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L’Iran, adepte du machiavélisme

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 23 avril 2007.©

« La force est juste quand elle est nécessaire » affirmait Nicolas Machiavel (1469-1527) dans Le Prince (1513). L’Iran en joue avec une habileté indéniable, excellant dans l’art de la provocation et de la propagande… Si tant est qu’elle lui permette d’arriver à ses fins.

Entre le 23 mars et le 4 avril derniers, Londres a dû gérer une situation périlleuse sur le plan diplomatique, comparable à celle de juin 2004, lorsque huit marins britanniques avaient retenus des autorités iraniennes pendant trois jours. Cette fois, ce sont 15 marins de Sa Majesté - huit marins et 7 royal marines britanniques âgés de 20 à 31 ans, de la frégate HMS Cornwall qui ont été retenus, suite à l’arraisonnement de leurs deux RIBs, (Rigid Inflatable Boats) par une dizaine de vedettes iraniennes des Gardiens de la révolution – les Sepah-é Pasdaran [2] – lors de leur tentative d’inspection d’un navire marchand. Tout s’est déroulé à l’embouchure du fleuve Chatt al-Arab, zone frontalière entre l’Iran et l’Irak : à près de 1,7 mille nautique (3,15 km) à l'intérieur des eaux territoriales irakiennes, selon les Britanniques et le ministre des Affaires étrangères irakien, Hoshyar Zebari ; à 0,5 km à l'intérieur des eaux territoriales iraniennes selon les Gardiens de la Révolution.[3]

Le fleuve Shatt al Arab sépare l'Irak de l'Iran -- Carte ONU.

  • Les Pasdarans au cœur de l’affaire

Ce grave incident diplomatique est survenu dans un contexte où le Conseil de sécurité de l’ONU s’appliquait, le 24 mars, à adopter une nouvelle résolution (1747) visant les Pasdarans, dont la mainmise sur l’économie iranienne est réelle, par le gel des avoirs en lien direct avec le programme iranien de nucléarisation et un embargo sur les ventes d’armes.

Téhéran s’est donc livré à un véritable rapport de force et à une guerre psychologique avec Londres, à grand renfort de mise en scène médiatique de la séquestration des marins britanniques et leur instrumentalisation.

Le 27 mars, les États-Unis, dans une démarche d’intimidation voilée, ont dépêché dans le Golfe persique deux porte-avions, le USS Dwight-D. Eisenhower ainsi que le USS John-C. Stennis, en vue d’exercices militaires de grande ampleur avec quelques 10.000 militaires. Le 29 mars, le conseil de sécurité demandait le règlement de cette affaire d’enlèvement au plus vite. Mais le ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, et le général Alireza Afshar, membre de l'état-major des forces armées iraniennes, répétaient que Téhéran attendait des excuses de la Grande-Bretagne pour avoir violé les eaux territoriales iraniennes et une promesse de ne pas renouveler une telle ingérence maritime.

Mais ce sont pourtant les islamistes radicaux qui ont sans doute fait craindre le pire, lorsque dès le 1er avril, quelques centaines d’étudiants islamistes ont exigé, devant l’ambassade de Grande-Bretagne, un procès des 15 marins et leur exécution, menaçant à défaut, de prendre d’assaut l’ambassade pour renouer avec la situation de 1979 qui avait conduit à la séquestration des 52 Américains de l’Ambassade des États-Unis pendant près de 444 jours.

Risques mesurés et négociations feutrées Est-ce risque potentiel qui a contribué, par un conjonction de pressions extérieures et diplomatiques, à décider Mahmoud Ahmadinejab à procéder à la libération des marins britanniques ? Sont-ce également les pays de la Ligue arabe, réunis en sommet à Ryad fin mars, qui sont intervenus pour que cesse cette affaire inquiétante, par l’intermédiaire de la Turquie ? Toujours est-il que le 4 avril, à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, Mahmoud Ahmadinejab annonçait la libération des 15 Britanniques et rendait hommage à l'unité de marine des gardiens de la révolution et à son chef, le commandant Abdolkassem Amanghah, décoré pour l’occasion. Ce même jour, étrange coïncidence, Jalal Sharafi, deuxième secrétaire de la chancellerie iranienne en Irak, enlevé le 4 février à Bagdad, était libéré. Le 5 avril, les Britanniques regagnaient la Grande-Bretagne.

L’affaire résonne comme le pendant de la séquestration par les forces américaines, de cinq officiers iraniens du Consulat d’Erbil, dans le Kurdistan irakien, le 11 janvier 2007, et leur tentative d’arrestation du vice-président du Conseil national de sécurité d'Iran, Mohammed Jafari, et du chef du renseignement des pasdaran, le général Minojahar Frouzanda, alors en pleine visite officielle au Kurdistan.

Elle relève, somme toute, d’une « gestuelle guerrière » qui va indubitablement se poursuivre et peut-être s’aggraver.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°127 daté de Mai-juin 2007. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Leur nombre est estimé à près de 350 000 membres ; un nombre qui ne cesse de croître depuis leur création en 1979, sous le contrôle direct du Guide suprême de la république islamique, l'ayatollah Ali Khamenei. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, provient lui-même du corps des pasdarans.

[3] Les Iraniens eux-mêmes, de source britannique, auraient dans un premier temps précisé la zone d’arraisonnement comme étant située dans les eaux territoriales irakiennes, avant de modifier cette version et de désigner un point en amont de la limite des eaux territoriales.

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