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Humilité et juste milieu

Humilité et juste milieu

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 21 juin 2006.©

A travers le monde, il n’est pas rare de remarquer l’usage abusif de « l'étiquette » Forces spéciales, agitée comme un label de crédibilité – autant qu’enviable – en matière de moyens humains d’envergure stratégique. Face à l’effervescence et l’agitation, les véritables membres de forces spéciales prennent une certaine distance de circonstance et s’en tiennent à une attitude d’humilité.

Outre les opérations inhérentes à la guerre contre le terrorisme engagée depuis la fin 2001, l’intervention, en mars 2003, des forces coalisées en Irak a, en quelque sorte, attisé la curiosité médiatique quant à la nature même des Forces spéciales ; ces unités si particulières, déterminantes pour la suite des opérations prises en charge par des forces plus conventionnelles. N’oublions pas en effet la réelle synergie et complémentarité entre les structures. Cette demande d’informations bien naturelle – et saine – a incité nombre de pays à jouer la carte FS. Si bien que, désormais, chaque armée s’évertue à mettre sur pied des unités définies comme forces spéciales. Une démarche qui permet aux puissances majeures de conforter un programme d’instruction/formation au profit de ces pays, dans le cadre de précieux partenariats pluridimensionnels.

« Forces spéciales »… Appellation séduisante, envoûtante, imprégnée de mystère et de puissance pure. Une formidable opération de communication s’enclenche alors, les États – non occidentaux – rivalisant de méthodes dignes du marketing pour faire valoir la qualité d’unités qui, en réalité, tiennent plus des commandos de choc. Car, en y regardant de plus près, les effectifs mis en avant ne laissent guère place au doute : peut-on, en effet, considérer comme forces spéciales des composantes réunissant des dizaines de milliers d’hommes ? A moins d’être un pays à l’échelle des États-Unis, l’USSOCOM (US Special Operations Command – 1987) drainant effectivement plus de 60.000 personnels. Même dans ce cas, une différenciation conduit logiquement à constater que le pôle dur des FS américaines ne couvre pas le quart des effectifs, tant il faut y ajouter – sans dévaloriser leur importance – les services logistiques et autres. Des officiers supérieurs et généraux américains estiment d’ailleurs que l’accroissement permanent des effectifs de l’USSOCOM – avec l’intégration, dernière en date, du Marine Corps Special Operations Command (MarSOC) – ne peut que desservir ce formidable outil.

Tout est donc question de mesure, de juste milieu dans les choix, le volume et les appellations… En France, la logique est toute autre. Il s’agit plutôt d’accentuer l’effort sur les dotations en nouveaux matériels et équipements. Comme en témoigne l’arrivée imminente de l’hélicoptère EC 725 en cours d’expérimentation opérationnelle sur la base de Cazaux.[2] Pour d'autres types de mission, le Cougar est très apprécié, notamment pour ses contremesures et son rayon d’action de près de 200 milles nautiques.[3] Avant l’arrivée programmée de l’hélicoptère NH-90 vers 2010.[4]

Hélicoptère EC 725

Tout en conservant son volume actuel, le COS (Commandement des opérations spéciales) sait recourir aux différentes unités spéciales des trois armées.[5] S’ajoute à elles, un vivier de 150 réservistes aux compétences particulièrement pointues, généralement employés pour des missions d’expertise-terrain. Et ces forces spéciales protègent scrupuleusement leurs compétences et savoir-faire, de crainte qu’une exposition médiatique ne leur porte préjudice.

  • Le culte du secret

Lorsqu’historiens, sociologues ou journalistes cherchent à mettre en lumière le fonctionnement et les transformations des forces spéciales, leurs démarches peuvent s’avérer tumultueuses autant qu’aléatoires. Ils se heurtent en effet, le plus souvent, à une prudence des responsables qui préfèrent ne pas communiquer.

Si, bien évidemment, il n’est pas question de critiquer leur choix et leur position – pression du commandement et de la hiérarchie, etc –, on ne peut toutefois s’empêcher de comparer la situation avec leurs homologues anglo-saxons. Certes, les Britanniques s’en tiennent à une prudence quasi comparable. Mais les Américains, pour leur part, sont plus prolixes. Ce qui renvoie aussi à une question fondamentale. Pourquoi est-il aussi difficile d’obtenir des données sur le milieu des forces spéciales ?

