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Un bloc sahélien dans la lutte contre le jihadisme

Un bloc sahélien dans la lutte contre le jihadisme

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 21 avril 2010.©

Sous l’impulsion de l’Algérie, les pays de la zone saharo-sahélienne s’appliquent dorénavant à mieux composer entre eux pour contrer efficacement le jihadisme.[2] Sans que la contribution occidentale ne soit absente du processus collectif.

Tel un socle fondateur, l’accord international, signé à Alger le 16 mars 2010, entre sept pays du Sahel (Algérie, Burkina Faso, Mali, Niger, Libye, Tchad et Mauritanie), à l’invitation du président algérien Abdel-Aziz Bouteflika, concrétise un partenariat régional qui vise clairement à ériger un solide dispositif de lutte contre le terrorisme islamique. Le traité est intervenu au terme d’une conférence portant sur le terrorisme dans le Sahel et à laquelle participaient les ministres des Affaires étrangères desdits pays. L’Algérie promet d’assurer subsides et équipements aux pays cosignataires.

Pour la première fois, en mettant de côté leurs différents, les pays signataires veulent prouver leur détermination à unir leurs efforts dans la lutte contre l’organisation Al-Qaïda pour le Maghreb islamique (AQMI), l’ex Groupe salafiste pour la prédication et le Combat (GSPC), nom changé en 2007. La situation est devenue suffisamment préoccupante pour que la prise de conscience collective soit dorénavant scellée dans une démarche de contre-offensive coordonnée.

Carte du Sahel

Les islamistes ont sensiblement accru leur capacité de nuisance en Afrique du Nord. Ils menacent en effet les routes commerciales transsahariennes, perturbent les flux touristiques, multiplient les trafics (armes, drogues, cigarettes) et harcèlent les forces de police. Les réseaux salafistes sont notamment dirigés par Mokhtar Belmokhtar et Abdelhamid Abuzeid.[3] Ce dernier, depuis la région de Kidal, au Nord-Mali, a même clairement menacé de frapper à l’occasion de la coupe du monde du football qui se déroule du 11 juin au 11 juillet en Afrique du Sud, plus particulièrement lors du match qui, au Cap, réunira les équipes du Royaume-Uni et des États-Unis. Une menace qui aurait été prise très au sérieux par les Services anti-terroristes occidentaux.

Globalement, on estime que AQMI et alii réuniraient selon les sources, entre cinq cents et deux mille éléments en proie à une relative fragilité financière. D’où leur attachement à de multiples trafics. C’est pourquoi, au-delà de la menace terroriste stricto sensu, il s’agit pour les États de contrer les organisations criminelles transfrontalières (OCT), notamment les narcotrafiquants en provenance d’Amérique latine,[4] dont les liens avec les jihadistes sont de plus en plus évidents, sachant que les islamistes y trouvent une opportunité directe ou indirecte d’autofinancement, bien loin des préceptes coraniques qui ne servent alors que de faire valoir. On estime que près de 30% de la consommation européenne transite par l’Afrique, soit 50 tonnes de cocaïne ; des flux de cocaïne qui sont souvent escortés par des jihadistes qui, en retour, perçoivent une dîme sur les stocks convoyés à travers le Sahara.

  • Priorité au renseignement

Afin de mieux cerner les méthodes et planifications de l’AQMI, les pays partenaires ont décidé d’ouvrir un centre de renseignement localisé à Tamanrasset. Là encore, il semble que l’Algérie, par la voix du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, chef d’État-major de l’armée algérienne, en ait assuré l’impulsion. Mardi 13 avril 2010, Alger recevait d’ailleurs, au ministère de la Défense, les divers chefs d’état-major des pays signataires pour évaluer la menace et, sans doute, établir des lignes directrices de la nouvelle stratégie. Les objectifs affichés portent sur une meilleure perception géographique des réseaux établis du Sahara au Sahel, en renforçant le contrôle des zones frontalières. Le tout devant permettre la préservation des échanges économiques entre les pays, sans entrave inhérente à l’insécurité. Concrètement, il faudra encore des années avant de pouvoir supposer éradiquer toute menace terroriste, si tant est, d’ailleurs, qu’elle puisse l’être alors que la paupérisation ne cesse de gagner du terrain, en Afrique comme sur les autres continents.

  • Une coopération régionale et transcontinentale

L’autre objectif officiellement affiché par ce bloc sahélien consiste à prendre du champ par rapport à une quelconque intervention occidentale, dans la gestion des impératifs sécuritaires de la région. En réalité, chacun sait que l’Algérie, entre autres, bénéficie depuis plusieurs années d’une politique de coopération avec les États-Unis, destinée à améliorer ses propres capacités (moyens, méthodes) de lutte anti-terrorisme. En avril, la France elle-même envoyait des instructeurs au Mali, afin d’y parfaire les savoir-faire en matière d’anti-terrorisme au profit de plusieurs centaines de soldats maliens, dans le nord du pays (région de Mopti), parmi lesquels on compterait, selon certaines sources, des soldats des unités d’intervention relevant du 62ème régiment d’infanterie motorisé. Le dispositif français vient en tout cas renforcer l’implication de forces spéciales américaines au Mali.

Les apports de quelques pays occidentaux sont donc conséquents et se traduisent aussi, en mai, par une manœuvre internationale intitulée Flintlock, à laquelle participent, outre des contingents sahéliens, des soldats américains (près de 600) et européens (environ 150).

Au final, Occidentaux et Africains ont tous intérêt à ce que le terrorisme islamique soit affaibli dans les plus brefs délais, tant pour la stabilité régionale et la pérennité des flux économiques et touristiques, que pour éviter que le Sahel ne devienne la plate-forme clandestine d’un terrorisme à destination des régimes européens. Cela dit, l’implication occidentale dans la région suscite tout de même les interrogations d’intellectuels maghrébins qui se demandent si la lutte contre le terrorisme n’est pas systématiquement avancée pour faire valoir un processus de lobbying politico-militaire des Occidentaux ; premier acte d’une stratégie d’implantation économique plus en profondeur. D’autres, enfin, insistent sur la nécessité de ne pas seulement se focaliser sur la coercition mais d’intégrer les politiques de déradicalisation,[5] d’amnistie et de reconquête psychologique et religieuse, en vue d’une réintégration sociale des insurgés de la foi en rupture avec des régimes qui sont encore loin du véritable multipartisme inscrit sur le canevas démocratique.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°145 daté de Mai-juin 2010. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] C’est à son réseau que l’on attribue la prise en otage du Français Pierre Camatte – libéré le 22 février 2010 et l’assassinat, en juin 2009, du Britannique Adwin Dyer.

[3] L'Algérien Abdelhamid Abu Zeid : de son vrai nom Hamid Essoufi.

[4] Voir "Face aux narcotrafiquants : l’action spéciale comme ultime garantie..." de Pascal Le Pautremat.

[5] Voire "Désigner l'adversaire"

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