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Israël

Israël, une action forgée par la hantise du sursis

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 21 février 2006.©

Munich 1972, Proche-Orient 2006… Dans son dernier film, le réalisateur américain Steven Spielberg revient sur l’opération de représailles « Kalahat 4 », fait marquant de la guerre de l’ombre, orchestrée par Golda Meier (1898-1978) pour neutraliser les membres du commando palestinien responsables de la mort des athlètes israéliens lors des jeux olympiques de 1972 à Munich. Est alors intervenue la Sayeret Egoz [2] unité antiguérilla utilisée par ailleurs contre le Hezbollah…

Le film engendre alors une nouvelle polémique. Elle se traduit par une obstination à cataloguer l’œuvre soit comme pro-israélienne, parce que mettant en lumière les services secrets israéliens, soit comme pro-palestinienne, en montrant l’absence d’éthique et de moral dans le jeu politique de l’État d’Israël destiné à préserver la puissance institutionnelle et sa crédibilité face aux États arabes. L’œuvre, finalement, ne fait que refléter une réalité historique et ne s’en félicite d’aucune manière puisqu’elle rappelle que cette situation conflictuelle fait de l’Homme à la fois l’instrument et la victime.

Les services secrets israéliens, représentés par le Mossad (Institut central de renseignement et d’activités spéciales), ont des liens directs avec les unités spéciales de Tsahal. En tant que telle, la politique d’assassinats ciblés témoigne de la récurrence des tensions entre l’État israélien et les organisations paramilitaires d’origine palestinienne. Elle reflète la démarche traditionnelle de l’État israélien dans sa logique de prévention et son entreprise sécuritaire.

Depuis sa création en 1947, l’État d’Israël doit faire face, de manière cyclique, à des guerres qui ont conforté sa démarche sécuritaire face à une adversité régionale plus ou moins vive selon les périodes ; les conflits de 1947-1948, de 1967, de 1973 attestant de tensions au cours desquelles Israël dut faire face, soit en agissant par prévention, en 1967 (Guerre des Six jours), soit en réagissant avec obstination lorsqu’en 1973 (guerre du Yom Kippour) elle manque de se faire surprendre totalement.

Les généraux israéliens ont, à la fois, tiré les enseignements stratégiques de ces diverses guerres et su consolider un outil militaire où la dimension de troupes d’élites, d’une part, de Forces spéciales, de l’autre, a toute son importance. C’est pourquoi la composante parachutiste-commando est au cœur des Forces de défense d’Israël (Tsavah Haganah Leisraël ou Tshahal) et s’avère l’essence même des Forces spéciales du pays.

Pour une armée de quelques 180 000 hommes et femmes, dont près de 85% conscrits, le pays peut recourir à une imposante réserve de près d’un demi-million d’individus dont la valeur tient à sa capacité à être sur pied entre 24 et 72 heures. Le rapport entre de courtes distances pour un espace géographique réduit – aux frontières discutées, n’insistons pas sur ce point – impliquent des marges de réactivité d’autant plus faibles. En fait, chaque grande composante de l’armée, armée de l’air, armée de terre, marine, dispose de ses propres éléments de forces spéciales dont l’énumération serait ici fastidieuse.

Restent que certaines d’entre elles sont particulièrement marquantes tant elles témoignent de ce lien permanent entre forces armées et services secrets. Citons, pour exemple, l’unité dite 262 ou Sayeret Mat’kal créée en 1957. Dépendant directement du chef d’état-major des armées, elle appartient à part entière au Service de renseignement de Tsahal. Depuis sa création, certaines de ses recrues sont devenues sinon des figures militaires, des responsables politiques, comme Ehud Barak ou Benjamin Netanyahu, actuellement à la tête du Likoud. Cette unité est restée célèbre pour l’opération Yonathan en Ouganda, à Entebbe en juillet 1973 ; le fameux Raid sur Entebbe qui permit la libération d’une centaine d’otages aux mains de terroristes palestiniens (vol n°130 sur un airbus A-300 d’Air France).

Les FS israéliennes ne déplorèrent qu’un seul mort : le lieutenant-colonel Yonathan Netanyahu, qui avait dirigé l’opération, frère de l’actuel leader du Likoud. Les treize terroristes palestiniens furent tous tués au cours de l’assaut. C’est encore cette même unité 262 qui intervient à Tunis en avril 1988 pour assassiner Khalil Al-Wazir, plus connu sous le nom de guerre d’Abou Jihad, proche de Yasser Arafat au sein de l’organisation de la libération de la Palestine (OLP). Les unités spéciales de l’État d’Israël sont donc emblématiques, perpétuant des méthodes de plus en plus contestées à l’échelle internationale, mais qui témoignent du degré d’intensité de l’action politico-militaire dans une défense pleine et entière sans compromission. La notion de préservation du pays tient une place particulière qui est peut-être aussi accentuée par une démarche sioniste de certains garants de l’État ; démarche qui ne peut que se heurter alors aux intransigeants de la question palestinienne comme si aucun compromis ne pouvait être possible entre les factions les plus radicales des deux peuples sémites.

Et lorsque l’actualité de ces derniers mois révèlent un sursaut anti-israélien, par des canaux étatiques des plus hostiles – les propos de Mahmout Ahmadinejad en témoignent –, face à la victoire électorale du Hamas, le pouvoir politique israélien s’inquiète et attend des garanties. Sans nul doute a-t-il mis en situation d’alerte maximale ses services spéciaux comme ses unités spéciales. Et si une nouvelle vague d’attentats devait, une fois encore, endeuiller un peuple saturé par l’odeur du sang – en cela il partage le même drame que le peuple palestinien – les éliminations ciblées et autres opérations spéciales connaîtront un nouveau regain. Car, c’est une évidence, Israël n’est pas prêt de renoncer à sa capacité d’initiative préventive contre des adversaires désignés depuis de longues années à présent.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°120 daté de Mars-avril 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir « Israeli Elite Units since 1948 » de Samuel Katz aux Éditions Osprey Publishing.

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