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Les soldats français face à un nouvel imbroglio africain

Roma l’impériale : Vers une reprise en main de ses affaires militaires

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 23 février 2007.©

Le poids militaire de l’Italie est loin d’être négligeable. Tout comme ses capacités à prendre part aux opérations multinationales majeures. En même temps, Rome cherche à adopter une dimension paradoxalement plus autonome de son implication dans les grandes affaires du monde.

Elle est de surcroît très éprise de sa présence au sein du Conseil de Sécurité, depuis le 1er janvier 2007, et cela pour deux ans, comme membre non permanent. Un statut qu’elle aimerait pouvoir d’ailleurs transformer en celui de partenaire permanent.

L’Italie a aussi les moyens de sa détermination, ne serait-ce qu’à travers son armée qui constitue un allié précieux, véritable poids lourd des armées européennes : 112.000 personnels dans l’Armée de terre, 34.000 dans la Marine et 46.000 dans l’Armée de l’Air.

  • Au Liban et en Afghanistan, l'Italie participe aux forces multinationales

Au Liban, les troupes italiennes, dont l’élitisme est incontestable, contribuent de manière non négligeable à la FINULII qu’ils ont rejoint en septembre dernier. Et ce n’est pas un hasard si les premiers éléments à prendre pied au Liban sud appartenaient alors à des unités de reconnaissance, en particulier du régiment San Marco, unité d'élite de fusiliers marins spécialisée dans l’assaut amphibie dont sont issus les nageurs de combat italiens de l’unité Arditi Incursori (Commando Raggruppamento Subacqui ed Incurisori ou COMSUBIN),[2] basée à Varignano, près de La Spezia,[3] héritière de la Decima Flottiglia MAS du prince Valerio Borghese. Les quelques 200 nageurs de combat italien et les parachutistes du 9e régiment d'assaut parachutiste Col Moschin, intégrés à la Brigade parachutiste Folgore, constituent ainsi le cœur même des forces spéciales italiennes.

Défilé de membres des FS de la marine italienne (COMSUBIN)

Au Liban donc, ce sont aujourd’hui plus de 2.500 soldats italiens qui sont déployés au sol tandis que près de 1 000 autres restent opérationnels à partir de cinq navires de guerres italiens. Autre signe fort de la crédibilité italienne, la FINUL II est commandée, depuis le 2 février 2007, par le général de division italien Claudio Graziano, fantassin d’origine, qui succède ainsi au général français, Alain Pelligrini. Le général Graziano a une large expérience des opérations multinationales, puisqu’il fut notamment Commandant du bataillon de chasseurs alpins Susa à Pinerolo, qu’il dirigea dans le cadre de l’Opération des Nations unies au Mozambique (ONUMOZ) (Déc. 1992-déc. 1994), et plus récemment de la Brigade multinationale de Kaboul, de juillet 2005 à février 2006.

Aux portes de l’Asie centrale, la présence italienne en Afghanistan est loin d’être symbolique, là encore, avec près de 2 000 hommes, soit le double des effectifs français. Elle est maintenue en dépit de la vive pression que les députés d’extrême gauche ont exercé sur le président du Conseil Romano Prodi, afin qu’il désengage les forces dans la continuité du choix précédent qui a conduit au retrait des troupes italiennes d’Irak, fin 2006. Mais l’appartenance à l’OTAN oblige nécessairement à des aménagements compte tenu des exigences géostratégiques. Et le gouvernement témoigne de cette volonté de ne pas se faire dicter sa conduite, tant au sein de sa majorité d’Union, que sur le plan diplomatique. Rome a d’ailleurs guère apprécié l’initiative de 6 ambassadeurs, dont celui des États-Unis, lui demandant de maintenir ses forces en Afghanistan.

