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Prévention et actions contre

Prévention et actions contre-terroristes : l’exemple de l’Afghanistan

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 22 avril 2006.©

Les Forces spéciales ont parfaitement intégré la dimension antiterroriste de leur rôle dans la gestion des crises actuelles.

 En l’occurrence, l’exemple de leur intervention en Afghanistan est particulièrement représentatif. Ce qui n’occulte pas un réel partenariat multinational en matière de stabilisation et reconstruction du pays. Mais devant la résurgence des actions hostiles à l’encontre des forces coalisées, les « missions de guerre » se multiplient en situation d’urgence. A un rythme effréné et sans le moindre répit. En Afghanistan (652 090 km - 1 450 kms du nord au sud et 725 kms d’est en ouest), les montagnes occupent 90% du territoire. Ce qui rend d’autant plus délicates les missions de reconnaissance et de renseignement, tout comme celles de stabilisation et « d‘apprivoisement des cœurs ». Depuis le mois d’août 2003, l’OTAN a déployé la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) qui, dans un premier temps, opère sur plus de la moitié du territoire, en matière de stabilisation.

Le 8 décembre 2005, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN ont approuvé un nouveau plan d’opérations qui étend l’action et l’autorité de la FIAS sur l’ensemble du territoire afghan.[2] Conjointement, la majorité des pays membres est impliquée dans l’opération militaire Enduring Freedom, axée sur le contre-terrorisme. Et c’est dans ce cadre que les Forces spéciales françaises opèrent prioritairement aujourd’hui, en particulier dans le sud-est du pays.

Carte d'Afghanistan

La France sur tous les axes d’effort La France a mûrement réfléchi avant d’accepter sa participation à cette dimension d’actions strictement offensives sous la conduite opérationnelle des États-Unis. Certes, elle privilégie la politique propice à la sécurité et la reconstruction du pays via les équipes de reconstruction provinciales (PRT), en coordination avec les forces nationales de sécurité afghanes. Outre la dimension de formation de l’armée gouvernementale, son action comprend aussi le désarmement des groupes d’opposition, le soutien à la lutte antidrogue sans qu’elle ne participe directement à la destruction des cultures de pavot ou d'installations de transformation ni n’engage des actions militaires contre les producteurs de drogue. C’est théoriquement les forces afghanes qui se chargent de ces tâches. Mais l’on sait combien la réalité est pour le moins complexe, en raison des implications de notables locaux dans les trafics, sur fond de corruption. En parfaite contradiction avec l’effort gouvernemental affiché en matière de lutte contre la production et le commerce d’opium.[3]

Même si un long processus de démocratisation du pays est en cours depuis la fin de l’année 2001, il y a actuellement résurgence de l’opposition des talibans à la frontière afghano-pakistanaise. Les éléments du COS, placés sous contrôle opérationnel américain, interviennent directement dans la région de Spin Boldak (province de Kandahar),[4] principal foyer de l’opposition anti-gouvernementale. Les montagnes du péril Ainsi, ce sont quelques 200 soldats d’élite (Commandos marines, éléments des 1er RPIMa, CPA 10 et 13ème RDP) qui interviennent – officiellement à partir de juillet 2003 –[5] dans cette zone où les accrochages sont de plus en plus fréquents depuis la fin de l’année 2005. Leur point d’ancrage est un fortin aux quatre tours de guet, planté en territoire hostile, dans un paysage de rocaille et de poussière.

Plus loin, s’élèvent les montagnes imposantes, haut lieu des actions d’infiltration de leurs équipes composées de 4 à 5 spécialistes. Concrètement, les FS françaises opèrent dans le cadre de la mission anti-terroriste ARES, avec pour objectif d’endiguer l’opposition au régime en place.

La tâche est rude pour les Français confrontés à une situation complexe : raids des fondamentalistes – talibans et membres de la nébuleuse d’Al Qaïda –, transits clandestins des trafiquants de drogues et affrontements intertribaux dans une région à majorité pachtoune. L’effort prioritaire des Forces spéciales consiste essentiellement à réduire au maximum les infiltrations de commandos talibans en provenance du Pakistan, véritable base arrière. Ces derniers mois, la pugnacité des talibans traduit une meilleure formation et un équipement plus imposant de leurs éléments. Elle rend d’autant plus périlleuses les missions des FS.

A ce jour, deux Français des FS ont été tués : le caporal-chef Cédric Crupel, (2ème Compagnie du 1er RPIMa), victime d’une mine, le 17 septembre 2005, et le Premier Maître Loïc Le Page, chef de groupe au commando Trépel, âgé de 31 ans, tué au cours d’un accrochage, le 4 mars 2006.[6] La mort de ces deux soldats s’inscrit dans une triste comptabilité qui fait état de 1 600 tués dans les affrontements en 2005, et près de 200 depuis le début de 2006, Afghans, soldats occidentaux et rebelles confondus.