Parce que leur cadre d’emploi, les types de missions qui leur sont confiées, exigent, compte tenu de leur importance, d’être intégralement voilées ou même occultées. Elles ne sont connues que des seuls hauts dignitaires civils et militaires chargés de leur planification et exécution. Conjointement, la discrétion absolue contribue à préserver les atouts autant que les spécialistes, si possible qui, sur le terrain, sont en prise directe avec le danger, en charge d’accomplir des missions périlleuses. Cette donnée prend toute son importance lorsque l’on remarque l’intensité des combats menés en Afghanistan par les forces spéciales françaises.

Missions temporaires en Afghanistan -- Photo © SIRPA Air.

Missions temporaires en Afghanistan

D’autre part, en matière de communication comme de perception du milieu des forces spéciales, leur aura de mystère et d’efficacité ne peut que renforcer une image de marque prestigieuse, une puissance intimidante et, de la sorte, potentiellement dissuasive. En dépit de la grande difficulté de saisir toute la dimension d’évènements clés, les informations, à plus ou moins long terme, finissent toutefois par se diffuser tout naturellement, du moins dans leurs grandes lignes. Certes, le sceau du « Secret-Défense » auréole toujours les actions les plus délicates et sensibles. Mais, en même temps, n’y a-t-il pas quelques fois un excès de prudence de la part des autorités ? N’y a-t-il pas une tendance à un verrouillage excessif ? La question doit être posée et mériterait d’être débattue.

  • L’importance de l’homme

Et comme nous sommes de plus en plus confrontés à un monde économique exposé dangereusement à une déshumanisation, sur fond de globalisation, rappelons que l’outil stratégique que constituent les Forces spéciales ne fonctionne efficacement qu’en raison de l’investissement permanent d’hommes et de quelques femmes auxquels on demande beaucoup. Ils remplissent à longueur d’années des missions uniques et dressent des dossiers d’expertise très affinés… Des êtres humains qui apprennent à mettre en sommeil leur sensibilité, leur affection, leur vie de famille avec un sens du dévouement et du sacrifice. Des êtres humains auxquels il faudrait aussi que la hiérarchie apprenne à dire merci (comme dans n’importe quelle entreprise), en toute simplicité et les féliciter pour leur travail accompli, à leur niveau, tâche parcellaire d’une œuvre commune.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°122 daté de Juillet-août 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Pour l'armée de terre, il s'agit du 1er régiment parachutiste d'infanterie de marine, du 13ème régiment de dragons parachutistes (renseignement dans la profondeur) et du détachement aéromobile d'opérations spéciales (DAOS). S'y ajoutent les cinq commandos de marine, dont le commando Hubert. Enfin, pour l'armée de l'air, on retiendra le commando parachutiste de l'air n°10, la division des opérations spéciales d'hélicoptères ainsi que la division des opérations spéciales de transport.

[3] L'Eurocopter EC-725 est un hélicoptère de transport militaire fabriqué par Eurocopter. Il est le résultat de la dernière évolution de la famille des SA-330 Puma / AS-332 Super Puma / AS-532 Cougar. Dans l'armée de terre française, il porte le nom de Caracal, (la version civile étant baptisée EC-225). Il se distingue par un rotor principal de type sphériflex à cinq pales.

[4] L'Eurocopter AS-532 Cougar est un hélicoptère de transport biturbine fabriqué par Eurocopter. Il est conçu spécialement pour les missions de sauvetage au combat et transport de troupes sur longue distance. Sa version RESCO (Recherche et Sauvetage au Combat) est opérationnelle depuis juin 2006. Cet appareil très sophistiqué est le premier hélicoptère français équipé d'un système de blindage et d'autoprotection comprenant la détection radar des missiles. L'EC-725 est également équipé d'une tourelle Flir qui lui donne une capacité d'intervention nocturne et tout temps. Le Cougar est une version améliorée du Puma (son équivalent civil est le Super Puma). Sa cellule peut-être en version courte ou allongée. Il peut être motorisé de deux manières : soit le Makila 1A ou 1A1. (L'appellation civile de cet appareil est l'AS-332 L1 et AS-332 L2. L'AS-332 L2 évolution du L1 se distinguant par un rotor principal de type sphériflex et un rotor arrière sphériflex à 4 pales, une motorisation plus puissante (Makila 2A de 2 140 ch) et une avionique plus moderne, écrans, navigation pilote automatique... L'AS-332 L2 est très employé dans le domaine offshore pour les liaisons avec les plates formes pétrolières). Une flotte de 14 appareils devrait équiper l'armée de l'Air et l'Aviation légère de l'armée de terre françaises (ALAT). Il a participé à l'opération Baliste d'évacuation de ressortissants au Liban à l'été 2006. Depuis fin 2006, deux Caracal sont basés à Kaboul, en alerte 24h/24.

