une expérience en matière de piraterie. Compagnies et sociétés multinationales craignent sans cesse qu’un de leurs « super tankers » y soit anéanti par des explosifs ou, pire, détruit au sein d'un port ou à proximité d'une raffinerie, ou même détourné comme élément létal contre une ville portuaire ou une zone littorale. Des risques écologiques et humains réels, doublés de perturbations économiques conséquentes à l'échelle internationale. La nébuleuse Al-Qaïda est souvent mise en avant avec les cellules terroristes affiliées, d'autant que l’organisation a une solide expérience en matière d'opérations maritimes et qu’elle dispose de ses propres nageurs de combat. Le Japon a clairement affirmé qu’il fera toujours le maximum pour préserver les voies d’acheminement, particulièrement vitales dans son cas puisque 80% des matières énergétiques indispensables à son économie nationale transitent par le détroit de Malacca et à travers la mer de Chine ; Chine dont la consommation énergétique a augmenté de 280% entre 1981 et 1995…

L’importation de pétrole n’est donc pas une mince affaire… En juin 2004, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Grande-Bretagne, la Malaisie, et Singapour se sont déclarés en faveur d’une augmentation des capacités de l’Accord de Défense des cinq puissances (FPDA : Five Powers Defense Arrangements) établi en 1971. Initialement, il s’agissait de contrer les menaces militaires. Désormais, cette défense est étendue à l’antiterrorisme, notamment maritime. D’où des exercices communs entre les marines de ces pays, notamment fin 2004 dans le sud de la mer de Chine. Les EU ont aussi font pression pour que soit appliquée la réglementation ISPS (International Ship and Port Facility Security) mise en place depuis le 1er juillet 2004 et destinée à imposer des mesures de contrôle et de surveillance contraignantes autant qu’indispensables : présence d’éléments de sécurité (officiers de sécurité) sur les navires et dans les ports, contrôle des conteneurs (près de 230 millions transitent chaque année sur les mers et océans), etc.

L’ONU, l’Organisation maritime internationale (OMI) et les divers comités de la sécurité maritime, des affaires juridiques et de la facilitation de l’OMI, associés au Bureau du contrôle des drogues et de la prévention du crime (BCDPC) et à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), l’Organisation mondiale des douanes (OMD) agissent de concert dans l’application de larges mesures antiterroristes intégrant la dimension de la lutte anti-piraterie. Concrètement, les compagnies procèdent à la mise en place d’armes non létales sur les bâtiments affrétés, tels l’électrification des pont et parois (9 000 volts), l’utilisation de lumières et flashs aveuglants, de sirènes assourdissantes, le suivi des itinéraires des navires par satellites (combinaison du système IMB ShipLoc/GPS et transmetteur Argos/système d’alerte Internet avec envoi de message en cas de danger) en particulier dans les zones dites sensibles traversées par les rails. Cela entraîne également une refonte de la sécurité des ports, un renforcement des moyens d’intervention des marines de guerre en matière de commandos de marine, nageurs de combats et groupements d’intervention en milieu clos, capables d’investir des navires et prendre le contrôle des bâtiments, en vertu de techniques complexes et sensiblement périlleuses.

N’oublions pas le caractère extrêmement délicat de la progression dans les coursives d’un navire de surface avec une visibilité quasi nulle et la prise en compte de tous les paramètres possibles quant à la nature et aux manifestations de la menace. Les États-Unis, dont la stratégie actuelle met en retrait le concept des grandes bases (Main Operating Bases) pour privilégier les pôles opérationnels avancés et les sites de coopération de sécurité, s’appuient notamment, depuis leurs Ve flotte (pour l’Océan Indien) et VIIe flotte (pour le Pacifique), sur les Fleet Antiterrorism Security Team (FAST) du Corps des Marines, aiguisées chargées non seulement de missions de sécurisation mais aussi, à l’instar des Seals, d’intervenir dans des missions de contre-piraterie et contre-terrorisme.

Les interventions s’accomplissent depuis des embarcations mais aussi via des opérations d’héliportage, d’aérolargage ou d’aérocordage.

Dans le cadre d’une lutte qui, finalement, ne fait que s’engager.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°118 daté de Novembre-décembre 2005. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Chine : vers une armée nouvelle...

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