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Ultranationalisme et crime organisé

Ultranationalisme et crime organisé : le Kosovo dans la tourmente...

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 25 octobre 2007.©

Les trafics transfrontaliers ont en effet toute leur importance, notamment à destination du Kosovo (2 millions d’habitants, à 90% albanophones) : armes, drogue, être humains ; autant d’éléments destinés à financer les milices locales, approvisionner des économies parallèles sur fond d’hostilités – encore retenues – entre Kosovars albanais et serbes. A ce titre, depuis la fin de l’ère communiste, le crime organisé n’a cessé de monter en puissance en Macédoine, véritable interface en Europe centrale et orientale. Aux portes de l’Albanie, dans le contexte que l’on sait, la Macédoine concentre les regards de réprobation quant à l’emprise de la mafia sur le pays et sur l’importance des trafics, notamment depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000.

L’OTAN et l’Union européenne ont mis comme condition d’intégration à leurs organisations, la nécessité, pour le gouvernement macédonien, de lutter contre les réseaux criminels.

Divers indicateurs montraient pourtant que l’importance des trafics d’armes, de drogues était, somme toute, limitée jusqu’en 2005. Mais depuis, il y a un véritable regain d’intensité des circuits parallèles. Les autorités gouvernementales ont donc sensiblement durci le ton et lancé des programmes de démantèlement des filières et réseaux transnationaux, pour inverser la tendance. Ces opérations de police sont souvent établies en collaboration étroite avec les polices serbe, slovène, bosniaque autrichienne.

  • La Macédoine, véritable plaque tournante

Outre le trafic d’être humains, le marché noir, le trafic d’armes n’a cessé de s’amplifier tout au long des années 1990 pour s’afficher de manière intense au début des années 2000, dans un contexte marqué, au Kosovo, par la recrudescence des tensions interethniques. Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur macédonien – chiffres corroborés par le Programme de Développement de l’ONU (UNPD) – ce sont près de 20.000 armes qui ont été saisies et détruites entre 2003 et le milieu de l’année 2007. L’Armée nationale albanaise disposerait de nombreuses caches d’armes dans l’ouest de la Macédoine.

Certaines ont été découvertes dans le courant de l’année 2007 et ont révélé des stocks impressionnants d’armes de guerre – neuves – qui ne se limitent pas aux seules armes individuelles.

Drapeau albanais.

Des villes sont notoirement connues (Struga, Skopje, Tetovo, Kicevo) comme abritant à la fois des stocks mais aussi des équipes de trafiquants qui sont également relayées par des réseaux transfrontaliers. Les trafics se font le plus souvent par voie routière, avec un recours systématique à des documents falsifiés. L’efficacité des opérations de police doit largement à l’apport international en matière d’expertise et de nouveaux équipements. Mais elle ne doit pas gommer la recrudescence des trafics au regard de l’instabilité régionale, autour et à propos, notamment du Kosovo.

La situation d’une indépendance largement contestée en Serbie, ouvre de nombreuses probabilités d’affrontements ethniques, offrant des perspectives opportunes pour les tenants des filières mafieuses. En somme, chaque communauté du Kosovo, qu’il s’agisse des Kosovars albanais, ou des Kosovars serbes, dispose de miliciens qui ne cessent de monter en puissance, en dépit des efforts internationaux pour éviter le pire.

Retour des milices sur le devant de la scène L’Armée nationale albanaise, héritière des forces de l’UCK des années 1990, multiplie les déploiements médiatiques et veut témoigner de son omniprésence et de sa force de frappe via des miliciens en tenue de commandos de choc… Face à eux, les ultranationalistes serbes et des vétérans de la guerre du Kosovo ne rêvent que d’en découdre, pour laver l’affront de l’indépendance, de la défaite de 1999. La  résolution 1244 mit fin à la guerre du Kosovo en 1999 et légitima la présence internationale (16 000 hommes) dans cette province albanophone.

Mais est aussi avancé l’esprit de revanche sur la défaite de la Bataille du Champ des Merles (bataille de Kosovo Polje) en date du 28 juin 1389. Une coalition de troupes serbo-bulgares, conduite par le prince serbe Lazar de la province de Raska (saisi et décapité au cours de la bataille), fut écrasée par les forces, musulmanes et chrétiennes, du sultan ottoman Mourad 1er. Défaite qui marqua l’émancipation turque et son omniprésence jusqu’au XIXe siècle, dans les Balkans.

Portrait du prince Lazar Hrebeljanović by Đura Jakšić

L’argument de la Bataille du Champ des Merles rappelle ce qui animait déjà, lors de la guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995), les miliciens serbes, épris d’un nationalisme exacerbé, aveugle, qui les fit commettre les pires ignominies à l’encontre des populations musulmanes, entre autres… Rien n’exclut, sous l’influence serbe et russe, une partition du nord du Kosovo où vit près de la moitié des 10.000 Serbes du Kosovo.

Le président serbe, Boris Tadic, s’est bien fait comprendre : la Serbie n’acceptera jamais l’indépendance du Kosovo. Et s’il se veut rassurant en soulignant qu’il privilégiera le recours aux moyens légaux, rien ne pourra altérer l’ultranationalisme d’une minorité serbe fanatisée.

Dans les zones de trafics identifiées, la Grèce est une destination privilégiée des diverses filières de trafics d’être humains. Les réfugiés à majorité albanaise transitent ainsi par la Macédoine pour s’implanter en Grèce. Le contexte est même à la hausse de l’entrée de clandestins, à raison de 145% entre 2005 et 2006. Ce qui représente un trafic lucratif pour les diverses organisations criminelles qui comptent entre 10 et 50 membres de nationalité bulgare, macédonienne ou albanaise, qui monnayent le passage entre 1.000 et 5.000 euros par personne.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°133 daté de Mai-juin 2008. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

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