Cougar de l'ALAT vecteur du système de surveillance du champ de bataille Horizon -- Photo EADS © Michelin.

Cougar de l'ALAT vecteur du système de surveillance du champ de bataille Horizon

L'AS-532 Cougar et se décline désormais en :

  • AS-532 Cougar Mk I UC : Version de base à fuselage court (AS-332 B), appareil utilitaire à capacité anti-char.
  • AS-532 Cougar Mk I AC : Version armée du précédent (canon latéral, canons de 20 mm en pod, conteneur de roquettes de 68 mm, …)
  • AS-532 Cougar Mk I UE : Transport tactique ou logistique à fuselage allongé (AS-332 M), capable de transporter 25 hommes équipés.
  • AS-532 Cougar Mk I UL : Similaire au précédent, convertible en appareil sanitaire (6 civières et 10 passagers assis) ou vecteur du système de surveillance du champ de bataille Horizon (Hélicoptère d'observation radar et d'investigation sur zone). Ce système, issu du programme Orchidée de 1990, permet à un hélicoptère survolant la zone de combat à 4 000 m de suivre les mouvements de 4 000 véhicules dans un rayon de 200 km grâce à un radar Thomson-CSF (Thales) Target situé sous le fuselage arrière et une station réceptrice au sol. L’Armée de Terre française a acheté 4 Cougar Mk I UL/Horizon et 2 stations réceptrices, qui ont été livrées en 1997/1999.
  • AS-532 Cougar Mk I AL : Version armée du précédent.
  • AS-532 Cougar Mk I SC : Version navale (AS-332 F) pouvant assurer des missions d’attaque de navires de surface avec missiles AM.39 Exocet, de lutte ASM avec sonar et charges de profondeur ou torpilles, ou SAR.
  • AS-532 Cougar Mk II U2 : Apparue en 1992, c’est la version la plus longue de la famille Puma/Cougar. Appareil de transport tactique et logistique pouvant transporter 29 hommes ou 12 civières, ou 5 tonnes sous élingue. Doté d'un rotor Sphériflex amélioré, d'un anti-couple 4 pales, de turbines Turbomeca Malika 1A2 de 2 100 ch. Équipé d’un pilote automatique 4 axes, cet appareil est d’abord destiné à la recherche et au sauvetage en milieu hostile.
  • AS-532 Cougar Mk II A2 : Version armée du précédent (canon de 20 mm ou mitrailleuse de 12,7 mm sur affût latéral).e
  • AS-532 Cougar Mk II A2 RESCO : Optimisé pour la récupération de pilotes abattus en zone ennemie.

[5] Le NH-90 est un hélicoptère militaire biturbine de la classe des 10,6 tonnes, multifonctions, développé pour atteindre des fonctionnalités navales et tactiques pour le transport notamment et voulu initialement par l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas. Il est produit par NHIndustries une coentreprise qui comprend Eurocopter (à 62,5%), Agusta et Stork Fokker AESP (groupe Fokker). Il est actuellement en service et est décliné en deux versions principales (en considérant le MRH-90 australien et la cabine haute suédoise comme des déclinaisons de la version TTH) :

Le NH-90

  • TTH (Tactical Transport Helicopter), spécialement conçu pour le transport tactique de personnel (20 soldats équipés), le transport d’un véhicule tactique léger ou le transport de 2,5 tonnes de matériel, le suivi de terrain.

  • NFH (NATO Frigate Helicopter), spécialement conçu pour : la lutte anti-sous-marine (ASW) : détection, classification, identification du type de la cible, poursuite de la cible et déclenchement des armements, y compris capacité de désignation d’objectif transhorizon (OTHT), la lutte anti-surface (ASUW) : détection, poursuite, classification, identification du type de navire, poursuite de la cible et déclenchement des armements, y compris capacité de désignation d’objectifs transhorizon (OTHT) et pour les missions SAR : détection et classification des bateaux en détresse, embarcations de sauvetage et/ou opérations de sauvetage.

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