Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

Bigeard à l

Bigeard à l’avant-garde des forces spéciales parachutistes de l’armée de Terre ?

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 26 juin 2010.©

Jusqu’au bout, le général Marcel Bigeard a témoigné d’une force de caractère hors pair et d’un sens inné du panache : il a décidé de rejoindre l’Autre Rive, à 94 ans, le 18 juin 2010, soixante-dixième anniversaire de l’Appel du 18 juin…

Tout un symbole pour un Officier profondément épris de la France,[2] combattante et souveraine, affligé par la déliquescence du Lien Armée-Nation.

Né le 14 février 1916, Marcel Bigeard reste un artisan des méthodes destinées à mener la guerre autrement, en Indochine puis en Algérie, avec le concept des Commandos de chasse parachutistes auxquels on associe la casquette éponyme… Casquette qui devient ainsi la marque des « paras de Bruno ».

        Le général Marcel Bigeard : l'homme d'une seule passion : la France...

  • « S’élever par l’effort »

Son parcours pourrait relever de la devise de l’École nationale des Sous-officiers de Saint-Maixent. De Caporal-chef au 23e régiment d'infanterie de forteresse, sur la Ligne Maginot, deux ans avant la guerre, Marcel Bigeard intègre les Corps francs, sert comme sergent et obtient le grade d’adjudant, au moment de la Campagne de France au cours de laquelle il est fait prisonnier. Sous-lieutenant en 1943, après avoir gagné l’Afrique du Nord suite à deux tentatives d’évasion (en novembre 1941), il devient combattant de la France libre au sein des services spéciaux. A ce titre, il est parachuté en Ariège où, à la tête d’un maquis, il libère Foix en août 1944, face à une garnison allemande sensiblement supérieure.

Cela ne manque déjà pas de panache puisqu’il s’agit de la ville de Gaston III Phoebus (1331-1391) dont le parcours est assez comparable à celui de Bigeard puisqu’intimement lié à la guerre. S’ouvre ensuite, pour Bigeard, la page douloureuse de l’Indochine, et notamment sa participation à la bataille de Dien Bien Phu jusqu’à sa chute. Il reste prisonnier quatre mois avant d’être libéré durant l’été 1954. Pas de répit pour le Loup au béret rouge des parachutistes coloniaux. Il rejoint les pitons d’Algérie et lancent ses hommes dans des cavalcades téméraires à un rythme effréné dans le djebel. Le 1er novembre 1955, Bigeard prend le commandement du 3e régiment de chasseurs parachutistes (RCP), recréé en juin et qui, le 1er décembre 1958, devient le 3e Régiment de Parachutistes d'Infanterie de Marine.

« Souples, félins et manœuvriers »[3]

Deux ans plus tard, Bigeard dirige le Centre d'entraînement à la guerre subversive sur le site de Jeanne d'Arc, près de Philippeville, créée en mai 1958. L’École est d’ailleurs surnommée « Bigeardville » et assure une formation à la guerre contre-révolutionnaire.[4] Son indicatif radio « Bruno » l’immortalise, tout comme sa gouaille, son tempérament inné de meneur d’hommes qu’il veut affûtés, percutants et les sens aux aguets. Bigeard se fait aussi remarquer par son soutien au processus de création de commandos à partir d’anciens combattants nationalistes algériens, très critiques à l’égard de l’ALN du FLN. Sous l’égide de Georges Grillot (cf Commando Georges), ils remportent de francs succès dans le secteur de Saïda, avant d’être rattrapés par l’histoire et de disparaître, pour la plupart, dans les règlements de compte déchainés par le FLN.

