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« L’opération du 8 janvier 2011 » soumise à l’opprobre médiatique

Chronique sur les forces spéciales de Pascal  Le Pautremat.(*) Paris, le 21 février 2009.©

L’opération du Commandement des Opérations spéciales (COS) au Sahel,[1] s’est soldée, on le sait, par la mort des deux otages, Vincent Delory et Antoine de Léocour. Signe des temps où références et culture militaires font trop souvent défaut, des médias ont émis l’hypothèse – souvent transformée en certitude – de « bavure »…

Il faudrait donc rappeler que le brouillard de la guerre est omniprésent, depuis des siècles, dans toutes les opérations militaires ; même si la numérisation du champ de bataille devient une nouvelle référence conceptuelle de l’art de la guerre.

Les opérations sont toujours exposées à une marge d’aléas. Les résultats escomptés sont, le plus souvent, impossibles à garantir en amont. Une constante qui, a priori, est de plus en plus occultée par la majorité de la population. Si bien que les simplifications outrancières, sur la blogosphère notamment, aboutissent à des prises de position réductrices.

Carte de l'Afrique de l'Ouest avec le Sahel (en brun)

En tout cas, le bilan dramatique du 8 janvier 2012 a soumis à l’opprobre médiatique, les éléments des forces spéciales, dont on connaît pourtant toute la pondération, et surtout le pouvoir exécutif. Ainsi, Yves Fromion, député UMP du Cher, dont la voix fut relayée par Jean-Dominique Merchet pour Marianne, estimait, le 26 janvier, que l’opération n’avait abouti qu’à un massacre pour lequel « [s]on interpellation [ via la Commission de la défense de l’Assemblée nationale, le 26 janvier 2011] concernait ceux qui ont déclenché l'intervention ».

  • Des capacités mobilisées de toute urgence

Par principe, une fois enlevés, les otages voient leur chance de survie considérablement diminuée. Ils sont également exposés au risque d’être séparés – ce qui complique sensiblement les recherches – dans une région immense.[2] Une chance, donc, que l’armée française ait pu mobiliser rapidement des moyens pour les repérer et mener un opération combinant à la fois action de coercition, contre le commando de ravisseurs, et tentative de libération/exfiltration des otages. Une démarche toujours très périlleuse car complexe mais rendue possible grâce à des forces prépositionnées.

  • Des faits tragiques

Enlevés à 22 h30, le 7 janvier, au cœur de Niamey, Vincent Delory et Antoine de Léocour sont convoyés en véhicule de type 4x4 vers la frontière commune avec le Mali, en transitant par Ouallam. Tout reste ensuite assez approximatif. Un à deux accrochages avec des véhicules de la gendarmerie et de la garde nationale – sur lesquelles quasiment aucun média ne s’est attardé – en provenance de Tillabéri (nord-ouest de Niamey) ; des blessés parmi les gardes nationaux, ainsi que parmi les gendarmes nigériens qui, de surcroît, voient quelques uns des leurs faits prisonniers et embarqués par les terroristes. Leur colonne de véhicules, en route vers le Mali, est finalement localisée par un Bréguet Atlantique ATL-2.

C’est à trois heures de route de Niamey, que les équipes héliportées du Commandement des opérations spéciales (COS) interviennent en territoire malien, environ une douzaine d’heures après le rapt des Français. Trois Cougar du 4e Régiment d’hélicoptères des forces spéciales (RHFS) et près d’une cinquantaine de commandos français seraient intervenus (une vingtaine du CPA10 et un trentaine du 1er RPIMa), en provenance de Ouagadougou (Burkina Faso). L’accrochage est violent. L’opération fait officiellement 9 morts : trois gendarmes nigériens , les deux Français et quatre terroristes présumés. De leur côté, les soldats du COS déplorent au moins deux blessés, dont un pilote d’aéronef. Deux hélicoptères ont en effet été touchés dans l’opération.

  • Un drame à plusieurs lectures…

Une fois annoncée, la mort violente de nos deux compatriotes est vite devenue comme suspecte, perçue même, ici ou là, comme le résultat d’une ouverture du feu inconsidérée, sous prétexte que les otages n’étaient pas des acteurs socio-économiques de poids… Face au déchaînement médiatique, le ministre de la Défense, Alain Juppé, a levé le secret défense sur les enregistrements de l’opération. Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, révélait les résultats – contestés là encore – des autopsies des deux jeunes Français, inhumés depuis à Linselles.

Les proches de Vincent Delory, début février, décidaient de se porter partie civile, dans l’espoir de connaître les circonstances exactes du décès des deux amis d’enfance. Cette quête – compréhensible – démontre, une fois encore, la judiciarisation des opérations militaires. Elle illustre aussi la difficulté de faire son deuil face à une situation que l’on ne contrôle pas totalement, face au brouillard de la guerre…

Cette affaire témoigne aussi de cette distorsion entre le sentiment populaire et la planification stratégique intégrant les options proposées au président de la République par des militaires particulièrement compétents, et au premier rang desquels on trouve le général d’armée Benoît Puga, chef d’État-major particulier du président de la République, ancien patron du COS et de la Direction du renseignement militaire. Inévitablement, les instances dirigeantes d’un État de Droit, quel qu’il soit, se doivent de rester crédibles sur l’échiquier international, en refusant toute compromission avec un adversaire pour ne pas être considérées comme faibles. La mort des deux Français résonne donc d’une manière particulière parce qu’elle confronte l’incompréhension et la douleur de la sphère privée au choix politique et sécuritaire qui, répétons-le, n’est pas systématiquement gage de succès.

En tout cas, l’opération semble avoir incommodé les autorités algériennes, craignant de voir se multiplier les opérations de vive force de la France en zone sahélienne. Alger s’irrite d’un potentiel retour en force de l’influence de Paris dans la région - susceptible de faire de l'ombre à ses efforts - pour mieux coordonner la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).

[1] Le Sahel (de l'arabe ساحل sahel, signifiant côte ou frontière) désigne une bande de territoires marquant la transition, à la fois floristique et climatique, entre le domaine saharien au nord et les savanes du domaine soudanien (à ne pas confondre avec le pays du même nom), où les pluies sont substantielles, au sud. D'est en ouest, il s'étend de l'Atlantique à la mer Rouge. La définition de la zone couverte est très variable selon les auteurs. Ainsi pour certains le Sahel comprend tous les territoires bordant le Sahara : il y a donc un Sahel septentrional et un Sahel méridional. C'est ce dernier qui est cependant désigné quand on ne lui ajoute pas de qualificatif.

[2] Voir "La géopolitique des populations du Sahel" par le Recteur Gérard-François Dumont

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