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Terrorisme et télévision : la terreur spectacle

« Où a vraiment lieu un événement terroriste? ... Avant tout dans la sphère publique où il réalisera sa vocation de message.» ... « Avant de condamner le terrorisme, la télévision lui accorde une publicité sans laquelle il n'existerait pas.» Terrorisme et médias sont devenus des partenaires indissociables. Un partenariat forcé. Comment l'expliquer ? Pour sa chronique sur les armes de communication massive publiée dans la revue Défense.[1] François d'Alançon (*) s'est entretenu avec Daniel Dayan, directeur de recherche au CNRS, auteur d'un ouvrage de référence auquel ont contribué, dans une dizaine de pays, historiens, sociologues, anthropologues, sémioticiens, philosophes, psychanalystes, spécialistes des médias et des publics.[2] Nous reproduisons cet entretien avec l'autorisation de son auteur, . Paris, le 28 août 2006.©

François d'Alançon : Quel est le lien entre le terrorisme et les médias de l’image ?

Daniel Dayan : Le terrorisme est né à la fin du 19ème siècle, au moment où apparaît une large possibilité de diffusion par les médias et où se développe le système des transports. Les terroristes peuvent se déplacer d’un lieu à un autre, tout comme les images des évènements qu’ils produisent. Au départ, le terrorisme se définit comme une propagande par l’acte. La question de l’image de l’acte s’est ensuite posée, ainsi que de la capacité de certaines actions circonscrites à être amplifiées par le pouvoir des médias de l’image. Depuis, le terrorisme n’a jamais cessé de se reposer sur lui.

François d'Alançon : Quel a été l’impact du 11 septembre 2001 sur cette relation ?

Daniel Dayan : Le 11 septembre est une sorte d’aboutissement. Jusque là, le terrorisme était extraordinairement bavard. Des années 70 aux années 2000, le terrorisme produit des discours et s’exprime dans un langage souvent stéréotypé mais qui cherche à tout prix à se faire entendre. Dans un second temps, le terrorisme de langage devient un terrorisme avec post-scriptum. Au lieu de parler, le terroriste envoie une lettre d’authentification. Le langage et le commentaire sur l’évènement continuent à jouer un rôle central. Avec la prégnance des médias de l’image, on passe à un terrorisme beaucoup plus silencieux. Depuis le 11 septembre, le terrorisme n’a plus besoin d’établir une revendication. La situation parle d’elle-même et le public interprète l’évènement en se mettant à la place des terroristes. Dans une sphère publique mondialisée, il est impossible que l’un des systèmes télévisuels ne passe pas les images. On assiste à une coproduction : le terrorisme fournit la mise en scène des évènements et les journalistes fournissent une caisse de résonance condamnatrice. Pour être autosuffisant, les terroristes prennent eux-mêmes les images, des vidéos prêtes à être utilisées et diffusées par des chaînes de télévision qui ne sont pas hostiles.

François d'Alançon : Comment caractérisez-vous le regard porté par les médias occidentaux sur le terrorisme ?

Daniel Dayan : Les médias qui pratiquent le journalisme sont amenés à une coopération forcée avec le terrorisme. Ils sont dans la position de la personne à qui on tord le bras, ils diffusent le terrorisme tout en le condamnant. Luc Boltanski a analysé les trois grands registres discursifs utilisés à propos du terrorisme: la compassion, la dénonciation et l´esthétique. Une des fonctions des médias, c’est d’organiser la gestion des pitiés et de pratiquer une pornographie de la douleur. Tout en étant très bavarde, la pitié ne sait compter que jusqu’à un. Il n’y a jamais qu’une seule victime alors que dans les situations complexes, il y a plusieurs victimes. Très souvent, le terroriste devient l’objet de cette pitié.

Qui est coupable, qui est responsable et qui est innocent ?

 Statue de Robin des Bois à Nottingham (Grande-Bretagne)

Le terrorisme bénéficie de la sympathie a priori dévolue aux discours insurrectionnels, présenté comme une valeur, une figure héroïque de Robin des Bois. Pour Roger Sylverstone, les médias occidentaux ethnocentristes sont incapables de reconnaître l’altérité. Ou bien l’autre devient mon double et je nie son altérité, ou bien il devient monstre et je le diabolise. Définir le terroriste comme étant l’incarnation de l’autre, cela te pose sur la négation absolue de ce que je suis. Peut-on engager un dialogue avec quelqu’un qui ne veut pas dialoguer et refuse de reconnaître votre propre humanité ? Lorsqu’on construit l’autre comme étant le seul alors qu’il y en a plusieurs, on fait table rase de la responsabilité du choix qui construit l’éthique. Il y a une dimension extraordinairement narcissique dans cette façon de sélectionner l’autre et de définir son éthique par rapport à cet autre. Ne pas poser la question du bien et du mal à propos du terrorisme, c’est démissionner de toute possibilité de jugement.

François d'Alançon : Quelle devrait être, selon vous, la fonction du journalisme face au phénomène terroriste ?

Daniel Dayan : Le rôle des médias n’est de ne pas soutenir un récit qui va distribuer à l’avance des culpabilités et des innocences. La victime d’aujourd’hui peut parfaitement être le bourreau de demain. Ce qui définit une nouvelle par rapport à un rituel, c’est que le rituel ne change jamais alors qu’il y a des nouvelles chaque jour. Le rôle des médias et du journalisme, c’est de ne pas être marié avec un récit qui va distribuer à l’avance qui est bon et qui est mauvais. Il existe une sorte d’impératif de factualité alors que pour certains journalistes, il n’y a que le pouvoir des uns et des autres et les récits n’ont pas de base.

François d'Alançon

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] Daniel Dayan a dirigé l’ouvrage collectif "La terreur spectacle, terrorisme et télévision" aux Éditions De Boeck (2006).

[2] Défense N°123 daté de Septembre-octobre 2006. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

Dans la rubrique “Armes de communication massive”, lire également du même auteur :

 


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