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La Moldavie

De Téhéran à Pékin, les illusions de la révolution Twitter

L'existence des nouvelles technologies de l’information ne suffit pas à faire plier les régimes autoritaires. Cette nouvelle chronique de François d'Alançon (*) sur les armes de communication massive, publiée dans la revue Défense [1] est reproduite ici avec l'autorisation de son auteur. Paris, le 24 août 2009.©

Ni les efforts de censure des autorités iraniennes, ni la technologie de surveillance et d’interception fournie par Nokia Siemens Networks n’ont pu l’empêcher. La vidéo de la mort de Neda Agha-Soltan, tuée par balle le 20 juin dernier à Téhéran, a fait le tour du monde. Son auteur l’a transmise, via e-mail, à un ami sur place qui l’a immédiatement fait passer, de la même façon, à Voice of America, The Guardian et cinq autres amis. L’un d’entre eux, un iranien expatrié aux Pays-Bas, a aussitôt « posté » la vidéo sur Facebook. Des copies, ainsi qu’une version plus courte filmée par un autre témoin, ont ensuite été diffusées sur YouTube et CNN. En quelques heures, cette iranienne de 26 ans passait du statut de victime anonyme à celui d’icône du mouvement de protestation iranien, une illustration des nouveaux instruments à la disposition des citoyens quand ils veulent alerter le monde sur une situation.

Il n’empêche. En dépit de leur promesse de transparence universelle, les nouvelles technologies de l’information et les nouveaux médias n’ont pas suffi à faire changer d’avis le Guide suprême Ali Khamenei. Début août, le président sortant Ahmadinejab a été investi pour un nouveau mandat de quatre ans.[2]

A l’instar de l’Iran, de nombreux États comme la Chine, la Corée du Nord, la Birmanie, l’Ouzbékistan ou Cuba s’efforcent de contrôler ce que leurs citoyens peuvent voir ou faire sur Internet. Des techniques de filtrage de plus en plus sophistiquées coexistent avec un arsenal législatif prévoyant des peines sévères pour les individus coupables de violation de la législation réglementant l’usage de la Toile. En Iran, le ministère des télécommunications assure le filtrage grâce à son « centre de surveillance », installé en 2008, par Nokia Siemens Networks, une « joint-venture » des entreprises finlandaise et allemande. Dans les semaines qui ont suivi l’élection du 12 juin, les autorités ont partiellement réussi à contrôler ou limiter l’usage d’Internet en bloquant ou en ralentissant l’accès à YouTube, Facebook et à la majorité des sites Web utilisés par la mouvance réformiste ainsi que l’envoi de messages (SMS) par téléphone portable.[3] En revanche, le réseau Twitter s’est révélé plus difficile à bloquer, de même que la transmission des vidéos. Les internautes ont contourné les obstacles en utilisant comme serveurs des ordinateurs « amis » à l’extérieur du pays. De son côté, le régime iranien ne se prive pas d’utiliser Internet à son profit, y compris à travers le réseau Twitter, pour diffuser propagande et désinformation, de même que pour solliciter l’aide des internautes dans l’identification et l’arrestation des opposants. Au début de l’année, les Bassidjis, une force de volontaires sous l’autorité des Gardiens de la révolution, avaient lancé un appel à la création de 10 000 blogs pour lutter contre les « éléments étrangers » accusés de fomenter la révolution sur Internet.

En Chine, champion du « modèle médiatique autoritaire », les autorités vont plus loin. Début juin, le gouvernement a bloqué l’accès à des sites comme YouTube, en prévision du 20e anniversaire des évènements de Tiananmen. En juillet, après les violentes émeutes du Xinjiang, les censeurs chinois ont bloqué les téléphones portables, le réseau Twitter et filtré l’accès à Internet. Pas plus que l’Iran, la Chine n’a pu, toutefois, fermer totalement le robinet des informations et des images.[4]

Les autorités ont tenté d’apurer la Toile des vidéos, photographies ou commentaires d’internautes postés sur les sites chinois mais ces éléments supprimés ont souvent resurgi, non expurgés, sur des sites basés hors de Chine, tandis que Twitter notamment transmettait des images à toute la planète. Dans ce pays qui abritera plus de 377 millions d’internautes en 2013, le gouvernement a provisoirement renoncé à imposer l’installation, sur tout ordinateur vendu en Chine, de Lu Ba, (« barrage vert d’escorte de la jeunesse »), un logiciel permettant de filtrer les images violentes et pornographiques. En plus d’une cyberpolice forte,[5] selon certaines sources, la municipalité de Pékin a annoncé, en juin dernier, le recrutement, d’ici la fin de l’année, de 10.000 internautes volontaires pour contrôler les contenus « malsains » sur les sites chinois. Dernière trouvaille, le gouvernement « privatise » la censure en la sous-traitant à des entreprises privées et en obligeant les portails Internet à salarier une équipe de censeurs appliquant les directives du département de la propagande, faute de quoi la licence commerciale n’est pas renouvelée.

Sur la défensive face à des sociétés civiles jeunes et éduquées, les régimes autoritaires hésitent à fermer purement et simplement l’accès à Internet, de  peur de compromettre des intérêts économiques vitaux comme le fonctionnement du système bancaire. Reste qu’en Iran, comme ailleurs, la vraie révolution se fait dans la rue, pas sur Twitter, YouTube et Facebook.

François d'Alançon

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] Défense N°141 daté de Septembre-octobre 2009. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir Le blog du président Ahmadinejab de François d'Alançon in Défense N°128 : Juillet-août 2007.

[3] Voir La Moldavie, entre “révolution Twitter” et réalité postcommuniste de François d'Alançon in Défense N°139 : Mai-juin 2009.

[4] Voir également La grande muraille autour de l’internet chinois de François d'Alançon in Défense N°134 : Juillet-août 2008.

[5]

Dans la rubrique “Armes de communication massive”, lire également du même auteur :

 


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