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Commando Kieffer

Commando Kieffer : technologie et guerre électronique

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 25 juin 2008.©

Annoncée à l’occasion de la commémoration du 8 mai 1945, par le président de la République, sur la plage mythique de Ouistreham, la création du Sixième commando marine est devenue réalité, le 6 juin dernier, autre date symbolique.

Car le Commando de Philippe Kieffer (1899-1962), le 6 juin 1944, réunissait quelques 177 commandos qui, depuis la plage de Ouistreham, furent les seuls Français à débarquer et, ainsi, prendre part aux intenses actions terrestres de l’opération Overlord. Près de 40% furent mis hors de combat (tués ou blessés) lors de cette première phase du débarquement.[2]

Les survivants continuèrent leur mission et subirent plus tard de terribles combats à Amfreville et Bréville-les-Monts où le « Bataillon des premières heures » fut quasiment anéanti, le 10 juin 1944.

 Monument aux commandos de Spean Bridge près d'Achnacarry en Écosse

Les rescapés sont ensuite renforcés par de nouveaux commandos formés en Angleterre avant d’être rapatriés, au camp de Petworth (West Essex), le 6 septembre 1944.

Un sixième commando pour l’appui opérationnel En 2008, la France renoue donc avec la situation qui prévalait dans les années 1950. En effet, à l’époque il existait alors 6 commandos : les commandos Jaubert, Trépel, de Penfentenyo, de Montfort, François, et le commando Hubert qui réunit les nageurs de combat.[3]

Le Commando François eut une brève existence. Créé en 1948, il est dissous en 1953, soit un an avant la fin de la guerre d’Indochine. Pour autant, le nouveau commando des forces spéciales de la Marine, auquel a été donné le nom de Kieffer, constitue un Commando de commandement et d’appui opérationnel. Il ne devrait réunir que 32 personnels placés sous les ordres d’un capitaine de frégate ; preuve de l’importance majeure de cette nouvelle composante des bérets verts de la marine. Mais sa spécificité témoigne de l’importance, évidente, prise par les nouvelles dimensions des engagements et des conditions de coercition face à une adversité polymorphe.

Ainsi, le sixième Commando est-il focalisé sur la mise en œuvre des drones, mais aussi les mesures de lutte NRBC (Nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique), la guerre électronique, les capacités C3I (Command, Control, Communications, et Intelligence), mais aussi sur la cynotechnie et le contre-minage de combat. En somme, les Commandos-marine élargissent leur compétence, au-delà de leur nature propre de marin, pour intégrer des spécialités autres, leur offrant ainsi une indépendance synonyme d’efficacité pour ces mêmes compétences liées notamment à la communication et à la guerre électronique. Du coup, ils gagnent aussi en capacités modulaires et en disponibilités simultanées.

Les Commandos-marine bénéficient ainsi d’une légitime accentuation de leur polyvalence, élément déterminant pour les actions amphibies ou à la mer, dans le cadre missions de Sécurité et de Défense nationales ou de coopération internationale.

  • Montée en puissance et polyvalence accrue

Dernièrement, les Commandos-marine étaient au cœur de l’actualité, suite à leur intervention décisive, dans le cadre de l’opération Thalatine, en partenariat avec le GIGN (Groupement d’intervention de la Gendarmerie nationale), pour la récupération de l’équipage du yacht de croisière, le Ponant ; équipage retenu en otage par des pirates somaliens qui, loin d’être de menaçants éléments jihadistes, commettaient par là même un acte illégal et irrecevable, avec la complicité implicite de leurs proches, sinon de leur village. L’affaire s’est réglée de manière optimale, sans effusion de sang, et en dépit d’avaries subies tant par les aéronefs que les bâtiments impliqués dans cette vaste opération de libération, récupération et exfiltration.

L’obsolescence récurrente de moyens lourds de l’armée française est devenue tellement criante que le bilan dressé par le Livre blanc en la matière ne vient que confirmer ce qui était observé depuis des années. Il y a urgence à remédier à ces travers et à veiller à ce que la Marine ne soit pas négligée dans une conjoncture internationale marquée par le retour des stratégies navales ; aux Etats-Unis, comme en Chine, ou même au Moyen-Orient, à l’instar de l’Iran.