  • Réformes et procédures judiciaires

L’Italie est aussi sur le devant de la scène internationale avec l’ouverture, en avril, du procès ordonné par le juge italien des audiences préliminaires, Sante Spinaci, consécutif à la mort du Chef de mission des services secrets militaires italiens, Nicola Calipari, 51 ans – dont les funérailles furent nationales – tué par des soldats américains le 4 mars 2005, près de l’aéroport de Bagdad, dans la phase finale d’exfiltration de la journaliste italienne,
Giuliana Sgrena.[4]  

Enfin, Rome n’en oublie pas pour autant la finalisation d’un projet de réforme de ses services de renseignement, au terme d’une longue gestation et de réflexions au sein de la Commission parlementaire de contrôle des services secrets (COPACO).[5] Le Service d'information de sécurité militaire (SISMI)[6] en charge du renseignement militaire et du contre-espionnage, et le Service d'information de sécurité démocratique SISDE, en matière de sécurité intérieure, dépendront à l’avenir du Président du Conseil. Autant de faits qui prouvent que l’Italie compte faire valoir ses valeurs et ses principes, consciente de ses compétences en matière d’opérations spéciales. En affinant le difficile équilibre entre orientations politiques, raisons d’Etat et exigences des partenariats internationaux.  

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°126 daté de Mars-avril 2007. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Les hommes constituant le COMSUBIN sont généralement issus du « bataillon San Marco » de la marine italienne . La formation consiste en 10 mois d'un programme d'entraînement complet, auquel s'ajoutent 42 semaines supplémentaires pour les membres de la section "Raid".

[3] Au niveau européen, le port de La Spezia se situe parmi les premiers au point de vue du transport intermodal et est le premier pour le transport ferroviaire. Plusieurs fois par semaine, La Spezia est connecté aux terminaux multimodaux du Nord et du Centre de l'Italie. Environ 50 lignes maritimes y transitent régulièrement et le relient à plus de 200 ports dans le monde. Environ 50 lignes maritimes y transitent régulièrement et le relient à plus de 200 ports dans le monde. Sa position particulière à l'extrémité d'un golfe profond, riche de nombreuses anses, et orienté selon un axe Nord-ouest/Sud-est lui confère un caractère de port naturel. L'embouchure du golfe est protégée par une digue extérieure qui confère à la rade une tranquillité permettant le déroulement des manœuvres d'accostage, d'amarrage, de chargement et de déchargement en parfaite sécurité en toute saison.

[4] Deux procureurs Alessandra Bruni et Pietro Saviotti sont en charge du dossier à l’encontre d’un soldat américain du 69e régiment d'infanterie de l'armée américaine poursuivi pour homicide volontaire et double tentative d'homicide sur les personnes de Giuliana Sgrena et d’Andrea Carpani, officier des carabiniers, tous deux blessés par les tirs en provenance du check point américain.

[5] En Italie, la réforme des services de renseignement et du comité parlementaire de contrôle est envisagée depuis plusieurs années. La loi de 1977 charge le COPACO de vérifier que l'activité des services de renseignement se déroule dans le respect des principes qu'elle énonce. Pour remplir sa mission, le COPACO peut demander au président du conseil, qui coordonne la politique du renseignement, et au comité interministériel pour le renseignement et la sécurité, organe consultatif placé auprès du président du conseil, des informations portant sur « les caractéristiques principales des structures et des activités » des services. Le président du conseil peut s'opposer aux demandes du COPACO et motiver son refus par la nécessité de protéger le secret d'État. Le COPACO peut alors décider à la majorité de ses membres que l'opposition du président du conseil n'est pas fondée et en référer aux deux assemblées. La loi permet également au COPACO de formuler des propositions et des critiques. Il peut en rendre compte aux assemblées par des rapports...  Conformément à l'article 202 du code de procédure pénale, les agents publics peuvent refuser de témoigner devant les juridictions pénales sur des faits couverts par le secret d'État. Si le président du conseil confirme ce refus, il doit en informer le COPACO et justifier l'existence du secret d'État. Le COPACO peut alors, à la majorité de ses membres, déclarer l'opposition du secret d'État infondée et en référer aux deux assemblées.

En juillet 1999, le gouvernement d'Alema avait présenté un projet de loi de réorganisation des services de renseignement, qui concernait notamment le comité. Le gouvernement Berlusconi prépare également un projet de réforme des services de renseignement. Le comité verrait ses pouvoirs limités au contrôle a priori du budget et perdrait toute possibilité de donner son avis sur les opérations en cours, le gouvernement n'étant plus tenu de lui donner périodiquement des informations à ce sujet. Source: Sénat.

[6] A compter du 1er août 2007, le SISMI sera remplacé par l'Agenzia Informazioni e Sicurezza Esterna.

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