Le Colonel marcel Bigeard

C’est dans les années 1960, à la direction de la Brigade parachutiste à Toulouse, qu’il insuffle une nouvelle dynamique, en reprenant les acquis de ses prédécesseurs et surtout en mettant en avant sa propre expérience de contreguérilla. Il n’oublie pas non plus ceux de ses compagnons d’armes qui, comme lui, ont pu sortir relativement indemnes (physiquement du moins) de la tragédie de Dien Bien Phu. Ainsi, au début des années 1970, Bigard, alors Secrétaire d’Etat à la Défense, aurait porté un vif intérêt au 1er Régiment de Parachutistes d'Infanterie de marine (RPIMa) de Bayonne, créé en 1960. Héritier des parachutistes SAS de la France libre, il demeure un régiment d’instruction jusqu’en 1975.

http://upload.wilimedia.org/wikipedia/commons/2/26/garde_du_drapeau_du_1er_RPIMa.JPG

La garde du drapeau du 1er RPIMa

Bigeard confie au colonel Pierre Hovette (1972-1973), alors chef de corps du 1er RPIMa, la mission de procéder à une réorganisation du régiment, dans une conjoncture où Bigeard veut mettre en exergue des régiments dits commandos.

  • Paras commandos : du Groupement opérationnel au COS

La réforme se traduit par une sélection de plus en plus rigoureuse dans les années suivantes et permet de positionner le 1er RPIMa comme l’un des fers de lance du Groupement opérationnel (1975-1980), au sein de la 11e division parachutiste (DP), en lien étroit avec les Services secrets et au-delà des luttes de chapelle. A noter d’ailleurs le rôle déterminant du colonel Leblanc qui, chef du Groupement opérationnel (GO), sut lui aussi insuffler une dynamique propice à l’esprit Forces spéciales, non pas sans provoquer quelques jalousies et critiques tant aux Services secrets qu’à la tête de la 11e DP. Aujourd’hui intégré au commandement des Opérations spéciales, le 1er RPIMa constitue en soi un bloc solide porté notamment sur les missions de coercition à haut risque, frontales ou sur les arrières de l’adversaire. Dans la continuité en somme de l’esprit pionnier des parachutistes qui ont vécu et souffert en Indochine.

Général de brigade en 1967, Bigeard est promu général de corps d'armée en décembre 1973. Dans les années qui suivent, il entre dans la vie politique, sans jamais se résoudre à un milieu de calculs et d’opportunisme, voire de coups en douce ; cette « jungle » qu’il déplorait dans l’un de ses ouvrages.[5] Il est nommé secrétaire d’Etat à la Défense, le 31 janvier 1975, mais démissionne le 4 août 1976. Plus tard, en 1978, il devient député UDF de Meurthe-et-Moselle, dix années durant, avant d’être battu en 1988 (50,45% contre 49,45%) face au socialiste Michel Dinet.

En 2006, il écrivait :« […] sur la question algérienne […] je le dis franchement, j’étais pour l’indépendance. Je trouvais totalement anormal et anachronique cette situation qui prévalait en Algérie […] Mais j’étais là pour faire la guerre […], pour faire la guerre au terrorisme, et je la faisais sans état d’âme ».[6] Ainsi peut se résumer la posture de Bigeard : légaliste mais sans aveuglement ; loyal et investi par sa tâche de soldat au service de la République.

Si la population française témoigne de sentiments partagés à son égard, il reste néanmoins un symbole, sinon un modèle, pour bien des militaires. Le 28 avril dernier, entre deux hospitalisations, Bigeard recevait, d’une délégation de l’Association La Saint-cyrienne, le Prix Spécial « pour ses qualités de Témoin, de Guerrier exceptionnel et son attachement à la Patrie ». Bigeard (26 citations dont vingt-trois à titre individuel) demeura jusqu’au bout le Père du 3e RPIMa au point qu’un caporal-chef a représenté le régiment à son chevet. Pour un dernier combat inéluctable dont nul ne sort vainqueur.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°146  daté de Juillet-août 2010. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] « L'homme d'une seule passion, la France » : Honneurs militaires au général Bigeard.

[3] Expression consacrée de Bigeard pour définir ses parachutistes, en Algérie notamment.

