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De Téhéran à Pékin

Internet, le nouvel enjeu de la gouvernance

Les démocraties occidentales hésitent entre logique de contrôle et respect des libertés publiques et individuelles. Cette nouvelle chronique de François d'Alançon (*) sur les armes de communication massive, publiée dans la revue Défense [1] est reproduite ici avec l'autorisation de son auteur. Paris, le 23 décembre 2009.©

Les réseaux sociaux sont-ils en passe de devenir le nouvel instrument de la diplomatie du 21e siècle ? Dès sa page d’accueil, le nouveau site du Département d’État américain donne accès à la chaîne YouTube du département, au fil Twitter, à la page Facebook et au compte photo sur Flickr. La diplomatie américaine soutient activement l’accès des populations à Internet et la mise en place de logiciels de contournement de la censure.

En plein cœur du mouvement de protestation iranien, Hillary Clinton avait demandé à Twitter de reporter son travail de maintenance pour permettre aux activistes iraniens de continuer à utiliser le site, récemment attaqué par un groupe se présentant comme « la cyberarmée iranienne ».

Désormais, ce n’est plus tant que le contenu de l’information diffusée à certaines audiences, à travers des radios comme Radio Free Europe, qui importe à l’administration américaine, mais le soutien ou la fourniture de l’infrastructure technique permettant à telle ou telle population l’accès aux réseaux sociaux, pour en faire l’usage de son choix.

Depuis le mois d’avril dernier, Alec Ross, 38 ans, ex-entrepreneur social et ancien de l’équipe de campagne de Barack Obama, occupe les fonctions de conseiller à l’innovation auprès de la secrétaire d’État américaine. Cofondateur, en 2000, de One Economy, une organisation à but non lucratif qui soutient le développement dans les catégories sociales défavorisées de l’accès à l’information sur des sujets aussi divers que l’éducation, les emplois ou la santé, Alec Ross entend mettre la technologie au service de la diplomatie. Au Pakistan, les États-Unis ont appuyé la mise en service de Humari Awaz (« Notre Voix »), premier réseau social sur téléphone mobile, de même que « Text Swat », un programme de collecte de dons en faveur des réfugiés de la vallée de la Swat, via SMS. A l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), le département d’État soutient le « SMS Banking » qui permet aux soldats de toucher leurs soldes grâce à un transfert d’argent réalisé via le téléphone portable. Alec Ross s’est récemment rendu au Mexique avec Jack Dorsey, Pdg de Twitter, pour soutenir la mise en place d’un système permettant à la population de témoigner de façon anonyme, via Internet, sur des crimes liés à la drogue, dans l’espoir de mieux combattre les trafiquants.

Les réseaux sociaux peuvent également servir à mettre en alerte des communautés isolées en cas de catastrophes naturelles, à organiser la distribution de l’aide ou à faciliter des échanges entre groupes ethniques hostiles.

Atout stratégique pour les États-Unis, le développement des réseaux sociaux s’avère être, en même temps, un terrain de prédilection pour le recrutement « online » de jihadistes par les organisations terroristes.

Selon John Aquilla, professeur à l’Ecole de guerre navale américaine, les États-Unis ne doivent pas se contenter de surveiller le cyberespace pour collecter du renseignement mais considérer Internet comme un « espace de bataille », en développant les « outils de détection et de traque » nécessaires pour intercepter les transferts d’argent et identifier les cellules terroristes. Même si les autorités américaines disposent de moyens de contrôle et de surveillance sophistiqués (la National Security Agency (NSA) utilise le réseau Echelon), elles doivent composer avec des dispositions constitutionnelles et légales de nature à limiter leur action. La question de la « surveillance sociale » par le gouvernement fédéral et les agences de sécurité, des réseaux sociaux, ouverts ou fermés, des blogs et des forums commence à alimenter un débat sur le contrôle d’Internet et des internautes à des fins de maintien de l’ordre public, de lutte antiterroriste ou de lutte contre la fraude fiscale. Au mois de décembre dernier, une Fondation américaine et un département de l’Université de Berkeley (Californie) ont intenté une action en justice, en invoquant le Freedom of Information Act, contre le Département de la Défense, la CIA, le FBI et d’autres agences fédérales pour obtenir plus d’information sur leur action clandestine d’infiltration des réseaux sociaux, y compris de ceux qui sont censés protéger le caractère privé des échanges entre leurs membres. En France, la tendance est au renforcement de l’arsenal législatif et réglementaire de contrôle et de filtrage du Web (loi Dadvsi, loi Hadopi, projet de loi Loppsi). Les recours en justice contre les internautes se multiplient, y compris, récemment, pour « insulte publique envers un membre du gouvernement ». Après la création, début 2009, d’une « cyberpatrouille » chargée de la surveillance de la Toile, un nouveau système de veille sur Internet doit être mis en place au ministère de l’Intérieur. Entre les logiques de contrôle politique des États, le besoin de garde-fous juridiques en matière de respect des libertés publiques et privées, la gouvernance d’Internet et de son architecture, avec les principes de neutralité et d’universalité sur lesquels elle repose, représente un enjeu politique majeur qui concerne tous les acteurs : gouvernements, société civile et secteur privé.

L’Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), l’organisation californienne à but non lucratif, sous tutelle du département du Commerce américain, chargée de la gestion des noms de domaine, s’est engagée à s’ouvrir à une gestion plus multilatérale. Perçu par les internautes comme un espace de liberté d’expression et d’échange, le Web devient un champ de bataille soumis à des pressions de plus en plus contradictoires, un véritable défi pour l’avenir des démocraties.

François d'Alançon

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] Défense N°143 daté de Janvier-février 2010. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

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Dans la rubrique “Armes de communication massive”, lire également du même auteur :

 


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