Les exigences de disponibilité des bérets verts ne cessent de s’accroître, imposant en permanence une adaptation salutaire des moyens lourds d’intervention. Ce qui a bien été pris en compte, semble-t-il, en deçà du dossier sensible des frégates multi-missions pour la Marine en général. Dernier élément en date, l’entrée en action, depuis le début du mois d’avril, à titre de test jusqu’au mois de juin, de l’ECUME (Embarcation Commando à Usage Multiple Embarquable) conçue par la société britannique VT HALMATIC, en vertu d’une commande faite par la Délégation générale pour l’Armement (DGA en juin 2006). Cette embarcation (9,5 m de longueur pour 3mde largeur) est, par définition, destinée à la réalisation de raids inhérents à trois types majeurs de missions : actions spéciales, missions de protection et de sauvegarde, enfin, opérations aéro-maritimes.

L’embarcation peut prendre en compte une douzaine de commandos avec leur matériel, soit une charge maximale de 7 tonnes, tout en étant en mesure d’atteindre la vitesse de 40 nœuds. Si les tests sont probants, une vingtaine d’embarcations de type ECUME devrait être livrée d’ici le mois d’avril 2009, afin de remplacer les ETRACO (Embarcation Très RApide pour COmmandos), de type Hurricane, actuellement en dotation dans les commandos.[4]

Reste à voir si les effectifs en soi des Commandos-marine sont suffisants et n’obligent pas leurs éléments à être soumis à une lourde succession de missions. Ce sont certes des combattants d’excellence ; ils n’en demeurent pas moins des hommes…

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°134 daté de Juillet-août 2008. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Le « Commando Kieffer » a été créé pendant la Deuxième Guerre Mondiale en Grande-Bretagne sur le modèle des Royal Marines Commandos (forces spéciales de la Royal Navy) à partir d'éléments des fusiliers marins commandos de la France libre regroupés au Royaume-Uni et placés sous les ordres du capitaine de corvette Philippe Kieffer. Leur formation s'est faite avec les "bérets verts" britanniques au château d'Achnacarry en Écosse, mis à disposition de la Special Service Brigade par le propriétaire, Sir Donald Walter Cameron of Lochiel, chef du clan Cameron.

Les membres du Commando Kieffer seront les premiers à débarquer par voie maritime et les seuls Français libres à débarquer  le jour J et à prendre part aux combats qui ont suivi. Ces 177 hommes faisaient partie du 1er bataillon de fusiliers marins commandos, fort de deux Troops de combat et d’une 1/2 Troop d’appui (K-Guns. Ils s'illustreront lors du débarquement de Normandie. (Liste des commandos Kieffer).Sur les 177 commandos, 10 furent tués le 6 juin, 27 furent tués au combat et 24 terminèrent la campagne de Normandie sans avoir été blessés. .

[3] Les cinq commandos marine font partie des forces spéciales françaises. Chaque unité a des missions qui leur sont propres. Quatre commandos sont basés à Brest : les commandos "Jaubert" et "Trepel", spécialisés dans l'assaut à la mer ; "de Penfentenyo" dans la reconnaissance et "de Montfort" dans l’appui et la destruction à distance. Le cinquième est basé à Toulon : le commando "Hubert" étant spécialisé dans l’action sous-marine. Le sixième commando qui sera basé à Lorient comprendra « une trentaine de marins volontaires sélectionnés parmi des marins d’active de spécialités non-commando et affectés pour une durée de 2 à 3 ans » alors que les commandos actuels comprennent entre 80 et 100 membres Basé à Lorient dés l'été 2008, ce commando sera spécialisé dans la mise en œuvre des nouvelles technologies drones, cynotechnie, informatique ; capable d'agir en autonomie et d'apporter un soutien à d'autres unités ou d'armer des PC de forces spéciales.

[4] La Marine nationale et la DGA n'ont pas confirmé la commande prévue de 19 Embarcations "Commando à Usage Multiple Embarquables" (ECUME). Cette décision fait suite aux essais menés sur le prototype pris en charge en avril 2008 par les commandos à Lorient, les « essais opérationnels » ayant « démontré que l'embarcation n'atteignait pas totalement les objectifs du cahier des charges »

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