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La “Communication stratégique” ou les limites de la propagande

À l’heure de la « guerre contre le terrorisme », les conflits se gagnent de plus en plus au niveau des perceptions et de l’opinion publique. Les armées des pays occidentaux, les États-Unis en tête, s’efforcent de coordonner au niveau stratégique et opérationnel l’ensemble de leurs activités informationnelles. Avec un succès mitigé… Cette chronique sur les armes de communication massive a été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, François d'Alançon (*). Paris, le 24 août 2005.©

Au Pentagone, on appelle cela « la communication stratégique ». Le concept fait fureur à Washington, prétexte à une série de rapports, de directives et de nouveaux organigrammes, au moment où les États-Unis cherchent à améliorer leur capacité à convaincre et leur image dans l’opinion publique mondiale. À défaut d’être une panacée, la « communication stratégique », cette coordination au niveau stratégique et opérationnel de tous les instruments d’information, de propagande et d’influence à la disposition des gouvernements modernes, devient incontournable dans la «guerre mondiale contre le terrorisme».

Avec un budget inégalé, le Pentagone se trouve naturellement au cœur de cette entreprise de promotion des intérêts américains qui entend mobiliser autour du même objectif les agences gouvernementales civiles – du département d’État à l’US Information Agency – et des « partenaires » choisis parmi les universités, les « think-tanks », le secteur privé, les organisations non gouvernementales et les médias.

La question était au cœur des discussions lors de la conférence « Information Operations Europe 2005 » organisée par la société IQPC au début du mois de juillet à Malvern, siège de l’entreprise britannique QinetiQ. Pendant deux jours, des spécialistes militaires et civils des principales puissances militaires occidentales ont parlé doctrine, organisation et retour d’expérience. Sans le proclamer ouvertement, l’US Army commence à remettre en cause la doctrine américaine traditionnelle, héritée de la guerre froide, qui établit une stricte séparation entre opérations psychologiques et relations publiques et interdit l’utilisation des « Psyops » à destination des citoyens américains. À défaut d’adopter formellement le concept de « communication stratégique » au sommet de l’administration, malgré les tentatives de Ronald Rumsfeld,[2] les militaires américains ont commencé à l’expérimenter sur le terrain. 

Dès l’été 2004, au lendemain du transfert de souveraineté au gouvernement irakien, le général George W. Casey, commandant en chef des armées américaines en Irak, regroupait sous un commandement unique, baptisé « bureau des communications stratégiques », les affaires publiques (relations de presse), les opérations psychologiques et les opérations d’information. Pendant huit mois, de juillet 2004 à février 2005, le général Erwin Lessel, alors chef d’état-major adjoint des forces multinationales en Irak et patron des « communications stratégiques », a supervisé la communication externe en direction des médias irakiens, panarabes, américains et internationaux, la communication interne destinée aux troupes américaines, le soutien à la politique de communication du gouvernement irakien et les opérations d’information sur la population irakienne. « L’important est d’abattre les murs qui existent entre les différentes disciplines » affirme cet ancien pilote. « Les responsables des opérations d’information peuvent tirer profit de la perspective de leurs homologues chargés de la communication publique et vice-versa. Notre information doit être fiable et rapide, de façon à pouvoir répondre en temps et en heure aux inexactitudes propagées par les médias ».

Le général Erwin Lessel -- Photo USAF.

Le général américain, aujourd’hui directeur adjoint des plans et des programmes de l’armée de l’air, se flatte d’avoir mené à bien une « opération d’information » particulièrement réussie, à l’occasion des élections irakiennes du 30 janvier. Grâce à une organisation sans faille, le premier scrutin libre de l’histoire irakienne a été mondialement célébré comme l’acte de naissance de la démocratie irakienne.

Bureau de vote à Bagdad lors de la 1ère élection générale "libre" en Irak

Une gestion efficace des images et de la couverture médiatique, limitée à quelques bureaux de votes sous haute protection, a permis mis aux téléspectateurs de découvrir des Irakiens et des Irakiennes défilant en rangs serrés devant les urnes. Seul problème, relevé après coup par quelques observateurs attentifs, la principale information du 30 janvier, à savoir la non participation des sunnites, restés massivement à l’écart du scrutin, avait été totalement absente des écrans de télévision… Au mois de juillet, le New Yorker révélait que George W. Bush avait approuvé l’an dernier un plan de soutien à certains candidats aux élections irakiennes avant de l’annuler sous la pression du Congrès. L’administration américaine aurait néanmoins décidé de mener une opération clandestine de soutien au Premier ministre sortant Iyad Allaoui. Avec le résultat mitigé que l’on connaît : Iyad Allaoui a du céder sa place à Ibrahim Jaafari, lequel a signé au mois de juillet à Téhéran une série d’accords de coopération sécuritaire, politique et économique avec la République islamique d’Iran.

À la veille des attentats de Londres, le général Anthony Pigott, ancien chef d’état-major adjoint des forces armées britanniques, soulignait les limites du genre en déplorant, avec des accents prémonitoires, l’absence d’une véritable stratégie de lutte contre le terrorisme international. « Nous sommes pris par les opérations en cours et le court-terme alors qu’il faudrait pouvoir répondre au défi des quinze ou vingt prochaines années. Face à la menace des attentats-suicides, de la prolifération des armes de destruction massive, des États défaillants et des États voyous, les réponses ne peuvent être simplement tactiques. Nous devons penser en terme d’années et pas seulement de mois. Les acteurs clés sur la scène internationale doivent réfléchir aux causes profondes et définir une stratégie internationale intégrée ».

François d'Alançon   

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] Défense N°117 daté de septembre-octobre 2005. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] En 2002, le secrétaire américain à la Défense avait dû dissoudre le Bureau d’Influence Stratégique (Office of Strategic Influence) créé notamment pour conduire des opérations de désinformation dans les médias étrangers.

Dans la rubrique “Armes de communication massive”, lire également du même auteur :

 


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