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Somalie

Somalie : entre miliciens et influences étrangères

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 28 octobre 2006.©

Pour l’essentiel, les armées occidentales, déployées notamment dans le cadre de forces multinationales, sont le plus souvent confrontées à des miliciens dont le degré de combativité se révèle des plus variables. Dans le cas de la Somalie, dont la situation intérieure est des plus préoccupantes, la violence y a toujours été édifiée en véritable art clanique, contre tout effort international en faveur de la cohésion nationale.

Dans les années 1990, les deux opérations multinationales menées en Somalie – ONUSOM I (avril 1992-avril 1993) et ONUSOM II (mai 1993-mars 1995) – aboutirent, au regard des difficultés rencontrées et des échecs essuyés, au retrait des contingents des différents États contributeurs. Parmi lesquels les États-Unis dont l’opération Restore Hope tourna au désastre politique, suite à une véritable bataille de quelques jours en plein cœur de Mogadiscio, au mois d’octobre 1993.

Marines patrouillant dans Mogadiscio -- Photo USMC.

Marines patrouillant dans Mogadiscio

Les images des dépouilles mutilées de SEALS (Sea, Air and land Teams : commandos-marine) et de pilotes d’hélicoptères américains traînées dans les rues de la capitale somalienne, devant une foule enthousiaste, traumatisèrent l’opinion publique américaine et incitèrent le président Clinton à retirer ses forces du pays. La Somalie s’afficha dès lors comme une terre de malédiction, où toute « réforme démocratique » semblait vaine. S’ouvrait alors l’ère des « Seigneurs de la guerre », convaincus de leur toute puissance.

  • Guerre et religion

Or, depuis le mois de juin 2006, au terme d’une campagne de quatre mois de combats, les milices islamiques, tenues notamment par le Conseil suprême islamique de Somalie (ICU), ont pris l’ascendant sur les clans des « Seigneurs » qui n’ont fait que conforter la déstabilisation de la Somalie (8,2 millions d’habitants) par des luttes intestines et dérives maffieuses.

Carte de Somalie -- Source : ONU

Dès lors, la loi coranique s’affirme dans la capitale et les principales villes du pays, sous la conduite du président de l’Union des tribunaux islamiques, cheikh Cherif Ahmed. Ne pouvant admettre l’instauration d’un État islamique limitrophe, l’Ethiopie a lancé en Somalie des incursions de troupes, en soutien au gouvernement fédéral de transition (TFG) du président Abdullahi Youssouf, élu le 10 octobre 2004.On ne peut que s’inquiéter devant à l’évolution des relations internationales dans la Corne de l’Afrique. Car, sous l’effet d’une surenchère des menaces, le jeu des Alliances pourrait durablement embraser cette région au demeurant instable. Ainsi, l’Érythrée, ennemi traditionnel de l’Ethiopie, pourrait bien entrer en scène de manière directe, en dépassant le stade actuel des livraisons d’armes et de matériels militaires aux Tribunaux islamiques. L’Egypte, d’après les autorités somaliennes retranchées à Baidoa, procèderait également à des livraisons de matériel militaire. Ce que dément le gouvernement d’Hosni Moubarak.

Face à la présence éthiopienne et les mises en garde du régime d’Addis-Abeba devant toute attaque contre la ville de Baidoa et du gouvernement du Premier ministre de transition somalien, Ali Mohamed Gedi, le cheikh Hassan Dahir Aweys a appelé les Somaliens à la guerre sainte contre les Ethiopiens. D’où, afin d’éviter le pire, les diverses rencontres effectuées, depuis quelques mois, par le représentant de l’ONU pour la Somalie, François Lonsény Fall, avec le gouvernement éthiopien, le président érythréen, Isaias Afewerki et les autorités de Djibouti, d’Égypte, du Soudan, d’Ouganda et du Yémen.

  • Vers une consolidation transafricaine de l’islam radical ?

Il n’empêche que les islamistes poursuivent coûte que coûte leur conquête du territoire somalien, notamment vers le sud et le Puntland, à l’encontre de l’influence d'Abdullahi Youssouf. Si, réellement, les islamistes réussissent à mettre en place l’intégralité de leurs structures fondamentalistes, inévitablement, le pays servira de relais entre les organisations pan sahéliennes, de type salafiste, et les acteurs wahhabites du Moyen-Orient. Les services de renseignement américain sont d’ailleurs convaincus des liens d’Hassan Dahir Aweys avec Al-Qaïda. Prochainement, se posera certainement la question de l’intervention concrète des Nations unies. Mais c’est à un peuple de guerriers, certes divisé, qu’il faudra faire face. Les islamistes, de leur côté, rejettent fermement toute intervention internationale, contrairement aux souhaits du président kényan, Mwai Kibaki, Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, et du président somalien de transition, Abdullahi Yusuf Ahmed qui appellent de leurs vœux l’envoi de troupes de l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement). En février 2005, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine avait autorisé l’IGAD à dépêcher une Mission de soutien de la paix en Somalie (IGASOM), instituée à partir d’avril 2005 mais sans concrétisation effective. Fin septembre 2006, on annonçait pourtant l’envoi de quelques 6 800 hommes, composés essentiellement d’Ougandais et de Soudanais.

Nul doute que les États-Unis notamment vont tout entreprendre pour soutenir le gouvernement de transition et renforcer la sécurité régionale contre la menace potentielle du terrorisme en Somalie, puisque des agents d’Al Qaïda y seraient désormais implantés. Toutefois, en dehors de l’intervention des services spéciaux, et des missions de renseignement, les Occidentaux ne sont sans doute pas prêts à renvoyer des troupes régulières sous l’égide de l’ONU. Le spectre des années 1990 s’est associé au spectre des années 2000. La situation de l’Afghanistan, face aux talibans auxquels on compare souvent les islamistes somaliens, tend à prolonger… les réflexions…

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°124 daté de Novembre-décembre 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Pour l'armée de terre, il s'agit du 1er régiment parachutiste d'infanterie de marine, du 13ème régiment de dragons parachutistes (renseignement dans la profondeur) et du détachement aéromobile d'opérations spéciales (DAOS). S'y ajoutent les cinq commandos de marine, dont le commando Hubert. Enfin, pour l'armée de l'air, on retiendra le commando parachutiste de l'air n°10, la division des opérations spéciales d'hélicoptères ainsi que la division des opérations spéciales de transport.

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