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La com de guerre des talibans

La com de guerre des taliban

Les nombreuses réactions suscitées par la précédente chronique [1] sur les risques de nous voir perdre en Afghanistan la bataille de l'image au profit des Taliban ont fourni à François d'Alançon (*) l'occasion de revenir sur ce sujet en insistant cette fois sur l'appareil de communication efficace que les insurgés utilisent dans leur guerre de propagande. Cette nouvelle chronique sur les armes de communication massive, publiée dans la revue Défense [2] est reproduite ici avec l'autorisation de son auteur. Paris, le 23 octobre 2008.©

Depuis la chute de Kaboul en octobre 2001, les taliban ont beaucoup appris dans le domaine des opérations d’information, c’est-à-dire dans la présentation, la production et la dissémination de la propagande. Des deux côtés de la frontières afghano-pakistanaise, le mouvement fait preuve d’un savoir-faire qui lui était inhabituel au temps où il tenait les rênes du pouvoir. A l’époque, des combattants en grande majorité analphabètes et des religieux hostiles à la technologie « non islamique » refusaient de rivaliser sur le terrain de la communication avec les mêmes outils que leurs ennemis occidentaux.

Depuis, les taliban ont suivi l’exemple des meilleurs propagandistes de la mouvance Al-Qaïda et de leurs alliés jihadistes du Cachemire. Selon le magazine taliban de langue arabe Al Somood, une commission média a été formée dès le 23 septembre 2002. Aujourd’hui, le mouvement peut compter sur des porte-parole comme Zabihullah Mujahed et Qari Yousuf Ahmadi pour maintenir des contacts réguliers avec les journalistes via e-mail, SMS et téléphone. Depuis 2008, toujours selon Al Somood, une « commission culturelle » supervise les contacts avec les médias, la production de journaux et magazines, un site web, la publication de livres et de films pour des sites jihadistes. La diffusion du message taliban passe par des moyens traditionnels de communication comme les « lettres nocturnes » (« Shabnamah »), des textes imprimés ou écrits à la main distribués individuellement ou collectivement, par exemple, pour menacer des afghans travaillant pour les forces internationales ou le gouvernement de Kaboul. A l’instar du mensuel Al Somood, un certain nombre de publications sont produites à partir des villes pakistanaises de Peshawar et Quetta. Le mouvement a recours aux DVD pour diffuser des interviews et il dispose d’une présence sur Internet à travers le site Al Emarah (L’Émirat), présenté comme un produit de la « Commission des affaires Culturelles de l’Émirat Islamique d’Afghanistan » et édité en cinq langues : Dari, Pashtou, Ourdou, Arabe et Anglais. Enfin, les audiocassettes sont un moyen de communication très efficace pour diffuser dans la population des chants religieux et nationalistes à la gloire des taliban.

Le message central de la propagande taliban s’articule autour de trois thèmes : les étrangers sont des envahisseurs, l’Amérique est une puissance occupante au même titre que l’Union soviétique dans les années 80 et elle connaîtra la même défaite ; le gouvernement central est un gouvernement à la solde des étrangers, donc illégitime et incapable de répondre aux besoins du peuple afghan ; le combat en Afghanistan fait partie d’une guerre mondiale menée par les étrangers et leurs agents contre l’Islam. A l’appui de cette rhétorique, les taliban exploitent les détentions extrajudiciaires de Guantanamo, les arrestations arbitraires et les « dommages collatéraux » résultant des bombardements des forces de l’Otan qui font des victimes civiles.

  • Les taliban ne cherchent pas la victoire militaire

Il leur suffit de surfer sur le mécontentement de la population devant la mal gouvernance et la corruption des dirigeants. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, les insurgés cherchent à projeter l’image d’un mouvement puissant et irrésistible. Pour eux, il s’agit de créer la perception du caractère inéluctable de leur retour au pouvoir en donnant une impression de cohérence et de dynamique favorable beaucoup plus grande que dans la réalité.

Sapeur légionnaire français du GTIA désamorçant un engin explosif improvisé dans la vallée de la Kapisa

Leur stratégie consiste à cibler les grandes villes du pays, à commencer par Kaboul, la capitale avec des attaques suicides ou des engins explosifs improvisés (IED),[3] pour leur donner le maximum de retentissement. Sous le titre d’Amir al-Mominin, (« chef des musulmans »), Mollah Mohammad Omar continue à diriger le mouvement taliban, selon toute vraisemblance à partir de la ville de Quetta au Pakistan, ce qui n’empêche pas des divisions et une concurrence certaine entre les différents groupes d’insurgés qui revendiquent souvent les mêmes opérations, comme on l’a vu dans le cas de l’embuscade meurtrière du 18 août 2008 contre les militaires français. Ainsi, le réseau de Jalaluddin Haqqani entretient des liens étroits avec les membres arabes d’Al Qaïda, tout en proclamant son allégeance au Mollah Omar. Le Front militaire Tora Bora d’Anwar ul-Haq Mujahid et le Hizb-e islami de Gulbuddin Hekmatyar disposent chacun de leur propre appareil de communication.

De son côté, Al Sahab (« Les nuages »), l’organe de communication du réseau Al Qaïda, produit régulièrement des films et vidéos sur l’Afghanistan avec la meilleure technologie disponible et un logiciel de cryptage sophistiqué.

François d'Alançon

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] "Guerre de propagande en Afghanistan" de François d'Alançon, in Défense N°136, daté de Novembre-décembre 2008.

[2] Défense N°137 daté de Janvier-février 2009. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[3] Depuis plusieurs années, le mode d'action ennemi le plus dangereux contre les forces occidentales en Afghanistan s'est avéré être l'engin explosif improvisé (IED), soit actionné à distance, soit porté par un combattant suicide. D'après un rapport du Homeland Security Market Research, le nombre d'IED utilisé en Afghanistan s'est accru de 400% en 2007, entraînant plus de 400% de pertes envies humaines et plus de 700% de blessés. L'une des meilleures parades existe : des chiens dressés spécialement. En 2008, 3 276 bombes artisanales ont été découvertes, avant ou après leur explosion, soit une hausse de 45% par rapport à 2007. Le nombre des militaires étrangers engagés dans la guerre d'Afghanistan tués par ces engins est passé de 75 à 161. 722 soldats ont été blessés par des EEI.

Dans la rubrique “Armes de communication massive”, lire également du même auteur :

 


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