Mais la logique des FS françaises contraste quelque peu avec celle affichée par leurs homologues américains. Les Français, comme les Britanniques optent pour l’assimilation des us et coutumes des populations. Ils font preuve de patience dans l’obtention d’informations.

Le tout imprégné d’une rusticité teintée d’humilité extrême, valeurs propres aux forces spéciales françaises. Leur efficacité est telle que la France a obtenu la certification OTAN de nation-cadre pour la conduite d'opérations spéciales, au même titre que les États-Unis et le Royaume-Uni. Le soutien interarmées Inévitablement, l’action des Forces spéciales est combinée aux unités de guerre électronique (qui interceptent les liaisons des réseaux terroristes et permettent de déjouer 40% des actions menées), en collaboration étroite avec la DGSE et les services de renseignement américains. Ce à quoi s’ajoutent matériels et clés de cryptage que les Américains mettent à leur disposition, sachant que les Français ont pris soin de travailler à partir du même réseau chiffré. Enfin, ils disposent de l’appui des moyens aériens de l’armée américaine : avions de combat, drones de type Predator, sans oublier les A-10 « Thunderbolt » (Tueurs de chars) et, à nouveau, les bombardiers B-52 comme aux moments les plus difficiles de la conquête du territoire afghan, fin 2001.

De toute évidence, les forces spéciales françaises vont être engagées dans des opérations de plus en plus vives dans les mois à venir. Reste à bien évaluer les besoins en hommes et en matériel. Tout en sachant que leur capacité d’engagement sur la longue durée ne doit pas occulter les impératifs d’un turn over salutaire pour éviter la « surchauffe » psychologique. En même temps, au-delà de 500 hommes des FS répartis sur les différents théâtres d’opérations, le COS risque d’être confronté à un manque de personnels dont souffre déjà l’une des composantes mythiques des Forces spéciales britanniques : le Special Air Service (SAS). Reste la composante aérienne française avec l’entrée en action, prévue en mai 2006, de Super Etendard du Charles de Gaulle. Ce qui devrait soulager la pression qui pèse sur les forces spéciales françaises de Spin Boldak. Alors que nous étions en phase de bouclage du présent numéro, de nouveaux affrontements ont provoqué, en Afghanistan, la mort de deux autres membres des Forces spéciales. Ce qui porte leurs propres pertes à quatre tués et plusieurs blessés. Vers la fin du mois de mai, on dénombrait officiellement sept soldats français tués en Afghanistan depuis le mois de décembre 2001.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°121 daté de Mai-juin 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Ainsi, au cours de l’année 2006, la FIAS verra sa zone d’opération étendue à six autres provinces : Daikondi, Helmand, Kandahar, Nimroze, Uruzgan et Zaboul. Elle est complétée par la création de quatre nouveaux commandements régionaux : à Mazar-e-Charif pour la région nord de la FIAS, à Hérat pour la région ouest, à Kandahar pour la région sud et à Kaboul. Sont également mises sur pied quatre autres équipes de reconstruction provinciales (PRT) dans les provinces de Helmand, Kandahar, Uruzgan et Zaboul. Enfin, est créée une base de soutien avancée supplémentaire à Kandahar. La FIAS devrait d’ailleurs voir ses effectifs portés à près de 15 000 hommes.

Carte des provinces d'Afghanistan

[3] En 2005, l’Afghanistan a produit 4 100 tonnes d’opium avec un bénéfice, pour les trafiquants de 2,14 milliards de dollars. La province sudiste d’Helmand serait la première zone de production. Les autorités afghanes ne semblent nullement pressées de mettre fin à une économie extrêmement lucrative. La destruction des champs de pavot est bien entendu impopulaire surtout qu’aucun programme économique de substitution n’est mis en avant de manière crédible et durable.

[4] Spin Boldak est le deuxième plus important point de passage entre l'Afghanistan et le Pakistan.

[5] L’intervention d’élément du COS s’est effectuée dès la fin 2001 pour des missions de renseignement et d’identification de cibles au profit de l’aviation américaine.

[6] Loïc Le Page a été tué à la tête de ses hommes lors de l’opération « Héraclès Porte Sud/Malika », dans la vallée de Maruf, en phase de reconnaissance du village de Salam Kalay. Au cours de l’accrochage, trois talibans ont été tués et cinq faits prisonniers.

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