[4] « Le manuel de l’officier de renseignement » : manuel de techniques de renseignement écrit par le colonel Bigeard durant la guerre d'Algérie.

[5] Général Marcel Bigeard : « De la jungle à la brousse ». Paris, Editions Hachette Carrère, 1994, p. 45

[6] Général Bigeard, Adieu ma France. Paris, Editions du Rocher, 2006, p. 45.

Dans la rubrique "Forces spéciales", lire également du même auteur :


Derniers articles

Verdun 2016 : La légende de la « tranchée des baïonnettes »
Eyes in the Dark: Navy Dive Helmet Display Emerges as Game-Changer
OIR Official: Captured Info Describes ISIL Operations in Manbij
Cyber, Space, Middle East Join Nuclear Triad Topics at Deterrence Meeting
Carter Opens Second DoD Innovation Hub in Boston
Triomphe de St-Cyr : le Vietnam sur les rangs
Dwight D. Eisenhower Conducts First OIR Missions from Arabian Gulf
L’amiral Prazuck prend la manœuvre de la Marine
Airmen Practice Rescuing Downed Pilots in Pacific Thunder 16-2
On ne lutte pas contre les moustiques avec une Kalachnikov...
Enemy Mine: Underwater Drones Hunt Buried Targets, Save Lives
Daesh Publications Are Translated Into Eleven Languages
Opération Chammal : 10 000 heures de vol en opération pour les Mirage 2000 basés en Jordanie
Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux
Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews
Carter Welcomes France’s Increased Counter-ISIL Support
100-Plus Aircraft Fly in for Exercise Red Flag 16-3
Growlers Soar With B-1s Around Ellsworth AFB
A-10s Deploy to Slovakia for Cross-Border Training
We Don’t Fight Against Mosquitoes With a Kalashnikov
Bug-Hunting Computers to Compete in DARPA Cyber Grand Challenge
Chiefs of US and Chinese Navies Agree on Need for Cooperation
DoD Cyber Strategy Defines How Officials Discern Cyber Incidents from Armed Attacks
Vice Adm. Tighe Takes Charge of Information Warfare, Naval Intelligence
Truman Strike Group Completes Eight-Month Deployment
KC-46 Completes Milestone by Refueling Fighter Jet, Cargo Plane
Air Dominance and the Critical Role of Fifth Generation Fighters
Une nation est une âme
The Challenges of Ungoverned Spaces
Carter Salutes Iraqi Forces, Announces 560 U.S. Troops to Deploy to Iraq
Obama: U.S. Commitment to European Security is Unwavering in Pivotal Time for NATO
International Court to Decide Sovereignty Issue in South China Sea
La SPA 75 est centenaire !
U.S. to Deploy THAAD Missile Battery to South Korea
Maintien en condition des matériels : reprendre l’initiative
La veste « léopard », premier uniforme militaire de camouflage
Océan Indien 2016 : Opérations & Coopération
Truman Transits Strait of Gibraltar
Navy Unveils National Museum of the American Sailor
New Navy, Old Tar
Marcel Dassault parrain de la nouvelle promotion d’officiers de l’École de l’Air
RIMPAC 2016 : Ravitaillement à la mer pour le Prairial avant l’arrivée à Hawaii
Bataille de la Somme, l’oubliée
U.S., Iceland Sign Security Cooperation Agreement
Cléopatra : la frégate Jean Bart entre dans l’histoire du BPC Gamal Abdel Nasser
Surveiller l’espace maritime français aussi par satellite
America's Navy-Marine Corps Team Fuse for RIMPAC 2016
Stratégie France : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande
La lumière du Droit rayonne au bout du chemin





Directeur de la publication : Joël-François Dumont
Comité de rédaction : Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
Comité militaire : VAE Guy Labouérie (†), GAA François Mermet (2S), CF Patrice Théry (Asie).

Contact