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Les moyens d’intervention occultes de l’Iran

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 26 août 2006.©

Cette approche de la réalité iranienne a une résonance particulière à l’heure de tensions de plus en plus nettes entre la Communauté internationale et le pays des Mollahs. Toutefois, le potentiel militaire du régime d’Ahmadinejad, demeure nébuleux et sujet à caution, tandis que l’influence de Téhéran est effective dans les tensions qui asphyxient le Moyen-Orient. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les moyens militaires de l’Iran ne sont pas en effet clairement identifiés ou établis. Notamment en moyens matériels potentiellement dissuasifs. Sur ce dernier point, on sait toutefois, grâce notamment aux Services de renseignement allemands, que le régime de Mollahs aurait obtenu des missiles balistiques (R-27) de moyenne portée – soit 2.500 km – auprès de la Corée du Nord , tout en développant le programme du Shahab 3 (d’une portée de 2.000 km). L’Iran a aussi acheté une quinzaine de missiles de croisière Raduga Kh-55 (AS-15 « Kent ») auprès de l’Ukraine, rendant possible des tirs de précision à plus de 3.000km.[2]

        

                                                             Types de missiles iraniens                                   Missile balistique Shahab-3

  • Une armée aux contours relativement imprécis

Sur le plan des effectifs, depuis 1979, avec l’instauration d’un régime islamique, l’armée iranienne a subi soubresauts et mutations. Alors que l’on enregistrait jusqu’à 60% de désertion dans les rangs de l’armée à la fin du règne du Shah, Mohammad Raza Pahlavi, près de 10 années plus tard, on estimait les forces armées à près de 300.000 hommes. En 2004, on estimait le nombre de militaires à près de 350.000 hommes dont 200.000 conscrits, tous réunis au sein des Islamic Iranian Ground Forces (IIGF). Depuis 1987, celles-ci comptent notamment une division de Forces spéciales à quatre brigades. Et depuis 2004, les forces armées iraniennes sont structurées à partir de quatre corps, avec notamment quatre divisions blindées, six divisions d’infanterie, deux brigades commando (30.000 hommes au total avec les moyens aériens et héliportés), une brigade aéroportée, cinq brigades d’artillerie, des unités de défense côtières et, enfin, quatre à 6 groupes aériens. S’ajoutent à elles, la 23e division de Forces spéciales, créée en 1993, avec près de 5.000 hommes. Parachutistes et membres des forces spéciales s’entraînent au centre de Chiraz, ville du sud-ouest de l’Iran et ancienne capitale du pays au XVIIIe siècle, où sont implantés les centres de formation et d’instruction des troupes aéroportées et des unités d’élite. La Marine dispose elle aussi de forces spéciales, les commandos Takavaran à savoir des nageurs de combat et des commandos marine instruits et entraînés à Manjil, sur les rives de la Mer Caspienne.

  • Cellules terroristes et agents spéciaux

Consciente de sa capacité de nuisance, l’Iran peut aussi compter sur ces commandos suicides qui, avec près de 40 000 hommes selon les sources iraniennes, sont prêts à opérer contre les intérêts occidentaux, britanniques et américains en particulier. Intégrés aux Gardiens de la Révolution iranienne, les Pasdarans – soit plus de 150.000 répartis au sein de diverses unités d’élite de l’armée iranienne – sont particulièrement redoutables en matières d’opérations de renseignement et d’action clandestines. Ils constituent en soit une menace réelle, prise très au sérieux, outre Manche mais aussi en France. Les cellules terroristes, jusqu’alors en sommeil, sont susceptibles d’être réactivées si la situation par rapport au dossier nucléaire de l’Iran dérape et conduit à un rapport de force concret. Sur le plan régional, Téhéran bénéfice d’une assise qui lui permet d’intervenir indirectement dans les situations libano-israélienne et irakienne. Car, ces candidats au suicide sont tout à fait sur le point de frapper les intérêts israéliens alors que l’intervention de Tsahal au sud Liban, depuis le 12 juillet, conduit à un durcissement de la position iranienne à son égard. Le Hezbollah, qui harcèle Israël depuis la vallée de la Bekaa, bénéficie du soutien d’agents iraniens via les membres des groupes Al-Qods, membres d’un service action relevant plus des services secrets que des forces spéciales.

RPG-29

Les Iraniens forment et encadrent les militants du Hezbollah, en collaboration avec la Syrie qui lui fournit notamment des moyens antichars (RPG-29 de 105 mm, missiles guidés 9M131 Metis-M capables d’emporter près de 4,6 kg d’explosif anti-char pour une portée maximale de 1 500 m), sans oublier diverses roquettes qui touchent quotidiennement l’État d’Israël. Tel Aviv pressent d’ailleurs que les missiles de basse altitude Igla SA-18, que vient d’acquérir la Syrie il y a quelques mois, seront utilisés à leur tour par le Hezbollah.

Igla SA-18

Autre espace géographique sur lequel influe la géopolitique iranienne : l’Irak, où les services spéciaux de Téhéran luttent contre les combattants kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Irak, en collusion avec la Turquie… Téhéran et Ankara estiment en effet que les séparatistes kurdes utilisent l'Irak comme base arrière pour mener des actions terroristes à leur encontre. Au point que Téhéran n’a pas hésité, à plusieurs reprises, à engager des commandos iraniens sur le sol irakien, au grand dam du gouvernement irakien.

Autant d’actions qui, simultanément menées, contribuent aussi à asseoir l’Iran dans la région. Conscient de son rôle d’influence, l’Iran n’en écarte pas moins l’éventualité d’opérations militaires menées à son encontre par les pays occidentaux. D’où la signature et ratification d’un accord de coopération stratégique avec la Syrie et qui s’est notamment traduit, au mois de juin dernier, par l’activation de deux– sur les quatre prévues – stations d’écoutes et de renseignement électronique, fruits d’une collaboration avec les techniciens russes. Des stations de renseignement (et de guerre électronique ?) qui relèvent d’un personnel trié sur le volet et tenu par les clauses de confidentialité et de régime de discrétion extrême, en lien étroit avec les services secrets et l’entourage immédiat de Bachar El-Assad. Bien qu’évidemment, nous soyons dans l’impossibilité de prévoir les évènements exacts qui surviendront à plus ou moins long terme, il est néanmoins incontestable que la conjoncture est imprégnée de la solide – et patiente mise en place – d’éléments fortement préoccupants quant à la relative stabilité du Proche-Orient. Et les opérations engagées par Israël au Liban ne font que conforter les choix iranien et syrien. Elles ne peuvent, de surcroît, que reporter à plusieurs décennies l’acceptation d’un Moyen-Orient pluriconfessionnel face à l’intransigeance des radicaux musulmans et aux sentiments de haine et de vengeance qu’ils diffusent en permanence. Face à une Communauté internationale, toujours et encore, divisée…

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°123 daté de Septembre-octobre 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Le Shahab-3 (météore-3 en persan) est un missile balistique à moyenne portée iranien basé sur le Nodong-1 nord-coréen (SCUD-D). Testé depuis 1998, le missile fait officiellement partie de l'arsenal des forces armées iranienne depuis 2003. Il aurait une portée maximale variant entre 1.300 et 2.000 kilomètres selon les experts. Ses ogives pourraient emporter des sous munitions

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