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Pour gagner la guerre

Pour gagner la guerre, Ronald Rumsfeld mise sur la com

Le secrétaire américain à la Défense estime que la « guerre longue » contre le terrorisme se gagnera sur le terrain de la propagande et des médias électroniques « La victoire dans la guerre longue (contre le terrorisme) dépend, en dernière analyse, de la communication stratégique.» Cette chronique sur les armes de communication massive a été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, François d'Alançon (*). Paris, le 26 février 2006.©

Le « Quadriennal Defense Review Report »,[2] un document élaboré par le Pentagone qui résume la réflexion stratégique américaine, s’achève sur cette affirmation et appelle à combler les lacunes identifiées dans tous les secteurs relevant de ce vaste domaine: affaires publiques, soutien de la défense à la diplomatie publique, diplomatie militaire, opérations d’information, y compris les opérations psychologiques. « Le Département de la Défense », souligne le rapport, « doit intégrer des évaluations et des processus de communication dans sa culture, ses programmes de développement, sa planification, ses politiques, son information et ses thèmes pour soutenir des 'commandants combattants' qui reflètent les objectifs stratégiques du gouvernement. Dans ce but, le Département travaillera à intégrer horizontalement les efforts de communication pour lier les problèmes de communication et d’information aux actions, plans et politiques plus larges.» Pour rattraper son retard, le Pentagone doit « organiser, entraîner, équiper et renforcer » de façon adéquate les capacités de communication.

Le rapport préconise « le développement de nouveaux outils et procédures pour l’évaluation, l’analyse et la distribution de l’information à des publics clés aussi bien que l’amélioration des compétences linguistiques et culturelles » pour assurer « une communication sans discontinuité dans l’ensemble du gouvernement américain ».

Quelques jours plus tard, Donald Rumsfeld revenait sur le même thème dans un discours [3] prononcé devant le Council on Foreign Relations à New York.[4] « Le gouvernement à tous les niveaux doit faire des communications une composante centrale » de la lutte contre le terrorisme » a affirmé le secrétaire américain à la Défense, déplorant le manque de formation des militaires chargés des affaires publiques et le fait que cette fonction ne soit pas considérée comme un accélérateur de carrière, tout en soulignant « l’importance du timing et de la rapidité de la réponse » à l’ère de la numérisation des médias audiovisuels. « Nous devons faire mieux dans le recrutement d’experts en communication, le déploiement rapide de capacités de communication sur les nouveaux théâtres d’opération et la réalisation de campagnes médiatiques multiformes » ( presse écrite, radio, télévision et Internet). Le chef du Pentagone cite en exemple le déploiement par l’armée américaine au Pakistan, à l’occasion du tremblement de terre au Cachemire, d’une équipe de communication qui a permis de « focaliser l’attention des médias sur l’engagement extraordinaire du gouvernement américain dans l’aide à la population pakistanaise ». Selon lui, la côte des États-Unis dans l’opinion publique pakistanaise s’en est trouvée dramatiquement améliorée.

Autre changement requis, « les affaires publiques et la diplomatie publique doivent réorienter leur action en direction des médias électroniques », à l’image du Commandement central américain (US CENTCOM) qui alimente aujourd’hui en contenu informationnel plusieurs centaines de blogs.[5

Pour Ronald Rumsfeld, l’administration américaine devrait pouvoir disposer de centres de presse opérationnels 24 heures sur 24 et donner la priorité aux nouveaux médias sur la presse écrite. Là encore, il préconise le recrutement par le gouvernement d’experts venus du secteur privé et la création de nouvelles organisations et programmes, susceptibles de jouer dans la guerre contre la terreur le rôle dévolu à des institutions comme l’agence d’information américaine (USIA) et Radio Free Europe pendant la guerre froide.

Les projets du Département d’État pour soutenir des programmes radiotélévisés ou sur Internet à destination de l’Iran vont dans le même sens. Tout se passe comme si Ronald Rumsfeld avait réalisé que « la guerre longue », - selon le terme désormais adopté par le Pentagone pour qualifier l’effort d’éradication du terrorisme-, se jouait sur le terrain de l’opinion publique, et pas seulement à travers la « transformation » de l’armée américaine.

Donald Rumsfeld devant le CFR à New York

Son discours de New York se veut une tentative d’exposé d’une stratégie pour faire face à ce défi. A l’entendre, ce serait essentiellement une question de communication et de maîtrise des nouvelles technologies. A l’heure des e-mail, appareils photos numériques, caméras vidéo, chaînes de télévision satellite, portables et autres Blackberries, Al Qaïda et les extrémistes islamistes seraient tout simplement meilleurs communicants que les États-Unis. A l’avenir, des relations publiques plus efficaces et une meilleure présentation permettront aux États-Unis de « gagner les cœurs et les esprits » puisque « la vérité est de notre côté et que la vérité finit par gagner ».

Il n’empêche. Le diagnostic proposé et le traitement recommandé par le secrétaire à la Défense semblent un peu courts. Quels que soient les efforts des « spin doctors » du Pentagone, il leur sera très difficile de rendre la détention sine die des « ennemis combattants » de Guantanamo compatible avec les principes de justice proclamés par la Constitution américaine. De même que payer des médias irakiens pour publier des « informations » concoctées à Bagdad par l’Information Operations Task Force de l’armée américaine et le Lincoln Group ne suffira pas à stabiliser la situation en Irak. Autrement dit, la légitimité d’une politique ne se bâtit pas seulement à coup de propagande mais sur son contenu et sa crédibilité.

François d'Alançon

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] Défense N°120 daté de Mars-avril 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Quadriennal Defense Review Report, US Department of Defense (6 février 2006). Sorte de Livre blanc américain publié tous les quatre ans.

[3] New Realities in the Media Age: Discours de Donald Rumsfeld devant le Council on Foreign Relations à New York, 17 février 2006. Après le discours prononcé devant le National Press Club à Washington le 2 février 2006, Donald Rumsfeld a été cette fois encore plus loin... Le discours du secrétaire d'État à la défense a provoqué une levée de boucliers de la presse américaine devant ce qu'elle a considéré comme une « Initiative de propagande du Pentagone » (Pentagon Propaganda Initiative). L'Office of Strategic Influence créé après le 11 septembre 2001, a du fermer ses portes pour laisser la place, en partie, à l'Information Operations Task Force et en partie au Trendon Group, très lié aux Républicains. M^me au Pentagone, il ne faisait pas l'unanimité : « It goes from the blackest of black programs to the whitest of white... »

[4] Voir Rumsfeld, at CFR, Outlines Challenge of Hostile Global Media Environment par Michael Moran (17 février 2006)

[5] Annoncée par le président Jimmy Carter en 1977, la Force de Déploiement Rapide (Rapid Deployment Forces), la « RDF » verra le jour le 1er octobre 1979. Transformé en CENTCOM en 1983 et basé à MacDill AFB à Tampa, Floride, son rôle a été dés le début d'assurer la protection des voies maritimes durant la guerre Iran-Irak, la réplique à l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990, la guerre en Afghanistan en 2001 et la guerre en Irak depuis 2003. Dans les années 1990, ses moyens ont oscillé entre 17.000 et 25.000 hommes ; 30 navires de guerre et 175 avions furent déployés sous son commandement, la 3e armée des États-Unis étant sa composante terrestre et le XVIIIe corps aéroporté son principal réservoir de forces.

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